Méthode primaire de dépouillement: revues et ouvrages

Revues

Partant de l'idée qu'il ne fallait pas trouver la présence de Nietzsche précisément là où elle était attendue, les recherches n'ont été orientées à partir d'une segmentation de la réception de Nietzsche en différents milieux d'accueil, c'est-à-dire à partir d'une liste arbitraire de revues censées embrasser le plus large spectre. Renonçant à l'exhaustivité et à l'utilisation arbitraire de mots-clés, elles ne sont pas non plus parties d'interrogation des bases de données, comme Gallica par exemple, qui représenteraient un « corpus existant » à partir duquel il faudrait dégager le « corpus d'étude », selon des présupposés exclusifs.

Partant de l'idée que Geneviève BIANQUIS jouissait d'une proximité avec l'époque considérée, sa bibliographie a servi de noyau, complété par l'International Nietzsche Biblography de Karl SCHLECHTA et Wilhelm REICHERT: les 150 écrits réunis ont permis l'identification de 25 revues, triées et réparties en trois groupes selon l'importance apparente de leur rôle: dans un premier temps, le nombre d'écrits ainsi que l'identité des auteurs servaient de marquers empiriques. Une première liste contenait Le Mercure de France, la Revue des Deux Mondes, le Banquet et la Revue bleue: ces revues ont été entièrement lues, de la première à la dernière page et tout écrit mentionnant Nietzsche et ses dérivés ont été répertoriés. Au cours de cette première étape déterminante pour les suivantes, la lecture a été soigneusement intégrale, attentive à tout élément qui pouvait constituer une trace de présence de Nietzsche : c'est ainsi qu'ont pu être répertoriés des écrits sur « Nietsche » ou « Nietzche », et même « Nicht »! C'est aussi ainsi que de nombreux dérivés formés à partir du préfixe « sur » ont pu être identifiés: « surmâle », « surfemme », surhumanité » mais aussi avec le préfixe « sous »: « sous-homme »... Tout porte à croire que seule une telle lecture pouvait faire apparaître des écrits relatifs à Nietzsche comme par exemple « le professeur Newman ».

 

Une deuxième liste rassemblait une dizaine de revues qui ont été dépouillées à partir de la table des matières et de leur rubrique bibliographique: tous les écrits sur Nietzsche et ses dérivés et tous les comptes rendus relatifs à Nietzsche ont été répertoriés. Plus classique, cette technique de dépouillement s'est avérée néanmoins tout aussi exigeante car rares sont les sommaires détaillés des rubriques « Les revues » ou « Les livres » de sorte que là encore, seule une lecture attentive des rubriques bibliographiques pouvait se révéler fructueuse. Il va de soi que cette lecture ne s'est pas limitée aux seuls lieux attendus (par exemple « Lettres allemandes » ou « Littérature germanique ») mais s'est étendue à l'ensemble des parties « revue des revues » quel que soit leur appellation.

La troisième liste contenait les revues n'ayant a priori participé que ponctuellement à la réception de Nietzsche. Celles-ci ont été consultées pour collecter les références biblographiques déjà connues, grâce notamment à l'immense travail de Donato LONGO et Christopher FORTH. Le volume consulté – en version numérique ou exemplaire papier – a été intégralement lu pour découvrir incidemment si la revue contenait d'autres trace. Pour plus de certitude et partant du constat que certaines publications (La philosophie de Nietzsche d'Henri LICHTENBERGER, Zaratoustra de NIETZSCHE...) ou certains événements (mort de Nietzsche), semblaient tenir une place importante dans le dialogue avec Nietzsche, des volumes supplémentaires ont été dépouillés en ciblant des années précises: 1899, 1900, 1902, 1910).

 

Tantôt fructueuse, tantôt infructueuse, cette première phase de recherches a permis de découvrir de nouvelles références bibliographiques ainsi que l'existence de nouvelles références: des comptes rendus ont par exemple permis de découvrir des références inconnues.

Ces premières recherches ont également modifié les hypothèses de départ, à savoir l'importance supposée de certaines revues, de sorte que les trois listes ont été remaniées: la Revue philosophique, la Revue universitaire, la Revue Germanique, par exemple sont passées dans la première liste. L'Ermitage, la Revue Blanche sont passées dans la deuxième liste. Le travail de dépouillement a repris comme précédemment et ainsi de suite à plusieurs reprises, jusqu'à ce que le dépouillement n'exige plus de modifier les trois listes et donne plus d'indications nouvelles sur les nouvelles revues ou les nouveaux ouvrages à consulter.

Ouvrages

Etablir de manière méthodique les ouvrages appartenant à « la littérature nietzschéenne » est autrement plus difficle. Sans viser à l'exhaustivité, iles limites sont floues. Le travail sur les revues a permis de trouver, outre les ouvrages sur Nietzsche (exemple, ROBERTY, Frédéric Nietzsche) ceux qui contiennent un chapitre (exemple, WYZEWA, Ecrivains étrangers) ou une section consacrée à Nietzsche (exemple, Remy de GOURMONT, Promenades littéraires) ainsi qu'un ensemble d'ouvrages - poésies, romans, théâtre... - qui ont été « perçus » comme ayant une relation avec Nietzsche: du manifeste Nietzschéennes d'Anna de NOAILLES à Ars et vita de René GILLOUIN.

 

Evolution de la méthode: revues et articles

Revues

Des sites comme Gallica ou archive.org ont permis d'effectuer des recherches complémentaires sans perdre de vue l'objectif initial de répertorier une somme d'écrits significatifs des orientations de la réception de Nietzsche en France. Tous les articles sur Nietzsche ou comptes rendus sur Nietzsche ont été insérés dans la bibliographie. Les articles qui évoquent Nietzsche ont été sélectionnés en fonction de leur importance dans le processus de réception, de l'importance des auteurs ou de l'importance des revues dans la vie intellectuelle française.

Ouvrages

Tous les ouvrages qui évoquent Nietzsche numérisés et disponibles sur Gallica ont été répertoriés dans la bibliographie. La distinction formelle demeure entre les ouvrages sur Nietzsche ou avec un chapitre sur Nietzsche et les ouvrages qui évoquent plus ou moins brièvement Nietzsche.

Novembre 2019

Biennale Nietzscheana

Nietzsche et la France. La France et Nietzsche

 

"Nietzsche wirkt in die populäre Breite, und man muss in die Breite gehen" (Andreas Urs Sommer, Nietzsche und die Folgen, 2017)

NOUVEAU

Laure Verbaere

Nietzsche et l'agrégation de philosophie (avril 2019) lire

OUTIL: Nietzsche et les philosophes français: traces empiriques et paroles 1889-1903 lire

Les éditions de Zarathoustra de 1920 à 1935 voir

et de 1935 à 1950 voir

 

Nouvelle trace inédite

Lettre d'Eric Blondel à Don Longo lire

 

Que pensait Emile Zola de Nietzsche? de Wagner? lire

 

Dominique de Gaultier de Laguionie, petit-neveu du philosophe français Jules de Gaultier (1858-1942) met à disposition les archives dont il dispose. voir

Jules de Gaultier et Nietzsche

Don Longo:

Les pèlerins à Sils-Maria voir

 

Alan Schrift:

“Le nietzschéisme comme épistémologie”, extrait de Patrice Maniglier (dir.), Le Moment philosophique des années 1960 en France (PUF, 2011) lire

 

Alan Schrift:

French Nietzscheanism lire

 

Nouveaux outils

The Nietzsche Canon: a publication history and bibliography (William Schaberg) lire

 

"Viele neue Nietzsches sollen zutage treten? - Ein paar wenige würden genügen..." (Reto Winteler, Friedrich Nietzsche, der erste tragische Philosoph, eine Entdeckung, Basel Schwabe Verlag, 2014)

" (...) [l]es philosophes de profession [...] oublient que Nietzsche ne promulgue pas un catéchisme nouveau mais nous invite à créer nous- même le système des valeurs auquel nous voulons dévouer notre vie. Dosons en nous la quantité de dionysisme et de christianisme mystique qui va nous inspirer. Il y aura autant de solutions qu'il y aura d'individus et c'est de leur collaboration que naîtra la vie nouvelle." (Charles Andler, 1932)

Becoming a Destiny: The Nietzsche Vogue in French intellectual Life, 1891-1918 (Christopher E. Forth, Dissertation, State University of New York, Buffalo, 1994)

Traces orales

Nietzsche « n'est pas allé assez loin dans le sens de sa propre doctrine ; il n'a pas été assez nietzschéen. L'attitude où il veut qu'on se place est bien celle qui convient ; mais nous ne pouvons pas dire d'avance qu'on doive, en s'y plaçant, aboutir à l'exaltation de l'individu plutôt qu'à son absorption dans la société : cela dépend des cas et des moments. Nietzsche n'a pas encore un sens suffisant de la relativité : il est encore trop systématique. » (Frédéric RAUH, extrait de cours à la Sorbonne, 1904)

 

"Chaque doctrine nouvelle présente certaines arêtes et extrémités outrancières autour desquelles la curiosité frivole de la multitude voltige hâtivement mais ce n'est pas l'exactitude ou la fausseté de quelques points particuliers, ce sont l'étendue et la profondeur de la création qui doivent retenir notre attention. Je ne me suis jamais demandé si les théories nietzschéennes du «surhomme » ou de l'« éternel retour » sont justes ou non: et qui se le demanderait encore, en dehors de quelques ratiocineurs et éplucheurs de livres ? Une grande œuvre ne nous intéresse toujours que par ce double côté: l'homme créateur et l'action créatrice." (Stefan Zweig, L'Humanité, 21 mai 1926)

Comoedia, 28 mars 1914
Comoedia, 28 mars 1914

Le Rire, 10 décembre 1910