Nietzsche dans la presse et les revues françaises (1914-1918)

Ce petit dossier a été réalisé à partir d'écrits publiés dans la presse et les revues françaises d'août 1914 à novembre 1918. Il tente d'offrir un aperçu de l'éventail des propos sur Nietzsche, sans prétention à constituer un corpus de textes. Cet échantillon d'extraits suggère que si la mode du nietzschéisme connaît une éclipse, Nietzsche est moins la victime d'un déchaînement de passions nationalistes -à quelques rares exceptions près- que l'objet d'un profond débat, soit un facteur de division nationale. Il montre par ailleurs assez nettement que l'instrumentalisation de la "francophilie" de Nietzsche est au contraire facteur d'unité nationale, ce qui jette un éclairage nouveau sur la notion, suspecte à juste titre, de "Nietzsche français" (voir)


Si Nietzsche avait survécu jusqu'en 1914, peut-être eût-il, en bon Allemand, et même en bon Prussien, applaudi aux victoires putatives qu'annonce leur état-major. Mais nous avons le droit d'espérer, sans trop de témérité ni de complaisance, qu'il aurait encore trouvé des larmes pour pleurer la destruction de Louvain et le bombardement de Reims.

Parmi les hommes que l'on incrimine, à qui l'on attribue ce vertige de violence, il en est un dont le nom revient souvent sur les lèvres ou dans les écrits : FRÉDÉRIC NIETZSCHE. On le cite volontiers; on le lit plus rarement.


On a fait pour Nietzsche comme pour Wagner et pour d'autres: trop ignares pour rien connaître de sa pensée, certains l'ont traîné sur la claie en usant contre lui des injures les plus sottes.

(...) la plupart de nos nietzschéens sont devenus depuis trois ans, comme par un coup de baguette magique, les plus farouches séides du « droit et de la civilisation ».

(...) si peu de gens prêtent attention au sort des anciens combattants rentrés dans la vie civile. (...)

Oh ! je sais bien, on les traitera de héros, de surhommes, on les couvrira de fleurs ; un peu moins de récompenses honorifiques!


nouveau:

" (...) [l]es philosophes de profession [...] oublient que Nietzsche ne promulgue pas un catéchisme nouveau mais nous invite à créer nous- même le système des valeurs auquel nous voulons dévouer notre vie. Dosons en nous la quantité de dionysisme et de christianisme mystique qui va nous inspirer. Il y aura autant de solutions qu'il y aura d'individus et c'est de leur collaboration que naîtra la vie nouvelle." (Charles Andler, 1932)

Becoming a Destiny: The Nietzsche Vogue in French intellectual Life, 1891-1918 (Christopher E. Forth, Dissertation, State University of New York, Buffalo, 1994)

(Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique, 1880)

Traces orales (en cours)

Nietzsche « n'est pas allé assez loin dans le sens de sa propre doctrine ; il n'a pas été assez nietzschéen. L'attitude où il veut qu'on se place est bien celle qui convient ; mais nous ne pouvons pas dire d'avance qu'on doive, en s'y plaçant, aboutir à l'exaltation de l'individu plutôt qu'à son absorption dans la société : cela dépend des cas et des moments. Nietzsche n'a pas encore un sens suffisant de la relativité : il est encore trop systématique. » (Frédéric RAUH, extrait de cours à la Sorbonne, 1904)

 

Nietzsche en France pendant la guerre

Citation

"Chaque doctrine nouvelle présente certaines arêtes et extrémités outrancières autour desquelles la curiosité frivole de la multitude voltige hâtivement mais ce n'est pas l'exactitude ou la fausseté de quelques points particuliers, ce sont l'étendue et la profondeur de la création qui doivent retenir notre attention. Je ne me suis jamais demandé si les théories nietzschéennes du «surhomme » ou de l'« éternel retour » sont justes ou non: et qui se le demanderait encore, en dehors de quelques ratiocineurs et éplucheurs de livres ? Une grande œuvre ne nous intéresse toujours que par ce double côté: l'homme créateur et l'action créatrice." (Stefan Zweig, L'Humanité, 21 mai 1926)

Comoedia, 28 mars 1914
Comoedia, 28 mars 1914

Le Rire, 10 décembre 1910