
Ecrivain et critique dramatique français.
Voir aussi: Traces orales (conférences)
Lire: Bertrand Joly, Nationalistes et conservateurs en France, 1885-1902, Paris, Les Indes savantes, 2008 et Sarah Huguet, "La République introuvable de Jules Lemaître (1853-1914). Essai d’interprétation d’un virage réactionnaire", in Page 19, n°1, hiver 2013, p. 23-33.
Jules Lemaitre fait partie des écrivains français que Nietzsche cite dans Ecce homo. A ce sujet, voir l'anecdote rapportée par Jean Cocteau en 1922.
Voir le parallèle entre Nietzsche et Jules Lemaître, dans L'Indépendance belge en 1904 (p. 2), à propos de Jules Lemaître, La Seconde Vie des Sept Dormants.
LEMAÎTRE Jules, "De l’influence récente des littératures du Nord", in Revue des Deux Mondes, tome 126, 46e année, 15 décembre 1894, p. 847-872.
Article repris dans Les contemporains en 1896.
Constate: "[...] tandis qu'au XVIe et au XVIIe siècle, c'était le Midi, l'Espagne, l'Italie, c'est, depuis bientôt deux siècles, le Nord surtout qui nous attire. Cette attirance a eu, bien entendu, ses sursauts et ses répits. Mais notre dernier accès de septentriomanie a été particulièrement violent et prolongé. Il dure encore. Il a commencé, je pense, voilà une douzaine d'années [...]. (p. 847)
Evoque Nietzsche: "[...] depuis dix ans, tandis que M. Gérard Hauptmann paraissait s'inspirer de M. Émile Zola, et M. Auguste Strindberg de M. Alexandre Dumas fils, et que Nietzsche reproduisait les rêveries maladives des Dialogues philosophiques de Renan; d'un autre côté, M. Paul Bourget nous affranchissait du naturalisme, et la plus large sympathie et la préoccupation morale ou religieuse rentraient dans notre littérature. Tout le sérieux, toute la substance morale de George Eliot semblent avoir passé dans les profondes études de M. Bourget, dont les derniers romans sont, en maint endroit, des récits piétistes. Maupassant lui-même s'attendrissait visiblement et devenait plus « grave » quand la mort vint le prendre. Et la même gravité, et la pitié des romanciers russes, et le don qu'ils ont de nous faire sentir, autour des médiocres drames humains, les ténèbres et l'inconnu, tout cela donne un très grand prix aux livres singulièrement sincères de M. Paul Margueritte. Quant à l'idée de la mort, je ne pense pas que jamais écrivain en ait été plus intimement pénétré que Pierre Loti." (p. 869).
Poursuit et reconnaît: Je crois bien que je donne depuis quelques minutes dans le chauvinisme littéraire. Disons plus équitablement: - Ces échanges et ces reprises d'idées entre les peuples, on les a vues de tout temps, et encore plus depuis que la rapidité et la facilité des relations commerciales ont entraîné celles des relations intellectuelles. Tantôt, nous avons emprunté aux autres peuples; et nous avons imprimé à ce que nous tenions d'eux un caractère européen: tels les emprunts de Corneille ou de Lesage aux Espagnols. Tantôt, et plus souvent, comme nous sommes curieux et bons, nous leur avons repris, sans le savoir, ce que nous leur avions nous-mêmes prêté Ainsi au XVIIIe siècle nous avons découvert les romans de Richardson, qui avait imité Marivaux. Ainsi nous avons retrouvé chez Lessing ce qui était dans Diderot, et chez Gœthe beaucoup de ce qui était dans Jean-Jacques; et nous avons cru devoir aux Allemands et aux Anglais le romantisme que nous avions déjà inventé" (p. 871).
Se demande combien de temps durera la "septentriomanie" et conclut: "Qui vivra verra. En attendant, dépêchez-vous d'aimer ces écrivains des neiges et du brouillard; aimez-les pendant qu'on les aime, et qu'on y croit, et qu'ils peuvent encore agir sur vous, comme il faut se servir des remèdes à la mode pendant qu'ils guérissent. Car il se pourrait qu'une réaction du génie latin fût proche." (p. 872)
LEMAITRE Jules, Les contemporains: études et portraits littéraires. 6e série, Paris, H. Lecène et H. Oudin, 1896.
Contient l'article publié en 1894 dans la Revue des Deux Mondes: "De l'influence récente des littératures du Nord" (p. 225-270).
Evoque Nietzsche: "[...] depuis dix ans, tandis que M. Gérard Hauptmann paraissait s'inspirer de M. Émile Zola, et M. Auguste Strindberg de M. Alexandre Dumas fils, et que Nietzsche reproduisait les rêveries maladives des Dialogues philosophiques de Renan; d'un autre côté, M. Paul Bourget nous affranchissait du naturalisme, et la plus large sympathie et la préoccupation morale ou religieuse rentraient dans notre littérature. Tout le sérieux, toute la substance morale de George Eliot semblent avoir passé dans les profondes études de M. Bourget, dont les derniers romans sont, en maint endroit, des récits piétistes." (p. 869)
Se demande combien de temps durera la "septentriomanie" et conclut: "Qui vivra verra. En attendant, dépêchez-vous d'aimer ces écrivains des neiges et du brouillard; aimez-les pendant qu'on les aime, et qu'on y croit, et qu'ils peuvent encore agir sur vous, comme il faut se servir des remèdes à la mode pendant qu'ils guérissent. Car il se pourrait qu'une réaction du génie latin fût proche." (p. 872)
LEMAITRE Jules, Les contemporains: études et portraits littéraires. 7e série, Paris, H. Lecène et H. Oudin, 1899.
Contient le texte de la conférence prononcée en 1896: "Les snobs". (p. 95-102)
Enumère: "Nous avons eu successivement les snobs du roman naturaliste et documentaire, les snobs de l'écriture artiste, les snobs de la psychologie, les snobs du pessimisme, les snobs de la poésie symboliste et mystique, les snobs de Tolstoï et de l'évangélisme russe, les snobs d'Ibsen et de l'individualisme norvégien; les snobs de Bollicelli, de saint François d'Assise et de l'esthétisme anglais; les snobs de Nietzsche et les snobs du « culte du moi »; les snobs de l'intellectualisme, de l'occultisme et du satanisme, sans préjudice des snobs de la musique et de la peinture, et des snobs du socialisme, et des snobs de la toilette, du sport, du monde et de l'aristocratie, — lesquels sont souvent les mêmes que les snobs littéraires, car les snobismes s'attirent invinciblement entre eux et se peuvent donc cumuler. Mais je ne vous parlerai ici que du snobisme en littérature, et je ne sais pas bien, en vérité, si ce sera pour en faire la satire ou l'apologie." (p. 95-96)