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JUIN 2026
(Laure Verbaere, juin 2026)
Édouard Schuré, Lettres de Bayreuth. Richard Wagner et le premier Festival. Correspondance inédite (1873-1883), édition établie et présentée par Samuel Kunkel. Contributions de Nicolas Dufetel et Adeline Heck, éditions Otrante, 2026. Voir: Nicolas Dufetel, "Édouard Schuré, le foudroiement wagnérien"; Adeline Heck, "Le mythe wagnérien et la genèse du Festival de Bayreuth"; Samuel Kunkel, "Édouard Schuré, Richard Wagner et Bayreuth".
MAI 2026
A propos de l'article de J. E. Spenlé publié dans le Mercure de France.
Examine si Hitler se revendique de Nietzsche à juste titre. Détaille quelques études récentes sur le sujet. Conclut négativement.
Voir le compte-rendu de Gaston Picard dans le Mercure de France.
A propos du livre de M. -P. Nicolas, De Nietzsche à Hitler.
A propos de Robert Dreyfus et André Spire.
Référence citée d'après Sébastien Laurent, Daniel Halévy. Du libéralisme au traditionalisme, Paris, Grasset, 2001, p. 227.
Evoque Nietzsche, d'après le compte-rendu d'Henri Rouzaud dans la Revue critique des idées et des livres du 25 novembre 1908.
A propos d'un article de Daniel Halévy sur Robert Dreyfus et André Spire dans Pages libres du 7 novembre 1908. Commence par remarquer: "Pages libres a pour principal rédacteur Maurice Kahn. Est-il dès lors étonnant d'y voir un autre juif, M. Daniel Halévy, faire l'éloge de deux écrivains juifs?". (p. 268) Souligne que Daniel Halévy désapprouve "l'utopie sioniste" d'André Spire. Cite à ce sujet un extrait de l'article de Daniel Halévy: "Nous avons parmi les Français notre mission de recherche, d'inquiétude, de destruction même: il faut que nous restions". (p. 269) Puis cite encore:
"Voulez-vous un exemple de l'activité juive? Ecoutez celui-c qui est récent. Je le trouve dans la vie de Frédéric Nietzsche. Vous savez comme il. vécut ignoré, solitaire. Né Allemand, il n'admirait pas l'Allemagne; né chrétien, il réprouvait le christianisme; ces opinions, dites avec franchise, suffisent à perdre un homme. Pourtant quelques personnes approchèrent au temps de sa réprobation et osèrent se lier avec lui. D'abord Paul Rée: un juif; puis Lore Salomé: une Juive; puis un certain docteur Paneth: un juif; puis une femme de lettres anglaise, Mlle Zimmern, qui commença de traduire ses livres: une juive; puis Georges Brandès, le grand critique danois, qui découvrit le penseur méconnu et annonça sa gloire.. : Georges Brandès est juif. « Les juifs, écrivait Nietzsche à un ami, que ne leur devons-nous pas! » Qu'en dites-vous ? Et déniez-vous sa valeur au travail que font les juifs qui vivent parmi les peuples? »" (p. 270)
Texte d'une conférence prononcée au Théâtre du Vieux-Colombier, le 26 mai 1918.
Egalement publié dans Les Cahiers Idéalistes Français de mars à septembre 1919.
Contre M. Haraucourt qui accuse les poètes symbolistes d'être intoxiqués par l'Allemagne (1916) et contre Charles Morice qui nie toute influence allemande, Edouard Dujardin soutient:
"Pour moi, — et je n'engage ici que moi, bien entendu, — je n'imagine pas que la guerre de 1914, pas plus que la guerre de 1870, puisse empêcher un poète d'avoir été, jeune homme, et de demeurer, vieil homme, à l'école de Schopenhauer, de Wagner et, ensuite, de Nietzsche.
Dans un article paru en 1900 et recueilli dans le volume le Problème du Style, Remy de Gourmont note ce qu'il appelle « l'ascendant des idées germaniques » sur la « récente littérature française » ; il cite notamment Hegel, Schopenhauer et Nietzsche; il oublie Wagner et il ajoute que « l'influence allemande » ne s'est guère exercée sur nous ( 1890-1900) que par la seule philosophie ». Cette erreur s'explique par l'insensibilité de Remy de Gourmont pour la musique et, il faut bien le dire, parce que Remy de Gourmont est toujours resté, vis-à-vis du symbolisme, un spectateur très intéressé, mais un peu étranger". (p. 17)
Expose les grandes lignes de l'évolution de la poésie contemporaine. Signale quelques noms:
"Je dois également nommer Nietzsche. Les premiers articles parus en France sur Nietzsche sont, je crois, de 1892; celui d'Henri Albert, qui fait date, est de janvier-février 1893, Mercure de France; la première traduction française de Zarathoustra est de 1898.
Quelle révélation! quelle réalité des images! et quelle puissance de la pensée ! Mais quelle réponse à ceux qui décident et prononcent que la poésie n'a que faire d'exprimer des idées!" (p. 24)
Ecrit de l'Engadine, sur les traces de Nietzsche.
A propos de l'actualité de l'idée de valeur, discute le sens qu'elle a chez Nietzsche.
Contient un chapitre "Nietzsche", p. 239-266.
Ce chapitre a déjà été publié sous la forme d'un article: "Nietzsche et les origines de sa philosophie", in La Revue, tome 83, 1er novembre 1909, p. 46-61. Précision ajoutée dans 1909. Indications biographiques.
A propos d'un article d'Hélène Claparède-Spir dans Le Temps.
Contient "Nietzsche" (p. 109-110).
Cet article forme la préface du livre d'Emilie Sirieyx de Villiers, La Faillite du surhomme et la psychologie de Nietzsche, 1921.
Reproduit des pages publiées dans le numéro de Noël de L'Eventail.
Raconte: "Je revis encore le maître, en 1882, après la première de « Parsifal », à Wahnfried et, un soir, près de son souverain et bienfaiteur, Louis II, dans la grande loge du théâtre. Les traits étaient fatigués, le regard moins brillant. On se racontait que la défection de Nietzsche - on disait à Bayreuth « la trahison » - l'avait affecté profondément. Et Nietzsche était à Bayreuth, - se cachant - fuyant l'ami pour qui son âme avait jadis brûlé d'une si pure admiration. Le triomphe incontesté de « Parsifal» n'avait pu effacer la morsure de cette tristesse."
Extrait de "L'individualisme et l'anarchie en littérature : Frédéric Nietzsche et sa philosophie", in Revue des Deux Mondes, 130, 15 août 1895, p. 775-805.
Commence par constater: "Un effort gigantesque est tenté pour séparer la morale de la religion, et la dresser même contre elle. La difficulté, en cas de réussite, serait de trouver une base à la morale. On la cherche, avec plus d’ardeur que de succès. II arrive ceci: les uns proposent des règles de morale qui froissent même les consciences les plus élémentaires; et d’autres parviennent à des règles dignes de respect et d’admiration, qui sont un reflet ou un écho de la morale chrétienne. Voici quelques noms" (p. 2)
Evoque Bakounine, Kropotkine, Nietzsche, Guyau, Faguet, Fouillée...
Résume Nietzsche ainsi: "Nietzche veut que l’homme exalte sa personnalité pour dominer sur les hommes, et il donne pour modèles les grands conquérants. II oublie que le souci de leur propre gloire les préoccupe infiniment plus que le bonheur de leurs sujets. Son principe serait acceptable s’il avait cité comme modèle notre Seigneur Jésus-Christ, «qui est venu non pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour plusieurs.» Nietzche aurait voulu imiter le Seigneur, mais il est à craindre qu’il n’eût pris de Christ que le fouet dont il se servit pour frapper — non les marchands — mais leur bétail et les chasser hors du Temple." (p. 2)
Constate: "Les dirigeants du troisième Reich, en toute occasion, prétendent s annexer la mémoire de Nietzche. Ils en font un de leurs prophètes. Ils lui empruntent des maximes, des aphorismes, dont ils illustrent leurs théories. Et l'on peut se demander ce que penserait Nietzche de l'utilisation que l'on fait ainsi de son œuvre et de son nom." (p. 13)
Passe en revue les réponses apportées à cette question par Daniel Halévy, Edmond Vermeil, Simon Aberdam, Marius- P. Nicolas.
Conclut par une citation de Nietzsche: "Je frémis en préssentant quels intrus, quels êtres totalement impropres se réclameront un jour de mon autorité." (p. 14)
"Elisabeth Foster, la sœur de Nietzsche, qui se croit sans doute l'héritière spirituelle de l'auteur de Zarathoustra, a envoyé une longue lettre à l'ambassadeur d'Italie auprès du Reich. Dans cette missive, rédigée à l'occasion de l'ouverture solennelle du Parlement fasciste, elle manifeste un enthousiasme débordant pour Mussolini. Elle voit en lui le « surhomme » dont son frère attendait la venue sur la terre.
La presse allemande a commenté sans indulgence ces déclarations passionnées d'Elisabeth Foster."
Dialogue. Extrait:
"— Un chef n’est pas un peuple.
— Il l’exprime. Ecoutez Nietsche : « Les Allemands croient que la force doit se manifester par la dureté et la cruauté; alors ils se soumettent volontiers et avec admiration... Ils ne croient pas facilement qu’il puisse y avoir de la force dans la douceur et le silence ». Vous voyez bien. Ils reviennent toujours à leurs vices. Canis redit ad vomitum.
— Faut-il donc leur ressembler? Mal contre mal, éternellement?
— Il faut d’abord se défendre. Notre vertu actuelle est de combattre, par les armes, par la pensée, par l’éducation. Le devoir de l’Université est d’entretenir cette vertu.
— Trahison des clercs.
— Les éducateurs ne sont pas des clercs. Ils ont accepté une mission. Rappelez-vous Edgar Quinet, l’Education du peuple. A partir du moment, dit-il, où la société s’est laïcisée, l’école n’a plus parlé au nom du dogme et de la foi, mais au nom de cette société même, au nom de ses besoins et de son idéal. Tenant son mandat de la société, c’est elle que le maître exprime, non ses opinions personnelles, ce qui serait anarchie dangereuse. Les maîtres français parlent au nom de la France; ils préparent leurs élèves à vivre d’une vie française. J’entends la vie française d’aujourd’hui, la vie de guerre pendant la guerre, la vie de paix, comme elle sera, pendant la paix. Ils ne trahissent rien et les clercs non plus ne trahissent rien, servant leur pays quand ce pays ne trahit pas. Or ce n’est pas la France qui trahit la pensée, la morale, le droit, les valeurs universelles, ces valeurs que Nietsche a niées et tant d’autres avec lui, de sa langue et de sa race. Je dirais volontiers qu’ils les ont niées pour affirmer quelque chose ou mieux pour s’affirmer. « Il n’y a jamais eu de culture allemande, écrit Nietsche dans la Volonté de Puissance ». Ils se cherchent et commencent par s’opposer à autrui. De là cette négation de la civilisation qui les conduit à tous les excès. De là aussi cette foi au devenir. « L’homme, dit Nietsche, est l’animal dont l’espèce n’est pas encore fixée ». Il dit aussi : « La forme générale et régnante de la barbarie, c’est que l'on ignore encore que la morale est affaire de goût »." (p. 1)
Dialogue. Extrait:
"L’Allemagne de 14 est devant nous, plus grande, plus dangereuse. Est-ce le retour éternel dont parlait Nietsche? Les générations françaises connaîtront-elles périodiquement ce cauchemar de la guerre? Que penser?
— Je suis tenté de croire Nietsche. Deux peuples, deux morales. Il les connaît mieux que nous. Et rappelez-vous les avertissements de Heine, un Allemand, de Schopenhauer, un Allemand! Goethe lui-même s’est exprimé sans ambages sur ses compatriotes. Et même Frédéric II, las de commander, disait-il, un peuple d’esclaves.
— Deux morales, en effet. Prenons la vérité. Nous en avons le culte. Il n’y a pas de vice qui répugne plus aux Français que l’hypocrisie. Elle forme le thème de nos querelles politiques, sociales, religieuses. Eux, admettent aisément le mensonge; ils y recourent sans cesse dans leur politique. Leur chef s’est reconnu le droit, j’allais dire le devoir, de mentir à l’ennemi, d’avance, en pleine paix, pourvu qu’il y ait profit, et même à titre de principe et d’exercice. Sa vérité, c’est le succès.
— Exact.
— Prenons la bonté. Elle n’est pas seulement l’essence du christianisme, mais de notre morale laïque. La bonté au delà de la justice. Au point que nos mœurs, imprégnés d’indulgence et, comme on dit, d’humanitarisme, ont peine à se raidir quand il faut, à consentir aux sanctions nécessaires. Eux sont durs, volontairement durs et cruels. Ils n’ont pas besoin d’avoir lu Nietsche et de s’être fait un évangile de dureté. Ils sont cruels, naturellement; ils aiment la cruauté. Ce qui s’est passé dans leurs camps de concentration, dans leurs prisons, en Autriche, chez les Tchèques, dans cette affreuse guerre de Pologne, dans les représailles qui ont suivi, fait vomir ou frémir. J’ai causé avec les réfugiés juifs. Ô les malheureux!"
Eloge appuyé de la refonte de la biographie de Charles Péguy. Réserves quant à celle de Nietzsche parue initialement en 1909: "je ne suis point certain que Nietzsche philosophe ait gagné dans les mêmes proportions à ce travail de refonte et que l’échec du visionnaire n’y soit pas devenu plus apparent que la fécondité de son enseignement?
M. Daniel Halévy, dans le livre qui vient de paraître aux éditions Grasset, a certainement consacré à son sujet un nombre de pages double de celui qu’il avait atteint dans le précieux petit volume qui, en 1909, avait paru à la librairie
Calmann-Lévy. Celui-ci était vite devenu bien cher aux jeunes gens de ma génération. C’était la première fois qu'on nous entretenait longuement de Nietzsche et nous étions surtout attirés par le drame de sa destinée. Nous ne choisissions qu’ensuite, au hasard des livres traduits au Mercure de France, ceux de ses aphorismes qui faisaient écho à nos propres aspirations, qui s’accordaient le mieux à notre sensibilité. En un mot l’unité de sa doctrine nous importait bien moins que son attitude de Titan foudroyé.
Or ce que le livre refondu et augmenté de M. Daniel Halévy apporte de nouveau à l’étude de la vie de Nietzsche est beau coup moins important que ce qu’il ajoute à l’histoire de sa pensée. Et c’est surtout dans la seconde partie de son ouvrage que l’auteur a insisté sur les mille projets instantanément conçus et aussitôt abandonnés par ce grand et malheureux génie, si cahoté, si chaotique, d’autant plus impatient et instable qu’il se sentait harcelé par la catastrophe prochaine." Regrette "cet éclairage cru de l’écrivain".
Daniel Halévy mentionne cette analyse critique et y répond dans son Nietzsche, Paris, Grasset, 1944 (Voir le "Post-scripta" de la deuxième édition, p. 535-538).
Commence: "Qu’est-ce qui nous oppose à nos ennemis? Ce n’est pas un conflit d’ambitions. L’Allemagne est ambitieuse, d’un appétit d’ogre qui convoite la terre. La France ne l’est pas, ne l’est plus, par sagesse et non, comme le dit Goebbels, parce qu’elle est rassasiée. Ce n’est pas un conflit d’intérêts. La guerre est une industrie allemande, non française. Les rois, les empereurs, les chefs de l’Allemagne ont, depuis les temps barbares, escompté, tiré profit de la guerre. La France est guérie de la Grande Illusion, comme l’a nommée Norman Angell. La France, c’est-à-dire le peuple français, devenu l’un des plus pacifiques du monde.
Ce qui nous oppose à nos ennemis, c’est une idée, l’idée que nous nous faisons de l’homme. Que nous la tenions de la foi ou de la raison, qu’elle soit chrétienne ou philosophique, cette idée est au fond la même. L’homme est une fin; non un moyen; il est, en un sens, sacré. Comme reflet du divin, pour les uns, comme la plus liante expression de la vie pour les autres, peu importe. Qu’on s’arrête à l’homme ou qu’on le dépasse, il est la commune mesure et le respect de sa dignité commune loi. Qu’on voie dans la civilisation le reflet affaibli d’un âge innocent ou l’aube d’un heureux avenir, l’amitié de l’homme pour l’homme n’en est pas moins sa marque essentielle. Croyants, non croyants se rejoignent là.
Or cette idée, nos ennemis ne l’admettent point. Ils n’ont d’amitié que pour eux-mêmes, non pour l’homme : « Toute morale, écrit Nietsche dans la Volonté de Puissance, ce livre préféré d’Hitler, toute morale consiste à se glorifier soi-même: une certaine espèce d’hommes se complaît dans son espèce et dans sa façon de vivre et écarte ainsi l’influence d’hommes de race différente qu’elle sent inférieures à elle ». « Postulat de la morale absolue: « Mon jugement de valeur est définitif! » « Sentiment de la puissance ». Et encore : « Ce qui domine dans le sentiment moral, c’est le sentiment d’appartenir à un ordre supérieur; c’est le témoignage que la caste supérieure se rend à elle-même; ses actions et ses états serviront ultérieurement de signes destinés à faire connaître que l’on appartient ou que l’on devrait appartenir à celte caste ». Veut-on des formules? « La morale est la théorie de la hiérarchie entre les hommes et par conséquent aussi de la valeur de leurs actes et de leurs œuvres rapportés à cette hiérarchie ». « Droits: le plus puissant définit ceux des subalternes entre eux. Devoirs: le plus puissant définit ceux des subalternes envers lui ». La cruauté est justifiée. « La cruauté peut servir de détente aux âmes tendues et fières qui s’adonnent sans trêve à la pratique des austérités (ascétisme hitlérien); c’est devenu une fête pour elles que de pouvoir enfin nuire à autrui, de voir souffrir; toutes les races guerrières sont cruelles ». La cruauté est nécessaire, donc bonne: « L’espèce ne se perpétue que par des sacrifices humains... Si l’on pose les individus comme égaux, on met en danger l’espèce; le christianisme est le principe opposé à la sélection ». L’altruisme c’est « la plus extrême immoralité, le crime contre la vie ».
Des mots? Des phrases? Non, des forces. Elles conduisent un peuple, son maître, sa jeunesse. Hiérarchie, sélection, puissance, dureté, cruauté même, voilà les thèmes de leur évangile, leur sermon sur la montagne. Le nôtre, qu’ils méprisent comme marque d’esclavage et de faiblesse, c’est celui de la pitié. Nous souffrons de la misère humaine.
[...]"
Reproduit l'article publié dans la revue Das Tagebuch (Berlin).
Article déjà reproduit la semaine précédente dans l'hebdomadaire parisien Lu.
"Le quatrième volume de la correspondance fort volumineuse de Hans de Bülow, que sa sœur Marie est en train de publier chez Breitkopf et Haertel, à Leipzig, contient une lettre particulièrement curieuse de Bülow à Nietzsche. L'artiste était un admirateur sincère du philosophe et adorait surtout le traité sur la naissance de la Tragédie, mais cela ne l'empêchait pas de critiquer impitoyablement une œuvre symphonique que Nietzsche lui avait envoyée en 1872.
Bülow prit une de ces plumes de Tolède qui ne manquaient jamais sur son bureau, et écrivit à Nietzsche:
Votre Méditation sur Manfred est un comble extrême d'extravagance fantastique et la chose la plus désagréable et antimusicale que j'aie depuis longtemps eue sous les yeux sur du papier à portées. A plusieurs reprises je dus me demander si tout cela n'était pas une plaisanterie et si vous n'aviez pas voulu écrire une parodie de la soi-disant musique de l'avenir ? Est-ce exprès que vous vous moquez continuellement de toutes les règles de l'harmonie, de la syntaxe comme de la grammaire de l'art musical ? En dehors de l'intérêt psychologique — car dans votre produit musical fiévreux on sent un esprit peu commun et distingué malgré toutes ses erreurs — votre Méditation n'a, au point de vue musical, que la valeur d'un crime dans le monde moral. Je n'ai pu y découvrir aucune trace de l'élément apollonien, et quant à l'élément bachique, j'ai dû, ]e l'avoue franchement, penser plutôt au « lendemain d'une bacchanale » (ces mots en français) qu'aux dionysiaques. Si vous avez réellement un besoin impérieux de vous exprimer dans la langue musicale, il est indispensable que vous vous appropriiez d'abord les premiers éléments de cette langue. Une fantaisie qui se débauche par des réminiscences de la musique de Wagner n'est pas une base pour la production musicale. Les audaces les plus inouïes de Wagner sont justifiées par l'action du drame et prennent leur racine dans le tissu des paroles, car il s'abstient prudemment de ces monstruosités dans ses compositions purement musicales; elles sont, par surcroît, toujours correctes au point de vue de la langue, jusqu'aux plus infimes détails de la notation. Si l'intellect d'un connaisseur, tout de même cultivé, comme Monsieur .... (ici, Bülow nomme un critique viennois fort connu), n'est pas suffisant pour reconnaître cela, j'y vois la preuve qu'il faut être « musicien et demi » (ces mots en français) pour apprécier justement Wagner comme musicien. Si vous prenez au sérieux votre incursion dans le domaine de la composition musicale, ce dont je dois encore douter, ne composez au moins que de la musique vocale et donnez à la parole le gouvernail de la nacelle qui vous ballotte sur une mer sauvage de sons. Encore une fois, excusez-moi, vous avez désigné vous-même votre musique comme effroyable ; elle l'est en effet, et plus effroyable encore que vous ne pensez. Elle ne fait pas de tort à l'univers, mais elle est pire : elle est malsaine pour vous-même, et vous ne pouvez pas tuer votre excédent de temps libre d'une façon plus mauvaise qu'en violant Euterpe de cette façon.
Quelque temps après avoir reçu cette critique terrible, Nietzsche répondit à Bülow en le remerciant et en reconnaissant ses torts, tout en avouant que la composition de sa musique lui avait causé une très grande joie. Bülow a d'ailleurs vécu assez longtemps pour apprendre que les errements musicaux du philosophe étaient dus à une désorganisation de son cerveau qui avait commencé déjà à une époque où les nombreux admirateurs de Nietzsche ne se doutaient guère de l'état réel de son esprit aussi paradoxal que profond."
Voir la lettre initiale de Nietzsche (20 juillet 1872) et la réponse de Nietzsche à la lettre d'Hans von Bülow (29 octobre 1872)
Suite et fin le 22 décembre 1937.
EMILE-LAURENT R., "Nietsche et la politique totalitaire", in Le réveil économique, 22 décembre 1937, p. 2. [L.V.]
Suite de l'article du 1er décembre 1937.
A propos de l'étude intitulée "Le second livre d'élégies attribué à Théognis" (1883), d'A. Couat (p. 192-193), note: "Le recueil date probablement de l'époque byzantine; une fois fait, il a été inséré au milieu d'autres élégies. Discussion de l'opinion de Nietzsche relativement à la disposition des morceaux du recueil" (p. 193).
A propos de la thèse de Victor Egger, Bordeaux, 1881, signé H. W.:
"Disputationis de Fontibus Diogenis Laertii particulam de successionibus philosophorum Facultati litterarum Parisiensi proponebat Victor EGGER. Bordeaux, 1881.
Diogène Laerce est un de ces compilateurs qui n'ont rien d'original que les erreurs et les bévues qu'ils mêlent aux extraits des auteurs qu'ils suivent. Il est donc très important, mais il est aussi très difficile, de bien connaître les sources de Diogène. M. V. Egger recherche à quel auteur Diogène doit le système de filiation qu'il établit entre les écoles philosophiques. A la différence de M. Nietzsche, qui avait traité la même question en prenant Diogène pour point de départ, M. E. fait connaître dans leur ordre chronologique les auteurs qui, depuis Aristote et Théophraste, s'étaient occupés de l'histoire de la philosophie et des philosophes. Cette disposition des matières est plus instructive et plus facile à suivre. La thèse de M. E. est que Diogène doit l'ordonnance générale de son ouvrage à Sotion et à son abréviateur Héraclidės Lembus. En se servant de certains indices, le jeune philosophe, qui est en même temps excellent philologue, cherche à établir très ingénieusement que Sotion imagina d'abord l'étrange division des sectes philosophiques de la Grèce en deux séries, la série ionienne depuis Thalès jusqu'aux Platoniciens, aux Stoïciens et aux Péripatéticiens, et la série italique, de Pythagore aux Eléates, à Démocrite et à Epicure. Ce qu'il y a de plus particulier dans la seconde série, l'isolement d'Héraclite et de Xénophane, est attribué au même Sotion, savant de la première moitié du IIe siècle avant notre ère, qui aurait eu le tort de préférer une érudition frivole à la science solide de Théophraste" (p. 157).
Signale: "G. KERN, Bemerkungen zum 10. Buch des Laertius Diogenes. Sans valeur dans sa partie générale, comme s'appuyant sur une thèse de Nietzsche bien réfutée par J. FREUDENTHAL (Hellenistische Studien); mais de bonnes remarques de détail" (p. 83).
Signale: "13 déc. H. FLACH. Untersuchungen über Eudokia und Suidas [B.]. Beaucoup de travail appliqué à un mince sujet. L'auteur revendique le Violarium en faveur d'Eudocia. Pourtant il reconnaît partout la présence d'interpolations plus ou moins considérables. Il combat l'opinion de Nietzsche, d'après laquelle Hésychius ne se serait pas servi de Diogène de Laërte, la concordance de ces deux auteurs s'expliquant par une source commune" (p. 102).
Signale: "Ramorino, Teognide di Megara. Connaissance des sources et soin dans l'exécution, s'occupe de l'authenticité. Discute les vues de Nietzsche, Welcker, Bergk" (p. 31).
AVRIL 2026
"M. Et. Giran la cheville ouvrière de cette Union, a opposé, avec son habituel talent de pensée et de parole, à Nietzsche, le « dévalorisateur » des vraies valeurs humaines, le philosophe Bergson, un « revalorisateur »" [Le Foyer protestant, 1er mars 1933].
Sur Nietzsche (p. 182-185)
Extrait: "Nietzsche peut très bien servir de type pour définir dans son ensemble l’échec de la violence abstraite. Le ramollissement du cerveau dont il finit par être atteint ne fut pas un accident physique. Si Nietzsche n'avait pas fini dans l’imbécillité, le nietzschéisme aurait fini dans l’imbécillité. Celui qui pense orgueilleusement dans la solitude finit par l’'idiotie. [...]
Au moment où j'achève cette description des maux qui nous menacent, se dresse devant moi une pile de livres modernes que j'ai feuilletés pour mon travail: une pile d’ingénuité, une pile de futilité. Détaché de tout cela, je puis voir l’écrasement de toutes ces philosophies d’un Schopenhauer, d’un Tolstoï, d’un Nietzsche, d’un Shaw, aussi clairement que l’on peut voir d’un ballon l’écrasement d’un train. Ils sont tous en route vers le désert de l’asile. Car la folie peut être définie: se servir de l’activité mentale pour atteindre la faiblesse mentale et celle-ci, ils l'ont presque atteinte."
Parallèle entre Nietzsche et Jeanne d'Arc.
Suite dans le numéro du 1er décembre 1897.
HALEVY Daniel, "Nietzsche et Wagner - 1869-1876", in Revue de Paris, vol. 24, 1er décembre 1897, p. 649-674.
Suite et fin de l'article du 15 novembre 1897.
Traduction de E. Desmedt.
A propos du début de la publication des compositions musicales de Nietzsche.
Contient: "XXXIII: Nietzsche et la musique", (p. 245-246). Note: "En art, la théorie bien définie et bien bornée par les arpenteurs de la doctrine est le plan du médiocre et souvent de l'absurde. A tout coup, le dogme est paradoxe. Nietzsche en est le plus curieux exemple. A quel parti pris aveugle la théorie ne conduit-elle pas un esprit de cette trempe pour lui faire préférer Carmen à Tristan?" (p. 245) Développe: "Le plus ridicule, quand on voit les misérables essais de Nietzsche en musique: il n'y entend rien. On ne peut discerner dans cette pensée et cette harmonie également banales, la moindre promesse de talent, ni le pressentiment ni l'ombre du génie." (p. 246)
Et: "XXXV: Encore Nietzsche" (p. 247). Note: "Nietzsche a beau parler des Grecs, de Dionysos, de l'antique et de tout ce qui s'en suit, il est chrétien de la tête aux pieds et pasteur même. Brand l'est bien. On est aussi bien pasteur à rebours que dans le sens du droit fil."
(L. Verbaere, 2026)
Commente une brochure d'Hugo Daffner, Friedrich Nietzsches Randglossen zu Bizets Carmen, Regensburg, Bosse, 1912.
Comptes rendus de Charles Andler, Nietzsche, sa vie et sa pensée (tome V) et Nietzsche, Considérations inactuelles, 2ème série, traduction d'Henri Albert.
Evoque les relations et la rupture entre Nietzsche et Wagner.
"La Grèce marque donc ce moment unique de l'histoire, où les forces cosmiques, en lutte inégale chez les autres peuples, parvinrent à un équilibre parfait et à une sorte de fusion harmonieuse. Le pacte d'Apollon et de Dionysos est le chef-d'œuvre de la religion hellénique et le secret de la Grèce sacrée 1
1. C'est ici le lieu de rendre justice à celui qui a découvert la signification transcendante d'Apollon et de Dionysos pour l'esthétique grecque. La Grèce elle-même, qui l'a si puissamment illustrée dans ses mythes et réalisée dans ses Mystères, ne l'a pas exprimée par la bouche de ses philosophes. Peut-être ne l'a-t-elle pas formulée parce qu'elle l'a trop vécue. Quant aux modernes, personne ne s'en est douté. Seul Nietzsche l'a devinée dans son génial essai : l'Enfantement de la tragédie par le génie de la musique (Die Geburt der Tragoedie aus dem Geisle der Musik). Ayant remarqué dans toute la littérature grecque l'antagonisme radical entre l'élément apollinien et l'élément dionysiaque, il caractérise le premier comme le phénomène du rêve et le second comme celui de l'ivresse. Le rêve amène les belles visions; l'ivresse produit une sorte de fusion de l'âme avec l'âme des êtres et des éléments. Pour cette raison, Nietzsche nomme Apollon le principe de l'individuation, de la noble individualité humaine, et Dionysos le principe de l'identification avec la nature, du retour au Grand Tout. De cette vue profonde, il tire des déductions neuves et frappantes, d'abord sur le contraste entre la sérénité contemplative des rhapsodes épiques et la passion tumultueuse des lyriques grecs, ensuite sur la nature primitive du dithyrambe et sur l'origine de la tragédie, où les deux principes se fondent en se synthétisant. En somme, Nietzsche a parfaitement caractérisé les effets psycho-physiologiques de la force apollinienne et de la force dionysiaque et montré leurs contre-coups dans l'art grec. Mais sa mentalité et sa philosophie ne lui permettaient pas de remonter aux puissances cosmiques dont le rêve apollinien et l'enthousiasme dionysiaques ne sont que des actions réflexes. N'admettant pas l'existence d'un monde spirituel au-dessus du monde physique, la vision apollinienne des Archétypes ne pouvait être pour lui qu'une hallucination poétique et l'extase dionysiaque qu'un retour au néant ou à l'inconscience des éléments. Sur sa rétine irritée par la philosophie de Schopenhauer, la lumière d'Apollon et la flamme de Dionysos se changèrent en la tache noire du pessimisme. Cela ne rend sa découverte que plus remarquable. Il fallait une intuition d'une acuité singulière pour parvenir jusqu'au seuil des Mystères et soulever un coin de leur voile, sans la tradition ésotérique et sans l'illumination complète" (p. 273-274).
Contient dans le chapitre II "Les souffrants": "Nietzsche et le surhomme. Frédéric Nietzsche et sa philosophie". (p. 127-182)
Reprise de son article de 1895: "L'individualisme et l'anarchie en littérature : Frédéric Nietzsche et sa philosophie", in Revue des Deux Mondes, 130, 15 août 1895, p. 775-805.
Réédition en 1913.
L'ouvrage en est à sa 15ème édition en 1926.
Article repris dans son livre, Précurseurs et révoltés en 1904.
A propos de Bayreuth 1876 et de la rupture de Nietzsche avec Wagner:
En dépit de tout, Parsifal a ressuscité l’idéal avili; car un idéal sans beauté ni grandeur est ce lion mort de la fable, qui ne vaut pas une chienne de réalité vivante. Ibsen et Dostoïevski le savaient. Il n’est d’idéal véritable que celui où l’on s’est mis soi-même avec grandeur, et que l’on crée avec son sang. L’oratoire n’y peut suffire, ni le pître, ni la politique, ni l’action. La beauté comme l’amour divin a d’autres exigences: on n’y peut atteindre sans une vocation de sacrifice. Voilà ce que Nietzsche a si bien saisi, dans le fort même de sa rupture avec Wagner; et je pense qu’il a voulu faire à
sa façon ce qu’il s’indignait que Wagner fit sans lui, à la sienne. La fureur de Nietzsche contre Parsifal est l’éclat irrésistible de son dépit contre Wagner. Il a vu jusqu’où Wagner pouvait se passer de lui. Il s’est pris à haïr le magicien capable de restaurer une religion par la seule magie de sa musique. Mais la colère de Nietzsche sent trop le blasphème, pour qu’il n'adore pas en secret ce qu’il maudit; et même il l’envie. La jalousie de Nietzsche est profonde; jaloux de Wagner, il l’est devenu peu à peu de Jésus, comme je l’ai fait sentir jadis. Sa pensée a beau suivre Bacchus sur le Cithéron: cette bacchante est née chrétienne: dans la passion jalouse, dans la haine présente l'écho se prolonge de l’amour passé. Nietzsche, dès lors, s’est élevé sur la voie fatale où l’ascension conduit au précipice: il n a eu de cesse qu’il n’ait fait de lui-même un Antéchrist contre Jésus-Christ." (p. 17-18)
Raconte qu'après la guerre de 1870-1871, "Wagner semblait avoir renoncé à se faire jouer en France; les amis restés
fidèles ne dépassaient pas la douzaine. L’inauguration du théâtre de Bayreuth en 1876 avait eu peu de retentissement à Paris; un très petit nombre de Français s’y étaient rendus; la presse n’en avait guère parlé."
Raconte que son premier vrai contact avec Wagner fut en 1882 à Londres: "j’avais vingt ans; je n’avais entendu que les fragments joués dans les concerts, et toute mon érudition relevait du livre de Schuré, le Drame Musical; des sujets mêmes des quatre drames auxquels j'allais assister, je ne savais que ce qu’en rapportaient les analyses nécessairement sommaires de Schuré; quant à la langue allemande, je m'étais mis à l'apprendre, mais j’en étais, je crois, à ma quatrième leçon! Si on laisse au mot « comprendre » sa signification courante, je puis dire que j'assistai, sans comprendre, à l’énorme déroulement de ces quatre soirées. Mais l’œuvre répondait évidemment aux plus profonds besoins de mon inconscient; ce furent quatre soirées d’extase; j’étais pris comme dans le flux d’un océan; et je suis resté pris pour toute ma vie. Je pourrais comparer la formidable impression d’entière compréhension par le cœur en même temps que d’incompréhension par l’intelligence que me donnèrent ces quatre soirées, à la première lecture que je fis, beaucoup d’années plus tard, de Zarathoustra, ne connaissant encore à peu près rien de Nietzsche; et je me demande si cette façon d’entrer dans une grande œuvre n’est pas la meilleure, — quitte à travailler ensuite." (p. 237-238)
(L. Verbaere, 2026)
Illustrations de Simont.
Daniel Lesueur est le pseudonyme de Jeanne Loiseau, épouse Henry Lapauze (1860-1921), auteur de nombreux romans et de sonnets philosophiques. Il a tiré d'un de ses romans un drame joué au théâtre par Sarah Bernhardt en 1905.
Le roman Nietzschéenne paraît en volume en 1908.
Surtout passage sur Nietzsche dans le chapitre XVII: suite de l'histoire de la dame potelée. (p. 175-188)
Personnage masculin se moque du personnage féminin qui lit Nietzsche et ne le comprend pas. Rectifie.
Exemple:
"— Attendez !... il était convenu qu'il ne m'écrirait pas de lettres d'amour, ni même de tendresse... Bien plus! ses lettres devaient être rigoureusement impersonnelles: des réflexions, des commentaires sur un livre qu'il me priait d'emporter et de lire durant mes trois mois de solitude.
— Et ce livre était?...
— Emile me le remit enfermé dans une grande enveloppe, en me faisant jurer de ne l'ouvrir qu'à Antibes. Je lui tins parole. Je me souviens de ma surprise en lisant le titre de l'ouvrage, un petit volume jaune qu'on aurait pris pour un roman: Pages choisies de Nietzsche... Pourquoi riez-vous, monsieur?
— Mais je ne ris point, madame! J'avais effectivement envie de rire, Françoise: seulement je me contins du mieux que je pus. Après la « psychologie », après le « document humain » et la « tranche de vie », après « la scène pleine de grandeur » — l'entrée en ligne de Nietzsche complétait un ensemble tellement comique, pour illustrer l'aventure de cette bécassine bourgeoise et de ce petit jouisseur, que j'eus quelque peine à reprendre mon sérieux.
Pauvre glorieux maître saxon! Avec son confrère de Dantzig, le misogyne Schopenhauer, il aura partagé l'étrange privilège d'être un philosophe pour snobs, un patron laïque pour gens de prétention et de demi-culture. Le surhomme! La doctrine des deux morales! Pas de caillette mondaine, pas de chef de rayon émancipé, pas de cabotine teintée de bas-bleuisme qui ne nous serve, avec ou sans opportunité, ces diverses tartes-à-la-crème ! Notez que Nietzsche est un penseur compliqué, un écrivain brillant, mais difficile; que, pour le suivre et pour le comprendre, il faut un entraînement d'intelligence dont la moyenne des lecteurs est ou incapable ou dépourvue. N'importe! cabotines, caillettes et chefs de rayon continueront de citer Zarathoustra, le Voyageur et son Ombre, l'esprit dyonisien, que sais-je encore?" (p. 180)
Egalement publié sous le titre "Histoire de la dame potelée (trois lettres à Françoise)" dans le supplément de L'illustration, 18 janvier 1908. Avec des illustrations.
Chapitre V: le féminisme. (p. 319-348)
"Voilà! pour l'intelligence. Etudions maintenant la sensibilité de la femme, comparée à celle de l'homme. Comme pour l'intelligence, nous constaterons que cette sensibilité résulte des conditions physiologiques et sociales de la femme. Plus faible, blessée périodiquement par la nature, la femme a conçu, la première, cette morale des faibles qui s'appelle la pitié, la charité, la bonté. Souffrir, être asservi, c'est une école d'altruisme. Mais surtout, la femme s'est sentie liée à sa descendance par toute une série de phénomènes douloureux ou charmants, qui font que l'enfant d'une femme et d'un homme est cent fois plus son enfant à elle. La maternité: voilà le nœud secret, ou, si vous voulez, une autre image, la nervure centrale de toute la sensibilité féminine. Michelet a écrit là-dessus des pages excellentes que je vous engage à relire dans son livre sur La Femme. Il a très bien vu l'instinct maternel guider la petite fille dans ses jeux, l'adolescente dans ses rêveries, puis la jeune fille, la jeune femme dans l'amour. Quand le rêve s'est fait chair, quand la maternité tant désirée s'est réalisée, la femme atteint le terme de son évolution. Si elle est normale, elle vit pour l'enfant, plus mère (trop souvent, en France), qu'elle ne fut épouse... Je n'insiste pas sur tout cela qui est un merveilleux sujet à lieux communs. Mais recueillons cette importante conclusion: que les conditions sociales de la femme à travers les âges se sont unies aux conditions physiologiques pour lui inspirer la morale que Nietzsche appelle assez dédaigneusement la « morale des esclaves ». La morale des esclaves, c'est, ne vous déplaise, la bonté, le dévouement, le sacrifice. C'est l'altruisme. C'est la morale du Sermon sur la montagne. Ce n'est pas si mal! Mais vis à-vis d'êtres plus robustes et pratiquant la morale égoïste, la morale des maîtres, comme dit Nietzsche, cela impose à la femme une infériorité de plus. Physiologiquement plus faible, — intellectuellement moins entraînée, — moralement moins égoïste, elle devient une proie tout offerte à l'égoïsme, à la force intellectuelle et physique des hommes. Nous allons voir qu'ils en ont profité. Les différences que la nature avait marquées entre les deux sexes au détriment de la femme, ils les ont aggravées de leur mieux, par les lois". (p. 326)
Compte-rendu de Charles Andler, Nietzsche, sa vie et sa pensée, tome 1.
PUECH J. -L., "Jeunesse de Nietzsche, par Charles Andler", in La Paix par le
Droit, décembre 1922, p. 532.
Compte-rendu de Charles Andler, Nietzsche, sa vie et sa pensée, tome 2.
PUECH J. -L., "Pessimisme esthétique de Nietzsche et Nietzsche et le transformisme intellectualiste, par Charles Andler",
in La Paix par le Droit, février 1924, p. 102-103.
Compte-rendu de Charles Andler, Nietzsche, sa vie et sa pensée, tome 3 et tome 5.
PUECH J. -L., "Maturité de Nietzsche, par Charles Andler", in La Paix par le Droit, avril 1930, p. 155-157.
Compte-rendu de Charles Andler, Nietzsche, sa vie et sa pensée, tome 4.
PUECH J. -L., "Dernière philosophie de Nietzsche, par Charles
Andler", in La Paix par le Droit, octobre 1931, p. 486-487.
Compte-rendu de Charles Andler, Nietzsche, sa vie et sa pensée, tome 6.
PUECH J. -L., "Nietzsche, par G. Bianquis", in La Paix par le Droit, juillet 1933, p. 283-284.
Compte-rendu de Geneviève Bianquis, Nietzsche (1933).
Reproduction d'une lettre (signée H. C. S.) adressée au journal. Contient des extraits des œuvres et des lettres de Nietzsche qui témoignent qu'il était contre la guerre, contre l'antisémitisme, pour les Juifs. Avec des passage du livre (Der einsame Nietzsche) d'Elisabeth Förster- Nietzsche.
Marius-Paulin Nicolas réagit à cette lettre en signalant la publication de son livre: De Nietzsche à Hitler. (voir {Correspondance}, in Le Temps du 14 août 1938)
Une version augmentée de cette lettre, avec le même titre et les mêmes initiales, est publiée dans L'essor (Genève) du 19 août 1938, p. 3.
Ajout: Egalement reprise dans La Paix par le droit, octobre 1938.
Extrait de Nietzsche, sa vie et sa pensée, tome 5.
A aucune heure de sa vie sans doute Andler ne s'est permis de dissocier l'apanage de l'homme : sentir, penser, agir. Il a vécu crispé à l'arbre évanescent de la vérité et de la justice. L'amitié même devait se ranger sous la loi supérieure : et comme il était dangereux d'être son élève préféré parce que, craintif de l'injustice, il se montrait à votre égard plus exigeant à l'examen, – de même, ayant à raconter la vie de l'homme avec qui il avait noué, durant un demi-siècle, une amitié grandiose, il se refusa à dissimuler ce qu'il croyait les fautes du noble Lucien Herr. [...]"
EXTRAIT DE
MARS 2026
FEVRIER 2026
Actes du séminaire "Nietzsche versus Marx?" organisé d'octobre 2022 à avril 2024 à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Entretien avec Geneviève Bianquis
"Nietzche disait un jour qu'à l'exception de 200 000 oligarques, de 200 000 capitalistes de haute taille, tous les citoyens dans la nation d'aujourd'hui étaient intéressés à la victoire des socialistes.
A propos du livre d'Aymeric Monville, Misère du nietzschéisme de gauche: de George Bataille à Michel Onfray, Bruxelles, Éditions Aden, 2007.
JANVIER 2026
"J’ai déjà mentionné Nietzche. Mlle de Beauvoir l’a cité dans sa conférence, mais pour l’exclure immédiatement du monde existentialiste. Certes, les personnages, — j'allais écrire les héros de Sartre, mais je me suis rappelé Roquentin, de la « Nausée », et Mathieu, des « Chemins de la Liberté » — les personnages de Sartre luttant seuls, libres et incompris dans un monde hostile, rappellent par certains traits, la factice grandeur du surhomme. Mais non, il y a complète exclusive contre Nietzche... et je pense que celui qui le rejette ainsi hors du monde sartrien n'est autre que Hegel. Nietzche s'est servi de Hegel — personne ne l'ignore, — mais malgré cette influence, il est demeuré individualiste; et ce que Hegel a apporté à Sartre est précisément ce que Nietzche ne pouvait lui apporter: je veux dire un certain « sens du collectif ». Je crois d'ailleurs que ce « sens du collectif » est la seule direction que Sartre ait emprunté à Hegel, mais cela est d'importance. Dans une de ses œuvres, Hegel avait esquissé l’histoire du développement d’une pensée qui serait celle de l’espèce humaine et non plus celle de l’individu. Avec beaucoup plus de vie, lui infusant plus de chaleur, Sartre a fait sienne cette idée. Et liant, fondant la pensée de l'homme dans un grand courant de pensée collective, il ébauche soudain une lointaine communauté, grâce a laquelle Mlle de Beauvoir a immédiatement parlé de solidarité et nous a affirmé qu’ « un homme ne peut pas être libre tout seul ». Mlle de Beauvoir nous avait d'ailleurs préparé à cette idée de solidarité. Dans son roman, « Le sang des autres », qui est un commentaire de cette phrase de Dostoïewski : « Chacun est responsable de tout devant tous » — elle nous a montré qu'il n'est pas un pouce de notre route qui n'empiète sur la route des autres. Elle est même allée plus loin, et nous a fait déboucher dans un univers où la communication entre les êtres était possible, quand ils dépassaient leur égoïsme."
ARTICLES DU JOUR: 1er janvier 2026/1er janvier 1895: "Assurément, l'écrivain qui a fourni la série de livres étranges qui contient Observations inopportunes - Humain trop humain - Ainsi parla Zarathustra - Au-delà du bien et du mal, dix autres volumes et enfin Antichrist possédait un étonnant esprit d'investigation, une verve audacieuse et puissante, des dons admirables pour le raisonnement et pour la fantaisie. Mais l'instinct de désordre a fait son œuvre parmi tous ces biens précieux. Si brillants que soient les livres de l'écrivain polonais-allemand, ils ne forment qu'un pêle-mêle.
Antichrist est le résumé de tous ces accès de frénésie. II nous apprend que la douceur et la piété sont des vices; que les faibles sont méprisables; que la vraie grandeur est dans la force.
Frédéric Nietzsche déclame contre le christianisme qu'il accuse d'humilier la dignité humaine, de dégrader les corps et les âmes. Les encyclopédistes et l'école de Michelet ont dit ces absurdités depuis longtemps. Proudhon a montré le poing à Dieu. Henri Heine a blasphémé la pudeur jusque dans les convulsions de l'agonie. L'invention du fou qui soupire sous les regards anxieux de sa vieille mère a consisté à stimuler le sentiment égoïste de chaque individu. Il a passé sa vie à crier aux hommes : — Faites vos volontés. Agissez à votre guise. Ainsi vous serez grands. — Et l'on a bientôt compris qu'il voulait dire: —Fiez-Vous aveuglément à mes promesses. Prenez-moi pour maître... Adorez-moi! — Le genre humain a hésité avant de souscrire à cette abdication. L'écrivain s'est exaspéré; et la misère intellectuelle et morale s'est étalée à la place où la force devait déployer ses triomphes.
Oui, l'homme est grand et son esprit est sublime; il est fort et invincible. Mais seulement quand il est soumis à la puissance qui l'a fait et pour laquelle il existe. Sinon il devient ridicule et s'affaisse, pauvre caricature gémissante."
Eugène Tavernier
DECEMBRE 2025
(d'après l'annonce publiée dans Progrès dimanche du 10 décembre 1950)
puissance et d’une technicité remarquables. Le sujet: « Nietzsche et les Juifs » fait logiquement suite au débat reporté dans notre précédente chronique.
Par la clarté dialecticienne du conférencier et son habileté de scientifique, nous avons suivi pas à pas l’évolution intellectuelle de Nietzsche et avons disséqué, avec son aide, l’œuvre abhorrée, mais historiquement juste, du grand maître allemand.
Perspicace, un peu teinté de mimétisme, notre jeune ami M. Hosanski s’efforça d’atteindre à l’objectivité, au «fair play», puis s’abandonna à sa faconde, à une griserie de comparaisons qui ne sont pas raisons, mais dont la cascade diaprée fut continuellement traversée d’éclairs de vérité.
Vu la particularité de cet exposé et le rejaillissement qu’entraînerait la diffusion de sa conclusion, nous ne pouvons vous en faire un fidèle compte rendu. Toutefois, il a permis à nos jeunes juifs lyonnais, sinon de raffermir leur foi en la mission du judaïsme, tout au moins de prendre nettement position à cet égard." (Bulletin mensuel de la Circonscription consistoriale israélite de Lyon, 1er mars 1947)
Enquête. Réponse d'Aurel qui évoque Nietzsche: "Parmi les auteurs étrangers, c'est Nietzsche qui fouette le mieux mon courage d'esprit. Mais qu'il est peu viril, par l'angoisse. Comme il accentue en moi le halètement féminin! Comme il décerne peu les sérénités mâles! Cet homme n'est bien que sur-féminin".
Compte-rendu du sixième et dernier volume de la biographie de Nietzsche par Charles Andler. Elogieux: "On a comparé cette histoire au Port-Royal de Sainte-Beuve, pour l'ampleur de l'information, la pénétration de l'analyse et la lumière qu'elle projette sur la pensée profonde d'une époque. L'œuvre supporte la comparaison, quoiqu'il soit difficile de décider encore si la doctrine nietzschéenne aura eu la même valeur représentative, je ne dis pas la même valeur de vérité, que la doctrine de Port-Royal, el Nietzsche que Pascal. Quoi qu'il en soit, il convient de signaler comme il le mérite ce grand achèvement." Discute.
Critique: "Le livre de M. de Pourtalès n'apporte assurément aucune donnée nouvelle, et ne peut guère avoir en fait qu'une valeur d'aide-mémoire pour ceux qui connaissent déjà la question. On y trouvera du moins quelques citations, notamment des extraits de l'admirable correspondance avec Peter Gast, dont il n'existe pas encore de traduction française. Quelques assertions aussi qui sont de nature à surprendre, en particulier la phrase où l'auteur se déclare persuadé que Nietzsche fut « un exemplaire exquis de ceux que Jésus appelle les serviteurs de Dieu ». — Une traduction du livre de M. Ernst Bertram eût, évidemment, rendu plus de service aux lecteurs de Nietzsche".
Publication de notes qui ont servi à son Nietzsche et L'Italie.
Suivie d'une lettre de Paul Valéry à Guy de Pourtalès et d'une lettre de Guy de Pourtalès à Paul Valéry.
Lettre de Paul Valéry à Guy de Pourtalès datée du 16 novembre 1929.
Suivie de la réponse de Guy de Pourtalès à Paul Valéry.
Note: Nous risquons d'autant moins de sous- estimer les difficultés qui retardent l'entrée de l'Allemagne dans la démocratie universelle qu'elle nous troublent non pas seulement pour des motifs d'ordre extérieur mais jusque dans les profondeurs de notre être. Ce serait une entreprise vouée à l'échec que de vouloir, pour des raisons d'opportunité politique, présenter les grands éducateurs de notre caractère national, les Goethe, Schopenhauer et Nietzsche sous l'aspect de libéraux démocrates. Précisément l'opportunisme, l'utilitarisme éclairé sont étrangers à l'éducation qu'ils nous donnent. (p. 336)
Explique: "Le service de la vie, que nous autres Allemands, nous avons toujours été prêts à accomplir, se confond aujourd'hui avec le service de la démocratie. Ce ne sera pas le service que des vaincus et des opprimés apportent à des idées étrangères, ce sera, nous l'espérons, un enrichissement et un approfondissement de ces idées par notre concours. Que l'esprit de Nietzsche puisse devenir la base idéologique d'une démocratie allemande, n'est invraisemblable que pour l'observateur superficiel. N'est-ce pas lui qui faisait de la démocratie la condition préalable d'une nouvelle noblesse dont, selon le mot de son disciple Stefan George, nous nous garderons de chercher les titres dans « le blason el la couronne », et n'est-il pas le chantre postchrétien et romantique d'une nouvelle sanctification de la terre et de l'homme, le prophète d'une nouvelle alliance entre la terre et l'homme? Or, que serait la démocratie au sens le plus sublime du mot, sinon cette nouvelle alliance? Nietzsche, qui sut s'affranchir de Wagner et du romantisme, est en même temps le fondateur d'une renaissance romantique, qui implique une régénération de notre image de l'antiquité par une vie pleine de mystère et d'un sang nouveau. Mais la Démocratie n'est que l'appellation plus moderne, le nom politique d'un concept plus ancien, hérité du classicisme, celui d'humanité, concept suprême, qui réunit sous sa voûte les deux mondes de l'antiquité et du christianisme. C'est au génie prophétique de Nietzsche que nous devons un aspect rajeuni, religieusement plus profond de cette synthèse. Il nous a fait reconnaître en elle « le troisième royaume », un royaume où l'esprit se fait chair et où la chair se fait esprit, le royaume du « surhomme » qu'il aurait pu nommer l'homme tout court, le royaume de l'humanité dont l'idée monte depuis des dizaines d'années au-dessus de l'horizon du monde et jette déjà ses rayons au loin sur les terres déshéritées des hommes. Joignons-nous, Allemands, aux peuples de l'Ouest et de l'Est pour donner le nom de Démocratie à ce royaume, ou pour mieux dire aux mesures qui le préparent, et nous compterons parmi les ouvriers les plus dévoués, les plus hautement qualifiés entre tous ceux qui travaillent à sa réalisation. (p. 336-337)
Compte-rendu élogieux.
MARCEL Gabriel, "Nietzsche, par T. Maulnier", in L'Europe nouvelle, 9 septembre 1933, p. 860-861.
Souligne l'importance de la pénétration nietzschéenne en France en 1932-1933.
Eloges du livre de Thierry Maulnier.
Conclut que l'auteur est sous bien des rapports sous l'influence de Charles Maurras mais que tout permet d'espérer qu'il s'émancipera de cette tutelle.
Compte-rendu du livre d'Alfred Fouillée, Nietzsche et l'immoralisme.
Compte-rendu du livre de Geneviève Bianquis, Nietzsche en France. L'influence de Nietzsche sur la pensée française:
Note: "Ecrit à l'occasion d'un concours ouvert par la Nietzsche-Gesellschaft, ce travail y a obtenu le premier prix. C'est un consciencieux tableau des différentes voies par lesquelles la pensée nietzschéenne s'est peu à peu infiltrée dans la pensée française: étude et traductions d'abord, puis actions et réactions chez les écrivains contemporains. L'auteur fait remarquer très justement que cette influence s'est fait sentir sur les littérateurs beaucoup plus que sur les philosophes, et en des sens fort divers, parfois diamétralement opposés. Comment s'en étonner si l'on connaît la complexité et la richesse, souvent désordonnées, qui caractérisent la doctrine du penseur allemand? Certaines des attributions de Mlle Bianquis sont discutables: le nietzschéisme d'un A. France ou d'un Barrès nous apparaît comme bien superficiel, celui de Maurras est plus défendable. Peut-être a-t-elle eu tort de négliger l'influence, parallèle sur certains points, sans doute plus profonde, de Renan. Mais dans l'ensemble elle témoigne de beaucoup de justesse dans ses vues et d'une vaste information. La copieuse bibliographie qui termine l'ouvrage, rendra de grands services."
Compte-rendu quasiment identique à celui qu'il publie dans la Quinzaine des livres et des revues du 25 juin 1930.
TROUDE R., "Nietzsche en France", {Les livres}, in Quinzaine critique des livres et des revues, 25 juin 1930, vol. 2, n°16, p. 311. [L.V.]
Compte-rendu du livre de Geneviève Bianquis, Nietzsche en France. L'influence de Nietzsche sur la pensée française:
Note: "Ecrit à l'occasion d'un concours ouvert par la Nietzsche-Gesellschaft, ce travail y a obtenu le premier prix. C'est un consciencieux tableau des différentes voies par lesquelles la pensée nietzschéenne s'est peu à peu infiltrée dans la pensée française: étude et traductions d'abord, puis actions et réactions chez les écrivains contemporains. L'auteur fait remarquer très justement que cette influence s'est fait sentir sur les littérateurs beaucoup plus que sur les philosophes, et en des sens fort divers, parfois diamétralement opposés. Comment s'en étonner si l'on connaît la complexité et la richesse, souvent désordonnées, qui caractérisent la doctrine du penseur allemand? Certaines des attributions de Mlle Bianquis sont discutables: le nietzschéisme d'un A. France ou d'un Barrès nous apparaît comme bien superficiel, celui de Maurras est plus défendable. Peut-être a-t-elle eu tort de négliger l'influence, parallèle sur certains points, sans doute plus profonde, de Renan. Mais dans l'ensemble elle témoigne de beaucoup de justesse dans ses vues et d'une vaste information. Une assez copieuse bibliographie termine l'ouvrage, qui complète utilement le grand travail de M. Andler."
Compte-rendu quasiment identique à celui qu'il publie dans la Revue scientifique du 22 mars 1930.
A propos du prix accordée par la Nietzsche-Gesellschaft à Geneviève Bianquis, L'influence de Nietzsche sur la pensée française.
Extrait de Nietzsche en France, Paris, Alcan, 1929, sous presse.
Commence: "Quiconque aborde Nietzsche de front, sans le secours de la chronologie et de la psychologie, croit voir en lui le maître de toutes les contradictions: riche et séduisant par cette richesse, non pas confus, mais complexe, et excessif dans tous les sens à la fois. Son prodigieux talent de forme, sensible même à travers une traduction médiocre, son goût de la formule outrancière et du paradoxe éclatant, la véhémence passionnée qui chez lui alterne avec la plus froide, la plus cruelle lucidité intellectuelle, sont faits pour séduire les esprits jeunes, curieux et hardis, ceux-là même qu'impatiente sa rude et minutieuse discipline. De là son étonnante fortune en France où il a été beaucoup lu, beaucoup aimé et beaucoup haï, prôné ou trahi de mille manières, « transvalué » dans les sens les plus inattendus. Quelle tendance n'a pu se réclamer de lui au temps de sa plus grande vogue? On a vu les uns lui demander des armes pour attaquer la tradition et pourfendre le christianisme, les autres faire appel à lui pour restaurer un régime d'ordre et de hiérarchie; il semble qu'on ait voulu l'enrôler tour à tour dans le camp de l'intellectualisme et du pragmatisme, de l'anarchie et de l'autorité. C'est ainsi qu'il a existé, aux deux pôles de la pensée politique, un impérialisme nietzschéen et un socialisme nietzschéen." Développe.
En réaction à un article d'André Billy sur L'Immoraliste d'André Gide, publication d'une lettre envoyée au journal par Geneviève Bianquis: "Je sais très bien qu'André Gide ne veut plus avouer qu'il doive quoi que ce soit à Nietzsche. Mais il ne lui est pas permis d'affirmer qu'il ne l'avait pas lu en 1900. L'Ermitage, en 1898, contient une Lettre el Angèle, sur Nietzsche, recueillie plus tard dans Prétextes. Cette preuve suffirait, quand bien même Gide n'aurait lu ni les articles sur Nietzsche qui abondent dans L'Ermitage, Le Banquet, Le Mercure de France, La Revue Blanche, La Revue Bleue, La Revue des Deux Mondes et La Revue de Paris entre 1893 et 1900, ni les traductions par fragments, dans ces mêmes revues, ou en volumes à partir de 1892, voire 1877."
Commence: "Nietzsche! Le mot est lâché, et voici qu’on sourit; mais les yeux des rieurs dissimulent une vague inquiétude. Nietzsche? On ne sait pas trop ce que ce nom veut dire; on sait seulement qu’il figure à l’index de la bourgeoisie et de l’église; mais on se tire d’affaire en haussant les épaules et en disant: Nietzsche? C’était un fou!
L’ignorance se complaît à de tels arguments; ils sont brefs et faciles." (p. 1)
Compte-rendu de Charles Andler, La jeunesse de Nietzsche.
Note: "[...] le Nietzsche qu'on nous fait est-il autre chose que le nom collectif trop légèrement accordé à des sentiments et des théories multiples et diverses sous prétexte qu'elles sont, en apparence du moins, une réaction contre tout ce que Nietzsche a effectivement combattu? Le Nietzsche qu'on nous fait pour l' "accorder" ainsi à un système afin de l'utiliser pour ou contre, n'est-il pas un Nietzsche inconnu, un Nietzsche trahi? Je le crois."
A propos de la publication du tome quatrième des Œuvres complètes d'André Gide, relève que d'après la notice de Louis Martin-Chauffier, André Gide aurait expurgé son manuscrit de L'Immoraliste en découvrant Nietzsche. Discute le fait qu'il ne le connaissait pas avant. Doute.
Note: "Nietzsche, qui subit chez nous une éclipse passagère et plus apparente que réelle, a fait en Allemagne, à l'occasion de sa « chute » dans le domaine public, l'objet de discussions passionnées. La dernière partie de son œuvre, L'Antéchrist, Ecce homo, etc., a-t-elle été conçue sous l'influence de la maladie? Quelle a été la part de la folie dans le nietzschéisme de la fin? Toute une école s'est attachée à grossir, à exagérer cette part de manière à annuler les jugements portés par le poète-philosophe sur la politique allemande. Une autre école se rallie à la thèse de Charles Andler pour soutenir que rien ne justifie cette interprétation manifestement tendancieuse, combattue en outre par des documents inédits que produit le docteur E. -F. Forbach [sic: lire Podach] dans L'effondrement de Nietzsche. On vient de traduire ce livre où, selon la formule de l'auteur, nous est présentée une image nouvelle de la vie et de l'activité de Nietzsche."
Note à propos de l'ouvrage de Charles Andler sur Nietzsche: "Un professeur à la Sorbonne a trouvé un éditeur pour plusieurs volumes sur Nietzsche, ses précurseurs, etc. : une sorte de longue bande cinématographique dont la nécessité est plutôt relative, puisque nous possédons des livres sérieux sur Nietzsche et que nous n'avons pas d'ouvrage sur Guyau par exemple."
Se désole: "Nul, je l'espère, n'aura l'idée de me croire hostile à la pensée étrangère, aux philosophes étrangers, à Nietzche, etc. Cela serait risible. Je laisse à Nietzsche une place considérable dans la formation de la pensée contemporaine et j'admire le chef-d'œuvre d'où qu'il vienne. Mais le chef-d'œuvre devient rare à l'étranger et, d'autre part, c'est un fait indéniable que chez nous les écrivains sérieux n'arrivent pas à se faire imprimer."
A propos des "pratiques des apaches du roy", résume et persiste: J'essayais de montrer avant-hier qu'elles s'expliquent par leurs « théories », mal connues jusqu'à ce jour, et, pour en donner une idée, je citais quelques textes édifiants, qui paraissent résumer la doctrine de « l'action française ». Ces textes, recueillis par l'abbé Jules Pierre, se suffisent si bien à eux-mêmes que je n'avais pas cru devoir les accompagner du moindre commentaire.
Naturellement, cela n'est pas du goût de Maurras, qui proteste effrontément :
« On verra plus loin que le provocateur à l'assassinat Gustave Téry (oui, c'est bien moi) se met à ressasser contre nous un nouveau genre de vieilleries... Il cite pêle-mêle des textes sans signatures distinctes en disant : « Le plus grand nombre est de Maurras, les autres sont signés Valois, Vaugeois, Bainville, » le tout destiné à montrer que nous procéderions de Nietzsche, c'est-à-dire d'un Allemand, et, par voie de conséquence, que nos idées couleraient de source allemande. Il est fâcheux pour Téry que Nietzsche soit de tous les Allemands, avec Schopenhauer, le plus imprégné de culture française. »
Il est encore plus fâcheux pour Maurras que Nietzsche soit tout de même un Boche, et quel Boche ! — celui qui a le plus contribué à vulgariser l'idée hideuse, qui fut, pendant tout le stupide dix-neuvième, la grande animatrice de l'Allemagne, l'idée que la Force prime le Droit et justifie tous les crimes."
Compte-rendu de Dominique Parodi, La philosophie contemporaine en France. Regrette la faible place accordée Guyau. Développe les points communs avec Nietzsche.
Réagit à l'article de Gustave Téry dans L'Œuvre qui accuse la pensée de Charles Maurras et des membres de L'Action française d'être d'inspiration nietzschéenne. Proteste: "Il cite pêle-mêle des textes sans signatures distinctes en disant: « Le plus grand nombre est de Maurras, les autres sont signés Valois, Vaugeois, Bainville », le tout destiné montrer que
nous procéderions de Nietzsche, c'est-à-dire d'un Allemand, et, par voie de conséquence, que nos idées couleraient de source allemande. Il est fâcheux pour Téry que Nietzsche soit de tous les Allemands avec Schopenhauer, le plus imprégné de culture française. Il est encore plus fâcheux pour lui que les textes les plus nietzschéens émanent précisément de l'admirable écrivain et homme d'action qui a plusieurs fois rendu grâce aux doctrines d'Action française, de l'avoir retiré des nuées de Nietzsche!"
Malgré les dénégations publiées dans L'Action française et par le père Pedro Descoqs, persiste à affirmer l'influence de Nietzsche sur la pensée de Charles Maurras et sur les membres de L'Action française.
A l'appui, publie une lettre de l'abbé Jules Pierre datée du 4 février 1923 envoyée à L'Action française mais que le journal n'a pas voulu publier.
Proteste contre l'article de Gustave Téry qui affirme que la pensée de Nietzsche est inspirée de Nietzsche. Argumente.
Il m'est arrivé de dire que Maurras est un écrivain « germanique ». [...] cela saute aux yeux de tout homme qui sait lire. De Fichte à Nietzsche, et de Nietzsche à Maurras et à Valois, la filiation est évidente".
A l'appui, cite des extraits du livre de l'abbé Jules Pierre, Avec Nietzsche à l'assaut du christianisme, Exposé des théories de « l'Action française ».
Polémique à ce sujet.
Rappelle que Maurice Barrès a été injuste envers Nietzsche et envers ses admirateurs.
PUBLICATIONS SUR NIETZSCHE/Ossip-Lourié - Ajout: OSSIP-LOURIE, {La Vie Philosophique}, in L'Œuvre, 6 juillet 1924, p. 6. [L.V.]
Compte-rendu de la réédition revue de Pierre Lasserre, La morale de Nietzsche et d'Henri Lichtenberger, La philosophie de Nietzsche. Dans les deux cas, expose ses désaccords.
Raconte: "Les journaux annonçaient, il y a quelques jours, qu’un groupe d'artistes et d’écrivains vient de constituer en Allemagne une société, un cercle et une revue sous le titre général de Pan."
Encourage la solidarité intellectuelle: "Pourquoi ne donnerions-nous pas la main à ces hommes? Il s’est levé en France depuis dix ans une génération d'esprits libres, d’individualistes résolus à sauvegarder l’aristocratie de la pensée, la seule digne, la seule valable, et qu’il faut défendre contre l’égalitarisme jusqu’aux dernières ressources. Cette génération a tâtonné. Elle a moins produit que ses aînés, parce qu'elle s’est contentée moins aisément, parce que le succès et l’engouement public ne la tentaient point, parce qu’elle cherchait plus loin et plus haut. Les quelques œuvres qu’elle a montrées valaient plus peut-être que la masse des productions antérieures. Plus de sensibilité et plus d’art y sont discernables. Celte génération aussi se préoccupait de son affranchissement moral, essayait de maintenir son caractère à la hauteur de son esthétique, et de créer des consciences. Même ses essais irréalisés faciliteront des réalisations futures. Aujourd'hui cette génération, malgré l'hostilité des hommes en place et l’obstination de la routine, est parvenue à se constituer libre et savoureuse sans sécheresse de cœur, passionnée sans irréflexion, espérante sans duperie, confiante dans les forces immanentes de la vie pour exister et laisser des traces hautaines de son passage. Grâce à Dieu, nous ne sommes plus quelques-uns en France à rejeter le scepticisme, à désavouer le laisser-faire et à protester contre l'amoindrissement systématique de l’individu! Eh! bien, puisqu'il existe, cet esprit nouveau, qui étonnera peut-être plus qu’on ne pense l'autre, qu'on invoque dans les milieux bien pensants, pourquoi ne pas lui donner la sanction suprême en appelant à nous, partout où des intellectuels travaillent, ceux qui pensent comme nous?" (p. 1-2)
Pour la philosophie et la morale, souligne "la renommée et de l’universelle importance des écrits d’un Frédéric Nietzche" (p. 2).
Ensemble de notes prises de mars à décembre 1939. Nombreuses rééditions.
Publication partielle dans "Souvenirs d'un ancien ami de l'Allemagne", in L'Ordre, 7 février 1940, p. 4. [L.V.]
Théoricien du nationalisme intégral, il soutient le régime de Vichy. En 1945, il est reconnu coupable de haute trahison et d'intelligence avec l'ennemi et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité et à la dégradation nationale.
Prolifique, Charles Maurras laisse de nombreuses évocations de Nietzsche, accessibles sur Textes et œuvres de Charles Maurras (incomplet).
Sur les relations problématiques de Charles Maurras avec ses écrits de jeunesse (notamment Le chemin de paradis), lire: B. Goyet, "Récits d'enfance et de jeunesse dans l'œuvre de Charles Maurras, entre stigmatisation et revendication", in Genèses, n°47(2), 2002, p. 62-83.
La doctrine de l'Action française est souvent assimilée à une école du nietzschéisme, ce que ses membres contestent. De très nombreux articles de journaux sont consacrés à ce sujet aussi bien avant 1914 (voir par exemple Jules Pierre) que dans l'entre-deux-guerres (voir par exemple Fernand Passelecq). En 1926, les thèses de Charles Maurras sont condamnées par Pie XI et plusieurs de ses œuvres sont mises à l'index.
"Giuglialmo Ferrero, le grand historien italien, publie dans L'illustration, des chroniques aux aperçus profonds, où la connaissance du passé illumine le pressentiment de l'avenir. L'une de ses plus récentes était consacrée aux prophéties de Nietzsche sur la Russie. Ferrero appelle Nietzsche « le nouveau prophète de l'absolutisme ». C’est le dur philosophe allemand qui a formulé, avec éclat, les théories de la force et de la violence en politique; c’est lui qui a été l'un des maîtres de la pensée de Maurras, dans le système duquel, selon la vigoureuse expression du cardinal Andrieu, il n’y a « rien de catholique, ni de français »... Et le livre de M. Jules Pierre, l’un des premiers qui, avant la guerre, et avec une vigueur clairvoyante, dénonça la malfaisance des doctrines maurassiennes, s'intitulait d’ailleurs très justement « Avec Nietzsche, à l'assaut du Christianisme ». Argumente.
"Je croyais l’idée de ce mythe si purement conforme aux sentiments « socialistes » et « archistes » de notre race qu’on ne la pût nourrir ailleurs. Mais voici, me dit-on, qu’elle est professée en Allemagne par un étrange écrivain slave appelé Nietsche. C’est à peine si j’ai feuilleté ce qu’on nous a donné de Niestche. Et il me souvient cependant d’avoir noté dans son Cas Wagner, publié en 1888, mais traduit chez nous seulement en 1893, de curieuses rencontres sur la philosophie de l'art avec les thèses esthétiques qu’il m'est arrivé à moi-même de soutenir en 1891 au moment de la fondation de l’Ecole romane, de concert avec mes amis MM. Jean Moréas, Raymond de la Tailhède, Ernest Raynaud et Maurice du Plessys.
J’avais écrit les Serviteurs à l’automne de 1891; et ils parurent dans la Revue bleue du 30 avril suivant. — Est-il possible, me dit-on, que vous ne connaissiez pas Nietsche! — Mais c’était la première fois que j’entendais ce nom. Ce Nietsche est un Sarmate ingénieux, éloquent et assez subtil. Quoique d’esprit bizarre, il n’a pu lire sans profit notre Platon. Cependant l’effroyable désordre de sa pensée finit par le conduire à un anarchisme orgueilleux. Sa naissance l’y destinait. Fidèle à cette barbarie, il est même devenu fou. J’ai tenté, au contraire, les triomphes de la raison". (p. 324-325)
L'ouvrage est réédité sous une forme remaniée à partir de 1921. Cette note figure inchangée dans la réédition en 1921, également en 1922, sans correction des erreurs typographiques/orthographiques.
Lettre publiée pour confirmer la condamnation des doctrines de L'Action française (voir l'étude de Fernand Passelecq publiée dans le supplément de L'Ouest-Eclair du 19 octobre 1925)
Relève et condamne les affinités entre Nietzsche et Charles Maurras, notamment dans "En somme, quoi?... une application du nietzschéisme" (p. 1) et "La doctrine des surhommes" (p. 2).
Etude déjà publiée dans La Libre Belgique les 18, 19 et 23 septembre 1925.
Etude publiée la même année sous la forme d'une plaquette, avec le même titre, augmentée d'un avant-propos et d'un appendice, Bruxelles, Editions de la Libre Belgique, 1925.
Etude reprise quasiment mot par mot par le Cardinal Andrieu, archevêque de Bordeaux, dans sa lettre du 25 août 1926 publiée dans L'Aquitaine. Voir la condamnation de l'Action française par le Vatican, en décembre 1926.
Sur le même sujet, voir la lettre du prêtre Pierre Charles publiée dans L'Ouest-Eclair du 27 octobre 1925, p. 1.
A l'occasion d'un compte-rendu de Geneviève Bianquis, L'influence de Nietzsche en France (publié dans le dernier numéro de Vient de paraître), conteste la thèse de Geneviève Bianquis qui soutient les affinités entre Nietzsche et Charles Maurras.
Note par ailleurs: "M. Bourget anticipe toute la « philosophie » délirante de Nietzsche" (p. 69).
Référence citée d'après le compte-rendu d'Edmond Jaloux dans Excelsior du 30 mars 1939:
"[...] elle oppose à Paul Bourget un groupe d'écrivains qu'elle appelle les sceptiques :
« C'est dans ce groupe que l'on rencontre les Montaignes, les Voltaires, les Nietzsches, les Anatole Frances, les Gides, tous sceptiques. » (Je vous prie de croire que les fautes d'orthographe ne sont pas de moi.)
Malheureusement pour cette phrase, elle groupe de véritables sceptiques comme Voltaire et Anatole France et des gens qui sont bien autre chose comme Montaigne et Gide — sans compter un véritable fanatique comme Nietzsche".
A propos d'une enquête sur le roman contemporain réalisée par une revue franco-anglaise, The Weekly Critical Review.
Catégorique: "L'influence sociale et intellectuelle du roman français contemporain me paraît tout simplement nulle. Je prends ici les mots dans leur sens strict et je laisse à part les petites épidémies sentimentales que certains romans ont pu propager. Mais au point de vue intellectuel je vois toutes les influences que le roman a subies, je ne vois pas celle qu'il aurait exercée. Le roman est devenu la forme courante, usuelle de notre littérature. Il a reflété, au bout d'un temps plus ou moins long, les nouvelles façons de penser ou les nouvelles formes de la culture européenne; il n'en a créé aucune. Tous les grands courants intellectuels, depuis un demi-siècle environ, sont issus du travail des savants, des historiens, des philosophes, des sociologues. Le roman n'a pas fait autre chose qu'adapter à ses fins propres ce travail des penseurs originaux.
Zola, en ce sens, a utilisé Darwin et Taine; Bourget le pessimisme allemand et la psycho-physiologie, les Rosny la métaphysique évolutionniste de Spencer. Vingt jeunes écrivains se préparent à mettre Nietzsche en romans français. Que cette adaptation soit, par elle-même, une forme de vulgarisation, je le concède; mais l'effet reste parfaitement insignifiant, parce qu'il est incertain, précaire et que, d'ailleurs, le roman ne garde de la doctrine qu'une image atténuée ou infidèle. Il n'en serait autrement que si un grand romancier avait, en même temps, le tempérament d'un apôtre original et d'un créateur de génie, comme Tolstoï ou Balzac."
Article repris dans En lisant. Réflexions critiques, Paris, Ollendorff, 1906.
Réponse avec "l'approbation de S. E. le cardinal-archevêque de Paris, chancelier de l'Université catholique et au nom de tous les professeurs : Le recteur: Alfred BAUDRILLART. Le doyen de la Faculté de théologie: J. BAINVEL. Le doyen de la Faculté de droit canonique: A. BOUDINHON. Le doyen de la Faculté de philosophie: E. PEILLAUBE. Le doyen de la Faculté de droit: J. JAMET. Le doyen de la Faculté des lettres: H. FROIDEVAUX. Le doyen de l'Ecole des sciences: E. BRANLY."
Dénonce: "[...] sans condamner en bloc toute la culture allemande, ainsi que tendent à le faire croire les auteurs du manifeste, sans méconnaître en particulier les services rendus par la science et l'érudition germaniques, nous tenons cependant à montrer que les actes de violence contre lesquels nous protestons sont étroitement rattachés aux dangereuses doctrines dont l'Allemagne a été depuis un siècle le principal foyer. Que de fois l'Eglise mère et maîtresse nous a mis en garde par la bouche de ses pontifes Pie IX, Léon XIII et Pie X, contre les erreurs « d'origine étrangère », c'est-à-dire en fait germanique, qui tendaient à altérer, même dans des pays comme le nôtre, de religion catholique et de culture latine, la véritable et saine doctrine catholique. On ne voit que trop aujourd'hui la conséquence de ces erreurs. La philosophie allemande, avec son subjectivisme de fond, avec son idéalisme transcendantal, avec son dédain des données de sens commun, avec ses cloisons étanches entre le monde du phénomène et celui de la pensée, entre le monde de la raison et celui de la morale ou de la religion, n'a-t-elle pas préparé le terrain aux prétentions les plus extravagantes d'hommes qui, pleins de confiance en leur propre esprit et se tenant eux-mêmes pour des êtres supérieurs, se sont cru le droit de s'élever au-dessus des règles communes, ou de les faire plier à leur fantaisie?" (p. 191-192)
Evoque Kant, Hegel puis Nietzsche: "Nietzsche, quelques réserves qu'il ait faites sur la culture allemande, n'a-t-il pas, par sa théorie du surhomme, préconisé, avec un cynisme brutal, le droit de la force? Le matérialisme sans vergogne du monisme évolutionniste, le panthéisme latent ou explicite des philosophes idéalistes et des théoriciens subjectivistes de la religion, au service l'un et l'autre de l'orgueil germanique, n'ont-ils pas concouru à présenter dans l'Allemand le type le mieux réussi de l'espèce humaine, devant qui tous les autres n'ont qu'à s'incliner, le type en qui le divin a trouvé sa plus haute réalisation?" (p. 192)
Avec un portrait de Nietzsche.
"L’actualité de Nietzsche ne tient pas à l’idéologie de Rosenberg. Nietzschéisme et hitlérisme n’ont de ressemblance qu’apparente. Le philosophe du renversement des valeurs s’enchanterait de la révision que nous faisons de son œuvre. La nouvelle traduction que les Editions de la Nouvelle Revue Française font paraître par les soins de Geneviève Bianquis et de Maurice Betz, y coopère pour beaucoup. «Ainsi parlait Zarathoustra», «La Volonté de Puissance», nous apparaissent, dans cette version, comme de hautes cimes de l’esprit humain. Goethe, Nietzsche appartiennent à la tradition humaniste... C’est peut-être loin de Rosenberg, n’en déplaise à M. Alphonse de Châteaubriant". Voir Alphonse de Chateaubriant, La Gerbe des forces publié en mai 1937 et "Hitler m'a dit..." publié dans Le Journal du 2 septembre 1938.
Traduction française d'extraits d'écrits autobiographiques de Nietzsche.
Nécrologie.
Contient "Nietzsche contre Marx" (p. 63-75).
Evoque les changements de Paul Bourget. Ajoute: "Pour ma part, s’il est permis de parler de soi et de mêler ainsi de petites personne» aux grandes, j’ai senti l'influence bienfaisante de Taine, de Renan, d’Anatole France, de Moréas, de Barrès, de Bourget lui-même et n’ai jamais manqué d’occasion de le publier. Ecorné, échaudé, manquant d’avoir été définitivement égaré et gâté par la mauvaise entente du monde classique chez Leconte de Lisle, par les sonnets hurlants et sauvages de M. de Heredia, par l’abominable patois de M. de Goncourt, par ce qu’il y eut de plus misérable en de délicieux chefs-d’œuvre de Verlaine, par l’anarchisme de Tolstoï, par le prétentieux individualisme d'Ibsen, par le faux classicisme et le faux « archisme » de Nietzsche, ou par tels autres simulacres de M. Ferdinand Brunetière ou de M. Emile Faguet, je l’ai dit et je l’ai redit, et je le redirai. Je porterai le témoignage de tout le mal que me firent, et que firent encore à d’autres, ces gens-là." (p. 2)
Insiste: "Je n’accepte point la créance que l’on me présente quelquefois au nom de Frédéric Nietzsche, parce que je sens bien ne lui rien devoir de réel: tout ce que ce philosophe germano-slave peut sembler nous avoir appris sur l’autorité, sur la liberté et sur leurs rapports, c’est lui au fond qui nous le doit, car il le doit à des esprits de notre race ou qui sont de notre héritage, un Joseph de Maistre, un Voltaire, un Renan, un Lucain, un Aristote ou un Thucidyde. Si, d’ailleurs, nous n’avions possédé une règle supérieure à celle de Nietzsche, il n’y aurait point eu de raison pour que l’auteur du Zarathoustra ne nous entraînât point dans son anarchisme orgueilleux et incohérent et dans sa révolte mystique contre l’ordre logique et la loi naturelle. Que notre personne s’exprime quand elle élimine et désavoue un maître si faux: elle n’est pas moins souveraine quand elle reconnaît les docteurs dignes d’elle". (p. 1)
"La mère de Frédéric Nietzsche vient de mourir à Naumbourg.
C’était une pieuse et ferme chrétienne. Elle s’était éloignée de son fils lorsqu’il publia ses œuvres d’insolent athéisme. Mais lorsque le chantre de l'Antéchrist l’aristocrate païen qui méprisait Jésus d’aimer les humbles fut, en pleine forfanterie et en plein triomphe, frappé par la paralysie générale, la mère vint s’asseoir au lit du fils coupable si durement puni. Elle se remit à le soigner comme un petit enfant, et ce penseur orgueilleux, ce blasphémateur éloquent ne pouvait plus prononcer qu’un seul mot, qu’il répétait tout le jour « Mama... mama. »
« Mama » partie, une sœur de Nietzsche prendra soin de ce débris d’homme qui défia Dieu".
A propos de l'enquête sur l'influence allemande lancée par le Mercure de France. A propos de l'essor d'un nationalisme intellectuel, note qu'il "n’existe pas de propriété littéraire et quant à la priorité, cela n’est regardé que par la basse classe des historiens, sous-classe des chronologistes. Il ne s’agit pas de savoir qui a dit le premier, mais qui a dit le mieux! Un seul point a de l'importance. Beaucoup de jeunes écrivains et philosophes du plus récent mouvement ont quitté L'Allemagne pour notre Empire du soleil sous l'influence de l'allemand Frédéric Nietzsche; c'est à sa suite qu'ils parlent de méditerraniser la musique, la philosophie, la peinture et les autres arts, Je ne les blâme pas d’avoir suivi une inspiration qui les a mis du bon côté, non plus que je ne blâmerais le vieil Ulysse de rentrer aux bords ithaciens sur quelque paquebot du Lloyd. Mais ceux d’entre nous qui ont toujours navigué sur la tartane ou sur le caïque de leurs ancêtres doivent le déclarer au directeur du port, et je crois que voilà qui est fait. Au surplus, le public devait peut être se douter qu'il y avait quelques Français qui n’avaient pas eu besoin de Nietzsche pour soupçonner le rôle historique des Aristocraties, la valeur politique, poétique et morale de l’Ordre, l'importance de la Civilisation. Ce n'est pas de Nietzsche que nous avons appris je ne dis pas uniquement à sentir, mais à connaître, dans ses causes et dans sa raison, le supériorité de la tradition et de la culture françaises. Nous avons découvert la Méditerranée tout seuls". (p. 2.)
Dans sa présentation de la lettre de Lionel des Rieux, explique: "Si donc le genre humain et, en particulier, la nation française tiennent encore à garder quelque dignité et à poursuivre quelque tâche noble ou belle, de quelque ordre qu’on la suppose, M. Lionel des Rieux y met pour condition que l’erreur libérale et la folie démocratique seront au préalable, dépouillées et foulées aux pieds.
Quelque niais le prendra pour un disciple de Nietzsche; mais tous les esprits informés savent que ce germain mâtiné de slave n'a jamais été que notre condisciple. Il a été à la même école que nous et, né comme ce pauvre M. de Pressensé parmi des protestants, pénétré du suc des plus abondantes sottises, Nietzsche n’a pas toujours très bien compris ce que nos maîtres lui enseignaient. Nos jeunes Français l’ont déjà dépassé, amendé et j’espère qu’ils le feront vite oublier".
Compte-rendu de la traduction française de Nietzsche, Ecce homo, publiée dans le Mercure de France. (p. 2)
Note: "Les plus grands des Allemands, les rares Allemands qui se sont élevés aux degrés supérieurs de la culture ont tous rendu justice à la bienfaisante influence exercée par la France en Allemagne, se sont inclinés devant sa supériorité. Goethe, mettant en parallèle la civilisation française et la barbarie allemande, concluait fortement: « l’Allemagne n’est rien ».
De nos jours Nietzsche a donné l'expression la plus vigoureuse de ce mépris d’un Allemand pour l’Allemagne,
Nietsche était véritablement honteux d’être né dans ce pays de barbares qu'il reniait au nom de la culture. Quel contraste font ses dures paroles avec l’absurde engouement qu'a eu le dix-neuvième siècle français pour les idées
allemandes! Nietzsche appelait l'Allemagne le pays plat de l'Europe. Nietzsche disait encore : « Contre la mode d'aujourd'hui et contre les apparences, il faut défendre cette proposition qui est de simple honnêteté historique et n’en pas démordre: tout ce que l’Europe a connu de noblesse — noblesse de la sensibilité, du goût, des mœurs, noblesse en tous sens élevés du mot — tout cela est l’œuvre et la création propre de la France ». Ailleurs enfin par une vue singulièrement perçante: « Il y a-t-il des philosophes allemands? il y a-t-il des poètes allemands? il y a-t-il des bons livres allemands? — Telle est la question que l'on me pose à l'étranger. Je rougis, mais avec la bravoure qui m’est propre, même dans les cas désespérés, je réponds: oui, Bismarck. »
Rien n’est plus juste: c’est parce que l’Allemagne existe aujourd'hui politiquement, est forte politiquement que les Allemands élèvent leurs prétentions à la culture". (p. 2)
Contient "De Kant et de Goethe" (p. 86-97), un article déjà publié en novembre 1914 dans L'Echo de Paris.
Nietzsche n'est pas nommé mais évoqué à la fin avec le "surhomme". Dans "L'âme étrangère" (p. 47-57) daté de juin 1921, évoque "la vieille et utopique formule « un bon Européen »" (p. 50).
Brochure in-8.
Référence citée d'après le Catalogue de la bibliothèque de la Chambre du Commerce de Paris (1922), vérifiée par JLP (décembre 2025). C'est un livre de 61 pages publié aux éditions Dubreuil, Frèrebeau et Cie en 1911.
Enquête. Conclusion de la réponse de Paul Bourget:
"[...] nous autres, Français, aurons toujours à faire une objection très grande" à Nietzsche. "Nietzsche a combattu le christianisme, et je ne crois pas que dans notre pays nous puissions nous passer, pour la formation de l'individu, de cette admirable organisation qu'est l'Eglise catholique.
C'était l'avis de Balzac, dont je viens de vous citer le nom; il disait dans sa préface générale:
Le christianisme, et surtout le catholicisme, étant un système complet de répression des tendances dépravées de l'homme, est le plus grand élément d'ordre social.
Pour moi, cette phrase est la formule même de la vérité, et d'ailleurs, par une contradiction qui prouve qu'un bon esprit d'observation aboutit toujours au vrai sous toutes les formules, qu'est-ce autre chose que dit Mme Daniel Lesueur quand elle affirme que, « sans l'acceptation de la souffrance, de l'obéissance, de l'inégalité, de la discipline, on marche dans l'ombre de la mort »?
Un Joseph de Maistre, un Brunetière n'auraient pas parlé autrement."
Référence ajoutée parce qu'elle concerne un journal des années 1913-1914. Cite Nietzsche à propos d'une note sur l'impérialisme allemand remise au général Joffre en 1913 (p. 70-71).
Il a attiré attention sur le péril qu’il y aurait à ce que de telles idées se répandissent davantage et pénétrassent jusque dans la pratique et il a montré la contradiction que la vie de Nietzsche, toute de noblesse et de générosité, forme avec le désolant nihilisme de ses doctrines."
Commence: "J’ai ouvert ces jours-ci, avec curiosité, quelques volumes de ce Frédéric Nietzsche qui a eu, plutôt après sa mort que pendant sa vie, une si large part dans la constitution de l’affreuse mégalomanie allemande. Indirectement, certes, et non dans le sens exact qu’il eût souhaité, car cet esprit altier et lyrique a été compris par ses concitoyens avec une bassesse brutale et triviale: mais enfin il n’est point niable que ses leçons aidèrent à tourner leurs lourdes têtes.
J’ai emporté de cette lecture une singulière impression, et Nietzsche, qui vécut isolé, peu lu, peu compris, peu suivi, m’est apparu, par sa fin autant que par son œuvre, comme un terrible emblème du destin de sa race. Il m’intéressa toujours, depuis près de vingt ans, et je fus des premiers à l’étudier lorsqu’il fut révélé au public restreint qui, chez nous, s’occupe de philosophie. Je dus même, jadis, préfacer et commenter la traduction de son Aurore. Cependant, jamais je ne fus convaincu, ni même impressionné par ses propositions, dont un certain snobisme a fait l’usage le plus absurde, y voyant une réédition aggravée de ce vieux « struggleforlife » cher aux romanciers de 1885, une sorte de manuel apologique de l’arrivisme. A la vérité, Nietzsche ne fut aucunement un philosophe. [...]".
Article reproduit dans L'Ordre du 20 juillet 1939.
Contient le texte de la conférence prononcée en 1896: "Les snobs". (p. 95-102)
Enumère: "Nous avons eu successivement les snobs du roman naturaliste et documentaire, les snobs de l'écriture artiste, les snobs de la psychologie, les snobs du pessimisme, les snobs de la poésie symboliste et mystique, les snobs de Tolstoï et de l'évangélisme russe, les snobs d'Ibsen et de l'individualisme norvégien; les snobs de Bollicelli, de saint François d'Assise et de l'esthétisme anglais; les snobs de Nietzsche et les snobs du « culte du moi »; les snobs de l'intellectualisme, de l'occultisme et du satanisme, sans préjudice des snobs de la musique et de la peinture, et des snobs du socialisme, et des snobs de la toilette, du sport, du monde et de l'aristocratie, — lesquels sont souvent les mêmes que les snobs littéraires, car les snobismes s'attirent invinciblement entre eux et se peuvent donc cumuler. Mais je ne vous parlerai ici que du snobisme en littérature, et je ne sais pas bien, en vérité, si ce sera pour en faire la satire ou l'apologie." (p. 95-96). Précision ajoutée dans TRACES ORALES/CONFERENCES/Conférences 1869-1898.
Contient l'article publié en 1894 dans la Revue des Deux Mondes: "De l'influence récente des littératures du Nord" (p. 225-270).
Evoque Nietzsche: "[...] depuis dix ans, tandis que M. Gérard Hauptmann paraissait s'inspirer de M. Émile Zola, et M. Auguste Strindberg de M. Alexandre Dumas fils, et que Nietzsche reproduisait les rêveries maladives des Dialogues philosophiques de Renan; d'un autre côté, M. Paul Bourget nous affranchissait du naturalisme, et la plus large sympathie et la préoccupation morale ou religieuse rentraient dans notre littérature. Tout le sérieux, toute la substance morale de George Eliot semblent avoir passé dans les profondes études de M. Bourget, dont les derniers romans sont, en maint endroit, des récits piétistes." (p. 869)
Se demande combien de temps durera la "septentriomanie" et conclut: "Qui vivra verra. En attendant, dépêchez-vous d'aimer ces écrivains des neiges et du brouillard; aimez-les pendant qu'on les aime, et qu'on y croit, et qu'ils peuvent encore agir sur vous, comme il faut se servir des remèdes à la mode pendant qu'ils guérissent. Car il se pourrait qu'une réaction du génie latin fût proche." (p. 872)
Du reste, certains écrivains français, et non des moindres, n’ont pas craint d’avouer hautement l'influence salutaire qu’a exercée sur leur talent l’œuvre du philosophe. [...]
La critique, à quelque parti qu’elle appartienne, depuis dix ans, fut toujours sympathique, et M. Emile Faguet, entre mille autres travaux, s’est plu à enseigner aux classes bourgeoises qu'elles pouvaient, sans terreur, aborder la lecture de Nietzsche.
A vrai dire, cela ne pouvait pas durer. Il fallait décrocher Nietzsche de son ciel intellectuel, le descendre des hauteurs où nous voulons le maintenir, pour l'offrir en pâture aux ricanements du Boulevard. M. Paul Adam s'y est utilement employé. Grâce à lui, les idées de Nietzsche font le trottoir. (Henri Albert)
NOVEMBRE 2025
Evoque la « Situation » de Bernard E. Harcourt en fin d’ouvrage qui rappelle les moments cruciaux de la réception de Nietzsche en France (p. 352-371), telle qu’elle a été étudiée par Geneviève Bianquis, Pierre Boudot, Jacques Le Rider et Louis Pinto. Expose les quatre temps importants de la réception de Nietzsche en France.
Constate que les "roucouleurs de romances anarchistes sont légion dans la jeune littérature parisienne". Après l'art pour l'art, le wagnérisme et le succès de Tolstoï, ils étaient mûrs pour l'individualisme et l'anarchie. Nietzsche est devenu leur "dieu nouveau".
Dénonce: "Parmi les dilettantes de l’anarchie, il en est d’inconscients peut-être, si enfoncés dans leur cuistrerie de gendelettres qu’ils s’hypnotisent de lumière. On pense alors à ce « bouillonnement impuissant de cerveaux gélatineux » dont parle Max Nordau, à sa formule : « Ce qui manque à presque tous les dégénérés, c’est le sens de la moralité et du droit. » Mais derrière les fanatiques et les dandys impuissants veillent les cerveaux de proie, travaillés d’âpres
besoins de domination, rêvant par delà les catastrophes la tyrannie d'une aristocratie intellectuelle dont ils seraient les grands-prêtres. [...]"
A propos de l'éducation des enfants, déplore: "Il est un mode d'éducation tout à fait exaspérant et dont, par ces temps de snobisme, vraiment on abuse... Une fillette tient a peine sur ses jambes que déjà on songe à lui inculquer le sentiment de l'Art..., Art avec un grand A, bien entendu... [...]
Beaucoup de petites filles de ma connaissance ont, de cette façon et de bien d'autres perdu le naturel qui est la grâce même de l'enfance... Trop tôt on leur bourra le crâne de choses auxquelles, heureusement, elles ne comprennent rien... Elles entendent autour d'elles les subtilités qui sont à la mode, ou il entre des quintessences littéraires, du mysticisme mêlé au réalisme le plus étrange, et dont se servent surtout certaines initiées qui, ayant une culture superficielle et un appétit maladif du rare, se prennent pour des philosophes parce que, avec Nietzsche, elles ont entendu parler Zarathoustra...,, ou pour des esthètes parce que le Ruskinisrne, le Cubisme, le Dadaïsme, l'Erick Satisme, et tous les autres ismes les trouvent au garde à vous!... Déplorables dans leur préciosité, enfantines dans leurs emballements et puériles dans l'expression de leurs admirations, elles ont ce travers, le seul grave à mon avis, de vouloir infuser à l'enfant la maladie de leur snobisme". (p. 379)
Tourne en ridicule les femmes qui citent Einstein comme elles citaient Kant, Fichte, Nietzsche.
A propos des tendances nouvelles, note: "A côté des écoles naturaliste, tolstoïste ou évanlégique, ibsénienne ou socialiste, des écrivains indépendants ont voulu suivre des voies isolées, faire preuve de « personnalité ». Il y a même, à l'heure actuelle, une tendance fort accentuée à cet individualisme. Plus d'écoles, plus de formules, plus de maîtres, chacun veut aller où bon lui semble, où il croit que se cache la Beauté poursuivie. La jeune littérature allemande, comme la jeune littérature française, en est un peu à l'anarchie."
Cite Gérard Hauptmann, Heinz Tovote, Ola Hansson, ce dernier ayant Lombroso et Nietzsche pour maîtres.
Insiste: "Il faudrait un article spécial pour dire l'influence exercée par Nietzsche sur ses jeunes compatriotes. Génial et inégal, il déroute, au premier abord, et sa stupéfiante complexité ne peut ressortir d'une rapide analyse. Un critique autorisé, M. Servaes, considère Nietzsche comme le père de l'idéalisme nouveau". (p. 1)
A propos du livre de Robert Schellwien, Max Stirner und Friedrich Nietzsche (Leipzig, 1892).
Note: "On parle tant de Nietzsche que M. Schellwien a jugé utile d'en reparler à son tour. L'auteur a le rare mérite d'embrouiller les théories si claires, quoique si paradoxales, de ce puissant écrivain. Il s'efforce de contrebalancer l'importance de Nietzsche par celle qu'il attribue à Stirner.
Nietzsche serait, selon notre auteur, plutôt dogmatique, tandis que Stirner est, par excellence un esprit critique. Rendons cependant justice à M. Schellwien, qui est arrivé, grâce à ses commentaires métaphysiques, à rendre Nietzsche et Stirner également incompréhensibles".
Note qu'au "moment où l'on s'occupe de la brochure le Cas Wagner de Friedrich Nietzsche, le livre d'Emile de Saint-Auban [Un pèlerinage à Bayreuth] arrive à propos."
Ajoute: "Le métaphysicien allemand, le savant renommé, lui, a commencé par adorer Wagner et fini par découvrir qu'il le détestait. « Je le déteste, proclame-t-il, mais je ne puis plus souffrir d'autre musique que la sienne. » Pour Nietzsche, Wagner est tout bonnement « une maladie ». Wagner marque la fin de toute musique; nous touchons au néant" et signale l'article de Camille Bellaigue dans la Revue des Deux Mondes.
Finit sur Nietzsche: "Je dois ajouter que Nietzsche est mort fou. On ne dit pas s'il a fini ses jours dans l'hospice d'aliénés qui, à Bayreuth, fait pendant au théâtre de Wagner."
Discute les évocations du livre de Paul Morand à la lumière de ses propres souvenirs. Conclut: "Je ne puis terminer sans signaler à Morand une erreur assez grave (page 169). Ni Maurras ni aucun critique de son groupe n'a jamais « disputé » Nietzsche à personne. Là, Nietzsche a été ou ignoré ou écarté. Seul, Pierre Lasserre s'en est un peu servi au début, comme on conseille un poison en thérapeutique, au compte-gouttes".
Voir aussi la protestation de Pierre Tuc dans L'Action française du 4 avril 1931.
A propos d'un extrait du livre de Paul Morand, 1900.
Cite quelques lignes: "En août 1900, Nietzsche meurt à Weimar, après douze ans de délire des grandeurs, au moment même où Andler et Lichtenberger le font connaître en France, où Marcel Arnaud, au Mercure, publie la traduction de la Généalogie de la morale, versant dans le commerce des explosifs puissants que, sept ou huit ans plus tard, nous manierons avec volupté. Nietzsche n'appartient à aucun parti politique: Maurras, les réactionnaires (nous dirions aujourd'hui les racistes), les socialistes, les anarchistes, se le disputent".
Puis conteste: "M. Paul Morand commet là une confusion involontaire. Que quelques « réactionnaires » aient pu témoigner d'une excessive admiration pour Nietzsche, c'est certain: mais Maurras, qu'on ne saurait qualifier de « raciste » sans commettre une autre erreur, n'a pas manqué une occasion de combattre les idées de Nietzsche et de mettre ses amis en garde contre les séductions du nietzschéisme. Cela date de 1892, cela continuait en 1900 et cela n'a jamais cessé."
Dans Comoedia, Eugène Marsan proteste dans le même sens.
Des passages sont publiés dans les Annales politiques et littéraires en 1931.
Réédition en 1933. Nouvelle édition revue, augmentée et précédée d'une nouvelle préface en 1942.
A propos de Nietzsche: "En août 1900, Nietzsche meurt à Weimar, après douze ans de délire des grandeurs, au moment même où Andler et Lichtenberger le font connaître en France, où Marcel Arnaud, au Mercure, publie la traduction de la Généalogie de la morale, versant dans le commerce des explosifs puissants que, sept ou huit ans plus tard, nous manierons avec volupté. Nietzsche n'appartient à aucun parti politique: Maurras, les réactionnaires (nous dirions aujourd'hui les racistes), les socialistes, les anarchistes, se le disputent". (p. 169, d'après le compte-rendu rectificatif de Pierre Tuc publié dans L'Action française d'après lequel je cite [L.V.])
Voir aussi la protestation d'Eugène Marsan dans Comoedia, 30 mai 1931.
A propos d'Henri Albert, souvenirs personnels et littéraires, à propos des traductions de Nietzsche...
Note: "Henri Albert a été l'homme qui a le mieux et le plus longtemps renseigné Barrès sur les courants d'opinion en Allemagne et l'intellectualité germanique. Particulièrement sur Nietzsche. Barrès admirait en Nietzsche un grand poète lyrique, mais il refusait de le prendre pour un penseur original. « Pour ma part, disait-il, j'ai trouvé ses idées dans Stendhal, dans Renan, et dans mon cœur d'enfant excédé par les grossièretés du collège et du Quartier Latin ».
Sur Maurice Barrès et Nietzsche.
Sur Nietzsche (p. 150-153) dans le chapitre VI: "le mouvement contemporain".
Note que c'est "bien à tort" que les pangermanistes bismarckiens ont vu en Nietzsche un des leurs. (p. 151)
Termine: "Et c'est sans doute une idée très féconde que l'esprit humain procède non par de nouvelles découvertes, mais par la création de valeurs nouvelles; la transformation des sciences, par exemple, est due non pas à un progrès unilinéaire dans la connaissance, mais à des points de vue nouveaux et à des changements radicaux de perspective: c'est par cette théorie des valeurs, semble-t-il, que Nietzsche a eu, non seulement sur la pensée allemande, mais sur la pensée européenne, sa plus grande influence". (p. 152-153)
A propos du livre d'Henri Lefebvre, Nietzsche. Extrait.
Avec un dessin.
Troisième et dernier volume de son autobiographie publiée à partir de 1904.
Texte également publié dans la Revue de Paris à partir de février 1909.
Souvenirs. Brève évocation de Nietzsche:
"Wagner supporte, à ce qu’il semble, ces nouvelles épreuves avec une admirable sérénité: il a comme une cuirasse de bonheur que les coups du sort heurtent désormais sans la traverser, et ce groupe de disciples à la foi ardente paraît former un rempart autour de son cœur. Très gaiement, il me donne des nouvelles de Tribschen et du trouble que les aventures de Munich y ont apporté. Le lendemain de la répétition générale, il leur était venu, par hasard, beaucoup de visiteurs: une de ses sœurs avec son mari et sa fille, un éminent sanscritiste, professeur à l’Université de Leipzig, un philologue de Bâle. — c’était Nietzsche: — on était donc nombreux au dîner de deux heures. Ce dîner fut interrompu dix fois par l’arrivée des dépêches: le maître se levait pour aller écrire la réponse; à peine était-il revenu et réinstallé devant son assiette, qu’une autre missive lui était remise et le forçait à s'absenter de nouveau." (p. 213)
Part du principe qu'il y a un problème de l'antipatriotisme. C'est un mal interne et profond qui témoigne d'une crise générale. Insiste: "L'idée de Patrie est selon les uns objet de foi, selon les autres matière à critique. Les uns et les autres ont également tort, également raison. Dans la presse, dans le livre, dans le haut enseignement, la critique ne se fixe aucune limite. Patrie et Internationale, famille et union libre, devoir et égoïsme, Tolstoï et Nietzsche, se discutent librement. Mais l'École primaire a un tout autre rôle, et la grande erreur fut parfois de la confondre avec l’enseignement d'Université. Les enfants se nourrissent d’un petit nombre de sentiments très simples et d'idées familières; tout ce qui est critique les égare, tout ce qui est casuistique les pervertit. On n'a pas avec eux à chercher si le mariage doit durer ou disparaître; on n'a pas à examiner à la loupe dans quels cas le mensonge est excusable. La piété filiale, le respect du Vrai doivent rester pour eux le Devoir dans sa haute et pleine majesté. C’est la vie qui plus tard ouvrira leur esprit aux formes rares et aux exceptions. De la même manière la Patrie: c’est l’action des années écoulées, c'est l'expérience qui révéleront à l'adulte si Patrie et Humanité se heurtent ou s'entendent. L'enfant n’a rien à voir aux jeux de dialectique. Opposer le devoir au devoir, c'est un luxe de rêveur. N'est-ce pas déjà beaucoup d'opposer la Raison à l’Instinct ?
L'illusion est de s’imaginer qu'il faut choisir entre la démonstration et la foi aveugle. La vraie démonstration, celle du savant, échappe invinciblement à la morale. En ce sens. le Patriotisme ne se démontre pas plus que la piété filiale, que le courage ou que l'honneur. Il n'y a pas de science des valeurs. Est-ce à dire qu'on soit réduit à l’adoration silencieuse, au mysticisme éperdu? Loin de là. [...]" (p. 335-336)
Article en partie reproduit dans Le Progrès de la Côte-d'Or du 25 mai 1909, p. 1.
Septième édition revue de Logique et morale, publié en 1911.
Quelques pages sur "l'individualisme absolu de Nietzsche" en vogue. (p. 341-343)
Sur deux conséquences: "La première a été formulée par Nietzsche dans la doctrine du surhomme, « L'homme doit toujours tendre à se dépasser lui-même; le repos ou la paix n'est que le moyen d'une guerre nouvelle. Peu importent les moyens employés; peu importent les victimes laissées sur la route: l’homme n'a qu'un but, triompher, être le maître, faire ce qu'il veut, dominer les autres hommes en leur imposant sa propre conception. Le surhomme est celui qui détermine les croyances de toute une époque, la forme d’une civilisation, qui crée en toute liberté, en toute indépendance, insoucieux du bien et du mal, de la vérité et de l'erreur. 11 crée sa vérité, il crée sa morale ». [...]
La deuxième conséquence, c’est la proscription, au nom de l'idéal moral du surhomme, de tout ce qui est amour, pitié, générosité, etc. Ces sentiments relèvent d’une morale esclave. « Pour épargner aux générations futures le spectacle déprimant de la misère et de la laideur, laissons mourir ce qui est mûr pour la mort, ayons le courage de ne pas retenir ceux qui tombent, mais de les pousser encore pour qu’ils tombent plus vite. Le sage doit non seulement supporter la vue de la souffrance d’autrui, il doit faire souffrir sans se soucier de l'idée des tortures où se débat le patient ». Spencer avait déjà montré que la charité va d’une façon malheureuse à l’encontre de la sélection naturelle en surchargeant la société de déchets inutiles ou dangereux, mais il admet malgré cela l’altruisme individuel. Le Bon a dit aussi: la charité est un sentiment anti-social et nuisible." (p. 342)
Suivi d'une critique.
Contient quelques pages sur Nietzsche dans le chapitre VII: perfection individuelle et progrès de l'humanité.
Introduit: "On a proposé récemment des principes moins métaphysiques pour fonder la morale théorique, la perfection individuelle et le progrès de l'humanité. A poursuivre l'une de ces deux fins d'une façon exclusive, on arrive à dresser en face l'une de l'autre deux morales aussi différentes que celle de Nietzsche el celle de Tolstoï. Elle sont intéressantes à examiner pour mettre en lumière les excès auxquels la dialectique peut arriver en développant jusqu'au bout, et sans souci du réel, la notion dont elle part". (p. 821-822)
Sur deux conséquences: "La première a été formulée par Nietzsche dans la doctrine du surhomme, « L'homme doit toujours tendre à se dépasser lui-même; le repos ou la paix n'est que le moyen d'une guerre nouvelle. Peu importent les moyens employés; peu importent les victimes laissées sur la route: l’homme n'a qu'un but, triompher, être le maître, faire ce qu'il veut, dominer les autres hommes en leur imposant sa propre conception. Le surhomme est celui qui détermine les croyances de toute une époque, la forme d’une civilisation, qui crée en toute liberté, en toute indépendance, insoucieux du bien et du mal, de la vérité et de l'erreur. 11 crée sa vérité, il crée sa morale ». [...]
La deuxième conséquence, c’est la proscription, au nom de l'idéal moral du surhomme, de tout ce qui est amour, pitié, générosité, etc. Ces sentiments relèvent d’une morale esclave. « Pour épargner aux générations futures le spectacle déprimant de la misère et de la laideur, laissons mourir ce qui est mûr pour la mort, ayons le courage de ne pas retenir ceux qui tombent, mais de les pousser encore pour qu’ils tombent plus vite. Le sage doit non seulement supporter la vue de la souffrance d’autrui, il doit faire souffrir sans se soucier de l'idée des tortures où se débat le patient ». Spencer avait déjà montré que la charité va d’une façon malheureuse à l’encontre de la sélection naturelle en surchargeant la société de déchets inutiles ou dangereux, mais il admet malgré cela l’altruisme individuel. Le Bon a dit aussi: la charité est un sentiment anti-social et nuisible. [...]"
Suivi d'une critique.
Septième édition revue (programmes de 1923) aux éditions Le Rider en 1927.
PUBLICATIONS SUR NIETZSCHE/Edouard Schuré - Ajout: E. S. [probablement Edouard Schuré], "Hans Richter et Richard Wagner. Quelques souvenirs personnels", in Le Guide Musical, n°10, 5 mars 1893, p. 115-116.
Raconte qu'un jour chez Wagner, Nietzsche est venu avec ses propres compositions musicales. Il a joué au piano une ouverture à quatre mains avec Hans Richter. Wagner était furieux. Il s'est moqué de Nietzsche. Nietzsche n'a plus jamais parlé de ses compositions. (p. 116)
Compte-rendu de la traduction française: Le Cas Wagner. Commence: "Le Cas-Wagner de Fr. Nietzsche, un pamphlet antiwagnérien qui fit naguère, en 1888, un certain tapage en Allemagne, vient d'avoir les honneurs d'une traduction française. C'est l'excellente revue la Société nouvelle qui la publie. Etait-elle bien nécessaire? Peuh!"
Sur Nietzsche, son succès, la dangerosité de ses idées.
Examine les rapports de la philosophie de Nietzsche avec l'hitlérisme.
Commence: "On sait que les nationaux-socialistes ont passé une chemise brune à Nietzsche."
Remarque que "vivant, le philosophe demeura inconnu des hommes d'action, et même de la plupart des intellectuels. Et le voici maintenant statue officielle. Trouverait-il la métamorphose à son goût et crierait-il aujourd'hui à la trahison, lui qui souffrait si vivement du silence de ses contemporains? C'est ce qu'il faudrait examiner d'un peu près..." (p. 361)
Propose de répondre à la question "de l'actualité de Nietzsche et de la part de responsabilité qui incombe à l'auteur de Zarathoustra dans l'explosion nationale-socialiste." (p. 362)
Note: "On racontait en 1914 que tous les officiers allemands avaient dans leur cantine l'Ancien Testament et l'un des livres de Frédéric Nietzsche. La Bible n'a plus aucune vente en Allemagne: ils ont Mein Kampf. Les livres saints s'excluent. Quant à Nietzsche, je doute qu'il soit si populaire que cela dans les milices hitlériennes. J'imagine que les gens du parti bâilleraient en le lisant; mais je crois plutôt qu'ils ne le lisent pas. Il n'empêche que l'auteur d'Humain trop humain (quelle ironie!) personnifiait hier l'Allemand impérial et personnifierait aussi bien le naziste qui en procède. Mais il y a entre les deux la même différence qu'entre l'envers et l'endroit.
Je me souviens de la peine que je faisais pendant l'autre guerre au pauvre Paul Souday, quand je lui soutenais que Nietzsche était le type même de l'Allemand impérial. Je dis «le pauvre Souday» parce qu'il est mort, comme Renan «le pauvre Flaubert» (lui a-t-on assez reproché cette épithète, que par malice on interprétait péjorativement !)
Souday, qui craignait jusqu'à l'ombre du chauvinisme, me soupçonnait d'admirer moins l'auteur de Zarathustra depuis que les Allemands étaient à Noyon. Je n'ai point de sentiments si bas, et ce n'est pas, je pense, témoigner haine ou mépris à un poète philosophe que de déclarer qu'il est le représentant accompli de sa race. Il l'est encore, mais elle est devenue, sans changer de composition, la caricature d'elle-même.
L'Allemagne, à son insu - car la conscience, en même temps que l'intellectualité s'éteint - est demeurée nietzschéenne en principe. Elle a la volonté de puissance. [...]"
Article en partie reproduit dans L'Action française du 19 février 1940.
Contient: "III Distinctions de Nietzsche" (p. 1)
Cite un article de Maurice Muret sur Edmond Vermeil, L'Allemagne (1940) et reproduit le passage sur Nietzsche. Note:
"Le débat est laissé dans cette indétermination élégante. Ne pouvons-nous pas essayer de le résoudre pourtant? Quelque imbécile va crier que je veux soutenir une « thèse ». Non. Je cherche une solution. Est-ce impossible?
Si l'on pose la question du germanisme comme il faut la poser [...], l'affaire se réduit, se concentre dans ce que nous avons appelé le Narcissisme allemand. [...]
Ce Germanisme narcissiste, ce Germanisme courant, qui a été appelé un schisme de l'esprit humain est-il celui de Nietzsche ?
Quiconque a ouvert les pages critiques de ce Germain lyrique sait bien que non. Il n'était pas fichtéen, il aspirait de toute la force de sa critique à la communion de l'esprit français, de l'esprit classique, de l'esprit gréco-latin, tel qu'il se les représentait. Certes, sa façon de comprendre nos maîtres, qu'il s'agît de Sainte-Beuve ou d'Aristote, de Platon, de Taine ou de Renan, était extrêmement éloignée d'être la nôtre. Assis sur les mêmes bancs que lui, nous le traitions de barbare à chaque mot prononcé par lui. Mais il ne voulait pas être barbare, lui, se faisant presque une règle et une loi de ne l'être point. Le pays plat de l'Europe n'était pas le sien. Il ne ménageait point à ses compatriotes les censures ni les brocards essentiels." (p. 1)
A propos du livre d'Edmond Vermeil sur l'Allemagne (1940), défend Nietzsche.
Note: "Dans sa recherche des sources du nazisme, M. Edmond Vermeil rencontre la philosophie de Nietzsche et dénonce en elle une offensive de grand style contre l'Occident. Combien cette thèse n'eût-elle pas révolté le premier éditeur français de Nietzsche, cet Henri Albert, qui ne se lassait pas, au contraire, de montrer le philosophe de Zarathoustra sous le jour d'un Occidental passionné, d'un irréductible ennemi de la vraie Kultur teutonne. Il est possible, au demeurant, que ce soit M. Vermeil qui ait raison, mais ne va-t-il pas un peu loin quand il attribue à Nietzsche la préfiguration de Hitler et de l'hitlérisme! «Ce qu'on entrevoit, écrit M. Vermeil, à travers le surhumanisme de Nietzsche, vrai triomphateur de ce demi-siècle antérieur à la guerre mondiale, c'est l'apologie de la vitalité allemande, surtout l'idée d'une société future que l'Allemagne construirait sur le principe du chef qui commande, de l'élite qui le soutient et des masses qui suivent». Je veux bien, mais quelle image différente de celle qu'offrent aujourd'hui la Croix gammée et le troisième Reich Nietzsche ne se formait-il pas de son Führer, de son élite et de ses masses?
Jusqu'à quel point faisait-il fond sur l'Allemagne pour donner à l'Europe le spectacle d'une société idéale idéalement conduite? J'incline à croire qu'il n'attendrait rien d'idéal de ses compatriotes qu'il a toujours sévèrement jugés. Et ce serait la plus cruelle ironie du sort qu'on puisse imaginer que cette aristocratique philosophie du surhomme aboutissant à ce que nous voyons".
Ce passage reproduit et commenté par Charles Maurras dans un article du 30 mai 1940 dans L'Action française.
Réunion de citations de Nietzsche contre l'Allemagne, contre les Allemands.
Soutient que Nietzsche est bien "un ancêtre de l'hitlérisme".
Texte d'une causerie sur Radio-Paris, le 21 octobre 1939.
Soutient que Nietzsche est bien "un ancêtre de l'hitlérisme".
Extrait de Nietzsche, La généalogie de la morale, deuxième dissertation, §17.
Suivi de cette remarque: "Et il y a des gens qui refusent au nazisme le droit de se réclamer de Nietzsche!"
Texte intégral d'une conférence prononcée à Conferencia.
Il y avait Wagner, Schiller, Goethe, Heine...
"Et c’est à cet instant précis que Friedrich Nietzsche apparut dans notre lumière. Il était mort en 1900. On venait de le traduire en français. Tous nos commentateurs entreprenaient de le labourer en long et en large. Il retentit à nos oreilles et, aussitôt, nous fûmes convaincus et conquis. Je ne crois pas m’aventurer en disant que, pour beaucoup de jeunes Français lettrés, vers les premières années du siècle, Nietzsche apportait une sonorité poétique dont nous avions grand désir et grand besoin.
Est-ce à dire que nous manquions de poètes ? Oh ! que non pas ! La France ne laissait pas de se couvrir de gloire en ce domaine. Après Verlaine, Rimbaud, Mallarmé, s’élevait le chant de Claudel, dans la première fleur de son génie; mais Nietzsche, avec son tour apocalyptique et vaticinateur, fournissait comme une réplique intellectuelle à ce Wagner qu’il avait, justement, tant aimé et tant haï.
Pour que le monde fût le monde, il fallait qu’un Nietzsche parût, et ce Nietzsche venait de paraître. Quand nous sortions du concert dominical, encore enivrés de la Septième Symphonie ou de Parsifal, nous tâtions, dans la poche de notre paletot, le gros volume jaune où étaient imprimées les pensées de Zarathoustra, et nous estimions, naturellement, que le peuple qui avait engendré de tels musiciens et de tels poètes était au petit nombre de ceux que l’on pouvait considérer comme les artisans de la civilisation véritable ; nous pensions que le peuple de Beethoven, de Wagner et de Nietzsche — pour ne citer que ces trois noms — avait le droit de faire la conquête pacifique du monde, cette conquête que tous les peuples producteurs de génie peuvent accomplir en même temps, sans absurde rivalité, sans conflits, sans massacres, sans larmes, sans canons et sans torpilles [...]".
A propos des partitions de Carmen annotées par Nietzsche.
Enquête réalisée par Désiré Puel auprès de plusieurs personnalités: imaginer leurs vacances avec un être de jadis.
Présentation de la réponse d'Aurel: "Ce n’est avec aucun des encyclopédistes qui fréquentaient le salon de de Lespinasse, ce n’est avec aucun produit de salon que Mme Aurel voudrait passer ses vacances. Mais avec le plus sauvage, le plus fuyant des hommes, avec le penseur le moins conventionnel...
A moins que ce ne soit celui qui rechercha le plus l’originalité, quitte à n’avoir, de son temps, que quatre lecteurs... Nietzsche."
Réponse d'Aurel sous la forme d'une lettre datée du 9 août 1936:
"Cher « Ordre »,
Avec quel poète de jadis je préférerais passer mes vacances, à la condition, bien entendu, qu’il ne m’oblige pas à écarter mon poète familier? Mais, avec Nietzsche. J’avais bien pensé à Musset. Mais il est trop uniquement sentimental, c’est-à-dire obnubilé par l’amour, et comme il était, d’autre part, un amant exécrable, il ne pouvait être un ami varié, aussi proche ni aussi riche à la conversation que Nietzsche. Puis, je préfère encore les poètes qui pensent aux poètes purs. Et dans les lettres à Lou Salomé, Nietzsche remue ses idées à lui, ce qui est faire de la femme le cas qu’il faut en faire. Trop de grands hommes tinrent à la femme le seul langage qu’ils crurent devoir lui convenir. Et là était un pédantisme comme il y en a un dans la façon dont Montherlant préjuge des jeunes filles avant d’en avoir une à élever, à conduire, à marier, j’entends avant d’en avoir une à lui à mener à son meilleur sort. Tout le reste est frivole de ce qui, pour un être jeune, ne fait pas le destin. Et surtout, c’est de l’à-côté.
Mais Nietzsche, lui, faisait, changeait, renouvelait le destin de l’esprit. Et chacune de ses trouvailles, agressives comme tout ce qui crée, m’aurait conduite à la riposte féconde à opposer au « soi », au démon de la personnalité, en faveur du « nous ». Car sans le sentiment fortifié du nous, je voudrais bien savoir comment on rassérénera ce pauvre monde.
Nietzsche n’est que la riposte à Jésus. Nietzsche fut entièrement fécondé par Jésus. Il n’est donc en esprit que la femelle de Jésus. Mais quand il dit : « Soyez durs », c’est pour ceux qui, comme lui et nous, sont trop sensibles aux autres. Alfred Mortier l’a marqué dans son Faust. Parlant à Nietzsche tout un été, j’aurais donc orienté ainsi ma riposte: Soyez durs ? Oui. Mais, il y a un mais, après la mort des Doux on n’aime qu’eux. Et pendant la vie même, on ne revient qu’à eux, comme au port, à l’abri.
Les durs font tout plier, c’est entendu, pendant la vie. On leur cède par peur du conflit, du bruit, de l’éclat, de la scène. Après leur mort, on les maudit, on les vomit, comme on a vomi Louis XIV parce qu’il était dur et Louis XVI parce qu’il était faible. Pour être moins intempestifs, que les doux se fassent croire assez terribles à l’occasion pour n’avoir pas à l’être. Et j’aurais cherché avec Nietzsche les rudiments de l’art de conduire, sans y perdre le prestige, la nation, les moyens de créer, ni les cœurs, ni notre rang dans la mémoire des hommes." (p. 2)
Se demande si sa génération n'a pas joué aux apprentis sorciers en acclamant Nietzsche comme guide. Evoque sa jeunesse. S'accorde avec Maurice Muret (Le désarroi de l'esprit allemand, 1937) pour dénoncer l'appropriation de Nietzsche par les nazis.
Considère que les "détenteurs attitrés de la civilisation" sont menacés par la "marée montante des masses".
Dans l'avant-propos, s'appuie sur Nietzsche pour alerter et pour défendre une civilisation aristocratique. (p. 7-39).
Conclut cet avant-propos: "Le temps où nous vivons suspecte les élites et tend à les remplacer, une fois pour toutes, par les masses mieux éduquées. A remémorer les exploits des élites, à rafraîchir l'éclat qu'elles jetèrent sur des périodes favorisées de l'histoire, j'ose espérer que le lecteur goûtera quelque plaisir et comprendra qu'il est du devoir de l'humanité de persister dans cette voie". (p. 39)
Evocations de Nietzsche: notamment sur l'attrait de Stefan Zweig pour Nietzsche, sur Nietzsche et l'hitlérisme...
Evocations de Nietzsche, notamment dans le chapitre III: Les deux frères Mann.
Réflexions sur le Mercure de France et le succès des auteurs.
Note pour Nietzsche: "Deux écrivains se vendent plus que de leur vivant : Léon Bloy (principalement la Femme Pauvre et le Désespéré) et Nietzsche.
Bien que nous ne nous occupions pas des auteurs étrangers dans cette enquête, ne faudrait-il pas noter combien ce fait est significatif pour Nietzsche ?
Car c’est une bien curieuse destinée que celle de la pensée du philosophe...
En 1871, Nietzsche condamnait la puissance matérielle de l’Empire allemand au nom de l’intellectualisme transcendant. « II a honni la fixation des destinées allemandes sous la férule bismarckienne, au nom d'une ambition supérieure pour ses compatriotes. Il espérait d’eux davantage...»
En 1887, Nietzsche tirait la quatrième partie de son Zarathoustra à quarante exemplaires et ne trouvait « dans le monde que sept personnes à qui l’envoyer, sept amis, et quels amis ! — qui ne répondaient même pas ».
Ensuite, un long moment, Nietzsche est happé silencieusement par les littérateurs auxquels il donne toutes sortes d’envies et le besoin effroyable de l’évasion II engendre Gide, notamment...
Entre temps, les socialistes l’accaparent : Jaurès, Palante, Andler. Et après eux, on fait encore de Nietzsche un « bon Européen »...
Mais voici Hitler. Et l’on peut voir que Nietzsche est la source mystique du mouvement hitlérien, comme l’étudiait J. Godefroy-Demombynes, dans le Mercure de France : « Tout est vain qui ne sert pas à l’action » et « il faut vivre dangereusement », disait le philosophe. « Les valeurs de courage et de virilité, le goût du risque et de l’audace sont au premier plan de la vie morale de l’Allemagne actuelle . « Douter de soi est un symptôme de pourriture », disait Nietzsche. La confiance en soi, l’énergie, la vitalité, se retrouvent au premier degré chez les partisans de Hitler...
La pensée de Nietzsche ! Sept amis ne voulurent pas la comprendre. Elle déchaîne une nation. Telle est sa destinée.
L’intelligence, à la cime, frissonne..." (p. 2)
Discute les gloses marginales de Nietzsche sur la partition de Carmen, publiées par Hugo Daffner.
Se souvient: "Nietzsche ! ce fut un des enchanteurs de ma jeunesse. Avec Renan et Barrés, il a dominé toute la vie spirituelle de mes vingt ans.
Bizarre assemblage, dira-t-on. Pas tant que cela. Nous étions d’une génération, n’est-ce pas ? mon cher Emile Buré, qui mettait au-dessus de tout la liberté de l’esprit. Notre idéal, c’était une sorte d’anarchie intellectuelle à laquelle nous aurions volontiers sacrifié l’ordre social. Renan, dernier aboutissement de l’esprit critique, était le maître des maîtres, Barrès continuait Renan pour finir par le nier; Barrès fut le premier des repentis, le premier qui comprit et qui nous enseigna que cette chère liberté d'esprit n'est possible que dans l'ordre, dans l'ordre infiniment souple de la tradition française.
Mais Nietzsche, dans ce dilettantisme un peu décevant, apportait l'éclat de ses rudes affirmations. Philosophe incohérent, dédaigneux de la métaphysique où il se sentait inférieur, mais magnifique poète, il agissait sur les intelligence des années 1900 à la manière d’un tonique; ce fut un merveilleux animateur. Transmutation de toutes les valeurs, morale des maîtres devenus durs», «sachons dépasser la pitié», «considérons le monde par delà le bien et le mal» et dans le sillage de Zarathoustra «préparons le surhumain»: nous sommes-nous assez grisés de ces phrases et de toutes les perles que l’on pouvait recueillir dans le fatras de ces quelque dix volumes d’aphorismes adamantins ? Seulement, en bons Français à qui des siècles de civilisation ont donné le sens, du relatif, nous savions bien au fond de nous-mêmes que cet idéal devait toujours être maintenu dans la « catégorie de l’idéal ». Nous sommes immunisés contre ce qu’il peut y avoir de poison dans le jeux des idées. « Devenons durs, répudions la pitié comme un sentiment indigne d’un homme libre » ! Propos de table que tout cela ! Quand il s’agira d’agir, nous ne pourrons nous empêcher de nous souvenir que nous sommes encore loin du « surhomme », mais que nous sommes des hommes, et le moins croyant d’entre nous obéira aux prescriptions inconscientes d’un atavisme chrétien. Les Allemands, eux, sont des gens qui prennent tout au sérieux et sur lesquels certaines idées, quand elles cessent d’être la propriété de certaines élites, agissent comme des poisons. [...]" (p. 1)
Nietzsche aurait désavoué ses disciples nazis.
Au sujet de la querelle entre Léon Daudet (Nietzsche précurseur du nazisme) et Anton Kuh, donne raison à Anton Kuh: "Oui, Nietzsche est innocent de cette plate imitation. Mais on ne s’en sert pas moins de son nom sonore.
Quelle ironie ! ce bréviaire d’individualisme aristocratique qu’est l’œuvre du poète de Sils Maria servant de ferment d'«idéologie» à la plus basse et à la plus brutale des démagogies". (p. 3.)
"La guerre n’empêche pas l’Allemagne hitlérienne de préparer des cérémonies, oh ! discrètes, pour le 95 e anniversaire de la naissance de Nietzsche. A chacun de ces anniversaires, jusqu’ici, le Führer était allé, en personne, saluer la tombe du philosophe au cimetière de Roecken, près de Leipzig, village où naquit Nietzsche et où son père fut pasteur. Ainsi s’affirmait la volonté tenace des dirigeants nazis d’accaparer la mémoire de l’écrivain, d’en faire un de leurs prophètes, de lui emprunter une forte pensée, une vigoureuse idéologie à l’appui de leurs folles doctrines. Claude Barjac remet ci-dessous cette prétention à son juste point. [...]"
Même article que l'article publié en 1934 dans le même journal.
"L’Allemagne officielle vient de célébrer le 90e anniversaire de la naissance de Nietzsche. Une couronne a été déposée sur sa tombe, au cimetière de Rœcken, près de Leipzig, village où il naquit, et où son père fut pasteur. M. Rosenberg a rendu visite à Mme Fœrster-Nietzsche, la sœur du philosophe, gardienne attentive du Nietzsche-Archiv, à Weimar. Quelques jours auparavant, le Führer lui-même était allé la saluer. Ainsi se renforce encore la tendance des dirigeants du IIIe Reich à accaparer la mémoire de Nietzsche : ils en font un de leurs prophètes, et lui empruntent constamment des maximes, des aphorismes à l’appui de leurs doctrines.
L'article de notre collaborateur Claude Barjac vient remettre cette prétention à son juste point. [...]". Cet article est à nouveau publié le 25 octobre 1939.
A propos de Georges Walz, La vie de Frédéric Nietzsche d’après sa correspondance, Geneviève Bianquis, Nietzsche et Lou Andreas-Salomé, Nietzsche.
A propos de Nietzsche, Lettres choisies (Stock) et d'Erich Podach, L'effondrement de Nietzsche (NRF).
Compte-rendu de La Volonté de puissance dans la nouvelle édition et traduction de Geneviève Bianquis.
Reproduction d'une lettre (signée H. C. S.) adressée au journal. Contient des extraits des œuvres et des lettres de Nietzsche qui témoignent qu'il était contre la guerre, contre l'antisémitisme, pour les Juifs. Avec des passage du livre (Der einsame Nietzsche) d'Elisabeth Förster- Nietzsche. Marius-Paulin Nicolas réagit à cette lettre en signalant la publication de son livre: De Nietzsche à Hitler. (voir {Correspondance}, in Le Temps du 14 août 1938)
A propos d'une exposition sur Bizet. Une vitrine est "consacrée au plus illustre et au plus scandaleux admirateur du musicien, au philosophe Nietzsche" qui "saisit Georges Bizet par le pied et s'en fit une fronde pour tuer le géant Wagner". Détaille les pièces exposées, l'histoire des relations Nietzsche-Wagner. Se souvient qu'au "temps des enthousiasmes juvéniles", wagnérien, la "querelle" l'excitait beaucoup.
Raconte: "Au sortir de l'exposition de l'Opéra, il m'a donc fallu rouvrir Nietzsche, et ses lettres, et le Cas Wagner, autrefois traduit par Daniel Halévy et Robert Dreyfus... J'avoue ma surprise et ma déception - qui d'ailleurs ne diminuent en rien Carmen, ni Wagner, non plus que Nietzsche. Mais enfin, dans le pamphlet de celui-ci, je croyais retrouver des raisons; je n'y vois plus que de la polémique. C'est-à-dire, comme presque toujours, rien du tout".
Reconnaît pourtant: "Et c'est vrai que Wagner opprime, et que dès cinq heures de Parsifal ou de Tristan on sort l'esprit tout à fait à plat et physiquement anéanti. François Mauriac a justement pu dire que, pour lui, se livrer à Wagner, qu'il aime, c'est avaler «une gorgée de poison». - Mauriac, d'accord avec Nietzsche, contre le corrupteur, le déviriliseur Wagner? Le catholique allié de l'antichrétien, sur ce plan?"
Pose la question: "Et Carmen, là dedans? - Je crains que ce chef-d'œuvre n'ait été, pour Nietzsche, au fort du combat, qu'une pierre sous la main: un argument facile d'opposition pour contrebattre l'adversaire. Wagner est le romantique du Nord, l'homme des brumes, le mystique; Bizet sera le classique du Midi, le Méditerranéen, l'homme des cieux ensoleillés, le vivant réaliste et fort, le peintre sans mensonge de la passion fataliste, le serviteur solide et bien portant du vrai... C'est très possible, et même, en fait, c'est exact".
Compte-rendu du livre de Claire Richter.
Discute la théorie de Nietzsche, évoque Abel Rey, puis présente les avancées scientifiques à ce sujet.
Aveu: "Dans son beau livre sur Nietzsche, M. Thierry Maulnier nous rappelle ce mot magnifique de son héros, et pour lequel je donnerais tous les Arts poétiques: «En l'homme, il y a la matière, le fragment, l'excès, l'argile, la boue, la folie, le chaos; mais en l'homme, il y a aussi le créateur, le sculpteur, la dureté du marteau et la contemplation divine du septième jour»."
Conférence à propos de l'éducation des filles, prononcée le 6 février 1931.
Commence par reconnaître: "Lorsqu'on m'a demandé d'exposer mes idées sur l'éducation des filles, je me suis aperçu qu'il ne m'était pas arrivé, dans toute ma vie, de consacrer une heure à réfléchir sur ce grave sujet". (p. 105)
Admet: "Tout le problème de l'éducation tient dans la question que posait Nietzsche, sur un plan tout autre, d'ailleurs: «L'ennoblissement est- possible?» Mais, pour Nietzsche, nul ne pouvait recevoir cet ennoblissement que de soi- même. Nos fils et nos filles ne sont-ils pas assez nous-mêmes pour le recevoir de nous?" (p. 113)
Au fond: "Suis-je, en définitive, aussi ennemi que me l'ont fait dire certains journalistes de l'instruction chez les filles? Il y a, sur ce point, un malentendu. Ce qui a toujours irrité, dans ce qu'il est convenu d'appeler le «bas bleu», la femme savante, c'est le côté intéressé de sa science, Chez beaucoup de femmes, il y a une tendance à considérer toute acquisition intellectuelle comme une chose à étaler, comme une chose qui la fait valoir. C'est un prolongement de sa coquetterie inguérissable. Etre au courant, être à la page, cela signifie utiliser bassement ce qu'il y a de plus beau au monde, en dehors de la sainteté, pour briller et pour se pousser. Beaucoup de femmes sont moins cultivées qu'elles ne sont barbouillées de culture; elles se fardent, elles se poudrent de littérature et de philosophie. Et, pourtant, si nous goûtons le charme d'une femme qui a lu Spinoza, qui a subi l'influence de Nietzsche, ce peut bien être à cause de l'enrichissement qu'elle doit à la fréquentation de ces grands esprits, mais c'est aussi parce qu'elle ne nous en parle jamais. Ces débats intellectuels, qui sont le plus beau plaisir de la camaraderie et de l'amitié masculine, sont toujours insupportables avec une femme parce que le secret que nous attendons d'elle est d'un autre ordre, La plus érudite n'a rien à nous apprendre, si elle n'oublie d'abord ce qu'elle sait pour nous initier à ce qu'elle éprouve, à ce qu'elle devine, à ce qu'elle ressent, à ce qu'elle pressent". (p. 114) Evidemment!
Conclut en appelant les romanciers à l'humilité. Ils feraient "mieux de se répéter, tous les jours au réveil, et tous les soirs avant de s'endormir, le mot de Pascal: « Que de royaumes nous ignorent! » Oui, que de royaumes nous ignorent! Pour un Rousseau, pour un Nietzsche, pout un Gide qui peuvent se vanter d'avoir causé quelques ravages, la plupart des gens de lettres ne troublent guère l'ordre du monde. Il n'est pas donné à beaucoup, Dieu merci! d'être un fléau; et la gloire littéraire est la plus vaine des fumées". (p. 26)
L'avertissement daté de novembre 1918 précise que la plus grande partie de l'ouvrage a été écrite avant l'année 1914.
Dénonce le goût du lyrisme moraliste, le romantisme et l'exaltation du Moi... aux dépens de la raison et de l'intelligence.
Traduction française de Die Gesellschaftsordnung und ihre natürlichen Grundlagen. Entwurf einer Sozial-Anthropologie zum Gebrauch für alle Gebildeten, die sich mit sozialen Fragen befassen, Gustav Fischer, Iéna, 1895.
Souligne le génie de Nietzsche.
Prévient: "Le principal résultat de ma critique en résumé consiste en ceci, que les gens intelligents me semblent être bien placés en haut, et les inintelligents en bas, et que le monde ne sera pas amélioré parce qu’on visera à renverser cet ordre naturel, et à mettre en haut ce qui doit être en bas, et réciproquement." (p. 70)
Précise: "[...] notre critique s’adresse à une philosophie qui, comme celle de Nietzsche, voit dans l’homme supérieurement doué le seul vrai homme et dans les masses un troupeau de bétail exclusivement créé pour l'esclavage. L’inégalité sociale, d’après Nietzsche, doit servir à fortifier dans les classes supérieures le sentiment de leur valeur. Cette philosophie de la dureté de cœur me semble bien propre à transformer en décadents incapables d’initiative les éléments intellectuels d’une nation.
Tout ce qu’il y a de bon dans la théorie de Nietzsche, ce qui lui a procuré des adhérents dans des cercles étendus, c’est qu’en face delà divinisation sentimentale des masses, aujourd’hui à la mode, il a cherché à restaurer dans leurs droits l’individualité et l'intelligence. Toutefois, en cela, Nietzsche a de beaucoup dépassé le but. Il est significatif que, dans un de ses ouvrages, il se déclare anti-darwinien. C’est qu’il ne connaît pas suffisamment le darwinisme, autrement il ne s’en considérerait pas comme l’adversaire, alors que, dans beaucoup de passages, il se tient précisément sur le terrain darwiniste. S’il avait étudié à fond le darwinisme, il ne l'aurait vraisemblablement pas jugé de façon si exclusive. Il est infiniment fâcheux qu’un cerveau si brillamment doué n’ait pas reçu une culture plus compréhensive; car la discipline philologique et philosophique, dont Nietzsche est un brillant produit, ne suffit plus quand on veut porter un jugement sur les problèmes sociaux d’aujourd’hui. (p. 71)
Soutient que "Gobineau, Nietzsche et maint autre, par ignorance adversaires prétendus du darwinisme, sont eux-mêmes, sans le savoir, des darwinistes!
A ce propos, je rendrai volontiers à Nietzsche cette justice, qu’il avait parfaitement conscience de l’importance de la race pour la civilisation, et ce qui prouve son génie, c’est qu’il est arrivé à cette notion en restant sur le terrain philologique et historique, et en ne connaissant que des bribes de l’anthropologie, encore à ses débuts. Il s’est trompé dans [...]". (p. 234)
Collection "Les écrits" dirigée par Jean Guéhenno. Traduction par H. Corbin et A. Kojevnikov de Die sozialistische Idee (1933).
Nouvelle édition avec une présentation de Jutta Scherrer, Paris, Berg international, 1993.
Première édition russe en 1926.
Présente Constantin Leontieff comme un précurseur de Nietzsche.
OCTOBRE 2025
Avertissement qui sert d'introduction à son livre publié sous le même titre en 1912.
Se moque, dénonce, accuse l'attitude de femmes: "Ce que maintes femmes se rappelleront uniquement de cette année-ci, c’est qu'elles ont pu se déguiser en petites filles, et par là plaire aux hommes trop jeunes ou trop vieux que la Patrie n’appelle pas encore ou n’appelle plus. Pour nous et pour l’histoire, c’est l’année de la guerre; pour elles, l’année des jupes courtes." (p. 680)
Accable particulièrement: "Il est inconcevable que BRUNEHAUT ait disparu le jour même que la guerre fut déclarée. Elle allait enfin se trouver dans son élément. Elle est la fée des catastrophes. Elle en attendait une à sa mesure depuis plus de quarante ans qu’elle a l’âge de raison: pourquoi donc a-t-elle manqué l’occasion de celle-ci? Elle est une walkyrie ou une amazone, qui ne se peut plaire que parmi les combats; certains même lui reprochent un courage trop viril.
[...] Elle craint peut-être aussi de s’être compromise par les petites privautés qu’elle affectait naguère de prendre avec les génies allemands: le fait est qu’elle n’appelait point Nietzsche autrement que Frédéric, même en société, ni Schopenhauer autrement qu’Arthur." (p. 680). Poursuit encore dans la suite le 2 octobre 1915.
Cosigné avec Charles Muller. Noté: à suivre.
Moquerie habituelle des femmes qui "prétendent" avoir lu Nietzsche.
"[...] En philosophie le thème fut une pensée de Nietzsche, belle, obscure et pathétique. « Ce n'est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou. » Il n’y a pas eu de premier prix, mais deux seconds prix ex-aequo qui sont allés encore à deux jeunes filles: Mlle AUMEUNIER, du lycée de Saint-Germain, et Mlle AUDIN, du lycée de Maubeuge. Nous aurons beau nous dire, pour nous consoler, nous les mâles de l’espèce, que peut-être les femmes sont-elles plus précoces, mais que plus tard, dans la vie, les hommes passent en tête du peloton. Il n’en reste pas moins vrai que le Concours de 1952 fut un triomphe féminin, triomphe total et modeste.
Et il faut avouer que les deux jeunes philosophes dont j’ai lu les copies ont toutes deux des cultures solides et des lectures étendues. Il est intéressant, pour un homme de ma génération, de noter, dans leur système de références, celles qui nous sont communes et celles qui, au contraire, sont d’époque et de mode. On voit alors que Socrate, Platon, Descartes gardent leur place, mais que d’autres noms surgissent qui ont pris grande autorité: Kierkegaard, Sartre, Simone Weil. Le surréalisme, l’existentialisme, le marxisme sont des doctrines que ces deux jeunes filles connaissent parfaitement et sur lesquelles on devine qu’elles ont médité. Cela est neuf.
Mlle AUMEUNIER a composé sa dissertation de manière ingénieuse. C’est un dilemme. Ou l’homme est fait pour connaître la vérité, ou il ne l’est pas. Elle commence par écarter la première hypothèse, c’est-à-dire Socrate. Mais si l’homme n’est pas fait pour la vérité, cette vérité, quand il la rencontre, ne peut lui paraître qu'absurde. Ici elle retrouve Pascal: Credo quia absurdum. L’homme que son intelligence a jeté dans le vertige du doute ne peut échapper à la folie que par la foi. On aurait le droit de discuter et je le ferais volontiers, mais ce fut un tour de passe-passe fort bien fait.
Mlle AUDIN, elle, oppose les certitudes froides de l’intelligence aux certitudes passion nées des mystiques. « La folie et la terreur, dit-elle, planent au-dessus des élus comme des réprouvés », au-dessus de ceux qui sont certains comme de ceux qui doutent. Est-ce une raison pour ne pas accepter le risque de la connaissance? Nietzsche lui-même est devenu fou? Qu’importe? S’il n’y a de grandeur dans l’homme que par cette mort de l’espoir, pourquoi ne pas aller jusqu’au sacrifice total? Pourquoi ne pas accepter la folie dans une certitude glaciale et pure? Mlle Audin est une brillante nihiliste. [...]" (Bulletin de l'Association des lauréats du concours général, 1954)
A titre indicatif, je signale cette édition qui contient deux passages sur Nietzsche en 1892 et 1894, même s'ils ne figuraient pas dans les versions antérieures expurgées (édition de 1887-1896 et édition de 1935-1936).
10 avril 1892
"[...]
Puis il [Daudet] nous peint des intérieurs parisiens étranges, comme l'intérieur où la femme dit: « Pardon, avant de sortir, j’ai encore une heure de traduction de Nietzsche », le philosophe allemand de la dernière heure.
[...]" (Edition 1956, p. 228)
Jeudi 11 octobre 1894
"[...] Là-dessus, Jeanne la [Henriette de Bonnières] déclare insupportable et nous la peint, à ses jours, parlant tout le temps de ses traductions de Nietzsche et de ses levers dès patron-minette pour l’étude de toutes les langues qu'elle prétend parler.
Au fond, cette petite de Bonnières n'est qu'une perruche bruyante et jacassante, qui répète les mots allemands que lui a appris Wyzewa.
[...]" (Edition 1956, p. 644)
Les deux frères sont connus pour leur journal intime: Journal, Mémoires de la vie littéraire, commencé en 1851 qu'Edmond de Goncourt poursuit seul après la mort de son frère.
De 1884 à 1888, Nietzsche évoque à de nombreuses reprises les frères et leur Journal, comme ici, par exemple, dans une lettres à Peter Gast du 10 novembre 1887:
Der 2.te Band des „Journal des Goncourt“ ist erschienen: die interessanteste Novität. Er betrifft die Jahre 1862—65; in ihm sind die berühmten dîners chez Magny auf das Handgreiflichste beschrieben, jene Diners, welche zwei Mal monatlich die damalige geistreichste und skeptischste Bande der Pariser Geister zusammenbrachten (Sainte-Beuve, Flaubert, Th<éophile> Gautier, Taine, Rénan, les Goncourts, Schérer, Gavarni, gelegentlich Turgenjew usw). Exasperirter Pessimismus, Cynismus, Nihilismus, mit viel Ausgelassenheit und gutem Humor abwechselnd; ich selbst gehörte gar nicht übel hinein — ich kenne diese Herrn auswendig, so sehr daß ich sie eigentlich bereits satt habe. Man muß radikaler sein: im Grunde fehlt es bei Allen an der Hauptsache — „la force“. (Nietzsche Source)
Raconte que jeune artiste, il détestait le couple Henriette et Robert de Bonnières qui tenait salon:
"[...] je me souviens par exemple d'avoir éprouvé une haine féroce pour le couple Bonnières, qu’on voyait partout. Robert de Bonnières était un cercleux d’aspect rogue, qui regardait chacun en louchant, ne disant que des méchancetés, et publiait des piles de romans illisibles. Madame de Bonnières était une femme livide, serpentine et incroyablement maigre, avec des cheveux blonds moussant sur une petite tête en ivoire. Elle susurrait des propos aigre-doux et un jour je l’entendis déclarer d’un air supérieur: « Je traduis Nietzsche, ma chère. C’est un philosophe dont le génie va tout bouleverser ». Il y eut une rumeur d’admiration et quelqu’un se hasarda: « Ah! vraiment! Et quelle est sa théorie? » — Je ne peux rien vous en dire, sinon ceci: « il nie le phénomène ! » Cette femme étonnante et son mari, ruinés, disparurent plus tard du monde où ils avaient brillé, et périrent tragiquement. Je me juge aujourd’hui bien puéril de les avoir détestés. Mais je ne suis pas encore parvenu à comprendre ce que cette personne voulait dire, si vraiment elle avait entrepris de traduire Nietzsche alors inconnu. Peut-être voulait-elle parler du noumène Kantien? Quand j’ai étudié Nietzsche, je n’ai jamais pu imaginer sans fou rire quelle joyeuse traduction nous en eût été donnée là: et le « il nie le phénomène », qui avait failli me faire choir de stupeur, est resté pour moi l’emblème des amateurs intrus dans les lettres." (p. 93)
Evoque ses "jeunes éblouissements" devant Wagner: "[...]quels délires n’ont pas été nôtres! Je les ai retracés en d'autres livres. Mais Wagner les suscitait plus que Beethoven lui-même, et il ne fallait pas toucher à notre dieu. Je me souviens de la rage qui nous saisit lorsqu'après les premières traductions de Nietzsche, qui nous avaient intéressés et même passionnés, nous vîmes surgir celle du Cas Wagner, et ses invectives. Ce n’était pas la rébellion de l’esprit contre une doctrine: c'était la brûlure de l’offense à une créature adorée. Wagner a été pour nous mieux qu’une passion, une religion". (p. 225)
Cependant, il ne faut pas oublier qu'à ses débuts, M. Victor Cherbuliez fut aussi un novateur, un terrible briseur d'images" (p. 421)
A propos des origines du pragmatisme, parle des points communs et des différences entre Nietzsche et le pragmatisme. (p. 10-11)
A propos du livre de Peladan, L'Allemagne devant l'humanité et le devoir des civilisés.
Conclut: "M. Peladan accuse les kantistes de trahison. Mais il repousse avec mépris cet outrage lorsqu'il est adressé aux wagnériens. Il se moque cruellement d'un abbé qui a découvert du bochisme dans Parsifal. «Ce n'est point, dit-il, une louable entreprise de renier l'admiration légitime: les quatuors et les symphonies de Beethoven et les opéras de Wagner restent, après l'invasion, ce qu'ils étaient avant, des merveilles. »
Soit! Mais Leibnitz, Lessing, Kant, Hegel, Schopenhauer, Nietzsche restent, eux aussi, ce qu'ils étaient hier, c'est-à-dire des esprits supérieurs dont on peut discuter les théories, mais non contester les mérites. Pourquoi cette indulgence pour les musiciens et cette sévérité pour des philosophes également remarquables et pareillement innocents ? L'ancien sar ne s'obstine-t-il pas à faire cas aussi d'Holbein et de Durer, de Gœthe et d'Henri Heine? Il avoue donc que si l'Allemagne actuelle est tout entière haïssable, il y a eu jadis dans la vieille Allemagne quelques bons éléments, dont l'influence a été malheureusement insuffisante. D'où viennent ces différences dans les jugements de M. Peladan? Ne serait-ce pas tout bonnement qu'il s'entend mieux a la musique qu'à la philosophie?"
A propos du deuxième volume du Nietzsche de Charles Andler.
A propos d'un nouveau livre de l'autrice et militante communiste néerlandaise Henriette Roland Holst (1869-1952), Communisme en moraal.
Commence: "Un fait qui frappe tout observateur intelligent c'est la stérilité actuelle du P. C. au point de vue du développement des idées marxistes, bien que ses dirigeants se vantent toujours d'être les seuls vrais représentants de la pensée de Marx. Et je ne parle pas seulement ici du P. C. français où a fini par prédominer complètement l'esprit petit-bourgeois qui est la caractéristique de la majorité de la population du pays, avec sa haine de tout ce qui n'est pas « conforme », sa vulgarité native, son hostilité instinctive pour toute supériorité intellectuelle ou morale comme pour toute originalité, Je parle en général de tous les partis communistes, y compris le parti russe". (p. 13)
Dans ce contexte, salue le parcours d'Henriette Roland Horst et son dernier livre:
"Dans son dernier livre, Henriette Roland Holst combat, en ce qui concerne la morale, la thèse rationaliste utilitaire défendue par les deux théoriciens du P. C. russe, Préobrajensky, dans un livre sur « la morale et les règles de classe » qui a été traduit en allemand, mais qui (est-il besoin de le dire ?) est parfaitement inconnu en France, et Boukharine, dans son ouvrage sur le matérialisme historique. Selon ces auteurs Ia morale ne serait que l'expression des intérêts de classe et toute règle de morale serait faite au profit de la classe ou du groupe dont elle émane. Pour les communistes toute action serait bonne dès qu’elle aurait été recommandée par les congrès du parti, mauvaise si elle allait à l’encontre des décisions de ces congrès.
Il y a quelque temps déjà que l'on insiste à plaisir dans certains milieux sur l’idée de la relativité de la morale, mais les milieux où l’on cultivait l’amoralisme n'étaient pas jusqu'ici des milieux socialistes. C’est Nietzsche qui a donné à l'amoralisme son expression la plus frappante et ses idées, du reste mal comprises et mal interprétées, ont trouvé leur vogue dans les milieux les plus corrompus de la société, dans ceux qui répondent le mieux à la phase de décomposition actuelle du régime capitaliste.
Que les formes de la morale varient avec la constitution de la société, et par conséquent en fonction des phénomènes économiques, est chose évidente; mais cette relativité de la morale n’implique pas l’inexistence d’un fonds d'idées morales stables, n'ayant nullement une origine divine ou surhumaine, mais tenant au fait même de l'association, association indispensable à l'homme qui est un animal social par excellence et dont l'espèce n'aurait pu subsister si les individus ne s'étaient associés, vu la faiblesse et l'imperfection physiques de l’homme si on le compare, par exemple, aux grands mammifères qui vivent isolés on en familiaux. Ces vertus morales fondamentales sont celles qui impliquent la confiance réciproque, sans laquelle il n'y a pas de véritable association possible." (p. 14)
A propos des livres de Jacques Bouveresse et Domenico Losurdo.
Compte-rendu du livre d'Emilie Sirieyx de Villiers publié en 1920, avec une préface d'Edouard Schuré.
Fascicule IV: Le XIXe siècle après 1850. Le XXe siècle.
Contient le chapitre VI (qui logiquement devrait être le chapitre VII): "Frédéric Nietzsche", p. 1013-1022.
Référence citée d'après Les langues modernes, n°3, mai-juin 1916, p. 124.
Vérifiée. Lien vers l'article et précisions ajoutés.
Discussion à propos de Nietzsche and the Ideals of Modem Germany, by Herbert Leslie Stewart, professer of philosophy in Dalhousie university, Halifax. London, Edward Arnold, 1915, in-8°, xiv-235.
Je propose ici deux documents à l'appui de ma démarche.
Le premier témoigne de l'agrégation de philosophie de 1926. Il invite, selon moi, à fortement minorer l'importance de savoir si Nietzsche est ou non reconnu comme un philosophe et à réviser le soi-disant hermétisme entre philosophes professionnels et penseurs, moralistes, écrivains, poètes...
Le second document date de 1932. C'est une invitation à interpréter de manière nuancée et prudente la liste d'auteurs au programme de l'agrégation de philosophie comme marqueur de son intégration réelle et de l'état d'esprit de la communauté philosophique. (Laure Verbaere, 2025)
Référence autour de juillet 1932, non localisée, citée d'après la table des matière de Foi et Vie 1932.
Discussion de Nietzsche à propos de L'Homme du ressentiment (traduction française non signée, Paris, Gallimard, 1933) de Max Scheler, Vom Umsturz der Werte (1919).
Le texte est écrit avant 1939.
D'après le Mercure de France d'août 1948, c'est le texte d'une conférence inédite.
Précise dans l'avant-propos: "L'origine de cet essai fut un cours professé en 1908 à l'Université nouvelle de Bruxelles sur Les grandes tendances de la philosophie française contemporaine: il nous plaît de nous rappeler que la première esquisse de ce livre consacré à la pensée française fut tracée à la demande d'amis belges et pour un public belge. Plus tard, nous avons renouvelé l'entreprise, avec plus d'ampleur, à l'Ecole des Hautes Etudes Sociales dans un cours professé en 1909-1910. Nous n'aurions jamais songé à reprendre et à développer ces leçons, si la guerre ne nous avait paru leur donner une opportunité et comme une portée nouvelles". Voir "Les grandes tendances de la philosophie contemporaine en France" , in Revue du Mois, n°50, 10 février 1910, p. 141-162.
Constate une évolution de la philosophie française vers un irrationalisme et un anti-intellectualisme et annonce: "Ce sont ces ferments d'anti-intellectualisme que nous allons voir maintenant se développer, et converger, bien que venant de sources si diverses, non pas certes vers une commune doctrine, mais au moins vers un esprit semblable; lequel sans doute ne se manifeste pas chez tous les penseurs contemporains en France, ni chez tous sous la même forme, ni au même degré, mais qui, pourtant, paraît constituer comme la note distinctive et comme la nuance propre de notre philosophie d'avant la guerre". (p. 37)
Soutient comme René Berthelot (Un romantisme utilitaire) une "parenté certaine entre la philosophie de M. Bergson, et celles de Schopenhauer et de Nietzsche; les influences convergentes des unes et des autres ont pu parfois se mêler dans la pensée contemporaine. Rien d'étonnant dès lors à ce que les caractères propres du bergsonisme soient ceux en même temps de toute une notable fraction de la production philosophique contemporaine" (p. 290).
Problème des "conséquences possibles du bergsonisme, de certaines tendances générales de la pensée contemporaine. A une telle conception de l'acte ou de la moralité, la diffusion de la philosophie de Nietzsche ne pouvait d'ailleurs qu'apporter un peu plus tard un appoint considérable. Toute une série d'écrivains, dans les années qui ont précédé la guerre, ont érigé ainsi l'immoralisme en doctrine: c'est l'irrationalisme de l'action. D'autres, nous le verrons, plus pénétrés du sérieux de la vie, cherchent en des voies diverses des succédanés à la notion de vérité morale ou de loi ou de devoir, mais affirment à l'envi qu'il ne saurait y avoir ni règle rationnelle, ni lois démontrables de la conduite, que les fins se posent et ne se déduisent pas, qu'il ne s'agit pas de comprendre, mais de créer les valeurs: l'affirmation est commune à des penseurs très différents par ailleurs, tels que Rauh, ou M. Belot, ou M. Jules de Gaultier" (p. 317).
Résume: "Tout notre savoir, comme le découvre de plus en plus la pensée contemporaine chez un Renouvier, un Boutroux, un Bergson, un Nietzsche, un Poincaré, n'est qu'une série d'hypothèses commodes, destinées à nous rendre utilisable une nature en elle-même mouvante et indéterminée. « La science de la nature, sous toutes ses formes, a pour but de renverser la nature »." (p. 321)
Dans la conclusion: "La grande idée romantique, c'est ainsi, en dernière analyse, cette idée de la vie, de la vie conçue comme puissance spontanée et libre, principe de toute création et de tout progrès, aux démarches imprévisibles, irréductibles aussi bien au pur mécanisme de la matière qu'aux desseins concertés et clairs de l'intelligence; de la vie conçue comme instinct, et comme telle fournissant un point de vue nouveau en métaphysique, aussi éloigné de l'empirisme anglais ou condillacien que du rationalisme cartésien: la vie est la spontanéité pure. — D'une telle notion, on trouverait déjà l'indication dans certaines parties de l'éclectisme cousinien, ou dans le spiritualisme esthétique de Ravaisson; mais c'est bien elle qui domine aujourd'hui, après avoir été reprise par Guyau, dans toute l'école bergsonienne, de même qu'en Allemagne elle a eu son renouveau et jeté ses feux les plus éclatants avec Frédéric Nietzsche. — Contre ce romantisme philosophique, le rationalisme, soit à forme empiriste, soit à forme idéaliste, représente l'esprit classique et en renoue la tradition. Peut-être pourrait-on dire, de ce point de vue, que notre période contemporaine constitue un moment de la grande lutte du romantisme et du classicisme en philosophie" (p. 436-437)
Texte d'une conférence donnée dans le cadre d'une série de conférences en septembre 1922 à la Sorbonne (voir l'avant-propos de Paul Lapie).
Pose la question des rapport entre l'ancienne conception de la morale et la nouvelle. Constate: "La notion de valeur, que la philosophie de Nietzsche a popularisée même hors du cercle des spécialistes, joue peut-être le rôle central dans les spéculations morales contemporaines. Qu'exprime-t-elle exactement ? Il est clair à première vue qu'elle tient, dans notre philosophie pratique, une place analogue à celle qu'y tenaient autrefois les notions de bien et d'idéal" (p.35).
[...] l'homme, doué de pensée, par suite être instable et complexe entre tous les êtres, parait bien le moins apte de tous à se fixer dans un automatisme définitif, et M. Le Dantec a raison. Dès lors, la fin qui lui est assignée par la nature, ou, si l'on préfère, par la force des choses, ne peut être de rechercher uniquement son plus grand bonheur individuel comme corrélatif d'une parfaite adaptation organique. Il peut se proposer ce but, sans doute, mais non y suspendre toute sa destinée, ou prétendre y ramener toute sa morale; plus multiples, plus diverses, plus obscures sont les conditions de son bonheur vraiment humain, et les intérêts pour lesquels il doit vivre. Il y a en lui des virtualités indéfinies de pensée et de volonté qu'il faut bien, sans doute, qu'il déploie. A travers les complications, de jour en jour plus inextricables, de sa civilisation, de son art, de sa science, il n'est pas sûr que ce soit son bonheur propre d'individu qu'il réalise de mieux en mieux, ni même celui de la société. Mais une nécessité l'entraîne; et, à coup sûr, il élargit sa vie. — C'est ce qu'ont senti, au fond, toutes les grandes doctrines morales, même les moins imbues de croyances religieuses ou transcendantes. La doctrine du surhomme, par exemple, a bien cette portée chez Nietzsche, et c'est ce qui en fait, malgré tout ce qu'on peut dire contre elle, la noblesse et la grandeur". (p. 133)
"Dans la première composition, une jeune fille et un jeune homme étaient premiers ex aequo; dans la seconde, deux jeunes filles. Et ce n’est évidemment pas l’effet d’une indulgence particulière dans les notes, puisque les compositions écrites sont anonymes, et que le sexe, chez des personnes très cultivées, est presque impossible à deviner d’après l’écriture. L’agrégation de philosophie montre ainsi, cette année, d’une manière particulièrement nette ce que certains concours antérieurs permettaient déjà de prévoir: que les femmes peuvent manifester dans des épreuves de ce genre autant de vigueur et de distinction intellectuelles que les hommes. Sans doute ne s’agit-il encore là que de succès scolaires; mais du moins paraît-il certain qu’au point de vue des études, même les plus élevées, les différences qu’on peut encore observer actuellement entre les deux groupes ne résultent que de l’éducation première, de la tradition et du milieu." (p. 2)
Elève de l'Ecole normale supérieure de Sèvres, elle obtient une licence de philosophie en 1895 et elle agrégée de lettres en 1891 (classée 4ème). Mariée en 1898 à Paul Crouzet (1873-1952), elle est professeure des lycées.
Lire Annabelle Bonnet, La barbe ne fait pas le philosophe (1880-1949), Paris, CNRS Éditions, 2022.
Examen annuel des sujets de Langues Vivantes, proposés au Baccalauréat. A propos du thème et de la version, la Commission note quelques problèmes dont:
"C) Des épreuves dont la difficulté, de pensée ou de forme, dépasse le niveau normal des candidats: un passage de Nietzsche (Caen, juillet, A'), un extrait d'un discours de Hitler (Toulouse, id.) [...]" (p. 56).
Pour la philosophie:
"Épreuve écrite. — Le sujet de philosophie, — « Valeur de l’idée d’autonomie dans la vie morale », — ne devait pas surprendre des candidats familiarisés avec les programmes du baccalauréat, qui, sans avoir fait une étude spéciale de la doctrine de Kant, étaient censés connaître au moins les grandes lignes de sa morale et l’influence qu’elle a exercée. C’est pourquoi l’on peut s’étonner de ce que, dans un certain nombre de copies, même bien composées et témoignant d’un esprit réfléchi, cette notion ait été inexactement définie et mal comprise. Certains candidats ont confondu autonomie et individualisme extrême, et ont exposé et discuté le point de vue de Nietzsche, de Max Stirner, ou même l’égotisme de Barrés, l’amoralisme d’André Gide. D’autres ont cru qu’on leur demandait de traiter du problème de la liberté et du libre arbitre. Alors même que le sujet était à peu près compris, il s’est manifesté quelque incertitude et comme une hésitation à l’aborder franchement: on a passé en revue tous les systèmes de morale, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours [...]"
Les examinateurs "MM. Bréhier, professeur à la Faculté des Lettres de Paris, et Halbwachs, professeur à la Faculté des Lettres de Strasbourg".
Etude publiée par fragments d'octobre 1924 à 1926 (date indéterminée)
Présentée ainsi:
M. L. William Cart a bien voulu nous confier cette étude inédite, que la Revue publiera par fragment durant l'année 1924-1925.
Elle répond au désir exprimé par plusieurs lectrices de trouver ici des suites d'articles se rapportant à des penseurs et à des artistes étrangers. Or, il se rencontre que le célèbre philosophe fut aussi un éducateur: double raison pour que l'on trouve ici de larges extraits de cet ouvrage.
Voici d'ailleurs comment l'auteur explique, dans l'avant-propos, la manière dont il a été amené à l'écrire:
« Ayant à faire, pour une revue spéciale, le compte rendu d'un article sur la pédagogie de Nietzsche paru dans le «PAEDAGOGISCHES ARCHIV», je fus obligé, pour pouvoir comprendre cet article, de me reporter aux textes qui l'avaient inspiré. Et je fus entraîné beaucoup plus loin que je ne pensais. Ayant étudié les idées pédagogiques de Nietzsche, il me parut alors qu'il y aurait également quelque intérêt à rechercher ce que Nietzsche avait été comme élève, comme étudiant, comme professeur; et je tentai de reconstituer sa biographie à ce point de vue très spécial.
On ne trouvera donc ici qu'un faible rayon de lumière puisse-t-il cependant contribuer à éclairer l'admirable et douloureuse figure du grand penseur et du grand artiste que fut Nietzsche. »
CART L. -William, "Nietzsche élève, professeur et pédagogue", in Bulletin de l'enseignement secondaire des jeunes filles, 15 novembre 1924, p. 150-158. [L.V.]
Etude publiée par fragments d'octobre 1924 à 1926 (date indéterminée)
CART L. -William, "Nietzsche élève, professeur et pédagogue", in Bulletin de l'enseignement secondaire des jeunes filles, 15 décembre 1924, p. 197-205. [L.V.]
Etude publiée par fragments d'octobre 1924 à 1926 (date indéterminée)
CART L. -William, "Nietzsche élève, professeur et pédagogue", in Bulletin de l'enseignement secondaire des jeunes filles, 15 janvier 1925, p. 5-8. [L.V.]
Etude publiée par fragments d'octobre 1924 à 1926 (date indéterminée)
CART L. -William, "Nietzsche élève, professeur et pédagogue", in Bulletin de l'enseignement secondaire des jeunes filles, 15 février 1925, p. 61-66. [L.V.]
Etude publiée par fragments d'octobre 1924 à 1926 (date indéterminée)
CART L. -William, "Nietzsche élève, professeur et pédagogue", in Bulletin de l'enseignement secondaire des jeunes filles, 15 mars 1925, p. 127-135. [L.V.]
Etude publiée par fragments d'octobre 1924 à 1926 (date indéterminée)
CART L. -William, "Nietzsche élève, professeur et pédagogue", in Bulletin de l'enseignement secondaire des jeunes filles, 15 avril 1925, p. 155-158. [L.V.]
Etude publiée par fragments d'octobre 1924 à 1926 (date indéterminée)
CART L. -William, "Nietzsche élève, professeur et pédagogue", in Bulletin de l'enseignement secondaire des jeunes filles, 15 mai 1925, p. 201-208. [L.V.]
Etude publiée par fragments d'octobre 1924 à 1926 (date indéterminée)
CART L. -William, "Nietzsche élève, professeur et pédagogue", in Bulletin de l'enseignement secondaire des jeunes filles, 15 juin 1925, p. 260-264. [L.V.]
Etude publiée par fragments d'octobre 1924 à 1926 (date indéterminée)
CART L. -William, "Nietzsche élève, professeur et pédagogue", in Bulletin de l'enseignement secondaire des jeunes filles, 15 septembre 1925, p. 30-34. [L.V.]
Etude publiée par fragments d'octobre 1924 à 1926 (date indéterminée)
CART L. -William, "Nietzsche élève, professeur et pédagogue", in Bulletin de l'enseignement secondaire des jeunes filles, 15 octobre 1925, p. 65-72. [L.V.]
Etude publiée par fragments d'octobre 1924 à 1926 (date indéterminée)
CART L. -William, "Nietzsche élève, professeur et pédagogue", in Bulletin de l'enseignement secondaire des jeunes filles, 15 novembre 1925, p. 113-119. [L.V.]
Etude publiée par fragments d'octobre 1924 à 1926 (date indéterminée)
CART L. -William, "Nietzsche élève, professeur et pédagogue", in Bulletin de l'enseignement secondaire des jeunes filles, 15 décembre 1925, p. 162-166. [L.V.]
Etude publiée par fragments d'octobre 1924 à 1926 (date indéterminée)
Nécrologie. Evoque les travaux de Charles Andler sur Nietzsche. Précise notamment:
"Bien que, depuis trente ou quarante ans, il ait été publié de très nombreux essais sur l’auteur de Zarathustra, il n’est aucune étude qui, de l’aveu des Allemands eux-mêmes, puisse être égalée au Nietzsche d’Andler. C’est un travail auquel il a consacré une trentaine d’années. Dès 1900 ou 1901, en effet, il avait commencé à assembler des notes et à faire des cours sur les œuvres alors publiées du philosophe allemand. Vers 1912 il avait déjà rédigé deux gros volumes et il pensait aboutir dans un délai assez court. Mais, outre que la guerre vint retarder son travail, il se trouva que beaucoup de documents inédits et nombre de lettres de Nietzsche ou de ses amis furent mises progressivement au jour. Andler remit son étude sur le métier, afin de tenir compte de ces apports nouveaux. Il lui fallut d’ailleurs exercer une critique très attentive sur les inédits publiés par le Nietzsche-Archiv de Weimar; car les administrateurs de l’héritage littéraire de Nietzsche avaient classé suivant leur jugement personnel les aphorismes ou fragments isolés laissés par le philosophe, et ce classement n’allait pas sans soulever diverses objections". (p. 6-7)
Aussi: "On avait cru jusque-là pouvoir reconnaître trois systèmes consécutifs. Andler a prouvé de façon indiscutable qu’il en faut distinguer soit deux, soit quatre: ce qui veut dire qu’il y a dans la vie intellectuelle de Nietzsche deux périodes très nettes, dont chacune comporte deux phases". (p. 7-8)
A la lumière de l'ouvrage de M. Lévy-BruhI, la Morale et la Science des mœurs, indique son intention d'apporter une réponse "à l'une des deux questions posées au dernier chapitre de mon de Kant à Nietzsche. Sur les ruines de la philosophie spiritualiste est-il possible de construire une métaphysique, est-il possible de légitimer une morale? En répondant dès lors d'une façon affirmative à ces questions j'avais pris en quelque sorte l'engagement tacite d'apporter la preuve de cette affirmation. C'est cet engagement que je vais m'efforcer de tenir ici" (p. 351). Estime: "Indépendamment du peu d'aptitude dont la critique a témoigné à saisir dans la philosophie de Nietzsche la part positive, la volonté d'organisation, toutes les qualités qui font de cette philosophie une affirmation et une exaltation des valeurs utiles à la vie, peut-être faut-il faire une part dans cette inattention à la présentation nécessairement imparfaite de la pensée du philosophe au cours d'un ouvrage qu'il n'a pu mettre au point et qui, s'il est sillonné des éclairs les plus vifs de son génie, n'a pas reçu la forme définitive que lui eût donné son auteur." (p. 355)
Sur les affinités entre Bergson et Guyau. Note que la "belle et noble doctrine" de Guyau peut "être le point de départ d'un assez grand nombre de rapprochements et de parallèles. Nietzsche, cela va de soi, est l'un des premiers auxquels elle fasse penser, et c'est surtout la parenté de ces deux esprits qui semble, entre tant d'autres, avoir frappé Alfred Fouillée" (p. 402)
Estime que Guyau est au confluent de la pensée de Nietzsche et de Bergson (p. 408)
Conclut que "Guyau est peut-être allé trop vite en besogne; et il faut croire que tout n'était pas paradoxal dans l'orgueilleux génialisme de Zarathustra puisque, au fond, cet élan irrésistible du vouloir qu'on ne saisit qu'en se tordant sur soi nous achemine plutôt dans la direction nietzschéenne du « Wille zur Macht » que dans la direction spencérienne du « Wille zum Dasein ».
La doctrine de Guyau reste pourtant une authentique philosophie de la vie, immanente, naturaliste et concrète; concilier le point de vue trop exclusivement sociologique qu'elle représente non seulement avec l'idéal du Zarathustra, mais avec l'héraclitéisme intégral de Bergson; [...] voilà les diverses tâches qui incombent maintenant aux jeunes philosophies de la Vie" (p. 449).
Sur le Surhomme de Nietzsche (p. 174-175)
Notamment: "Cette philosophie en grisaille [de Tarde] par qui se dissolvent les fantasmagories de la race et du Héros, est combattue depuis quelque temps par le nietzschéisme, plus haut en couleur assurément ; mais la vérité n’est pas affaire de bariolage et les affirmations truculentes de Nietzsche et de ses disciples risquent fort de se diluer en les analyses ternes et diffuses de Tarde et de disparaître avant peu dans les pensées" (p. 174).
A propos de la tragédie lyrique de Joachim Gasquet, Dionysos (1904), note l'inspiration nietzschéenne:
Si le jeune poète, après avoir subi avec une infinité d'autres l’emportement des dénégations anarchiques et révolutionnaires, a retrouvé la santé catholique comme la plupart de ceux qui sont actuellement les meilleurs dans la pensée et dans l'art français, la dogmatique catholique est ce qui lui a permis de communiquer à la fable de Dionysos une vertu qui l’exalte au-dessus des autres créations de l’imagination primitive. (p. 302) [...]
Il ne nous a pas parlé du christianisme, il nous y a fait penser. Il nous a fait sentir le travail profond du désir qui soulevait l'humanité au-devant de la promesse, même ignorée, et sentir du même coup combien impuissant par lui-même et combien inégal ce désir, la plénitude ne pouvant nous venir que d’en haut.
En effet, il n’a donné à sa tragédie aucune couleur évangélique, qu'elle ne devait pas avoir. Loin de là ! Le culte de Dionysos s’établit tel que les hommes pouvaient par eux-mêmes le concevoir, tel que pouvaient l’instituer des dieux issus de l'imagination des hommes; c’est-à-dire que l'institution en est atroce. Le dieu enivrant laisse en même temps aux cœurs un cruel malaise. La tragédie paraissait peu de temps après que les poèmes de Nietzsche avaient commencé d'entrer en France. Notre génie n’en adoptera jamais la dureté. Depuis qu’ils circulent chez nous et qu'ils agissent sur beaucoup d’esprits. il est curieux de voir comme leur influence se transforme dans les cerveaux français. La tragédie de Gasquet est l'œuvre que je sache qui, par sa tenue implacable en certains passages, reproduit le mieux l'inspiration nietzschéenne. La bonté en serait absente, si elle n’était traversée par des pressentiments. Elle appelle des suites qui nous amèneraient à une conception chrétienne de la grâce divine" (p. 303-304).
Tragédie lyrique en trois actes représentée pour la première fois sur le théâtre antique d'Orange le 1er août 1904, et reprise par le théâtre de l'Œuvre, le 20 février 1905.
D'inspiration nietzschéenne.
Objection à un "pur kantiste": "Mais de deux choses l'une:
Ou le « Tu dois » sera fortuit; dans ce cas, il ne pourra me donner ses raisons et je me moque de lui. Au « Tu dois » répondra peut-être un « Je veux » empirique, fortuit, irrationnel, sans vrai moi, comme celui de Nietzsche, cet altier et frémissant artiste, qui est à merveille la vipère dont a fini par accoucher très légitimement le moralisme subjectiviste. Ainsi je n'aurai pas de vrai moi, un moi raisonnable;
Ou le « Tu dois » sera raisonnable et pourra m'intéresser par ma raison, si je connais par raison que je suis un vrai moi.
Or vous-même et les successeurs de votre maître me prouvez que la raison spéculative discursive ne peut pas me donner un vrai moi, que le moi que je pense est une illusion.
Je reste avec Nietzsche" (p. 50)
Au sujet des valeurs: "La délibération, dans les occasions qui intéressent la moralité, ne porte donc pas essentiellement sur la question de savoir quel serait le parti le meilleur au point de vue moral, car nous en jugeons spontanément sur notre idée de la perfection; et si nous ne pouvons pas en juger clairement en y mettant la sincérité voulue, la moralité n'est plus en cause. Nous délibérons parce que, sachant quel serait le meilleur parti, nous nous demandons, non pas si nous devons le suivre, mais si nous le suivrons. Et c'est là que nous sommes merveilleusement ingénieux, non pas à nous persuader d'agir « sans motif », ni à peser impartialement et sagement les « motifs qui sollicitent notre volonté », mais à lire de travers le résultat de la pesée qui s'inscrit de lui-même, à entraver sournoisement le jeu de la balance, à fausser nos calculs et à y introduire ces coefficients et ces exposants dont nous ne sommes jamais à court. C'est ainsi que nous changeons artificieusement et très volontairement les valeurs des choses et les valeurs des actes possibles; et c'est ce qu'a saisi avec une étrange vigueur le redoutable et superbe Nietzsche, quand, décidé à tuer la morale, il a annoncé que sa tâche était de changer des valeurs.
On ne peut que les piper. Mais on le peut. En les changeant ainsi pour nous, au fond c'est nous-mêmes que nous changeons" (p. 109).
Contient le chapitre "Le surhomme. Nietzsche" (p. 285-305)
Soutient que le surhomme a été inventé pour ainsi dire simultanément par Renan et Nietzsche (p. 285).
Précise qu'il "a été publié une infinité d'études sur Nietzsche. V. celles de MM. Fouillée, Vaihinger, etc." (p. 287)
Estime que "la destinée de Nietzsche comme écrivain est singulière. Les philologues ses confrères sont unanimes à regarder les étymologies qu'il lui arrive de donner comme entièrement imaginaires, erronées et sans fondement. Les esthéticiens et les historiens ne peuvent considérer ses ouvrages sur la tragédie grecque que comme de brillantes fantaisies, amplifications de thèmes psychologiques connus. Les philosophes ne sont pas gens à s'émouvoir de ses croyances arbitraires et creuses sur la physique générale de l'univers. En ce qui concerne les religions, il extravague. Les idées qui lui sont le plus chères sont fausses ou appartiennent à d'autres. Mais l'accent peut être original. D'ailleurs il se défend d'avoir et de proposer aucun système, bien qu'il ait, dans le sens large du mot, une doctrine. Tout, selon lui, est individuel c'est peut-être là un des points les mieux fixés de sa pensée; et tout dans l'individu est en mouvement. C'est être fidèle à sa propre manière de penser que de l'interpréter en l'accompagnant pas à pas" (p. 287-288).
Analyse puis conclut:
"Il n'y a pas lieu de parler expressément d'une philosophie à propos de Nietzsche. Parfois il interprète sa pensée comme une sorte de spinozisme forcené (2); mais on trouverait cent passages où il s'ôte à lui-même et aux autres tout droit d'en' donner aucune appréciation fixe et de la juger d'après aucune mesure et aucun étalon. On la caractériserait peut-être suffisamment en disant qu'elle exprime une morale de fourmis rouges.
Quels en seront les effets ? Il faut avouer que, depuis quelques années, l'Allemagne nous a atteints par des manifestations de son génie qui, en accusant peu de sérieux, sont d'une nature remarquablement peu sympathique. L'Unique de Stirner, qui nous est parvenu, il est vrai, tardivement, mais apporté par un vent qui a soufflé depuis peu d'outre-Rhin, les œuvres de Nietzsche, le monisme lourd et superficiel de Haeckel n'ont rien qui gagne les cœurs ni qui grandisse les esprits. [...]
Il n'est pas douteux que Nietzsche ne soit appelé à demeurer, jusques à quand? un des principaux oracles du germanisme (Deutschlum), au sens désobligeant du mot, et il est à craindre que les hommes de sa race et de sa langue n'en retirent dans de mauvaises heures la leçon de dominer sans souci du droit, à titre d'humanité d'autant supérieure qu'elle serait plus violente. D'une manière générale, les écrits de Nietzsche sont un arsenal d'armes à employer sans scrupule, la panoplie d'un barbare méchant et le chant de « la Volonté de puissance » est le péan d'une férocité qui se prétendrait justifiée par ses triomphes.
De lui pourtant, le haut artiste sensible et torturé, comme de Stirner, l'énergique Cyclope, de ces deux détestables énergumènes un précieux élément moral pourrait peut-être en de certaines circonstances être dégagé, s'il est vrai qu'un peu de bien puisse être par fois tiré du mal: je veux dire un ferment actif de résistance à un Etat qui monstrueusement irait à absorber tout le droit naturel de l'individu, et à une société qui par le moyen de l'Etat tendrait au nivellement général et à la commune platitude" (p. 304-305).
"Pourquoi Mlle Nietzsche a-t-elle inventé une légende ? Elle a comparé sa mère à la mère de Goethe ; c'est faux. […] Mlle Nietzsche s'est donné un rôle d'Antigone ; c'est faux : elle blâmait toutes les pensées de son frère. […]
Mlle Nietzsche était différente de son frère: qui lui en fera reproche? C'est dommage qu'elle ait inventé une légende, c'est grand dommage qu'elle ait défendu cette légende avec une âpreté souvent injurieuse". (Daniel Halévy, Journal des Débats, 5 octobre 1909)
SEPTEMBRE 2025
Réunion d'articles partiellement déjà publiés et repris, difficiles à lire aujourd'hui en regard de la lutte des femmes pour les droits.
Estime que d'après la science, le féminisme est une forme de suicide social. Ainsi, note que "ceux qui ont eu surtout en vue les générations futures et leur perfectionnement aient été antiféministes: Nietzsche a l'approbation de la science" (p. 82). Le féminisme a le grand tort d'avoir appris aux femmes à penser.
Conclut: "Ces tristes considérations n'ont pas seulement la portée sociale qu'on entrevoit, elles font encore, d'un point de vue plus général, réfléchir et douter. Ainsi la vérité pourrait être malfaisante? Ainsi s'ébranlerait la foi d'un siècle qui a cru au salut par la vérité, qui, à l'exemple de Goethe, a réclamé partout la lumière ?
Ou bien y aurait-il d'autres sources de vérité que celles où nous avons puisé, et le monde aurait-il besoin d'autres soutiens que ceux de la raison et de la justice? N'avons-nous pas été trop intellectuels et à force de vouloir faire l'ange, n'avons-nous pas fait la bête ?
Et alors, l'espoir du progrès serait-il mensonger? N'avons-nous pas été trop optimistes, et ne devons-nous pas ajouter à notre lumière beaucoup d'ombre, à notre vérité beaucoup de mensonges, ainsi que dans l'air l'azote est mêlé à l'oxygène? C'est donc Ibsen qui aurait raison avec sa théorie du mensonge vital nécessaire à l'existence de chacun? En ce cas, par cela même qu'il serait vital, ce mensonge n'en serait plus un — et le mensonge cesserait d'être le contraire logique de la vérité, étant la vérité en quelque manière.
Quel scepticisme nous dégageons, en outre, des faits! Car notre foi reposait sur ce postulat que la morale individuelle et la morale sociale devaient avoir même racine et se rejoindre. Mais ce que nous avons vu ne nous a-t-il pas montré, au contraire, que l'affirmation de l'individu, sanctionnée par les lois naturelles, était inconciliable avec les exigences de la société? Si la femme revendique les mêmes droits que l'homme (ce à quoi le féminisme la conduit), la société ne peut plus subsister.
Pour que celle-ci se maintienne, faut-il donc entretenir l'injustice et la déraison, faut-il donc que se perpétue cette monstrueuse dualité des prostituées offertes en holocauste aux honnêtes femmes? C'est donc encore Nietzsche qui aurait raison avec ses deux morales, et il faudrait servir la vérité à la table des Maîtres (les hommes), le mensonge à la table des Esclaves (les femmes) ?
Obscurs cl douloureux problèmes: Peut-être la liberté et l'égalité ne sont-elles que des fantômes illusoires, — ou du moins conviendrait-il d'élargir ces notions, comme nous avons dû élargir celle de la vérité" (p. 96-97).
Brochure in-8.
Référence citée d'après le Catalogue de la bibliothèque de la Chambre du Commerce de Paris (1922). Je n'ai trouvé aucune trace de ce livre.
A propos du livre d'Alfred Rosenberg, Le Mythe du XXe siècle, évangile de la "religion nazie". Nietzsche au service du nazisme et de l'avènement du surhomme allemand.
Sur l'état d'esprit de sa génération vers 1895/1910 et l'accueil de Nietzsche en France.
Début dans le numéro du 15 juillet 1930. Suite et fin dans les numéros du 15 août, 1er septembre et 15 septembre 1930.
Evoque Nietzsche à plusieurs reprises dans la suite. Dans la dernière partie, note: "Le marxisme, l'anarchie, les réflexions sur la violence de Sorel, les idées de Nietzsche, l'immoralisme furent les jouets de notre jeunesse. Que ne disait-on pas dans les cercles d'étudiants vers 1895 ? Maintenant les mêmes propos nous épouvantent parce que ce sont de jeunes primaires qui les tiennent. Nous avons été une génération d'apprentis sorciers..." (p. 306)
Longue discussion serrée.
Article également publié dans Le Radical, 29 octobre 1908, p. 1.
S'oppose à Nietzsche: "Nietzsche ne serait pas si célèbre, si les nouvelles générations n'avaient été préparées à accueillir favorablement ses désolantes doctrines d'un individualisme forcené. Sa détestable gloire, lui vint de ce qu'il exprima les tendances et flatta l'orgueil d'une jeunesse âpre, avide, rusée, troupeau d'arrivistes, qui se croient supérieurs et peut-être destinés à devenir, des surhommes, parce qu'ils sont dépourvus de scrupules, de générosité, de sens moral et de tous les sentiments dont s'honore quiconque a vécu, réfléchi et souffert.. Tout l'art de vivre, heureusement, ne consiste pas à découvrir un plus faible que soi, pour en faire sa proie" (p. 3). Argumente.
Nécrologie de Nietzsche et analyse de l'influence de son œuvre en France (p. 122-125).
Commence: "Dans le dernier numéro du Briard, j’ai essayé de montrer trois choses: d’abord le devoir pour la jeunesse pensante de l’action efficace, ensuite la forme nécessairement collective que doit prendre l’action pour être efficace, et enfin les conditions de discipline volontairement consentie par l’individu à la collectivité qui rendent possible l’action collective. Sur ce point un correspondant veut bien me faire part de quelques-uns de ses scrupules. Après avoir cité Renan, Ibsen et Nietzsche, il se demande si « le prolétariat est arrivé à un degré assez élevé de développement intellectuel et esthétique pour que les penseurs et les artistes puissent sans trop s’abaisser lui tendre la main. » Je voudrais aujourd’hui rassurer mon correspondant par une brève réponse et lui montrer dans le prolétariat de merveilleux éléments d’intelligence et de merveilleux éléments de beauté".
Nombreuses évocations de Nietzsche. Voir spécialement le chapitre "Nietzsche aux intellectuels allemands" (p. 153)
Issu de la Revue médicale de Louvain.
Soutient que l'"adulation des intellectuels boches pour Einstein, ressemble très fort à celle qui allait il y a dix ans vers le philosophe Nietsche.
Avant la guerre, les vitrines des libraires boches avaient autant de tracts sur Nietsche que maintenant sur Einstein: Nietsche et Socrate, Nietsche et le Christianisme, Nietsche et la Science, Nietsche et l’Etat! Nietsche était à toutes les sauces. Nietsche avait inventé le Surhomme boche; pour Nietsche, Macht geht vor Recht, la pitié et la charité sont des vices, les peuples ne doivent servir qu’au plaisir du tyran, le Christianisme est un recul de la civilisation, la Science est un facteur inhibitif de l’Instinct supérieur; le Surhomme doit être le jouisseur le plus satané. Pour nous, médecins, Nietsche est un dément paralytique, dont les livres ont été écrits après un premier internement, alors qu’il ne pouvait plus donner ses cours à Bâle, et alors qu’il n’a cessé d’écrire que pour faire la crise finale et mortelle de démence.
Les pages se suivent sans preuves ni raisonnements, et répètent dans un délire d’orgueil les élucubrations les plus saugrenues contre le Christ et la civilisation. Mais Nietsche flattait l’orgueil germanique et c’est avec les principes de Nietsche que les boches ont déclenché la guerre mondiale et nous ont envahis. Nous avons souvent dit qu’ils étaient tous fous, c’était Nietsche qui les avait rendus tels.
Quand on a vu les intellectuels boches se mettre à plat devant Nietsche, l’aduler comme le plus grand réformateur, comme le prophète de l’ère nouvelle, (l’ère germanique que leurs journaux nous annonçaient, fin 1914), alors on ne s’étonne plus de rien.
La platitude devant le maître, l’absence de critique devant la théorie du maître, l’amour du nébuleux, la peur de remettre le bon sens au-dessus des rodomontades magistrales, tout cela est bien boche et bien le fruit de toute l'éducation boche.
Nous ne pouvons nous empêcher de croire que nous nous trouvons ici devant un nouvel échantillon du même esprit.
(Revue médicale de Louvain)"
Voir particulièrement le chapitre sur Wagner, publié en 1902 dans la Revue de Paris.
Estime que justice est enfin rendue à Baudelaire. Et note: "Un autre admirable exemplaire de belle humanité également bafoué et vilipendé ne nous est-il point fourni par ce Frédéric Nietzsche qu’une critique aussi inintelligente qu'intéressée nous donna pour un philosophe pour rois nègres, un barbare impénitent, un Scythe aviné et auquel Charles Andler rendit finalement justice; dans un ouvrage magistral, qui n’est pas un livre sur Nietzsche mais le livre, le livre unique et indispensable, établissant comme l’avait déjà pressenti Rémy de Gourmont, que depuis Jésus personne n’avait autant aimé les hommes, voulu leur bien et travaillé à leur bonheur véritable que le poète-philosophe allemand, par ailleurs donné pour un tortionnaire, un être insensible, sans foi ni loi et férocement utilitaire.
Mais Charles Andler nous aida à découvrir que Zarathoustra est au moins aussi beau que les Evangiles; par lui nous sûmes le sort inexprimablement tragique déjà indiqué par Vigny dans son Moïse, d’un homme trop grand pour l’humanité ambiante, perdant la raison de se voir incompris et devenant fou de se sentir isolé, seul, toujours seul.
Heureusement les hommes révisent: la postérité y regarde de plus près que les contemporains, elle ne se paie ni de ragots ni de calomnies faciles et sa prétention est de juger sur pièces. Alors qu’il occupa une place insignifiante dans les recueils écrits par les historiens littéraires du XIXe siècle français, Baudelaire apparaît aujourd’hui comme le plus grand poète de cette époque".
A propos de l'article de Gabriel Brunet sur Nietzsche dans le Mercure de France. Note: "Dans le Mercure de France du 1er Février, M. Gabriel Brunet a publié une étude sur Nietzsche. Sans savoir qui l’écrirait on pouvait prévoir depuis plus de deux ans qu’elle serait écrite. L’œuvre de Nietzsche est familière à M. Brunet. Cela lui permet de donner de bons avis à quelques vieux imprudents qui ne savent plus faire la distinction du propre et du figuré. Cela les mettra en garde contre le danger des citations trop faciles."
A propos de la pièce de Marie Lenéru qui vient d'être jouée à l'Odéon. Résumé qui souligne l'antagonisme entre Nietzsche et la morale chrétienne.
Nécrologie identique à celle publiée le 27 août 1900 dans Le Matin.
A propos de Jean Baptiste Marchand, commandant de la mission "Congo-Nil". Note: "Autrefois, on disait un «héros», maintenant que nous subissons jusqu’aux mots qui nous arrivent d’Allemagne, on dit avec Nietzsche un «super-homme», avec cette différence qu’au contraire du héros le «super-homme» est un monstre d’égoïsme féroce et qu’il n’aspire qu’à la satisfaction de ses jouissances personnelles.
J’avoue, cependant, que, pris dans un sens tout opposé â celui de Nietzsche, le mot de sur-homme, ou de super-homme, appliqué à des personnalités exceptionnelles comme celle de Marchand, ne me déplairait pas. Marchand est un héros, un super-homme, si vous le préférez, c’est-à-dire un homme qui, par le courage, par la puissance surtout qu’il possède au plus haut degré de communiquer son énergie aux autres, dépasse la moyenne ordinaire.
De ces héros et de ces super-hommes nous en avons eu à foison, et nous en avons fait une effroyable consommation pendant les siècles glorieux de notre histoire; c’est grâce à eux, d’ailleurs, que ces siècles furent glorieux."
A propos des anarchistes. L'anarchiste "est une manière de héros barbare, quelque chose d'assez voisin du surhomme de Frédéric Nietzsche. Appelons-le, si vous voulez, une sur-brute".
"On connaît cette jolie scène des Remplaçantes, dans laquelle un jeune docteur prétentieux s’applique à seriner à ses clientes — afin qu’elles puissent en faire parade dans les salons — deux ou trois formules de Nietzsche, du grand Nietzsche, le philosophe névrosé.
Mais Nietzsche, aujourd’hui est quelque peu démodé. Son nom, qui a traîné partout, sent étrangement le moisi — et ses théories, dont tout le monde parle, mais que personne ne comprend, n’ont plus l’attrait du mystère, ni le piment de là nouveauté. Le besoin se faisait donc vivement sentir d’une initiative nouvelle, d’un grand homme inédit à lancer, d’un penseur profond et méconnu à glorifier.
Aussi bien voici que, dans les revues, certains essayistes, en veine de découverte, semblent avoir déniché l’oiseau rare. Il vous faut un penseur nouveau? Nous tenons précisément l’article. Et celui-là, vraiment, a toutes les qualités requises. Tout d'abord, il n’est pas français, il est danois, comme Ibsen, ce qui, pour un penseur, est en ce moment fort bien porté. En second lieu, il est tout simplement "génial" plus fort que Nietzsche lui-même, dont il fut en quelque sorte, le précurseur.
Mais ce qui le recommande par-dessus tout à l’attention des snobs et des caillettes, c’est qu’il est affublé d’un nom presque impossible à prononcer : il s'appelle Kierkegaard. Aussi quel triomphe sur ses rivales, quelle écrasante supériorité pour la perruche mondaine qui, d’un petit ton dégagé, pourrait laisser tomber ce nom rébarbatif dans la conversation!
En vérité, je vous le dis, retenez bien ce nom, mesdames! Kierkegaard est le grand homme de demain!"
Compte-rendu de Jean Bourdeau, Les Maîtres de la pensée contemporaine.
Compte-rendu du livre d'Alfred Fouillée.
A propos des romans "nietzschéens" de Gérard d'Houville et Anna de Noailles.
Compte-rendu du livre de Jules de Gaultier, De Kant à Nietzsche.
Roman où intervient la philosophie de Nietzsche, d'après un compte-rendu publié dans L'Illustration du 3 mars 1900.
Roman publié en feuilletons, avec des références à Nietzsche.
Egalement dans le feuilleton publié le 14 janvier 1914.
Publié aux éditions du Petit écho de la mode.
Traduit en espagnol par Gerardo Medel.
VERTIOL Andrée, "L'idole. VI", in Les Veillées des chaumières, 14 janvier 1914, p. 174-175.
Avec des évocations de Nietzsche.
Voir aussi le chapitre V publié le 10 janvier 1914.
Roman publié en feuilletons. Avec un personnage qui se dit disciple de Nietzsche.
D'autres évocations dans les autres feuilletons.
BEZANCON Henriette, "Pour jouir de la vie. VI (suite)", in Les Veillées des chaumières, 8 juillet 1914, p. 574-575.
Roman publié en feuilletons. Avec un personnage qui se dit disciple de Nietzsche.
D'autres évocations dans les autres feuilletons.
Poème. Qui sont les vraies surfemmes? La réponse est à la fin:
"Et mon esprit hanté du mystère des âmes
Comprit enfin à qui, dans ces êtres divers,
Se devrait décerner le grand nom de surfemmes,
Entre la Nietzschéenne, égarée à travers
Les dédales obscurs de la philosophie,
Et ces simples au cœur vaillant, content de peu,
N’ayant d’autre idéal, d’autre rêve en la vie,
Que de peiner pour leurs petits, leur homme et Dieu."
La Société des gens de lettres créa le Prix Lya Berger en 1922.
Elle est nommée chevalier de la Légion d'honneur en 1937.
D'après le sommaire publié dans La Bataille Syndicaliste.
Suite à ces deux premiers articles au début de l'année et aux réactions qu'ils ont suscitées.
Engendre une controverse sur le sujet. Voir notamment "Deux opinions sur Nietzsche" qui oppose le point de vue de Charles Albert et celui de Charles-Ange Laisant.
Suscite une vive réaction de Christian Cornélissen: "Nietzsche et la démocratie. Est-ce que les extrêmes se touchent?", in La Bataille Syndicaliste, 7 mars 1915, p. 3.
En réaction à l'article de Louis Estève, "Nietzsche et la démocratie" publié dans La Bataille Syndicaliste du 7 février 1915.
Suite à l'article de Louis Estève: "«Notre» Nietzsche et ses compatriotes" publié dans La Bataille Syndicaliste du 5 janvier 1915, justifie la publication de deux opinions divergentes au sujet de Nietzsche: celle de Charles Albert ("A propos de Nietzsche") et celle de Charles-Ange Laisant ("Casse-cou").
En réponse à l'article de Louis Estève: "«Notre» Nietzsche et ses compatriotes" publié dans La Bataille Syndicaliste du 5 janvier 1915.
Opinion mise en regard d'un avis inverse, celui de Charles Albert, "A propos de Nietzsche", in La Bataille Syndicaliste, 15 janvier 1915, p. 2.
Le débat sur Nietzsche se poursuit notamment avec un nouvel article de Louis Estève ("Nietzsche et la démocratie") et une longue réponse de Christian Cornélissen: "Nietzsche et la démocratie. Est-ce que les extrêmes se touchent?"
En réponse à l'article de Louis Estève: "«Notre» Nietzsche et ses compatriotes" publié dans La Bataille Syndicaliste du 5 janvier 1915.
Opinion mise en regard d'un avis inverse, celui de Charles-Ange Laisant: "Casse-cou".
Le débat sur Nietzsche se poursuit notamment avec un nouvel article de Louis Estève ("Nietzsche et la démocratie") et une longue réponse de Christian Cornélissen: "Nietzsche et la démocratie. Est-ce que les extrêmes se touchent?"
La vie et l'œuvre de Frédéric Nietzsche par M. Edmond Vermeil. Nietzsche et la philosophie par M. Eric Weill. Nietzsche et les Arts par M. Marcel Brion. Nietzsche et les lettres par M. Robert Kemp.
– Le docteur Zeb, mon maître, m'a enseigné que les souverains s'exposeraient à moins d'erreurs s'ils étaient éclairés par l'exemple du passé. C'est pourquoi je veux étudier les annales des peuples. Je vous ordonne de composer une histoire universelle et de ne rien négliger pour la rendre complète.
Les savants promirent de satisfaire le désir du prince, et s'étant retirés, ils se mirent aussitôt à l'œuvre. Au bout de vingt ans, ils se présentèrent devant le roi, suivis d'une caravane composée de douze chameaux, portant chacun cinq cents volumes. Le secrétaire de l'académie, s'étant prosterné sur les degrés du trône, parla en ces termes:
– Sire, les académiciens de votre royaume ont l'honneur de déposer à vos pieds l'histoire universelle qu'ils ont composée à l'intention de Votre Majesté. Elle comprend six mille tomes et renferme tout ce qu'il nous a été possible de réunir touchant les mœurs des peuples et les vicissitudes des empires. Nous y avons inséré les anciennes chroniques qui ont été heureusement conservées et nous les avons illustrées de notes abondantes sur la géographie, la chronologie et la diplomatique. Les prolégomènes forment à eux seuls la charge d'un chameau et les paralipomènes sont portés à grand'peine par un autre chameau.
Le roi répondit :
– Messieurs, je vous remercie de la peine que vous vous êtes donnée. Mais je suis fort occupé des soins du gouvernement. D'ailleurs j'ai vieilli pendant que vous travailliez. Je suis parvenu, comme dit le poète persan, au milieu du chemin de la vie, et, à supposer que je meure plein de jours, je ne puis raisonnablement espérer d'avoir le temps de lire une si longue histoire. Elle sera déposée dans les archives du royaume. Veuillez m'en faire un abrégé mieux proportionné à la brièveté de l'existence humaine.
Les académiciens de Perse travaillèrent vingt ans encore ; puis ils apportèrent au roi quinze cents volumes sur trois chameaux.
– Sire, dit le secrétaire perpétuel d'une voix affaiblie, voici notre nouvel ouvrage. Nous croyons n'avoir rien omis d'essentiel.
– Il se peut, répondit le roi, mais je ne le lirai point. Je suis vieux ; les longues entreprises ne conviennent point à mon âge ; abrégez encore et ne tardez pas.
Ils tardèrent si peu qu'au bout de dix ans ils revinrent suivis d'un jeune éléphant porteur de cinq cents volumes.
– Je me flatte d'avoir été succinct, dit le secrétaire perpétuel.
– Vous ne l'avez pas encore été suffisamment, répondit le roi. Je suis au bout de ma vie. Abrégez, abrégez, si vous voulez que je sache, avant de mourir, l'histoire des hommes.
On revit le secrétaire perpétuel devant le palais, au bout de cinq ans. Marchant avec des béquilles, il tenait par la bride un petit âne qui portait un gros livre sur son dos.
– Hâtez-vous, lui dit un officier, le roi se meurt.
En effet le roi était sur son lit de mort. Il tourna vers l'académicien et son gros livre un regard presque éteint, et dit en soupirant :
– Je mourrai donc sans savoir l'histoire des hommes !
– Sire, répondit le savant, presque aussi mourant que lui, je vais vous la résumer en trois mots : Ils naquirent, ils souffrirent, ils moururent.
C'est ainsi que le roi de Perse apprit sur le tard l'histoire universelle."
AOUT 2025
Lettre à Charles Andler de Lucien Herr du 31 août 1907, citée d'après Antoinette Blum (éd.), Correspondance entre Charles Andler et Lucien Herr (1891-1926), Paris, Presses de l'Ecole Normale Supérieure, 1992, p. 79.
Frédéric-Guillaume Nietzsche, qui vient de mourir à Weimar, à l'âge de cinquante-six ans, était une des figures les plus curieuses et les plus intéressantes de l'époque et peut-être même de toutes les époques. Poète, esthète et philosophe, Nietzsche laisse une œuvre d'une originalité déconcertante pour le plus grand nombre, déconcertante même pour l'élite qui se refuse en grande partie à suivre jusqu'au bout la pensée du philosophe dans les hauteurs vertigineuses où elle se complaisait à planer.
Cet affranchissement de l'homme, sa transformation en super-homme, il prétendait les réaliser dans le domaine moral et par la seule action de l'idée. Mais ce ne sont pas les révoltés de la société actuelle, préoccupés exclusivement de l'amélioration de leur sort matériel, qui représentent la tendance au progrès; l'Etat, monstre froid, de son côté ne peut être qu'un instrument de compression et de régression. L'émancipation et le devenir de l'homme, Nietzsche les attend de quelque cerveau supérieur qui prêchera à l'humanité la loi morale nouvelle. La théorie, comme l'on voit, est d'essence nettement aristocratique; aussi bien a-t-elle été accueillie avec empressement de certains côtés, où l'on serait d'ailleurs bien embarrassé pour la concilier avec les dogmes auxquels on reste attaché.
Quoi qu'il en soit, l'influence de Nietzsche sur une partie de la génération présente a été grande. Depuis 1889, cette lumineuse raison avait sombré dans la folie. C'est à Turin, au cours d'un voyage en Italie, qu'il sentit les premières atteintes du mal, et le demi-dieu - ô ironie - ne trouva plus dans son cerveau obnubilé que cette plainte enfantine: Mutter ich bin dumm (Mère, je suis imbécile).
Texte d'une conférence donnée à Paris en juin 1919.
Exaltation de la volonté, avec des citations et des références à Nietzsche.
Conclut: "Comment n'y aurait-il pas recul et chute au cours des orages imprévus et des brusques tournants de la vie? Ne critiquons pas, ne jugeons pas: nous sommes tous à la merci d'une chute et peut-être est-elle plus proche de nous que nous ne nous l'imaginons. Plaignons celui qui ne se relève pas, tendons-lui la main afin qu'il ait au moins une chance de se relever. Plus les coups sont rudes, plus il est de notre devoir de reprendre la marche en avant. Si la vie nous frappe c'est qu'elle nous aime et veut notre progrès. Les symboles ne manquent pas pour nous encourager et le plus grand peut-être est l'image douloureuse du Christ et de sa Croix. Plusieurs fois il est tombé sous le poids immense des misères humaines dont il voulait assumer le cruel fardeau; et les larmes divines qui coulaient de ses yeux ne coulaient que parce qu'il pleurait sur les hommes, Ses frères. Mais chaque fois, Christ S'est relevé, plus grand, plus pur, Christ S'est relevé jusqu'au Calvaire, jusqu'au sommet des douleurs, dans Sa volonté ardente de Se sacrifier entièrement à
l'Humanité, dans Sa volonté invincible et pleine d'amour de la régénérer par Sa Lumière!
Comme Lui essayons de monter sans cesse, de nous grandir, de rayonner davantage pour mieux donner encore.
Rien ne pourra nous empêcher d'atteindre le but, si nous le voulons. Mais que le but choisi, que le port merveilleux et lointain vers lequel se dirigeront tous nos efforts, à jamais, oui, à jamais, soit la Lumière.
Elle seule nous rendra invulnérables et forts, et par elle seulement, aux malades, aux déprimés, aux découragés, aux craintifs, à tous ceux qui sont en détresse ou qui partent à la dérive, nous pourrons chanter avec Nietzsche, le grand volontaire :
Volonté! C'est ainsi que s'appelle le Libérateur et le Messager de Joie! C'est là ce que je vous enseigne, mes Amis." (p. 36)
JUILLET 2025
Ecouter: An interview with Philipp Felsch (YouTube. Emancipations with Daniel Tutt)
A quand une traduction française?
Membre de l'Académie française (dossier et discours)
Décoré de la Légion d'honneur (dossier)A lire: Paul Valéry, Cours de poétique (2023),qui contient l’enseignement donné par l’écrivain au Collège de France de 1937 à 1945 et William Marx et Matilde Manara (dir.), Valéry au Collège de France, Editions du Collège de France, 2025.
JUIN 2025
MAI 2025
(La Croix)
Vendredi 16 mai, Paolo D'Iorio, "la plus haute expansion possible de la vie". Nietzsche lit Jean-Marie Guyau (ENS, 45 rue d'Ulm, salle Cavaillès, 10h30-12h30)
Philosophe et poète mort prématurément à l’âge de 33 ans, auteur précoce et prolifique d’œuvres qui résument avec originalité certains des thèmes philosophiques de son temps, Jean-Marie Guyau est l’un des auteurs français que Nietzsche a lus, médités et annotés. Ce séminaire porte sur la lecture par Nietzsche d’une œuvre en particulier de Guyau, l’Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction (1884).
L’exemplaire de ce livre possédé par Nietzsche a été perdu, mais ses traces de lecture ont été miraculeusement conservées et nous permettent de reconstituer le dialogue intellectuel que Nietzsche a eu avec cet auteur et, à travers lui, avec une série de thèmes présents dans la philosophie française et européenne de l’époque : darwinisme, utilitarisme, pessimisme, compassion, altruisme, volonté d’expansion de la vie et volonté de puissance.
Vendredi 23 mai : Alexandre Avril, Lectures françaises [marginales] de Nietzsche. L'exemple de Raoul Frary et de Louis Jacolliot (ENS, 45 rue d'Ulm, salle Beckett, 10h30-12h30)
"L’indagine al centro di questo volume riguarda uno dei capitoli fra i più affascinanti e tumultuosi della storia intellettuale europea: la ricezione di Nietzsche in Francia a cavallo fra XIX e XX secolo. Intrecciando storia della filosofia, cultura materiale e storia delle idee, le metamorfosi della dottrina nietzscheana vengono delineate attraverso tre personaggi concettuali che incarnano metaforicamente le principali fasi della sua ricezione. (...)"
"This article revisits the debate on the political character of Nietzsche’s work in order to evaluate it in light of the contemporary influence of Deleuzianism and French postructuralist theory more generally. (...)" lire le résumé
"Nietzsche’s writings belong to a hybrid genre that pertains as much to literature as to philosophy. The first wave of French Nietzscheanism, dating from the 1890s to the First World War, occurred primarily in the field of literature. By contrast, in the eyes the philosophers who held sway in the university system, Nietzsche was considered too much of a poet and brilliant essayist to be a serious philosopher. A further explanation for the seductive power Nietzsche exercised on French writers is that..." (lire le résumé)
Dans une lettre de novembre 1926, Antoine de Saint-Exupéry écrit: "J'emporte Nietzsche sous mon bras. J'aime ce type immensément. Et cette solitude. Il y a des choses que j'adore" (Lettres de jeunesse, Paris Gallimard, 1953, p. 77.
Une nette influence de Nietzsche apparaît également dans Courrier Sud et La Citadelle.
AVRIL 2025
Contre Nietzsche et contre ceux qui subissent et/ou encouragent l'influence de Nietzsche.
Passage intitulé "Nietzsche prêtre de Wotan" (p. 112-113)
Note par exemple: "Nietzche ne sera pas lu de ses paroissiens-nés; il n’en est pas moins le philosophe des apaches. II va même plus loin, il célèbre la cruauté comme fondement nécessaire de la civilisation. Ici, la société se demande, si elle veut vivre: il ne s’agit plus de blasphème, mais du crime de droit commun. La mort de Bonnot est une injustice selon la théorie de Nietzche. En vain objectera-t-on que Bonnot n’avait pas lu Nietzche. Les officiers allemands le mettent en pratique depuis deux ans. Faut-il que l’esprit européen soit affaibli pour croire à l’inocuité des idées? Nous sommes faits des livres que nous avons lus, et Nietzche a des défenseurs qui lui passent d’avoir insulté le crucifìx, en faveur de je ne sais quel accent littéraire vif et désordonné" (p. 113).
Note: "Nietzsche est mort fou, il a blasphémé, il a osé s’intituler antichrétien, mais il a jugé les Allemands avec lucidité: « Ils n’ont pas même honte de n’être que des Allemands. » Goethe voulut être autre chose qu’un Allemand, l’humaniste qu’entend et révère tout esprit cultivé. Or il n’y a que deux formes universelles de la pensée occidentale, la grecque et la catholique". (p. 57)
Aussi: "L’âme française ne se trouve pas au diapason des événements, la haine manque. Elle n’est pas à la mode. On oppose à la furie teutonne une étrange modération. Faut-il être grand clerc pour découvrir que la force des passions domine les éléments? Ce n’est point aimer la France que de nourrir de l’indulgence pour ses bourreaux. Le prix Nobel décerné au teutonisant Romain Rolland pour son Jean Christophe, type teutonique, ne doit pas nous impressionner. Au-dessus de la mêlée, il n’y a que des traîtres.
II faut être aussi fou que Nietzsche pour trouver quelque chose au delà du bien et du mal, qui sont les éternelles colonnes d’Hercule du monde moral." (p. 170-171)
Compte-rendu de Lou Andreas Salomé, Frédéric Nietzsche (1932).
Cet article est peut-être de Maurice Fombeure.
Article publié en quatre parties d'avril à juillet 1903.
Adrien Remacle régit à cette publication avec un article intitulé "La folie de Nietzsche. Lettre au Docteur Michaut", in La Plume, 1er décembre 1913.
MICHAUT Dr., "Le début de la maladie de Nietzsche", in Clinique générale de chirurgie, n°6, juin 1903, p. 177-184.
Article publié en quatre parties d'avril à juillet 1903.
Adrien Remacle régit à cette publication avec un article intitulé "La folie de Nietzsche. Lettre au Docteur Michaut", in La Plume, 1er décembre 1913.p. 177-184.
MICHAUT Dr., "Le début de la maladie de Nietzsche", in Clinique générale de chirurgie, n°7, juillet 1903, p. 193-199.
Article publié en quatre parties d'avril à juillet 1903.
Adrien Remacle régit à cette publication avec un article intitulé "La folie de Nietzsche. Lettre au Docteur Michaut", in La Plume, 1er décembre 1913.p. 177-184.
L'article est supprimé dans 1913 et ajouté dans 1903.
Ajout d'un lien vers l'article.
Sur les conceptions musicales de Nietzsche (p. 27-36).
Compte-rendu de Charles Andler, Nietzsche, sa vie et sa pensée, tome II.
Considère qu'une "des caractéristiques si typiquement représentative de notre époque, est la facilité avec laquelle on parle de ce qu’on ignore et cela avec une autorité plaisante".
Se moque d'une jeune lycéenne rencontrée au hasard d'un voyage: "Cette jeune personne, après avoir daigné me dire quelques mots aimables au sujet d’une réunion où j’avais pris la parole dans le village d’où nous venions, ajouta qu’elle ne saurait partager mes convictions, car elle était disciple de « Nietteche ».
Après une minute d’hésitation, l’idée me vint qu’elle voulait faire allusion au philosophe Nietzsche, et, un peu malicieusement, je lui demandais de me documenter et de me donner quelques aperçus du système.
Je ne fus pas longue à m’apercevoir qu’elle était bien embarrassée de ma question, et que certainement le disciple ne brûlait pas comme le maître « au feu de sa propre pensée ».
Encore une, voyez-vous qui parle à tort et à travers, de ce qu’elle ne sait pas. J’ajoute que ce dernier cas est beaucoup plus grave évidemment, que celui qui se borne à transposer le conquistador sur un plan qui n’est pas le sien. Ceci est superficiel, tandis que c’est l’âme profonde qui est atteinte par cette méconnaissance, non seulement des mots, mais des valeurs. Pourquoi parler de philosophes qu’on ne peut comprendre, dont les combats de la pensée sont un danger, pour ceux qui ne peuvent en saisir la véritable portée, il faut être très fort pour courir le risque de telles aventures intellectuelles. Le moindre mal qui puisse en résulter est le ridicule de discuter à tort et à travers sur ce qu’on ne sait pas.
Ainsi parla non « Zarathoustra » mais tout simplement
SŒUR ANNE."
Avec une préface d'Henri Barbusse.
Traduit en anglais en 1920 (Woman)
Avec ce livre, Magdeleine Marx est identifiée comme "une faunesse qui a lu Nietzsche" (voir le compte-rendu par Raymond Clauzel dans le journal Eve, 25 février 1920).
MARS 2025
Peut-être incline-t-il trop dans la conclusion à défendre la théorie du Surhomme au nom de la part de vérité qu’il y a dans tout individualisme : car le genre d’individualisme de Nietzsche est encore un individualisme tout d’exception : il suppose une exaltation romantique du moi qui va au delà de toutes les limites normales de la vie et de la pensée ; comme vient de l’écrire M. Renouvier dans sa Nouvelle Monadologie, la théorie du Surhomme pourrait bien n’être que « la folie des grandeurs érigée en système »."
FEVRIER 2025
Soutient notamment: " (...) il n’est pas besoin de se demander si son œuvre est vraiment d’un philosophe, si elle comporte une ou plusieurs doctrines successives, pour apercevoir la portée historique de son apparition." (p. 198, éd. 1953)
Un décadent, agent de décadence.
Qu'est-ce que le christianisme?
Le plus terrible élément de nihilisme qui ait sévi sur l'humanité.
Les doctrines de Nietzche, on ne l'ignore pas, sont fort à la mode.
Snobisme à part, que nous enseigne le nouveau docteur?
C'est lui qui a causé, en Occident, depuis dix-neuf siècles, une énorme déperdition de forces humaines. Depuis dix-neuf siècles, nous sommes en état de décadence chrétienne. (...)"
Après avoir imaginé de nombreux récits où le soin d'intéresser un lecteur romanesque ne nuit jamais à la justesse de l'observation psychologique ni à la vérité des peintures, Daniel Lesueur inaugurait, il n'y a pas bien longtemps, avec Nietzschéenne, une manière nouvelle: à l'intrigue pathétique du drame elle mêlait l'examen des problèmes sociaux qui se posent à l'heure présente, et, adaptant avec la plus habile souplesse les théories de Nietzsche aux exigences de la pensée et de la sensibilité françaises, elle entreprenait de susciter au philosophe allemand, si dur cependant pour les femmes, des disciples féminins. Puisque, dans la société actuelle, les hommes abandonnent en partie le privilège d'entretenir le foyer familial à celles qui devraient avoir pour seule mission de l'embellir et de le garder, les rivales dont ils provoquent ainsi la concurrence ont besoin de savoir commander aussi bien qu'obéir; or, où pourraient-elles trouver de meilleures leçons d'énergie que dans le nietzschéisme, surtout dans le nietzschéisme clarifié, dont M. Émile Faguet condensait naguère toutes les formules en ces deux préceptes : « Se surmonter soi-même » et « vivre dangereusement » ? Mais ce devoir d'être fort, devenu aujourd'hui également impérieux pour l'un et l'autre sexe, suppose le droit d'être fort, la faculté d'user librement de notre énergie, pour le plus grand bien de la société et, aussi, pour la défense de nos légitimes intérêts.
Gaston de Lagarde
A propos du suicide d'un jeune homme, déplore la responsabilité d'une littérature satanique, d'une philosophie morbide à laquelle appartiennent Nietzsche et surtout ses disciples.
Evoque le livre de Hermann Rauschning, Hitler m'a dit (éd. Coopération, 1939) qui contient ce passage:
« J'ai été souvent, comme tant d'autres, l'auditeur dont Hitler s'emparait pour se convaincre lui même. C'est ainsi qu'il m'a révélé, par fragments, sa "philosophie", ses vues générales sur la morale, la destinée humaine et le sens de l'histoire. C'était du Nietzsche mal digéré et plus ou moins amalgamé avec les idées vulgarisées d'une certaine tendance "pragmatiste" de la philosophie contemporaine. Hitler m'exposait tout cela avec les gestes d'un prophète et d'un génie créateur Il semblait convaincu d'exprimer des idées qui lui étaient personnelles. Il n'en connaissait pas l'origine il pensait ne les devoir qu'à ses méditations solitaires dans les montagnes ».
Cite et approuve que "c'était du Nietzsche mal digéré" (p. 2).
JANVIER 2025
Cite longuement et commente un article suédois sur la vie amoureuse de Nietzsche.
Discours reproduit dans de très nombreux quotidiens français. Cite Nietzsche vers la fin de son discours: "C’est Nietzsche qui a écrit: « Tout ce qu'il y a de noble, en Europe, dans l’ordre des sentiments, des goûts et des mœurs, est l’invention de la France. »
Ce n’est pas un Français, c’est encore Nietzsche qui a défini la culture, « l’unité de style artistique dans toutes les manifestations de la vie »,et qui a proclamé, sans respect pour sa terre maternelle, que « la marque distinctive de l’Allemagne était le chaos dans les tentatives d’art, l’absence de style, le défaut de culture. Il a même ajouté : « la barbarie ».
Titres singuliers, si Nietzsche a dit vrai pour essayer de conduire, par le livre, l’esprit du genre humain!
Le genre humain, l'Allemagne, aujourd’hui, l’a en grande partie soulevé contre elle et voici que, sur les continents et sur les mers, s’affrontent, non seulement deux groupes de peuples et deux fédérations d’intérêts, mais deux principes et deux civilisations; la souveraineté de la force et la souveraineté du droit, le régime d oppression et l'esprit de liberté, l’orgueilleuse grossièreté du « kolossal » et le sentiment de la vraie grandeur intellectuelle et morale."
Note: "Ce qu’il y a de particulièrement pénible dans les atrocités de la guerre actuelle, dans les menées honteuses contre lesquelles se révoltent toutes nos fiertés et toutes nos délicatesses, c’est qu’atrocités et menées honteuses ne sont que la conséquence logique des principes auxquels ont abouti, en Allemagne, les raisonnements de quelques-uns de ses plus illustres philosophes."
Développe sur Nietzsche.
Compte-rendu élogieux de Thierry Maulnier, Nietzsche.
Note: "Exposé tout à fait clair et juste de la doctrine, si mal connue, de cet extraordinaire « prince des libérations »... qui n’a pas libéré grand chose. M. Maulnier, dont on goûte par ailleurs de vigoureux articles dans « Le Rempart », est le premier à en convenir. Comme, au bord opposé, Charles And1er, il reconnaît que ce « tombeur » du christianisme n’a rien su mettre à sa place, et qu’au contraire, ses attaques, dictées par une nostalgie secrète de Dieu, renforcent encore la position des Eglises, de l’Eglise romaine surtout.
On ne saurait trop recommander à des catholiques, si paradoxal que cela semble, la lecture d’un tel livre: leur foi en sortira renforcée, quand ils verront à quelles tortures d’esprit et d’âme s’est soumis ce «surhomme» pour tenter d’abdiquer la sienne."
Comptes rendus élogieux de Nietzsche, Lettres choisies (Stock), de Geneviève Bianquis, Nietzsche (Rieder) et de Stefan Zweig, Nietzsche (Stock).
Soutient que les nazis sont mal fondés à invoquer Nietzsche pour justifier le déchaînement de leur antisémitisme.
Compte-rendu du Nietzsche d'Henri Lefebvre. Résume: "(…) Nietzsche est-il un prophète de l'hitlérisme? Les nazis, mais aussi nombre de leurs adversaires, ont facilement tendance à l'estampiller précurseur du nazisme et à voir en le surhomme, le dictateur fasciste. Lefebvre met en garde contre une interprétation aussi légère. Il souligne chez Nietzsche le côté humaniste qu'il serait faux d'ignorer. Il exprime même l'avis qu'un jour cet aspect de l'œuvre nietzschéenne pourrait prendre une importance nouvelle:
« On peut même penser qu'un jour, lorsque les problèmes humains seront enfin abordés dans une communauté humaine délivrée de ce qui l'opprime et l'arrête, beaucoup de pages de Nietzsche reprendront un sens valable et profond. La partie systématique de sa pensée tombera : resteront ses « perspectives » sur l'avenir de l'homme, sur le possible humain. »
(...)"
Suite et fin dans La Correspondance Internationale, 19 août 1939, p. 991.
BERTHIER François, "Heine, Nietzsche et la Révolution allemande (suite et fin)", in La Correspondance Internationale, 19 août 1939, p. 991. [LV] Deuxième partie plus spécifiquement sur Nietzsche. Discute le Nietzsche d'Henri Lefebvre.
La première partie est publiée dans La Correspondance Internationale, 12 août 1939.
Comptes rendus de Georges Walz, La vie de Frédéric Nietzsche d'après sa correspondance (noté B: livres destinés aux lecteurs avertis et d'âge mûr), et de Lou Andreas-Salomé, Nietzsche, traduction française, 1932 (noté A: livres pouvant être mis entre toutes les mains).
Note: "Nietzsche est de ces auteurs dont on parle beaucoup sans les connaître. Vu de près, il est bien moins subversif qu’on ne l’imagine ordinairement, el l’on constate, à le lire de près, qu’on a abusé d’une pensée qui allait sans cesse aux extrêmes, pour faire de ce chrétien nostalgique un Antéchrist, de ce « bon Européen » (il a inventé l’expression) un pangermaniste à tous crins, de cet apôtre de la pureté, un immoraliste autorisant tous les excès.
C’est justement en regardant sa vie au jour le jour qu’on s’aperçoit que ce révolutionnaire, comme bien d’autres iconoclastes, a au contraire « consolidé ce qu’il prétendait démolir ». Les lettres très pertinemment choisies par M. Walz et le commentaire tout à fait intelligent qu’a donné de sa doctrine Mlle Salomé (le livre date de 1899, mais garde toute sa valeur), montrent au non-initié un penseur tout différent de celui qu’il imagine; avant tout, un homme, un pauvre homme, torturé, déchiré par les doutes, effrayé par le matérialisme et le pharisaïsme du milieu, allemand et luthérien, où il avait grandi, s’évadant pour errer de Suisse en Italie et d’Italie en Suisse, et finalement poussé à la folie par le silence de mort fait autour de ses idées, un silence effroyable, comme peut-être on n’en a jamais vu.
Alors, le drame intime s’éclaire de couleurs fantastiques, La Passion nous fait comprendre bien des excès d’une pensée fougueuse, et un sentiment subsiste: la pitié pour l’homme, avec l'admiration pour l’écrivain et surtout le psychologue qui a dardé jusqu’aux abîmes de l’âme humaine des faisceaux de lumière fulgurante et géniale. (...)"
Rappelle et dénonce la "prodigieuse extension de la « culture » allemande en France" dans les années précédant la guerre. Evoque un "spectacle navrant: des millions de Français dont la boîte crânienne abrite un cerveau modelé par Kant, Bebel, Nietzsche, Strauss ou Harnak(...)". Note: "Croyez bien que les folies subversives de Nietzsche ont eu beaucoup plus de traducteurs, de lecteurs, et de passionnés propagateurs que les claires, vivifiantes et si françaises envolées de Mistral".
Cours du mercredi 22 février 1933: "La vocation et la souffrance de Nietzsche" d'après l'annonce publiée dans La Liberté du Sud-Ouest.
Présentation de la traduction française, par Robert Pitrou, du Nietzsche d'Ernst Bertram. Remarque: "Nietzsche a répandu dans le monde une doctrine qui a empoisonné bien des cerveaux. Mais il y a des poisons qu'il faut connaître pour les mieux combattre. Il va sans dire qu'il est prudent de ne pas les laisser traîner dans toutes les mains et qu'il faut être intellectuellement et moralement bien armé pour les manier sans danger".
Extrait.
Demande: "Qui a lu le Réveil des Morts, de R. Dorgelès et qu’en pensez-vous? Et pour les philosophes que pensez-vous de Nietzsche?"
Repose la question le 9 août 1925: "Qui avec moi parlera de Nietzsche?"
Deux réponses repérées: le 5 octobre 1924 et le 22 novembre 1925.
Réponse à une question sur Nietzsche posée le 20 avril 1924 et le 9 août 1925.
"— Son grand amour. (...) Vous nous demandez de parler de Nietzsche? Vous n’êtes surement pas féministe si vous approuvez son chapitre sur les femmes! Pour celles qui n’ont pas lu Nietzsche, voici quelques réflexions. Qu’en pensez-vous, féministes mes sœurs, et vous, antiféministes, non moins sœurs en Eve: «L’homme véritable veut deux choses: le danger et le jeu. C’est pourquoi il veut la femme, le jouet le plus dangereux. — L’homme doit être élevé pour la guerre, et la femme pour le délassement du guerrier: tout le reste est folie. — Le guerrier n’aime pas les fruits trop doux. C’est pourquoi il aime la femme; une saveur amère reste même à la femme la plus douce. » Que la femme soit un jouet, pur et menu, pareil au diamant rayonnant des vertus d’un monde qui n’est pas encore! Voici qui est mieux: «Qu’en votre amour vous mettiez votre honneur... que ce soit votre honneur d’aimer toujours plus que vous êtes aimées, et de ne jamais venir en seconde place. — Que l’homme redoute la femme quand elle aime: c’est alors qu’elle fait tous les sacrifices et tout autre chose lui paraît sans valeur.» Moins bien: Que l’homme redoute la femme quand elle hait: car au fond du cœur l’homme n’est que méchant, mais au fond du cœur la femme est mauvaise (!). — Le bonheur de l’homme est: je veux, le bonheur de la femme est: il veut. » — « Voici, le monde vient d’être parfait!», ainsi pense toute femme qui obéit dans la plénitude de son amour. Et si vous voulez savoir la conclusion de la « vieille femme » à cet entretien, la « petite vérité » qu’elle offre en remerciement; « Donne-moi, femme, ta petite vérité! » dis-je. Et voici ce que me dit la vieille femme: « Tu vas chez les femmes? N’oublie pas le fouet! » Ainsi parlait Zarathoustra."
Une autre réponse est publiée le 5 octobre 1924.
Réponse à une question sur Nietzsche posée le 20 avril 1924 et le 9 août 1925.
"— A son grand amour. Voici les réflexions que me suggèrent quelques pages de Nietzsche (ainsi parlait Zarathousthra)! La raison retrouve avec complaisance toutes les étapes qu’elle doit franchir pour arriver à la connaissance de soi. C’est la doctrine du surhumain qui conduirait par une voie ardue, mais magnifique, à la sainteté laïque. De la maîtrise des passions mauvaises, jaillit la conception idéale de la nature humaine; idéale, parce qu’elle n’atteint jamais la liberté de la pensée basée sur la raison. Sans doute, connaissez-vous d’autres livres du même auteur; voudriez-vous m’en donner l’idée générale? Selon vous, à quelle philosophie s’apparente Nietzsche? Certains le trouvent obscur. Etes-vous de cet avis? — A toutes ces pensées :
« Que peut-il vous arriver de plus sublime? C’est l’heure du grand mépris. » (Nietzsche).
(...)"
Une autre réponse est publiée le 22 novembre 1925.
Compte-rendu de M. -P. Nicolas, De Nietzsche à Hitler. Note que c'est "un livre d’une brûlante actualité". Précise: "L’auteur a voulu régler enfin leur compte aux déformations intéressées qui sont aujourd’hui infligées outre-Rhin à la doctrine de Nietzsche et opposer à ces prétentions de tendance politique le véritable enseignement du grand philosophe. Mais les idées que M. P. NlCOLAS soutient ici, la thèse qu'il défend et fait triompher, il leur donne comme appuis et comme garants, en irréfutable témoignage, les textes mêmes de Nietzsche. Il n’avance rien qu’il ne le confirme par une citation prise dans ses œuvres ou dans cette correspondance à laquelle Nietzsche lui-même attribuait une si grande importance. De cette confrontation entre ce que l’on fait dire aujourd’hui au grand penseur et ce que celui-ci a dit, il éclate avec évidence que nietzschéisme et racisme hitlérien n’ont aucun lien commun, bien plus que l’anti-christianisme, disons plutôt, le néo-paganisme nazi est à l’opposé du surchristianisme nietzschéen. Métamorphoser pour les besoins de la cause politique, intérieure ou extérieure, l’auteur de La Volonté de Puissance en « nationaliste » est un acte, tout uniment, de mauvaise foi qui a l’exacte valeur d’un « argument électoral »."
"Depuis un peu plus de cent ans, depuis que la culture française n'est plus l'unique forme de tout intellectualisme, il existe en Europe un certain Esprit extrêmement complexe et raffiné, dégagé de toute préoccupation nationale, mais tour à tour imprégné à doses inégales de toutes les grandes cultures nationales, composé bizarre et essentiellement moderne des dédains d'une aristocratie intellectuelle, la plus clairsemée qui soit, et des utopies d'un socialisme poétique à la William Morris, de l'anarchie, du brisement de cœur slaves et de l'esthétisme protestant à la Ruskin, de l'immoralisme voluptueux de Stendhal et de la vaste curiosité d'un Goethe, de la ci-devant profondeur allemande, et du nouveau positivisme italien, du cabotinage juif enfin et de la fièvre parisienne.
Transcription de son discours (également dans Le Temps, L'Eclair...). Fait son examen de conscience qui débute ainsi:
"Quand je me regarde dans le passé, tel que j'étais à vingt ans, jeune étudiant de cette ville, je me vois à côté d'un jeune homme admirable, le plus regretté compagnon, qui, au premier aspect, semblait être enveloppé de la brume où flottent les personnages de Chamisso. Stanislas de Guaita vivait les imaginations romantiques du Rhin. D'autre part, je sais bien la part qu'eurent dans ma formation les vieux châteaux des collines d'Alsace. Je sais encore que d'instinct, de naissance, je suis porté à ne mettre aucun esprit au-dessus de Goethe,
Artiste au front paisible avec des mains en feu.
J'aime Schiller d'avoir chanté nos héroïnes nationales, la romanesque Marie Stuart, fille des Guise, et la sainte Jeanne d'Arc, et les trois strophes que ce noble poète a dédiées à la vierge de Domrémy pour la venger des railleries de Voltaire, sont celles-là même qu'un Lorrain aurait pu trouver dans son cœur. Enfin, je suis si peu l'ennemi du génie allemand que je voudrais croire ce que disait l'autre jour Emile Faguet: que c'eût été pour Nietsche un réconfort de savoir que, vers 1887, « dans un temps où il était si profondément ignoré de ses compatriotes, il eût trouvé à Paris un jeune homme qui, sans avoir lu aucun de ses livres, se rencontrait avec lui dans le mépris des Barbares et le Culte du Moi. »
Ainsi, je vois bien ce qu'il y a dans mon esprit d'idées et de sentiments rhénans. Mais de tout cela qu'aurais-je pu faire si j'étais resté soumis aux seules influences du grand fleuve? Si j'ai pu tirer quelque chose de cette matière, c'est en prenant les leçons de l'Espagne, de l'Italie, de la Grèce, c'est par le bienfait de la France, héritière de Rome et d'Athènes, et qui maintient les disciplines classiques."
Cite: "Dirai-je ce qu'était le ciel poétique de ces années, d'après quels astres nous nous orientions, Barrés, Gide, Jaurès, Romain Rolland, et cette plus lointaine étoile au feu dur et exaltant, Nietzsche ? Il me semble maintenant que tous ces maîtres si divers par les idées, avaient pour nous la même voix. Et c'était leur voix qui nous touchait, certain frémissement continu en elle qui nous annonçait toute notre vie comme un drame, certaine ardeur tremblante, accordée au rythme de notre propre fièvre. Nous avions lu Anatole France, et c'est lui qui, en nous formant à la critique, nous empêcha d'être bêtes, mais sa tranquille sagesse ne remplissait pas notre cœur. Nous entendions d'autres appels. Si Romain Rolland, Jaurès, nous parlaient d'une vie héroïque, Barrès, Gide, d'une vie pathétique, Nietzsche d'une vie dangereuse, il nous semblait toujours que ce fût la même leçon. La question était « d'avoir de l'âme ». comme disait M. Barrès".
Long article publié en plusieurs fois (1927-1928) avec un petit passage sur Nietzsche: "Si l'on cherche hors de lui-même d'où Barrès tenait cette volonté de puissance, qui est un de ses traits les plus marqués, ce n'est pas à Nietzsche qu'il faut songer. « Je ne l'ai jamais lu, disait-il, je ne sais pas l'allemand, et quand j'ai commencé d'écrire, Henri Albert n'avait pas encore entrepris de le traduire. »" (p. 425)
"A propos du cas de Mme Marcelle Tinayre, un problème de psychologie se pose à l'esprit : comment se fait-il que les femmes de lettres aient si rarement le sentiment de la mesure ?
Que nous « gaffions » de temps à autre, nous, les journalistes, j'oserai dire que c'est presque forcé. (…) Mais de la part de personnes qui écrivent loisir, c'est presque incompréhensible, surtout de la part de femmes, qui ont d'ordinaire un sens des nuances si fin et si délicat.
Prenons comme exemple les deux femmes de lettres dont il a été le plus question en ces derniers temps Mmes de Noailles et Tinayre. Voilà des personnes véritablement hors de pair par des qualités éminentes, aussi bien par la dignité de la vie privée que par la valeur incontestable de leur talent. Elles sont justement honorées, considérées, fêtées. Hé bien il faut qu'elles « gaffent ».
Madame de Noailles « gaffa » certainement le jour où, aux regrets de ses admirateurs dont je suis, elle crut devoir s'attaquer aux religieuses, à l'heure où on chassait celles-ci, attaque dont le moins qu'on puisse dire, est que, de la part d'une femme, le geste était inattendu. Voici maintenant Mme Tinayre qui refuse la croix, de peur qu'on ne la prenne pour une personne qui aurait été « cantinière en 70 », par exemple comme Mme Juliette Dodu qui, étant receveuse des télégraphes à Pithiviers, réussit à saisir au passage d'importantes dépêches allemandes qu'elle fit passer au général d'Aurelles de Paladines, et sauva ainsi tout un corps d'armée qui allait être cerné par les troupes du prince Frédéric-Charles. Etre « cantinière » de cette façon vaut pourtant mieux, certes, que d'écrire des romans ou des articles. Ah la gendelettrie et le basbleuisme !...
Le joli de l'aventure est, qu'en fin de compte, Mme Tinayre se trouve avoir refusé à grand fracas des confitures qu'on ne lui offre pas ou plutôt qu'on ne lui offre plus, car voyant le cas qu'elle en faisait ou plutôt qu'elle se donnait les airs d'en faire, le Conseil de l'Ordre de la Légion d'Honneur aurait décidé de donner la croix à une autre.
Nietsche disait qu'il y avait des superhommes. Pourquoi faut-il que nos superfemmes fassent avec tant d'allégresse des supergaffes ?
S. Lep (L'Ouest-Eclair)
Édition établie, sous la responsabilité de François Ewald, par Bernard E. Harcourt.
"« Nietzsche et Heidegger, ça a été le choc philosophique ! Mais je n’ai jamais rien écrit sur Heidegger et je n’ai écrit sur Nietzsche qu’un tout petit article ; ce sont pourtant les deux auteurs que j’ai le plus lus », dira Michel Foucault à la fin de sa vie. Puis, il précise : « Je crois que c’est important d’avoir un petit nombre d’auteurs avec lesquels on pense, avec lesquels on travaille, mais sur lesquels on n’écrit pas. »
Les Cours, conférences et travaux sont des témoignages inédits du « travail » de Foucault avec Nietzsche. Ces textes datent des deux grandes périodes de sa vie intellectuelle (...)"
"Quarante ans après sa disparition, l’œuvre de Foucault fait à nouveau l’objet d’une intense actualité éditoriale qui ouvre la voie à des lectures et relectures inédites. Dans le sillage de la parution de La question anthropologique (EHESS-Gallimard-Seuil, 2022) et du Discours philosophique (EHESS-Gallimard-Seuil, 2023), de nouveaux travaux de recherche s’attachent notamment à diversifier et réévaluer l’importance de la philosophie de Nietzsche dans l’élaboration progressive de la pensée foucaldienne. Ce numéro des Cahiers philosophiques s’en fait l’écho et explore l’existence et la teneur d’un « effet Nietzsche » au cœur de la philosophie de Foucault."
The philosopher, poet and composer Friedrich Nietzsche is one of the most influential scholars of our time. Within just a few years after his mental breakdown, this largely unknown writer became a philosophical phenom of global significance – and has remained so to this day. In view of his broadly enthusiastic – and occasionally unfavourable – reception in the 20th and 21st century, he is a uniquely international and interdisciplinary phenomenon. Nietzsche was one of the first and most innovative analysts of the modern era. In light of the serious crises afflicting our now globally interconnected modern culture, taking a transcultural look at this extraordinary philosopher could offer us promising systematic insights. The aim of this conference is to literally bring Nietzsche researchers from all around the world in contact and jointly investigate the future of Nietzsche.
Depuis quelques dix ans, le nietzschéisme sévit en France. Il est de mode philosophique, mondaine et féminine. Tout récemment encore, une romancière de talent n'intitulait-elle point son œuvre dernière, œuvre d'observation psychologique contemporaine: Nietzschéenne ?... Bien mieux ! Nous avons eu, cet hiver 1907, de fort piquantes causeries d'Emile Faguet et de non moins curieux articles d'Yvonne Sarcey sur le palpitant sujet du « surhomme », de l'übermensch, c'est-à-dire sur cette thèse nouvelle et bien moderne de l'individualisme outrancier, plus farouchement despotique que l'égotisme aimable de Barrès et que l'exclusivisme rêveur d'Ibsen. Ce singulier mouvement de pensée — venu d'Allemagne et probablement issu de l'évolution des doctrines autoritaires et désespérantes de Kant, de Max Stirner et de Schopenhauer — doit principalement son origine à la publication d'un volume de Nietzsche, qui présente d'indiscutables qualités de fond et dont le titre à lui seul est déjà presque une promesse : Ainsi parlait Zarathoustrâ... Il n'entre point dans ma pensée d'épiloguer sur cet ouvrage, ni sur sa portée sociale, diversement appréciée par les uns et les autres... pas plus que je n'ai l'intention d'établir le bilan respectif des théories altruiste et individualiste... Mais il m'a paru assez tentant d'étudier un peu sur place — oh ! le moins philosophiquement possible — les mœurs, les dogmes, le rite, la liturgie de cette secte importante des Pârsis. (...).
(Robert Chauvelot)
DECEMBRE 2024
Tu m'apportes le mot, tu me tends la pensée
Tu parles avec feu; tu juges avec goût,
Et l'on peut tout te demander, car tu sais tout,
C'est dire qu'il en sait plus long que M. Lintilhac lui-même.
Tous les rois, tous les dieux de la mythologie !
Tous les poètes grecs, tous les auteurs latins !
Et tous les Boniface! et tous les Constantins!
Les seize Ptolémée et les deux Zoroastre!
Décidément, il n'y a plus de gosses ! Continuons à savourer :
J'écoute et tu sais tout : les paroles des Sages,
Les discours des Romains et les lois des Hébreux!
Toi, tu connais les plus terribles philosophes
D'aujourd'hui, les plus sombres penseurs d'autrefois.
Et maintenant ton front pâlit » sur Epictète !
Et maintenant tu lis Renan, tu connais Nietzsche
Et tu trouves Leibnitz enfantin.
Il trouve Leibnitz enfantin! Voyez-vous cela, le petit coquin !
Et maintenant, voilà, tu connais le « surhomme »,
Tu lis Pline le jeune et Pline l'ancien,
Imagine Hitler qui retrouve des rêves de grandeur en lisant Ainsi parlait Zarathoustra.
"Fragment d'un essai sur l'humanisme"
"Longtemps donc, par goût de la tranquillité, l'humaniste tint le milieu entre le scholastique et l'anarchiste virtuel encore, il équilibre l'idéalisme et le réalisme. Il ne veut pas se compromettre, car il est élégant, ami du bien dire et favori des rois, ignorant quel hôte ils accueillent. Il prend aux conservateurs leurs formules et en joue, avec une logique rieuse, simplement pour proposer quelques contradictions, que, si l'on se fâche, il retire... — c'était un amusement... Et, dans la mesure de l'acceptable, il emprunte aux agitateurs la substance de leurs projets et de leurs rêves. Mais, comme il sait que les idées n'ont pas le droit de se souiller au contact de la réalisation, il les garde jalousement, dans un vierge harem. Il les habille de la dépouille de l'école: vêtement lâche, traînant et encombrant; mais il leur ferme avec soin la porte, n'ignorant pas que l'air libre les rend folles et sanguinaires.
Mais on n'arrête pas une marche aussi irrésistible. Si les religions ne sont plus que des symboles, les idées que des signes indifférents, et si le déterminisme régit le monde sensible et intellectuel, pourquoi soustraire une notion quelconque à l'universelle et dissolvante pierre de touche?
Et voilà Frédéric Nietzsche arrivant démolir la Morale, parce qu'il reste debout cette suprême citadelle. Sur la plaine rase, l'envoyé de Zarathoustra, au lieu de se reposer au soleil du néant, s'empresse de rebâtir un autre monument: fragile, monstrueux, bizarre, le temple de l'égotisme. Ce dernier geste l'écarte de l'humanisme, malgré l'universelle culture, l'amour du beau antique et le goût de la grande ironie. Un disciple des renaissants se serait promené dans les ruines et n'aurait pas poussé plus loin l'effort que dessiner quelques épures utopiques."
Reproduit deux lettres de Nietzsche à Fritsch du 23 et 29 mars 1887.
"(...) Nietzsche, près du buste duquel Hitler Adolf se fit photographier (sans que l'appareil crevât), ne parle jamais des Allemands qu'avec le plus profond mépris. Nietzsche, l'idole des nazis, est, comme on le sait, l'insulteur le plus tenace du caractère allemand. Ici encore, le philosophe aime moins l'Allemagne que l'Allemagne ne prétend aimer la philosophie. (...)"
Examine la responsabilité de Nietzsche: "Comment alors ne pas voir, dans la dernière philosophie de Nietzsche, une sorte de précédent prodigieux pour toutes les négations hitlériennes? N’est-ce pas Nietzsche qui a, entre 1880 et 1888 environ, découvert des « maladies » dans le socialisme grec, dans le christianisme et ses diverses confessions, dans le libéralisme démocratique et parlementaire, dans le socialisme? Il est vrai que Nietzsche n’était pas antisémite. Il estimait, au contraire, que les Allemands feraient bien de conserver au milieu d’eux l’intelligence israélite. Mais qu’il opposât aux « maladies » européennes que je viens de nommer un idéal d’héroïque surhumanité, qu’il vît dans ces « maladies » le résultat d’un pacifisme de faiblesse et d’abandon, on ne saurait en douter. Si sa notion de surhumanité n’a, au moins en apparence, rien de commun avec le racisme hitlérien, on peut cependant affirmer qu’il y a, des deux parts, prédication d’héroïsme. Les négations furieuses de Nietzsche, découvrant le « nihilisme » du vieux continent, et le racisme de l’Anglais germanisé qui a nom Houston Stewart Chamberlain, voici bien les vraies sources de l’hitlérisme" (p. 770).
A propos de l'analyse d'Heinrich Mann. Cite: « L'Allemagne est allée chercher dans ses bas-fonds ses fauves et ses fous. Regardez les bien en face et osez dire qu'ils sont l'Allemagne ! » Et proteste: "Bien rugi. Mais Heinrich Mann a tort sur un point. Il en a toujours été ainsi en Allemagne, sauf pendant la très courte période qui a suivi la débâcle. Il n'est pas un seul grand homme qui n'ait jugé ses compatriotes avec la même sévérité. Ouvrez Gœthe! Ouvrez Nietzsche! Ouvrez Schopenhauer! Relisez les vies de Beethoven, de Wagner, de Henri Heine! Vous y retrouverez les mêmes malédictions et les mêmes rugissements contre l'ineffable bêtise du peuple allemand. Pourquoi pester, s'indigner, vociférer contre les fauves et les fous? C'est l'histoire traditionnelle de l'Allemagne qui continue, et c'est nous, Français, qui paierons de notre sang le redoutable privilège d'avoir comme voisin un peuple qui n'aime que les loups dévorants et qui est complètement dépourvu d'esprit politique, de sagesse, de pondération et d'humanité." "Ainsi parla Zarathoustra": poursuit avec des citations de Nietzsche qui prouvent qu'Heinrich Mann a tort.
D’un côté, le prétentieux youpin Julien Benda, qui se répandait sous lui dans « Marianne » et autres « Nouvelles Littéraires », faisait la pluie et le beau temps en certains cercles « intellectuels » auxquels d’abondants moyens financiers permettaient de diffuser largement leurs théories déliquescentes parmi la jeunesse estudiantine. De l’autre, « bien-pensants », panachards, poincaristes et tardieusards, obnubilés par le clairon de Déroulède, et congénitalement intoxiqués de germanophobie considéraient un peu Nietzsche comme un dangereux énergumène de la philosophie...
A tel point qu’il eût été bien difficile, durant l’entre-deux-guerres, de trouver une étude ou un article sur Nietzsche qui ne fût pas empreint de subjectivité plus que tendancieuse, quand ce n’était pas d’opposition systématique.
(...)
Un des Français qui connaissent le mieux l’œuvre nietzschéenne, le professeur Charles Le Verrier, a prononcé récemment, salle des Sociétés Savantes au cœur du Quartier Latin, une conférence « Sur l’auteur de « La Volonté de la puissance » qui fut suivie avec ferveur par une assistance vibrante et enthousiaste. (...)"
Reproduit la lettre adressée par Nietzsche au directeur du journal « Hammer », le fameux antisémite Théodore Fritsch.
Discute l'influence de Gobineau sur Nietzsche.
Note qu'avec Nietzsche et avant Hitler, "Freud a dénoncé avec force la prétendue « décadence née de notre culture, l’action dégradante que celle-ci exerce sur la personnalité, en opposant des entraves à son libre épanouissement, en lui imposant des refoulements nombreux et impérieux ». Plus une civilisation est cultivée, dit Freud, plus se révèle la diminution des personnalités qui y participent. L’homme civilisé est tronqué, rapetissé, parce qu’il doit se soumettre en esclave à la tyrannie de la réalité (du royaume du jour, disaient Novalis et Wagner; de la raison, disent les Français)". (p. 481)
Et: "Révolte de Luther contre l’Eglise, révolte de Herder et de Lessing contre la littérature classique française, révolte de Fichte (Discours à la nation allemande), révolte de Hitler contre le système de Weimar, contre la raison, contre la culture, telle est la tradition romantique, la tradition allemande par excellence. C’est la révolte contre toute discipline intérieure de l’homme de la nature selon Rousseau, de la « blonde Bestie » selon Nietzsche.
Un Français aura toujours quelque peine à comprendre cette primauté donnée aux forces irrationnelles et ce principe du bon plaisir. Il croit plutôt que c’est précisément en restreignant en nous le principe du bon plaisir que l’homme est parvenu à quelque personnalité, en dominant sa « nature » qu’il est parvenu à quelque indépendance vis-à-vis de la Nature, en cessant d’être une « blonde Bestie » qu’il mérite le nom d’homme.
Un Français aura toujours peine à comprendre, — dussent les Allemands le qualifier de conservateur, de rétrograde, — que Freud, après Nietzsche, taxe notre conscience morale de « mauvaise conscience » et la considère comme un état morbide sous le carcan de la société. Les Français croient en général à la primauté de la raison sur l’instinct, et ils croient au progrès, au développement de l’esprit humain dans l’avenir. Ils conçoivent mal la venue d’une société paradisiaque où les hommes seraient affranchis des refoulements de la morale; âge d’or reproduisant celui des origines humaines, le paradis de l’ère pastorale selon Herder, la fausse Grèce édénique de Hölderlin, — cette utopie spécifiquement romantique — âge d’or où régnerait, selon Freud, le bon plaisir dans les rapports sexuels (autrement dit: la force brutale).
Un Français éprouve quelques méfiances à l’égard des Surhommes romantiques, aspirant à briser les cadres de la vie sociale et de la morale; à l’égard du peuple de héros dont Hitler fait manœuvrer les masses vociférant dans un délire sacré. Malgré les séductions de cet appel au retour à la nature et au libre épanouissement de la personnalité, malgré l’attrait, pour notre orgueil, de la « morale des Maîtres » avec son mysticisme de la virilité, de la dureté, de la violence, nous ne saurions diviniser ainsi l’instinct, l’irrationnel et l’inconscient." (p. 481-482)
Article cité d'après le compte-rendu de Gaston Picard dans le Mercure de France.
A propos du livre de M. -P. Nicolas, De Nietzsche à Hitler.
Signale et discute un article de Paul Bastier dans Science d'octobre 1937: "Nietzsche « l'homme préhitlérien »?", à propos du livre de M. -P. Nicolas, De Nietzsche à Hitler.
Compte-rendu de Nietzsche, La volonté de puissance, trad. de G. Bianquis, N. R. F., 1935, tome I; de Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, trad. de M. Betz. Ibid. 1936 et de M. P. Nicolas, De Nietzsche à Hitler, Fasquelle, 1936.
Eloge des nouvelles traductions de Nietzsche.
Sur le livre de M. -P. Nicolas, note: "De Nietzsche à Hitler! Nous indiquions au début de cet article que du surhomme à la surnation le passage historique et logique se conçoit très clair. Telle n’est pourtant pas la thèse de M.-P. Nicolas, qui voit au contraire une opposition entre le pacifisme ou l’internationalisme du philosophe et l’ultra-nationalisme du Führer. Il y a difficulté à des Français de juger avec objectivité en pareille matière; car nous ne connaissons pas assez le germanisme, et nos préjugés politiques créent maints malentendus. Pour que le nazisme soit à l’extrême scandaleux, il semble que Nietzsche doive prendre l’aspect d’un agneau débonnaire. Nous ne nions pas, quant à nous, que le point de vue de Nicolas se justifie par de nombreux textes, mais entre la morale par-delà le bien et le mal et le dogme de l’Allemagne au-dessus de tout — dont Hitler n’est que le plus récent fanatique — nous ne saurions méconnaître la trop certaine affinité. Celle-ci ne se trouve nullement compromise par la filiation qui rattache un aspect de la personnalité de Nietzsche — comme de la personnalité de Schopenhauer — à l’esprit français." (p. 633-634)
"Monsieur,
Permettez à un Autrichien qui passe quelque temps ici (en qualité d'émigré préventif?) et qui, depuis longtemps, lit vos articles avec une joie sans mélange, de faire à propos de votre dernière étude: « De Nietzsche à Hitler », une légère observation complémentaire: Vous n'aimez guère — vos écrits me l'ont appris — le psychanalyste Freud, parce qu'il vous semble personnifier une variété autrichienne du bochisme. Or, votre article d'aujourd'hui confirme avec tant d'éclat une règle freudienne, que vous vous en réjouirez certainement vous même: je veux parler de sa doctrine du lapsus inconscient, c'est-à-dire des erreurs de caractère non fortuit. En effet, une « coquille » vous fait traduire (dans votre quatrième alinéa) par « renversement de toutes les valeurs » une expression signifiant « sous-estimation de toutes les valeurs » (Unterwertung aller Werte, et non point Umwertung aller Werte). Un dieu veille sur vous, monsieur. A l'endroit même où, par extraordinaire, vous alliez commettre un impair, vous vous trouvez taper dans le mille! La floraison d'un malentendu insolent auquel Hitler et ses hitlériens s'adonnent à propos de Nietzsche, ne saurait, en effet, être exprimé avec plus de justesse et de bon sens aussi que par cette transformation de « renversement » en « sous-estimation ». Nietzsche lui-même n'aurait rien pu souhaiter de mieux. Et l'on peut même aller jusqu'à présumer que Hitler l'illettré accepterait cette façon d'écrire comme étant la bonne, tant elle répond à l'essence réelle de l'image qu'il se fait du monde et de Nietzsche. N'est-ce point là, en effet, que se trouve la pierre angulaire de toute l'erreur des faux apôtres de Nietzsche avec leurs « trans », leurs « sur » et leurs « sous » ? Parcourant un jour une de ces imageries hitlériennes où le maître se trouve représenté dans les postures les plus vaines, et où, je voyais côte à côte la figure abâtardie, écrasée, de Hitler et le buste de Nietzsche, je ne pus m'empêcher de rire: il semblait qu'une caricature énorme, pouvant servir d'en-tête aux œuvres complètes de Nietzsche (il l'eût intitulée : « L'Allemand de l'avenir ») se fût, compagne spirituelle, dressée à ses côtés. Mais qu'un homme de votre sorte, monsieur Daudet, accorde l'imprimatur à cette erreur, que vous confirmiez le barbouilleur de Branau dans sa chimérique vanité, c'est pour moi un coup presque douloureux.
Peu importe, ici, dans quelle mesure Nietzsche lui-même est fautif de sa tragédie posthume: c'est-à-dire d'avoir été frustré d'une haine à laquelle il pouvait honnêtement aspirer de la part de son peuple. Il n'a certainement pas mérité le ridicule de voir assumer le rôle de César Borgia par le type même de l'esclave allemand émancipé auquel alla la haine de toute sa vie; il est innocent du fait que les « puissances d'en bas » se prennent pour les « puissances d'en haut ».
Honorable monsieur Daudet! Dans une lettre à son ami Overbeck, Nietzsche parle « ...des Allemands, cette race irresponsable, qui a tous les malheurs de la culture sur la conscience... » Si maintenant, à la suite de ce nouveau « malheur » de la culture, vous vous mettez à faire de Nietzsche l'ancêtre de Hitler, quoi d'étonnant si la typographie elle-même s'y rebelle. Et voilà pourquoi j'ai été si heureux, ce matin, en découvrant dans votre article une coquille qui correspond rigoureusement au programme de Hitler et des hitlériens (rigoureusement aussi à leur conception nietzschéenne) :
La sous-estimation de toutes les valeurs!
Agréez, monsieur, l'expression de la haute considération, et la joie sans mélange à la lecture de vos articles, de votre...."
Suite à son article du 23 juin 1933 "De Nietzsche à Hitler", a reçu une lettre ironique d'Anton Kuh publiée dans Lu avec le titre "Hitler n'est qu'un faux apôtre".
Reproduit la lettre et commente: ni coquille ni lapsus. Maintient sa position sur Nietzsche et Hitler et décrit sa position sur Hitler.
A propos du livre de M. -P. Nicolas. Commence: "Est-il exact, est-il vrai, comme le prétendent bruyamment les Hitlériens, et assez sottement, assez imprudemment certains de nos écrivains, M. Julien Benda, M. André Suarès, M. Léon Daudet, entre autres, que Nietzsche soit le précurseur, le prophète du mouvement national-socialiste?
La question est d'importance. D'abord, parce que la propagande naziste s'entend à tout altérer, à tout fausser, à tout utiliser. En outre, parce que Nietzsche est, de tous les grands écrivains allemands, celui qui, mieux même que Goethe et que Schopenhauer, a compris notre nation, a compris et aimé notre génie et notre culture."
Examine la question.
Commence par résumer: "L'auteur de ce livre très suggestif a analysé les doctrines d un philosophe qui a eu beaucoup d’influence sur la jeunesse, et ne croit pas que Nietzsche ait inspiré Adolf Hitler autant qu’on l'a prétendu, il n'a pas été un apôtre du nationalisme outrancier qui enthousiasme aujourd’hui la jeunesse allemande, et Mein Kampf n'est pas, comme on l’a dit, une suite de l'œuvre de Nietzsche. Nietzsche a eu lui-même le sentiment qu’on lui supposait des idées contraires à ses idées véritables. M. Nicolas s’efforce de prouver qu'il n'a pas été « le pionnier » de l’Hitlérisme; mais il faut avouer qu’il est parfois si obscur, que sa propre sœur s’imagine écrivant à Hitler qu'elle voit en lui l'incarnation du Surhomme annoncé par Zarathoustra. M. J. Benda de son côté déclare que Nietzsche est un de ces « clercs » qui « ont trahi ». Comme Nietzsche est mort fou, beaucoup se bornent à dire que toute son œuvre est l’œuvre d'un fou." (p. 246)
Conclut: "L’effort que M. Nicolas a fait pour nous aider à mieux comprendre Nietzsche (qui reconnaissait lui-même qu’il était obscur) est digne d’approbation. Nietzsche a déploré en 1870 la victoire allemande. S’il vivait aujourd'hui, il ne pourrait approuver ce Mein Kampf où il est dit que c’est le glaive qui « dominera la terre ». M. Nicolas estime qu’on a été injuste en rendant Nietzsche responsable du dernier conflit européen. Il a été, d’après lui, « le plus francophile des penseurs d’Outre-Rhin »." (p. 247)
"Bien qu’il ne soit qu’un « affreux primaire », selon le mot d'un de ses biographes, Hitler a lu Nietzsche qui dans sa philosophie parle de l'insensibilité comme d'un moyen de puissance.
C’est sans doute pourquoi il ordonne à « son peuple » d’être insensible.
Quand un prisonnier politique meurt dans un camp de concentration, défense d’en porter le deuil; défense même de faire la moindre allusion à cette mort. Or. voici que paraissent en Allemagne les premières listes de morts à la guerre, front Est et front Ouest. Les autorités défendent aux veuves et aux mères de pleurer. Elles leur défendent même de porter un seul ruban noir!
Le disciple de Nietzsche va plus loin que son maître. Mais rappelons que Nietzsche est mort fou."
A propos du livre d'Henri Mann: Les pages immortelles de Nietzsche choisies et expliquées.
Estime que ce livre arrive aux mêmes conclusions que celui d'Henri Lefebvre.
Note: "Le grand philosophe qui avait foi en la puissance du savoir et qui voulait que la science régnât sur le monde, celui qu’Henri Mann appelle un grand seigneur de l'esprit et qui se qualifiait lui-même l'homme d'Europe le plus indépendant, comment pourrait-il se trouver confondu avec tous ces fanatiques enragés de la barbarie hitlérienne qui professent le plus violent mépris pour la culture intellectuelle et qui condamnent comme le pire des crimes toute indépendance d’esprit?"
Estime toujours que le nazisme a tort de célébrer en Nietzsche un prophète.
Signale et approuve le livre d'Henri Lefebvre sur Nietzsche.
Conclut en demandant: que dirait Nietzsche "aujourd'hui, où tous les fanatiques doctrinaires du nazisme hitlérien s'accordent à proclamer que le dogme de la force est le principe souverain et que, dans l'échelle des valeurs, la culture de l'esprit doit se borner à avoir le dernier rang?"
Nouvelles citations d'Ecce homo. Conclut:
"Voilà qui est net. Nietzsche se flattait d’écrire non avec des mots mais avec des éclairs.
Parmi les vingt volumes à travers lesquels son style merveilleux a projeté ses lumineux rayons, nous n'avons eu qu'à en ouvrir un particulièrement significatif et à le parcourir rapidement pour montrer clair comme le jour que les idées et les sentiments nietzschéens étaient absolument à l'opposé de l'intolérance et du fanatisme qui animent les racistes d'aujourd'hui.
Décidément — et ce sera notre conclusion — M. Hitler et les hitlériens auraient bien fait de lire les œuvres de Nietzsche avant de songer à se réclamer de lui."
Multiplie les citations de Nietzsche pour en arriver toujours à la même conclusion: "On n’aurait pas un mot à changer pour appliquer cette si juste condamnation nietzschéenne à l’abominable racisme antisémite qui est le principal article de l’actuel programme hitlérien dans le Reich allemand devenu, depuis le rapt de l'Autriche, le Grand Reich."
Mais il est une doctrine qui avait passé pendant quelques années pour teinte du plus élégant snobisme, qui me semblait redoutable entre toutes, et dont j’estimais qu’un Français devait avoir connaissance, pour y penser au jour du danger. Je la jugeais si représentative du nouvel empire germanique, que je ne manquais jamais de l’exposer à mes élèves, comme le système au nom duquel l’Allemagne essayerait un jour d’asservir les nations civilisées. Si ceux de nos braves enfants qui luttent en ce moment sous l’uniforme de zouave ou de tirailleur ont le temps de philosopher, peut-être penseront-ils, en voyant les horreurs de la guerre inexprimable, et la conduite atroce de l’ennemi: « C’est du Nietzsche. » Et c’est bien du Nietzsche, en effet.
Il s’est trouvé, pendant les vingt années paisibles qui ont suivi 1870, un homme bienveillant et bien élevé, d’une culture à la fois fine et profonde, se réclamant de notre Montaigne, lecteur de M. Paul Bourget, admirateur de Jules Lemaître et d’Anatole France, pour formuler, dans des livres de la plus séduisante facture littéraire, l’évangile monstrueux et mystique au nom duquel les hommes de proie se sont jetés sur le monde civilisé."
Signale la publication dans la nouvelle traduction par Alexandre Vialatte.
Cite des extraits qui montrent l'incompatibilité entre l'hitlérisme et Nietzsche: son amour pour la France et sa détestation de l'Allemagne.
Suite à son article du 18 avril 1938, à propos des Lettres choisies de Nietzsche (trad. Alexandre Vialatte), "pour souligner que le nazisme hitlérien ne saurait sérieusement invoquer l'esprit nietzschéen à l'appui de ses abominables doctrines".
"Le célèbre philosophe allemand Frédéric Nietzsche fut-il le grand prophète du nazisme d’aujourd'hui, comme se plaisent à le proclamer si souvent M. Hitler et les doctrinaires hitlériens?
Nous avons maintes fois prouvé combien était peu fondée celte prétention hitlérienne en montrant que l'auteur d'Ainsi parlait Zarathoustra détestait l'Allemagne et méprisait les Allemands, en montrant aussi et surtout qu’il condamnait toutes les absurdités et toutes les infamies qu'exaltent les maîtres actuels du Reich naziste: le racisme, le bellicisme, le militarisme, le nationalisme, le pangermanisme, l'antisémitisme.
Oui, Nietzsche condamnait tout cela, avec la plus grande netteté et avec la plus grande vigueur, dans sa correspondance où il se confiait farouchement et librement à sa mère, à sa sœur, à ses amis.
Pour le constater, il suffit de parcourir le recueil de Lettres choisies qui, traduit par M. Alexandre Vialatte, vient de paraître aux Editions de la Nouvelle Revue Française: 147 lettres écrites par Nietzsche de novembre 1868 à décembre 1888."
Donne quelques extraits à l'appui.
Eloge du livre d'Emilie Sirieyx de Villers sur Nietzsche.
Commence en soulignant: "Ce livre remarquable, La Faillite du Surhomme et la Psychologie de Frédéric Nietzsche, est écrit par une femme. Dans la poésie et le roman, les écrivains féminins abondent. La philosophie, l’histoire comptent moins de servantes, et de lecteurs aussi, il faut bien le dire. Raison de plus, pour accorder une attention spéciale à la femme penseur qui a entrepris de regarder face à face le Zarathoustra germanique".
Signale et commente la publication d'Ainsi parlait Zarathoustra et de La Volonté de puissance aux éditions de la Nouvelle Revue Française, dans la traduction de Geneviève Bianquis. Souligne l'importance des deux.
"Dans les nombreux articles qu'à diverses dates nous avons eu l’occasion d'écrire sur Frédéric Nietzsche, le célèbre philosophe allemand dont les œuvres restent toujours d'actualité et prêtent toujours à discussion trente-sept ans après la mort de leur auteur, nous avons prouvé avec des textes tout à fait édifiants que le génie nietzschéen s’était en quelque sorte révélé à lui-même et avait trouvé à s’épanouir magnifiquement sur nos rives méditerranéennes, plus particulièrement dans les Alpes Maritimes: à Nice, capitale de la Côte d'Azur, et sur les hauteurs du village d'Eze."
Signale l'article de Jean-Eoudard Spenlé sur Nietzsche à Nice dans le Mercure de France.
Ce qui est bon et sain, c'est la force. Il n'y a qu'un droit sacré au monde: c'est le droit de la force. La guerre, par exemple, est sainte en ce qu'elle est saine. Elle montre où est la force et où est la faiblesse, où est la santé, où est la maladie. Elle est une expérience qu'institue le sage, ou qu'il devrait instituer, si les circonstances ne le faisaient à sa place, pour éprouver la valeur d'une race, d'un homme ou d'une idée et pour faire progresser la vie. Pascal a dit:
« Ne pouvant fortifier la justice, ils ont justifié la force ».
Ils ont eu raison; ou, plutôt, on n'a pas à justifier la force. Elle est juste.
« Une bonne cause, dit-on, sanctifie la guerre. Moi, je vous dis: c'est la bonne guerre qui sanctifie toute cause ».
Voilà la vraie morale.
On s'y trompe parce qu'il y en a deux: une fausse qui a eu l'adresse de se faire passer pour la seule, pour la morale, et pour immoraliser tout ce qui n'était pas elle; et une vraie, fondée sur la nature, qui est devenue mal portée et scandaleuse et qu'on n'ose plus avouer. La première, c'est la morale des esclaves; la seconde, c'est la morale des maîtres."
NOVEMBRE 2024
A propos du livre de M. -P. Nicolas, De Nietzsche à Hitler. Approuve l'auteur: "M. Adolf Hitler s’obstine à se réclamer de Frédéric Nietzsche et tous les doctrinaires du nazisme font comme lui.
Or, comme nous l’avons souvent prouvé ici même, une telle prétention est aussi absurde qu'impudente. Dans l’ordre spirituel comme dans l’ordre moral, le nietzschéisme contredit et condamne le nazisme sur tous les points essentiels. C’est là une vérité dont M. M.-P. Nicolas, dans le volume qu’il publie chez Fasquelle, « De Nietzsche à Hitler », achève de faire la démonstration."
Conclut: "Nietzsche, qui ne se plaignait pas seulement de l'incompréhension de ses contemporains mais qui redoutait davantage encore les trahisons futures, disait un jour frémir en songeant à tous ceux qui plus tard se réclameraient de ses idées: ne semblait-il pas prévoir M. Hitler et les hitlériens?"
Note: "Depuis trente et quelques années, les œuvres philosophiques de Frédéric Nietzsche sont traduites dans toutes les langues et largement répandues partout après avoir été si longtemps ignorées ou méprisées jusque dans la propre patrie de l'auteur, si tant est que celui-ci ait eu véritablement une patrie.
En tout cas, il n’avait pas l'orgueil de sa patrie originelle.
Le célébré philosophe allemand prodiguait le sarcasme et la flétrissure au grossier militarisme et au stupide nationalisme de ses compatriotes, ainsi qu'à l'immonde antisémitisme qui alors commençait déjà à troubler bien des cervelles outre-Rhin, ce qui n'empêche d'ailleurs pas M. Hitler de se réclamer aujourd'hui de Nietzsche avec la prodigieuse imprudence qui caractérise le Reichführer.
Les œuvres nietzschéennes appartiennent à l'humanité."
Evoque les excellentes traductions françaises et les affinités de Nietzsche pour la lumière méditerranéenne, son amour pour Nice.
« En premier lieu, les philosophes allemands: ils sont revenus au degré primitif de la spéculation, car ils se satisfaisaient de concepts au lieu d’explications, pareils aux penseurs des époques de rêve; - une espèce de philosophie préscientifique fut ranimée par eux. En deuxième lieu, les historiens et les romantiques allemands: leurs efforts généraux tendirent à remettre en honneur des sentiments anciens et primitifs, surtout le christianisme, l’âme populaire, les légendes populaires, les idiomes populaires, le moyen âge, l’ascétisme oriental, l’hindouisme. En troisième lieu, les savants: ils luttèrent contre l’esprit de Newton et de Voltaire, ils essayèrent de redresser, comme Goethe et Schopenhauer, l’idée d'une nature divinisée ou diabolisée, et la signification toute morale et symbolique de cette idée. La grande tendance générale des Allemands est allée contre le rationalisme... »
Si je cite ces paroles, ce n’est pas que je souscrive au jugement porté par Nietzsche sur le grand mouvement intellectuel de l'Allemagne, de Lessing à Hoeckel. Je crois que la pensée allemande a pu, sans faillir au rationalisme, soupçonner en la nature même de mystérieuses profondeurs. Mais Nietzsche a merveilleusement défini, par opposition, le rationalisme tout lumineux du dix-huitième siècle français qui se continue dans le large et clair génie de M. Berthelot. (...)"
Commence: "Un journal d’outre-Manche donne à M. Hitler le judicieux conseil de cesser d’être un Allemand exalté pour devenir un bon Européen.
Etre un bon Européen, c’était le mot d’ordre de Nietzsche.
Mais bien que le Führer et ses compagnons prétendent considérer le célèbre philosophe allemand comme le véritable prophète du nazisme, on ne peut guère espérer qu'ils suivront son mot d’ordre à cet égard.
Ils glorifient Nietzsche. Mais ils ne renonceront jamais à ce culte idolâtrique de l’ultra-militarisme nationaliste et belliciste qui fut toujours en honneur outre-Rhin depuis Frédéric le Grand jusqu’à Guillaume le Petit."
Commence par rappeler: "Les hitlériens allemands déclarent voir en Frédéric Nietzsche le prophète par excellence du nazisme.
Nous avons déjà prouvé maintes fois que cette prétention n'était nullement fondée et qu’en réalité l’illustre philosophe avait condamné d’avance la plupart des doctrines absurdes ou monstrueuses dont l’hitlérisme fait son credo".
Note que "les « Œuvres Posthumes » de Nietzsche, dont le « Mercure de France » vient de publier une traduction française avec introduction et notes par M. Henri-Jean Bolle, nous offre une occasion nouvelle de faire cette irréfutable démonstration."
Les approbations sont nombreuses (voir ci-dessous ou télécharger la plaquette)
Proteste à nouveau contre Hitler et les hitlériens qui invoquent "l’œuvre et le nom de Frédéric Nietzsche à l’appui de leurs grotesques doctrines et de leur monstrueuse politique". Note que si "au lieu de faire brûler ses livres, le dictateur d’outre-Rhin s’obstine à célébrer sa gloire, c’est pour tenter de s’annexer la gloire de Nietzsche comme il tente à l’heure actuelle de s’annexer la gloire de Goethe en plaçant l’effigie du plus grand écrivain allemand au centre du nouvel insigne que ses fidèles reçoivent l’ordre d’arborer".
Signale la publication dans le Mercure de France d'un article de Greg. Kolpaktchy et B. de la Herverie qui montrent que pour son Zarathoustra, Nietzsche s'est inspiré d'un ouvrage maçonnique de Jean-Baptiste Krebs. Conclut: "L’origine maçonnique d’ « Ainsi parlait Zarathoustra » se trouvant incontestablement établie, il ne reste plus à M. Hitler et aux hitlériens qu’à jeter le chef-d’œuvre de Nietzsche au feu".
A propos de la visite de Hitler à Elisabeth Förster-Nietzsche et du don de la canne de Nietzsche.
"(...) M. Hitler, tenant en main la canne de Nietzsche, traversa la foule, au milieu des acclamations.
La foule, empressée à acclamer son maître, pouvait ignorer que ce Nietzsche, dont se réclame M. Hitler, avait réprouvé les ignobles fureurs de l'antisémitisme, mais le chancelier devrait le savoir, ou on devrait le lui apprendre.
Il est vrai que le docteur Foerster était un agitateur antisémite mais il est vrai aussi que sa basse passion inspirait à son beau-frère la plus profonde des répugnances...
On en pourrait trouver les preuves dans bien des lettres de Nietzsche à sa sœur et aussi dans la plupart des œuvres de l'illustre philosophe allemand. (...)"
Ajout dans 1933
Note: "Il a toujours été à plaindre. D'abord pour avoir été incompris. Puis pour avoir fini lamentablement, dans la plus effrayante déchéance mentale. Et depuis, pour avoir été rendu responsable de théories ou d'actes n'ayant parfois que de très lointains rapports avec sa pensée.
La faute en est peut-être, pour une part, aux titres fracassants de certaines de ses œuvres: Par-delà le Bien et le Mal, par exemple, ou La Volonté de Puissance. Il faut dire aussi que sa situation morale est bien particulière à l'égard de ceux qui veulent chercher chez lui la justification de théories qu'ils approuvent ou abominent.
On peut trouver, chez un auteur qui a beaucoup écrit, l'expression d'idées extrêmement variées et parfois contradictoires. Que ne trouve-t-on pas dans Hugo ou dans Voltaire! Nietzsche ne fait pas exception à la règle. Il est même plus facile de se fournir chez lui de citations variées que chez un autre, car, esprit rigoureux entre tous et entre tous intransigeant, il a cherché douloureusement, sans le trouver, un système définitif et a, à plusieurs reprises, démoli ce qu'il avait déjà à moitié construit. Mais ce qu'on ne trouvera jamais, dans aucun de ses écrits, c'est une pensée basse.
On l'a donc rendu responsable de l'hitlérisme (...)"
Discute les "points de contact" et les divergences en résumant le livre de M. -P. Nicolas, De Nietzsche à Hitler.
Conclut: "Voilà, très résumées, et par conséquent bien imparfaitement présentées, les principales idées qu'agite ce petit livre, sans doute destiné à faire quelque bruit dans le monde des « clercs ». Lesquels ont trahi? Une discussion serrée doit nous l'apprendre. Qu'on ne dise pas que la question est d'importance secondaire. Elle touche, au contraire, à la base morale même de notre état social. (...)
La parole est maintenant aux clercs que M. Nicolas accuse nettement de trahison."
Ajout dans 1937
A propos du livre de M. -P. Nicolas, De Nietzsche à Hitler.
Ajout dans 1937
Sur l'admiration de Nietzsche pour la culture française.
Ajout dans 1940
A propos de la visite de Hitler à Elisabeth Förster-Nietzsche et du don discutable de la canne de Nietzsche. Estime que c'est Mussolini qui la mériterait: "(...) Personne ne saurait affirmer encore que le cadeau de Mme Fœrster au chancelier Hitler est ou n'est pas entre des mains dignes de le recevoir. Le mépris des nazis pour les intellectuels paraît trop profond pour que le doute ne soit pas légitime. Gardons-nous cependant de juger ces joueurs audacieux sur un seul coup de dés. Et regardons, en attendant qu'ils étudient mieux leurs chances, vers le grand Latin qui reconstruit depuis dix ans la gloire de Rome. On dit qu'il a quotidiennement avec Nietzsche un dialogue familier. Si une fraternité spirituelle est possible entre philosophe et chef d'Etat, c'est dans le poing ferme et sensible de Mussolini que devrait se trouver le bâton de Zarathoustra."
Ajout dans 1933
Raconte un dîner chez le consul de France, M. de La Tournelle, "qui remplit sa mission difficile avec une fermeté et un tact admirables. Il y avait le docteur Fuchs et sa jeune femme, tranquille et blonde, l'épouse d'un magistrat de Dantzig, et sa jeune sœur venue des frontières du Danemark et ne rêvant que canotage, un rédacteur du journal national-socialiste le « Dantziger Vorposten » et M. le Limerac, collaborateur de M. de La Tournelle."
Rapporte: "(...) la conversation glisse à la guerre civile d'Espagne. Les deux Allemands, très prudemment, cherchent à se faire expliquer les réactions de ce pays étrange d'où leurs officiers reviennent le plus souvent déconcertés.
Un Français dit :
— L'affaire d'Espagne ? Elle n'est pas finie.
Personne ne répond. On sent que ces jeunes nazis sont là en face d'un monde mystérieux où ils devinent sans l'avouer que leurs formules simplistes ne suffisent pas à tout régler.
Le Français reprend :
- Tout est affaire de mentalité, de moralité. Il y a une morale espagnole qui diffère de la morale française, qui diffère de l'allemande.
Alors, M. Fuchs, un peu pâle, répond :
— Sans doute, et nous, ici, pour parler morale et philosophie, nous sommes tous les disciples de Nietzsche.
Frédéric Nietzsche! Auteur de « Volonté de puissance » et de « Par delà le bien et le mal », celui qui appelle le christianisme une religion de décadence et le plus grand malheur de l'humanité, celui qui a traité saint Paul de faux monnayeur. Nous voilà bien au centre de la pensée hitlérienne.
Je demande :
— Vous y tenez tant que cela, à Nietzsche ?
- Y tenir ? Mais c'est notre Dieu, insiste M. Fuchs. C est lui qui nous a expliqué dans le domaine moral ce que Darwin a montré en biologie: que le fort est justifié par la nature quand il dévore le faible. Nietzsche, d'ailleurs, me touche personnellement de près. Mon grand-père était son cousin et son ami. Nous avons de lui de précieuses lettres encourageant mon grand-père dans l'effort qu'il faisait pour animer la vie intellectuelle de Dantzig.
Je demande :
— Ainsi, docteur, vous considérez bien le mouvement national-socialiste comme opposé au socialisme ?
- Absolument, dit le Dr Fuchs."
Nul n’est prophète en son pays. La plupart des grands hommes en savent quelque chose, et cet adage s’applique plus tragiquement encore au philosophe Nietzsche, dont les compatriotes « qui ont sur la conscience tous les grands cataclysmes de la civilisation », entourèrent, durant sa vie, sa pensée du plus profond mépris.
Ce furent les études d’Henry Lichtenberger et celles de Charles Andler qui contribuèrent le plus à Introduire en France cette philosophie à la fois dynamique et pessimiste (héritage de Schopenhauer) et il appartint à Emile Faguet de la vulgariser.
L’incompréhension devait poursuivre Nietzsche jusqu'après la tombe, puisque d'éminents esprits comme Julien Benda surtout et André Suarès, ne craignent pas d'affirmer que la philosophie de Nietzsche est directement responsable du national-socialisme et qu'Hitler n'est autre que le type incarné de son « surhomme ».
Courageusement, dans son livre intitulé De Nietzsche à Hitler (Ed. Fasquelle), l'érudit M. P. Nicolas, s'efforce de remettre les choses en place et de rendre au philosophe son vrai visage. Il le fait à l'aide de documents aussi nombreux que choisis et l'intérêt de son ouvrage ne se ralentit pas un instant.
Il est, en effet, hallucinant, de penser que le nain Adolph se targue d'être l'héritier direct d'un Nietzsche à la fois antichrétien et antisémite! Hallucinant aussi, de songer qu'un intellectuel aussi averti que Julien Benda (voir La Trahison des Clercs) ose l'assimiler à Sorel et Maurras, à Barrès, et, pour couronner le tout, au fou roehmantique de Nuremberg! Comme si le patriotisme politique de Barrès, le nationalisme intégral de l'Action française, et le chauvinisme hystérique du maçon en chemise brune, pouvaient être comparés, même de loin, à la pensée de Zarathoustra! (...)"
Ajout dans 1937
Bien qu'il ne soit pas possible, dans le cadre d'un article comme celui-ci, d'entrer dans les détails d'une critique de cette interprétation, il est possible d'indiquer qu'il suffit d'ouvrir les œuvres du génial amoraliste qui, ayant dépassé tous les systèmes dogmatiques, disait : «- Un philosophe utilise et consomme des convictions », pour ruiner complètement l'argumentation des nazis, résumée par un nommé Baümler, dans un ouvrage intitulé : « Nietzsche der Philosoph und der Politiker », sous la forme d'un précis national-socialiste, arbitrairement tiré des doctrines philosophiques de l'éblouissant créateur de Zarathoustra.
Or la théorie des hitlériens sur Nietzsche est fausse. Ils ont extrait de son œuvre les passages susceptibles de justifier leurs principes d'obscurcissement intellectuel et ont monté en épingle: le thème du surhumain, le mépris des masses, les attaques contre une certaine forme de culture, par exemple; mais ils ont omis de faire état des conclusions auxquelles était arrivé le maître de Sils Maria, vers la fin de sa vie, lorsqu'il eut achevé de parcourir les cycles de son évolution:
Dans « Ecce homo », il ne se cache point pour présenter l'impérialisme allemand comme un crime contre l'esprit. D'autre part, dans ses lettres, il s'élève couramment contre le nationalisme, l'étatisme, le militarisme et l'antisémitisme. Il écrit à Fritsch en faisant allusion aux falsifications des concepts aussi vagues que: germanisme sémite, aryen, allemand, et, dans une lettre à Bollé on peut lire une phrase où il est question de « cette fumisterie de la race ». Par ailleurs, en 1885, dans « Par delà le bien et le mal », il fait l'apologie de la race juive (les aphorismes numéros 250 et 251 sont significatifs à cet égard). (...)"
Profite de la réédition d'œuvres de Verhaeren (Mercure de France) pour "saluer Verhaeren et sa gloire" (p. 150).
Et poursuit: "Il est une sorte d'études, dont nous n'avons guère d'exemples encore, mais dont les progrès de la sociologie, joints à une heureuse extension de l'esprit critique, ne peuvent manquer d'amener le développement. Nous n'avons pas de « monographies de gloires ». Nous avons des biographies de grands hommes; nous avons même des ouvrages où l'on étudie l'influence d'un grand homme, d'un grand livre sur son époque, sur l'époque suivante. Mais ces derniers travaux sont à la fois sommaires, simplistes et superficiels. On nous dit, en résumé: « Lorsque Schopenhauer a été illustre, quand on a su, bien su, qu'il avait du génie, Pierre l'a commenté, Paul l'a imité, et Jacques l'a démarqué. » Mais ce qu'on ne me dit pas, c'est la façon quotidienne, patiente, obstinée dont a germé, poussé, grandi la gloire de Schopenhauer. Comment a-t-on fini par s'apercevoir que cet homme-là avait du génie? Pourquoi a-t-on mis trente ans à s'en apercevoir?
Pourquoi pas moins, et pas plus? Vous ne me le dites pas; et ce serait d'un intérêt palpitant.
Depuis Taine, l'œuvre, l'écrivain ne restent plus, aux yeux du critique, comme suspendus dans un espace abstrait, dans un lieu indéterminé du monde. On rattache le grand homme à un certain nombre de causes. Mais l'indétermination n'a cessé que d'un côté. On essaye bien de m'expliquer pourquoi et comment telle société a produit Shakespeare; mais on ne me dit pas pourquoi Shakespeare, comment Shakespeare est devenu, avant et après sa mort, un homme connu, puis un homme important, puis un grand homme, puis l'incarnation même de la pensée et de la grandeur anglaises. En d'autres termes on ne me renseigne pas sur ce qu'il y a de plus pathétique dans les rapports d'un génie et d'un groupe social, d'un génie et de l'humanité: leur lutte, leur étreinte, et les mille vicissitudes, les mille hasards de ce combat.
A force d'irréflexion, nous trouvons toutes naturelles des choses pourtant bien mystérieuses. Un jour un petit professeur allemand publie un petit livre. Personne ne s'en aperçoit. Le minime événement n'a presque pas fait une ride sur l'eau. Ce fut, comme on dit en science, pratiquement négligeable. Vingt ans après, Nietzsche est un des maîtres du monde. De cette cause à cet effet, le lien me reste vraiment trop obscur. Ce serait aussi intéressant à étudier que le régime des successions entre collatéraux dans la coutume de Champagne de 1350 à 1370.
Si j'avais le loisir, et la vocation, de me livrer à de telles recherches, j'aimerais les inaugurer par une monographie de la gloire de Verhaeren. (...)" (p. 151)
Ajout dans 1913
"Les journaux de Vienne relataient, ces derniers jours, le fait divers suivant:
«La lecture du livre de Nietzsche, Ainsi parla Zarathoustra, a poussé au suicide un jeune homme de 17 ans, qui était le meilleur élève du gymnase Theresianum. Ce jeune homme s'est tué d'un coup de revolver au cœur. Ses parents, accourus dans sa chambre, au bruit de la détonation, ont trouvé sur la table le livre de Nietzsche ouvert aux pages où il est question du suicide. Beaucoup de lignes tracées au crayon indiquaient une lecture attentive du livre. Le suicidé était donc d'une intelligence peu commune et était très aimé de ses professeurs. Ce suicide a produit à Vienne une profonde impression.»
Ce fait divers que nous avons reproduit tel quel de la presse viennoise, nous paraît prêter aux plus sérieuses réflexions.
Le livre de Nietzsche dont il est ici question et qui contient une glorification du suicide est une sorte d'évangile de l'antichristianisme. Il est inspiré par le nihilisme moral et religieux le plus complet. On sait que son auteur avait été atteint, jeune encore, d'aliénation mentale et qu'il est mort fou à l'âge de 16 ans. Ses livres ont exercé, en Allemagne et ailleurs, la plus détestable influence.
Tous les parents, tous les éducateurs, tous ceux qui ont charge d'âmes, ne sauraient trop méditer des faits pareils. Ils sont pleins des plus utiles enseignements".
Examine les affinités entre Nietzsche et Guyau.
Note au passage l'influence néfaste que peuvent avoir les idées de Nietzsche.
Ajout dans 1918
"Le bolchévisme pratique, on le sait, l’absolutisme doctrinal. Sous ce rapport, il contrefait l’Eglise en renchérissant sur ses rigueurs nécessaires. L’Eglise proclame les droits absolus de la vérité et dénie tout droit à l’erreur. Le bolchévisme a décidé que son erreur est la vérité absolue et il ne concède aucun droit à quelque doctrine que ce soit qui contredit la sienne. Quoique le libéralisme proteste contre l'intransigeance bolchéviste, la vérité est que cette intolérance est le dernier aboutissant du libéralisme, dont la théorie fondamentale est que la vérité n’a pas le droit de s’affirmer là où elle se trouve en contact avec l’erreur (de là la neutralité scolaire et, en général, la laïcité des institutions publiques), et que toute doctrine, si perverse qu'elle soit, a droit de propagande et de conquête. Or, la propagande et la conquête n’ont de sens que par le dessein de dominer et d’étouffer la contradiction.
Le conseil soviétique chargé de la question de l’instruction populaire vient de prendre, dans cet ordre d’idées, des décisions caractéristiques. Depuis quelque temps déjà, les bibliothèques publiques russes ont un compartiment réservé pour les œuvres non orthodoxes au point de vue bolchéviste. Ces ouvrages n’étaient donnés en lecture qu’à bon escient. Désormais, on ne les verra plus, pour la bonne raison que les bibliothèques subiront une expurgation radicale. Tous les livres d'inspiration idéaliste seront retirés des bibliothèques et envoyés au pilon; de même, tout ouvrage plaidant pour la république démocratique, pour la liberté de la presse, pour la liberté d’association, tout écrit réclamant le suffrage universel, la constituante etc. Platon et Kant, Nietzsche et Tolstoï, Schopenhauer et Maeterlinck sont sur la liste des proscrits. Ainsi en a décidé le grand comité soviétique pour l’instruction populaire, qui est présidé par la veuve de Lénine en personne.
Quel tollé si l’Eglise poussait jusqu'à ces conséquences extravagantes les légitimes prohibitions de son Index!"
Note: "(...) Aux heures où il écrivait dans ce style, Maurice Barrès avait fait depuis quelque temps déjà le tour de son Moi, de sa personnalité. Il en avait recensé les vigoureux apports, auvergnats par son grand-père né à Blesle (Hte. Loire), et lorrains par sa mère et par lui-même né à Charmes-sur-Moselle. Dès cette époque. Barrès avait rompu avec le scepticisme un peu nihiliste de ses précédents ouvrages: Sous l'œil des Barbares, Un Homme Libre, L’ennemi des Lois. Il avait heureusement dépassé la période pénible et stérile de son évolution cérébrale où il croyait devoir se permettre d’écrire, par exemple:
« Notre morale, notre religion, notre sentiment des nationalités, constatais-je. sont choses écroulées auxquelles nous ne pouvons emprunter de règles de vie, et en attendant que nos maîtres nous aient refait des certitudes il convient que nous nous tenions à la seule réalité: au Moi ! »
Par bonheur pour lui et pour les âmes dont il assuma plus tard la conduite partielle, Maurice Barrès se désintoxiqua vite de Renan (et un peu de Nietzsche) par la fréquentation de Taine, le grand historien des origines de la France contemporaine."
Ajout dans 1923
Ajout dans 1932
A propos de l'influence de Maurice Barrès sur la jeunesse: "Une autre fois, une danseuse hongroise, entretenue par un Belge qui fait des affaires dans la République argentine, m'a dit :
— Je viens de lire Barrès, tout Barrès. C'est une initiation, une révélation. Je n'ai pas connu pareil émoi depuis Nietzsche. Oh je vous assure, Barrès a remplacé Nietzsche. Je fais dans le monde des numéros de danses espagnoles. C'est vous dire si j'ai l'occasion de causer avec des jeunes filles et des jeunes gens. Hé bien, ils ne lisent plus Nietzsche. Ils lisent Barrès. Ils lisent tous Barrès. Et ils ont bien raison." (p. 1.)
Ajout dans 1912
Evoque les relations entre Nietzsche et Strindberg (p. 172-173).
Ajout dans 1927
La morale de Nietzche n'est pas moins vieille que celle du Christ; elle a été seulement formulée avec ses prétentions scientifiques et une intransigeance particulière par le philosophe allemand. Nietzche ne serait, d'ailleurs, pas célèbre, s'il n'avait répondu à un état d'esprit général, si les nouvelles générations n'avaient été préparées à accueillir favorablement ces désolantes doctrines d'un individualisme forcené.
Sa détestable gloire lui vint de ce qu'il exprima les tendances et flatta l'orgueil d'une certaine jeunesse âpre, avide, rusée, véritable bande de renards à deux pieds qui se croient supérieurs et peut-être destinés à devenir des surhommes, parce qu'ils sont dépourvus de scrupules, de générosité, de sens moral et de tous les sentiments dont s'honore quiconque a vécu, réfléchi et souffert.
La thèse de Mlle Blanquis sur Nietzsche a de nouveau posé la question de l'influence du philosophe-poète allemand sur les idées de l'ACTION FRANCAISE, et nous regrettons que l'auteur se soit exposé, sans beaucoup de réflexion, à la forte réplique d'Orion (1). Un peu d'information lui eût évité la mésaventure: puisque Mlle Blanquis prête de l'attention aux textes, les textes abondent qui rétablissent la véritable position, non seulement de Charles Maurras, mais de l'Action française en corps (dès que ce corps fut constitué) par rapport aux idées de Nietzsche.
Un article extrêmement important de Lucien Moreau, aussi important qu'il est clair, et paru dans notre revue bleue du 1er juin 1905, "Autour de Nietzsche", montre quelle était cette position vers nos débuts, il y a plus de 23 ans.
L'article a été écrit à propos du livre d'un philosophe de grand talent, notre ami, notre collaborateur occasionnel, et que son nietzschéisme doctrinal distinguait seul de nous, Jules de Gaultier. La distinction était d'ailleurs parfaitement nette. Lucien Moreau la précisait en raison même de l'effort très remarquable qu'avait fait Gaultier pour donner de son Maître une idée cohérente, un portrait lié, continu, intelligible dans le délire, presque raisonnable dans le feu de la déraison.
Moreau soulignait, dès le premier mot, combien cette anarchie fondamentale de la pensée offrait d'analogie avec les dernières conséquences logiques dérivées du principe du libre examen, que nous avons toujours et partout combattu:
"... Les conceptions les plus odieuses comme les plus sympathiques apparaissent d'ici comme des faits de même espèce, équivalents en droit, entre lesquels l'événement seul est capable de décider. Le métaphysicien impartial ne peut même pas faire acception des conséquences: prospérité, durée, ruine: tous ces phénomènes sont a priori également légitimes. Il est permis de condamner ce point de vue, dont on aperçoit aisément les dangers; mais il devrait être accepté, avec ses perspectives particulières, de quiconque prétend se réclamer du libre examen.
"... M. André Gide a sans doute tort d'assurer qu'« il faut, pour bien comprendre Nietzsche, s'en éprendre»; il ne faudrait s'en éprendre que pour adopter ses maximes; mais M. Gide a grandement raison d'ajouter que « seuls le peuvent comme il faut les cerveaux préparés à lui depuis longtemps par une sorte de protestantisme ou de jansénisme natif»; et nous admettrions volontiers avec lui que c'était probablement là « que devait aboutir le protestantisme ». Le plus intelligent, le plus scrupuleux, le plus subtil, mais aussi le plus inhumain des protestants, ou des individualistes, c'est bien ainsi que nous apparaît le paradoxal philosophe."
(...)Maurice Barrès décrit sa lecture de Nietzsche: "Jeudi, 29 août 1901. —Je suis en train de lire Nietzsche ; il outrage mon état d'esprit (...)" (p. 540-541)
25ème mille en 1920.
Contient différents chapitres sur l'art de lire, avec des évocations fréquentes de Nietzsche, surtout dans le chapitre VIII: les ennemis de la lecture.
Dans le chapitre VI, traite des écrivains "qui sont obscurs volontairement et de propos fait, pour s'acquérir la gloire délicate et précieuse d'auteurs obscurs, et voici comment ils ont procédé. Ils ont pensé en clair, d'abord, comme tout le monde, puis, par des substitutions patientes de mots impropres aux mots justes, de tournures bizarres aux tours simples, d'inversions aux tours directs, ils ont obscurci progressivement leur texte. Ils ont fait exactement l'inverse de ce que font les auteurs « qui n'écrivent que pour être entendus ». Ceux-ci ramènent progressivement l'expression vague à l'expression précise; eux détournent laborieusement l'expression à peu près précise vers l'expression sibylline, sachant pour qui ils écrivent. Ils disent — le mot, assure-t-on, est authentique — : « Mon livre est fait: je n'ai plus qu'à l'enténébrer un peu ». Nietzsche disait: « Enfin nous devenons clairs!»; ils disent, en remaniant leur œuvre: « Enfin je deviens obscur». Ils se défendent, par l'obscurité, de l'indiscrétion de la foule; ils se défendent, par l'obscurité, d'être compris de ceux par qui ce leur serait une honte d'être entendus.
Nietzsche a très bien saisi leur procédé et leurs intentions : « On veut, non seulement être compris quand on écrit, mais encore, certainement, n'être pas compris. Ce n'est nullement une objection contre un livre, quand il y a quelqu'un qui le trouve incompréhensible; peut-être cela faisait-il partie du dessein de l'auteur de ne pas être entendu de n'importe qui. Tout esprit distingué, qui a un goût distingué, choisit ainsi ses auditeurs lorsqu'il veut se communiquer; en les choisissant, il se gare contre les autres. Toutes les règles subtiles d'un style ont là leur origine: en même temps elles éloignent, elles créent la distance, elles défendent l'entrée; en même temps elles ouvrent les oreilles de ceux qui nous sont parents par l'oreille. »
A la vérité, ce travail de Protée des auteurs difficiles, ce noli me fangere, noli me intelligere, est assez vain, puisqu'ils seront compris, adoptés, du moins «touchés » par ceux précisément, en majorité, par qui ils redoutent d'être entendus et dont ils craignent le contact, c'est-à-dire par les sots; et ce sont ceux qui comprennent peu qui courent tout droit aux choses les plus difficiles à comprendre. Mais enfin tel est leur travail: Ils se voilent, ils se masquent et ils se déguisent jusqu'au moment où ils se jugent impénétrables" (p. 95-96).
La sœur du célèbre philosophe, qui vient de mourir à Weimar, lui aura survécu trente-cinq ans, presque exclusivement consacrés à cultiver sa mémoire. Nietzsche n’avait pas une très haute idée de son esprit, il répétait volontiers qu’elle ne comprenait rien à ses livres. Dans ces dernières années bien des critiques furent dirigées contre son administration du Nietzsche-Archiv, aussi bien que contre la façon dont elle publiait, ou laissait publier, les inédits de son frère. On peut aussi lui reprocher d’avoir facilité l'exploitation de ses idées par le national-socialisme: elle a été jusqu'à composer un petit volume d extraits soigneusement choisis, où elle a éloigné tout ce qui pourrait sembler contraire à cette doctrine. Comme la famille Wagner, elle était personnellement liée avec le Führer.
Si elle ne fut pas une femme du niveau de Cosima, elle mérite cependant l’estime pour la piété qu'elle a vouée à une grande mémoire. Veuve de bonne heure (son mari était colon au Paraguay), elle assista son frère dans ses dernières années, que la folie rendit misérables. Lorsqu'il mourut, sa réputation était à peine fondée: elle a contribué à l'établir. Elle rassembla ses manuscrits, dont un grand nombre n’étaient pas publiés — notamment la Volonté de puissance, un des ouvrages capitaux du philosophe. Au Nietzsche-Archiv, qu’elle fonda à Weimar, elle réunit non seulement ses papiers et ses lettres, mais tout ce qui a été écrit sur lui: on compte déjà 1.500 volumes et plus de 4.000 articles de revues dans toutes les langues.
Elisabeth Förster-Nietzsche racontait, peu de temps avant sa mort, qu'elle avait pu faire vivre cette institution coûteuse grâce à la générosité de trois donateurs: elle reçut, un jour, la visite de l’ambassadeur d’Italie, qui apportait un chèque important de Mussolini. Une autre fois, un anonyme mit une rente viagère à sa disposition. L’auteur du troisième cadeau fut M. Hitler lui-même".
A propos de la profonde influence de Nietzsche sur Emile Faguet, (p. 859-861).
Ajout dans 1917.
Huitième et dernier tome d'un Cours complet de philosophie.
Contient une section intitulée "L'anti-pessimisme de Nietzsche" (p. 453-461).
Conclut: "Comme on le voit, Nietzsche, après avoir fait des vœux surhumains pour une élite d'intellectuels, est empêché d'en faire même d'humains pour la masse des hommes. Pour elle, il demeure pessimiste: point de progrès ou de relèvement possible, ni même désirable. Son « aristocratie », n'est pas une « fonction » sociale, c'est un but et une « fin en soi ». C'est pourquoi, nous dit-il, « elle accepte avec une conscience tranquille le sacrifice d'hommes innombrables, qui, pour son profit, doivent être déprimés, et réduits à l'état d'hommes incomplets, d'esclaves, d'instruments ». A eux la « morale des esclaves », à nous la « morale des maîtres ».
Conclusion. Inutile de multiplier ces citations qui montrent jusqu'à l'évidence que Nietzsche n'est pas un pacifié, mais un révolté contre Dieu, contre la loi éternelle du bien et du mal, contre la société et l'humanité. Sa morale ne peut être appelée de ce nom, que par antiphrase: lui-même en convient, car il se vante d'être « immoraliste » et « iconoclaste de toute moralité ».
Après cela, toute réfutation d'une telle morale paraîtra inutile, et ce serait lui faire trop d'honneur(1). Elle a plutôt besoin d'une excuse, celle d'avoir été conçue par un génie aigri et en démence, déjà atteint du germe de ce mal incurable, qui devait profondément humilier et châtier son orgueil, en démontrant, par un éclatant et douloureux exemple, qu'il n'y a pas de surhomme qui soit affranchi des misères humaines, ou au-dessus des lois de la contingence (2)." (p. 460-461)
Nombreuses allusions à Nietzsche qui a eu une "influence considérable" sur Emile Clermont à certains moments de sa vie.
Ajout dans 1919.
A propos de la conférence donnée par Teodor de Wyzewa le 3 mars 1903.
Article repris dans plusieurs journaux dont Le Grand Echo du Nord du 8 mars 1903 ou le Journal de Vichy du 26 juillet 1903 (reproduit en 1913 et en 1924).
Ajout dans 1903
Lettre en réaction à la lettre d'Edmond Vermeil publiée dans Le Temps du 3 juin 1935.
Exprime son désaccord en ce qui concerne l'appréciation sur Nietzsche.
Ajout dans 1935
Lettre adressée au Temps. Note: "Rien de plus facile que de remonter aux origines de cette doctrine. Elle a enfanté, depuis Mein Kampf et Der Mythus des zwanzigsten Jahrhunderts, une immense littérature de propagande qui se répand en Allemagne et hors d'Allemagne, Nous avons ici, tout simplement, la somme de la tradition pangermaniste, telle qu'elle s'est constituée au dix-neuvième et au début du vingtième siècle, agrémentée d'arguments qu'elle emprunte à H. S. Chamberlain, maître direct de Hitler et de Rosenberg, ou à la dernière philosophie de Nietzsche, dont il faut bien dire que, malgré le plan supérieur sur lequel elle se meut, elle prête à de singulières déformations.
Quoi qu'il en soit, le problème du racisme est posé devant la science contemporaine. Elle ne saurait y rester indifférente" (p. 2).
Ajout dans 1935
Les deux idées les plus intéressantes qu’il est d’usage de remuer à propos de Nietzsche concernent sa responsabilité dans la formation du nazisme et ses relations de pensée avec la culture française.
Pendant et après la guerre de quatorze, il fut souvent question de la part qui revenait à Nietzsche dans l’impérialisme allemand. Aujourd’hui c’est du nazisme qu’on lui fait un crime, et je crois qu’en effet son influence fut pour quelque chose dans le développement de cette épouvantable maladie, mais il est innocent du racisme et le mépris qu’il professait pour la masse allemande empêche absolument de voir en lui un précurseur de la démagogie hitlérienne. La démagogie fut sans doute la chose qui lui inspirait le plus de dégoût. Or le fascisme n’est que l’exploitation démagogique de la bêtise générale au profit de quelques ambitieux sans scrupules. Je me refuse à croire que Nietzsche se serait reconnu dans un pareil système. D’ailleurs, Rosenberg, le théoricien du nazisme, dénonçait en lui un représentant du libéralisme.
A la vérité le génie instable et maladif de Nietzsche a jeté des flammes dans les sens les plus opposés. Son œuvre est un amas inutilisable de contradictions et de paradoxes. C’est à se demander quelquefois s’il parle sérieusement, par exemple quand il compare Wagner aux Goncourt. Si je ne craignais d’outrepasser ma modeste compétence, je dirais que Nietzsche n’était pas plus philosophe que Pascal, avec lequel il a tant de traits communs, bien qu’il puisse être considéré comme son contraire. Ils furent deux grands poètes et deux grands mystiques et c’est surtout dans le domaine de la vie spirituelle que leur action s’est le plus authentiquement exercée. Chacun d’eux sur le mode qui lui est propre, ils nous ont enseigné la noblesse, la pureté, la passion de l’élévation dans la solitude.
Pour Nietzsche il n’y avait de civilisation que la nôtre et il lui arriva d’être entraîné par son admiration pour notre
littérature classique à des confusions plutôt singulières. Le roman de Daudet, L’Immortel, lui causa, paraît-il, beaucoup de peine comme portant atteinte au prestige de l’Académie française! N’est-ce point touchant? On a beau ne pas professer pour l’Académie un fétichisme aveugle, l’idée que Nietzsche avait d’elle fait plaisir, comme fait plaisir son amour du style énergique et nu et son horreur de l’ornementation inutile. Si on la limite au domaine du goût, sa théorie de la décadence est pleinement valable. Il est au moins curieux que les formules les plus saisissantes du classicisme nous soient venues d’un Allemand d’origine slave.
Nietzsche faisait grand cas de la souplesse, qu’il définissait: la liberté: il en voyait un des modèles dans Sterne. Il appréciait aussi une certaine négligence qu’il opposait à la raideur et à la tension extrême: « Une œuvre qui doit produire une impression de santé doit être exécutée tout au plus avec les trois quarts de la force de son auteur... Toutes les bonnes choses laissent voir un certain laissez-aller et elles s’étalent comme des vaches au pâturage. » Cette image n’est-elle pas aussi peu nietzschéenne que possible, au sens où l’on entend le mot communément? Des vaches au pâturage comme symbole de ce que le philosophe de la force et de l’énergie aimait en art! Quelle surprise! Quel aperçu sur la richesse et la complexité de sa sensibilité littéraire!
Mais au-dessus de tout Nietzsche mettait la clarté: « Enfin, nous devenons clairs! » s’est-il écrié à propos de Schopenhauer. Ce qui ne l’a pas empêché d’écrire des choses très subtiles sur le désir légitime de n’être pas compris: « Ce n'est point une objection contre un livre quand il y a quelqu’un qui le trouve incompréhensible: peut-être cela faisait-il partie des intentions de l’auteur de n’être pas compris de n’importe qui. Tout esprit distingué, qui a un goût distingué, choisit ainsi ses auditeurs lorsqu’il veut se communiquer. En les choisissant, il se gare contre les autres. Toutes les règles subtiles d’un style ont là leur origine: elles éloignent en même temps, — elles créent la distance, elles défendent l’entrée, tandis qu’elles ouvrent les oreilles de ceux qui nous sont parents par l’oreille ». Après quoi, il s’excuse d’être parfois obscur et brusque, et il se compare dans sa façon d’aborder les problèmes les plus profonds au baigneur qui se jette vite dans l’eau froide pour en sortir aussitôt: « Le grand froid rend prompt ».
J’ajouterai que Nietzsche se situait à l’opposé du totalitarisme quand il félicitait les Français de leur amour de l’art
pour l’art et de leur capacité de produire sans cesse une littérature raffinée. Il admirait notre culture morale et comment chez le plus médiocre boulevardier survivait la curiosité psychologique du Grand Siècle. La synthèse du Nord et du Midi qui s’est réalisée dans le génie français provoquait également son envie.
Telles sont les « idées intéressantes » qu’à l’occasion du centenaire de Nietzsche il m’a paru bon de « remuer » de préférence à des griefs cent fois ressassés depuis trente ans et sur lesquels les compétences les plus autorisées en matière de nietzschéisme et de germanisme sont loin d’être d’accord."
Voir le compte-rendu signé L'anagnoste dans La Dépêche du 13 juillet 1937: "On signalera notamment son chapitre sur la « responsabilité » de Nietzsche, où il procède d'une manière vigoureuse et concrète. Ce thème, qui a fourni à Paul Bourget la matière de son meilleur roman: Le Disciple, sort des mains de M. Secrétain embelli de vues originales et fortes".
"C'est devenu un lieu commun que de déplorer le déclassement de valeurs qui caractérise notre époque. Mais si la diatribe est fréquente, à ce sujet, le jugement motivé, tenant compte de toutes les contingences comme des impondérables, est plus rare que jamais. Les époques tumultueuses sont fécondes en prophètes et en vaticinateurs. Elles sont pauvres en esprits synthétiques et clairs, pourvus, à la fois, de l'érudition indispensable, de la puissance de raisonnement, de la sensibilité nécessaire, et, enfin, de ces dons d'expression, de ce style efficace et dynamique sans lequel les méditations les plus fructueuses ne peuvent être communiquées à autrui.
M. Roger Secretain a obtenu le prix Blumenthal en 1936 pour son magistral essai Destins du Poète.
(...)
Les deux premiers chapitres : Le temps de l'inquiétude et Responsabilité de Nietzsche, constituent un admirable inventaire spirituel et moral de notre temps. (...)
Responsabilité de Nietzsche
Où est la crise ? - En nous, dit le moraliste. - Autour de nous, dit le sociologue. Et ils ont raison tous les deux.
L'idée de révolution et de régénération sociale a créé un nouveau romantisme et des poncifs dépassés à chaque instant par la marée montante des événements et des idées.
Force nous est d'inculper nos maîtres: ceux qui nous ont fait ce que nous sommes. Nietzsche mérite de s'asseoir à la première place, au banc des accusés.
C'est lui qui nous a privés de tous nos dieux et qui nous a enlevé tous nos espoirs. Il a répudié la vertu et discrédité la logique. Ce singulier martyr a privé les hommes de leur tranquillité. Il les a brouillés avec la vie sous prétexte de les rendre dignes d'elle.
Il s'est adressé aux forts, mais son message n'en a pas moins atteint les chétifs, à leur grand dommage.
Il les a menés dans un désert dont il avait préalablement chassé tous les mythes. Il les a privés des bienfaits du mensonge qui, naguère, assurait leur équilibre quotidien.
Le rythme de notre époque ? C'est le rythme créateur et dévastateur de Dionysos. Mais le monde, habitué à la morale chrétienne et à ses promesses consolantes, en reste tremblant. Il claque des dents devant le déterminisme. Miné par la critique nietzschéenne génératrice de doute et de révolte, il gémit sur la perte de sa sécurité.
Le vertige destructeur de Nietzsche est le plus parfait symbole de notre temps." (p. 191-192)
Passage en revue. Note: "M. Sawicki plaide pour la philosophie allemande. M. Sawicki proteste parce qu'on fait remonter à Kant, Hegel ou Nietzsche, la responsabilité de certains systèmes contemporains destructeurs de toute moralité sociale. M. Sawicki estime, d'une part, que ce n'est « ni la doctrine générale ni la doctrine dominante de la philosophie allemande, mais une théorie condamnée, comme dans d'autres pays, par toute éthique sérieuse », et, d'autre part, que ni Kant, ni Hegel tout au moins, ne motivent tant de sévérité, car, pour eux, après tout, comme pour tous les Allemands ou à peu près « l'idée du droit est intimement liée à des idées morales. Kant et Hegel ne font point exception en cela ». Et sans doute le chancelier au « chiffon de papier non plus », n'est-ce pas? - Quant à la manière de faire la guerre, « les auteurs les plus renommés proclament l'obligation de soumettre la conduite de la guerre aux lois de la justice et de l'humanité », Kant et Hegel en particulier. S'il était vrai, ce serait la meilleure preuve qu'en effet ces célèbres philosophes n'exercent plus sur la pensée allemande leur vigoureuse influence. Mais enfin, quelle est la « doctrine générale », quelle est la « doctrine dominante » de la philosophie germanique? Ce n'est pourtant pas dans celle de saint Thomas que M. Erzberger a puisé ses féroces invitations à détruire Londres." (p. 181)
Ajout dans 1916.
Note: "Ce recueil de contes, à tendances philosophiques et morales très radicales, a fait sensation à Vienne; il a même eu les honneurs d’un débat à la Chambre et encouru les rigueurs de la censure. C’est une profession de foi antichrétienne et surtout anticléricale sinon aussi violente, du moins aussi résolue et aussi nette que L'Antéchrist de Nietzsche. Dans un ouvrage philosophique intitulé Le droit à vivre et le devoir de mourir et publié, comme les Choses humaines de Nietzsche, à l’occasion du centième anniversaire de la mort de Voltaire, l’auteur exposait naguère, sous une forme abstraite et générale, les théories dont ses contes sont des applications particulières." (p. 381)
Ajout dans 1901
"(...) Si Nietzsche revenait il trouverait fort peu de Zarathoutra. Peut-être même n'en trouverait-il point du tout. Mais par contre que de Mecislas Charrier pourraient revendiquer l'honneur d'une apparente filiation intellectuelle.
Car c'est un fait, et un fait regrettable. Nietzsche n'a été que rarement compris et ceux qui se sont le plus engoué de lui étaient ceux qui pénétraient le moins sa pensée et qui ne retenaient de ses enseignements que des formules. L'éthique individualiste qui est la base de la pensée nietzschéenne n'est retenue la plupart du temps que d'une manière primaire, et le surhomme à la mode de Zarathoutra se transpose trop aisément dans le personnage de Mecislas Charrier (...)."
Note: "A côté du livre de Mme de La Fayette, le monde des meilleurs romans devient du demi-monde.
De même, dans l’ordre intellectuel : Ecce Homo de Nietzsche donne l'air bête à tout livre dont on l’approche.
Cependant, pour qui sait lire, les naïvetés qu’il renferme sont la preuve d’une aristocratie de solitude. Rien de plus naïf que les princes. Tout les étonne.
Nietzsche écrit dans Ecce Homo: « La France qui possède des psychologues comme Mme Gyp, Guy de Maupassant, Jules Lemaître ».
Jules Lemaître était très bon pour moi. Un jour que je lui citais la phrase et que je m’étonnais de cette nomenclature hétéroclite: « Mais, mon enfant, me dit-il, Nietzsche parle de ce qu’on trouve à la gare de Sils-Maria ». Ce joli mot éclaire les dangers de la solitude.
Je ne me compare à aucun des princes de la terre et je ne cite ces grands noms qu’à titre d’exemple. Mais la solitude est la solitude." (p. 14)
Et: "Ce que l’homme appelle génie, comporte rarement l’intelligence. Or, selon moi, l’intelligence ne gâte rien. Stendhal, Nietzsche sont le type de génies intelligents. Certes, Zarathoustra est souvent un vieux guide, devenu phraseur à force de solitude dans les Alpes. Son diamant n’en raie pas moins toute chose. Nietzsche dénonçait, voyait tout, prévoyait tout. Il sentait venir le pessimisme dyonisien. Nous y sommes". (p. 34)
Et: "Ainsi, lorsque je me dis parisien, au lieu de surparisien, ne s’agit-il pas de boulevard, de coulisses, de camelot, ni de camelote. Simplement, je me localise. J’y trouve une chance, comme le vrai nègre trouve une chance d’être nègre, le vrai juif d’être juif, le vrai allemand d’être allemand. J’ajoute que deux vrais allemands (malgré ce qu’ils disent) Nietzsche et Heine, mirent Paris au-dessus de toute capitale. Il y a de quoi me tourner la tête cinq minutes". (p. 35-36)
Ajout dans 1922.
Une note signale: "L'auteur de cet article est un de nos collaborateurs qui revient d'Allemagne où il a pu circuler librement et s'informer aux sources. Il garde l'anonymat, dans l'intérêt même de certains intellectuels non assimilés victimes de l'hitlérisme." (p. 12)
Présente: "J'ai eu l'occasion de m'entretenir avec ces intellectuels et, leur ayant demandé des détails sur l'existence qu'ils mènent depuis que Goebbels et consorts décidèrent de les exclure de la communauté allemande, voici à peu près ce qu'ils m'ont répondu." (p. 12-13):
"(...) En vérité, jamais la vraie Allemagne, l'âme allemande, n'ont été aussi honteusement trahies qu'elles le sont actuellement. Celui qui éprouve un amour sincère pour l'Allemagne ne peut que haïr aujourd'hui ceux qui s'emploient à tout falsifier. On trouve actuellement dans tous les journaux allemands des citations de Nietzsche et celui qui connaît le grand philosophe en est tout surpris. Il n'existe pas, en effet, en ce qui concerne le principe d'autorité, de contradiction plus grande que celle se révélant entre la conception spirituellement aristocratique de Nietzsche et celle prônée par les nazis. Ce ne sont que des citations arbitrairement choisies pour les besoins de la cause hitlérienne. Le mépris de Nietzsche pour les antisémites et d'autres pensées par trop allemandes sont, par contre, minutieusement évités. Le profane ne remarque rien. Cette tactique se retrouve partout et l'on cherche à en imposer les directives aux intellectuels restés en Allemagne. Les nazis ont ainsi réussi à rendre impossible non seulement la littérature politique, mais aussi celle des domaines qui en sont les plus éloignés. En Allemagne raciste, il est actuellement interdit de s'occuper d'individualisme, de personnalités étrangères au culte du nationalisme, de philosémitisme et de critique de l'antisémitisme en général, de tolérance libérale, d'expressionnisme, de psychanalyse, de problèmes sexuels, de monisme, etc. Quiconque aborde aujourd'hui ces questions, si ce n'est pour les traiter dans un esprit péjoratif, est considéré comme suspect et risque à chaque instant d'être envoyé dans les geôles hitlériennes" (p. 13-14).
Manuscrit autographe conservé à l'Université de Genève, au Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités
Et: Iris Ulrike Korte-Klimach, Rachilde: femme de lettres - homme de lettres: Weibliche Autorschaft im Fin de siècle, Marburg, Tectum Verlag, 2002.
Contient: "Thomas Mann et Nietzsche" (p. 407-409). D'autres évocations de Nietzsche dans la suite, publiée dans le numéro de mai 1933.
Ajout dans 1933
OCTOBRE 2024
Ajout dans Recherche par nom et Recherche par lieu
Lire Arnaud Sorosina: "Le nietzschéisme social" et/ou l'entretien avec Frédéric Porcher:
"Vrin : Quel a été le point de départ de votre essai?
Ajout dans 1927
Commence en expliquant pourquoi elle range Nietzsche parmi les "maîtres de la pensée": "Si nous avons rangé Nietzsche dans cette galerie consacrée aux « Maîtres de la pensée », c’est qu’il faut entendre, par cette épithète de « maîtres », ceux qui faisant école — bonne ou néfaste — marchèrent à la conquête intellectuelle de leur temps — pour le conduire — ou l’égarer.
Et Nietzsche, dans cette acception, fut bien un « Maître », car, pour le malheur de l’avenir social, il eut, a et aura longtemps encore de fervents disciples" (p. 541).
"(...) D’une forme très châtiée et très élégante, elle a eu le mérite d'attirer l'attention des auditeurs sur le péril moral que crée la vulgarisation des idées morbides de ce philosophe, actuellement fou, et dont les dernières œuvres lucides sont déjà fortement imprégnées de folie. (...)"
Ajout dans Lieux de parole et Conférenciers/conférencières.
Ajout dans Lieux de paroles et Conférenciers/conférencières
Ajout dans Lieux de parole et Conférenciers/conférencières.
Ajout dans Lieux de parole et dans Conférenciers/conférencières
Résumé d'une conférence donnée dans la salle du Foyer de l'étudiant catholique, à l'Institut catholique de Strasbourg, le 20 novembre 1934, à 20h.
Ajout dans 1934 et dans Recherche par auteur/autrice.
Voir "L'influence de Nietzsche et d'Auguste Comte sur la pensée de Ch. Maurras", in Les Dernières nouvelles de Strasbourg, 21 novembre 1934.
Ajouts dans Conférenciers/conférencières, Lieux de paroles et dans 1934.
Ajout d'André Lorulot dans les conférenciers/conférencières et ajout de la conférence dans 1921.
A propos de Victor Hugo: "Ce n’est pas le lieu d’ouvrir un débat sur la valeur pratique des doctrines que le poète élaborait en n’écoutant que son âme. On ne pourrait s’en expliquer en quatre lignes. La tourmente où viennent de se perdre les fils de Tolstoï, ce Hugo du Nord, nous montre les limites d’une philosophie sociale qui, pour améliorer le dessus, lui substitue le dessous. Les Misérables et la Légende ne peuvent pas donner des lois à la société; elles peuvent donner des conseils aux âmes éternellement tentées de s’endormir dans un terre à terre grossier. C’est bien qu’il y ait des chefs-d’œuvre qui se dressent pour nous dire de n’être pas inhumains, et j’ai horreur du « Soyons durs » de Nietzsche."
Ajout dans 1919.
Compte-rendu de Jean Cocteau, Le Coq et l'Arlequin (1918) qui évoque Nietzsche et Wagner.
Ajout dans 1919.
Evoque les jugements de Nietzsche sur Wagner et sur Carmen. Note: "Relisons LE CAS WAGNER de Nietzsche. Jamais des choses plus légères et plus profondes n'ont été dites. Quand Nietzsche loue Carmen, il loue la franchise que notre génération cherche au musichall. Il est regrettable qu'il oppose à Wagner une œuvre artiste et inférieure à l'œuvre de Wagner sur le plan artiste" (p. 29). Et: "Nietzsche redoutait certains « et » : Goethe et Schiller par exemple, ou Schiller et Goethe, pire encore. Que dirait-il de voir répandu le culte Nietzsche et Wagner... Wagner et Nietzsche plutôt!" (p. 30)
Voir le compte-rendu de Paul Souday dans Le Temps du 4 mai 1919.
Ajout dans 1918.
Publication d'une lettre de Gabriel Brunet du 5 mars 1919 dans le prolongement de son article sur Nietzsche et la guerre (Mercure de France du 1er février 1919) et de la lettre publiée dans le Mercure de France du 1er mars 1919. Observations pour "bien montrer que Nietzsche s'oppose à l'Allemagne par sa conception hellénique et française de la culture et par sa haine pour la brutale conception prussienne de l'Etat" (p. 573).
Ajout dans 1919.
A propos de l'article d'André Gide, "Réflexions sur l'Allemagne" (juin 1919): "(...) il ressort que M. André
Gide, qui passait dernièrement pour rallié à la cause du trône et de l'autel, n'a décidément pas la vocation de l'orthodoxie. Il se permet d'attaquer un certain M. B..., c'est-à-dire M. Boutroux, qui a été proclamé tabou et dont on ne peut plus discuter la moindre affirmation nouvelle, même en s'appuyant pour cela sur ses conclusions anciennes, sans être aussitôt taxé de bochophilie ou de philobochie, à votre choix.
J'ai maintes fois essayé de démontrer que certaines théories émises depuis cinq ans par l'éminent philosophe et par ceux qui le suivent étaient non moins contraires à l'intérêt français qu'à la vérité des faits et des textes. On comprendra donc que je n'aie pas lu sans une réelle satisfaction ces lignes de M. André Gide : « Rien ne peut lui faire plus de plaisir, à l'Allemagne, qu'une thèse tomme celle de M. B..., qui déjà découvre dans le Faust l'invitation à la guerre actuelle. Ce qu'il y a de rassurant pour nous dans cette thèse, c'est qu'elle est absurde. Ce qui peut, au contraire, désoler la jeune Allemagne pensante, c'est de sentir que cette guerre monstrueuse, Goethe ne l'aurait pas approuvée, non plus qu'aucun des écrivains d'hier qu'elle admire. »
Et M. André Gide insiste sur cette l'injustice et cette faute de mettre dans le même sac tous ces Allemands, que l'on déclare vouloir diviser. Je l'ai dit moi-même souvent : s'il était vrai que Goethe, Kant, Hegel, Schopenhauer, Wagner, Nietzsche, fussent d'accord avec Bernhardi et Bethmann-Hollweg, ce serait désastreux pour nous, attendu que les neutres et tout le monde pensant en conclueraient qu'abrités sous de tels patronages ces pangermanistes ne devaient pas avoir entièrement tort.
Par bonheur, ce n'est pas vrai. Les grands penseurs allemands ne couvrent pas ces meneurs de guerre mais les condamnent à fond. C'est pourquoi M. André Gide s'écrie : « Quoi! nous avions un Goethe en gage, et vous le leur rendez? ! Quoi Nietzsche s'engage dans notre légion étrangère et c'est sur lui que vous tirez ! Quoi ! vous escamotez les textes où Wagner marque son admiration pour la France : vous trouvez plus avantageux de prouver qu'il nous insultait ! ... » Et M. André Gide ajoute encore : « Goethe et Nietzsche (et à de moindres degrés plusieurs autres) sont nos otages. Je tiens que la dépréciation des otages est une des plus grandes maladresses à quoi excelle notre pays. »
Non, pas tout notre pays, mais certains hommes de parti, et d'autres, qui flattent les partis, par ambition de popularité. Il y avait un intérêt français, en même temps qu'un intérêt de vérité, à montrer que Goethe, Kant, Nietzsche ont admiré et aimé la France, détesté l'esprit prussien et pangermaniste. Mais il
y avait un intérêt de parti à démolir Goethe, Kant et Nietzsche, qui sont en horreur, non sans raison, à tous les cléricaux et cléricalisants.
Ces dernières remarques ne sont pas de M. André Gide, et peut-être n'y souscrirait-il pas, car il garde volontiers des ménagements et semble redouter les polémiques. Il n'en a eu que plus de mérite à écrire les lignes décisives que j'ai citées. Maladresses ou manœuvres, les opérations tendant à présenter Kant,
Goethe et Nietzsche comme des Boches et des maîtres du bochisme étaient des absurdités : sur ce point, qui est l'essentiel, M. André Gide s'avoue publiquement d'accord avec les défenseurs de la liberté intellectuelle, de l'esprit critique et du patriotisme clairvoyant. Cela est à son honneur".
Ajout dans 1919
Evoque et désapprouve les attaques contre Nietzsche pendant la guerre.
"(...) Comme si notre cause, pour paraître bonne, avait besoin d'être fardée ! Comme si la vérité n'était pas plus encourageante, plus probante, plus bienfaisante que tous les mensonges ! Mais pour peu qu'elle paraisse gênante, on la contourne ; et ce faisant on se l'aliène, tandis qu'elle venait à nous comme une amie qu'il eût suffi de mieux comprendre.
Et comment ne comprenez-vous pas, vous qui voulez rejeter tout de l'Allemagne, qu'en rejetant tout de l'Allemagne vous travaillez à son unité ? Quoi ! nous avions un Goethe en otage, et vous le leur rendez !
Quoi ! Nietzsche s'engage dans notre légion étrangère, et c'est sur lui que vous tirez ! Quoi ! vous escamotez les textes où Wagner marque son admiration pour la France ; vous trouvez plus avantageux de prouver qu'il nous insultait !
Nous n'avons nul besoin, dites-vous, des applaudissements d'outre-Rhin. Comment ne comprenez-vous pas qu'il ne s'agit pas de ce que ceux-ci nous apportent, mais bien de ce que ceux-ci leur enlèvent. Et cela n'est pas peu de chose, si c'est l'élite du pays" (p. 36).
Cela n'est pas peu de chose, — tandis que le meilleur de la pensée de la France, que toute la pensée de la France travaille et lutte avec la France, — que le meilleur de la pensée allemande s'élève contre la Prusse qui mène l'Allemagne au combat.
Nous avons dans notre jeu les atouts les plus admirables, mais nous ne savons pas nous en servir.
Rien ne peut être plus démoralisant pour la jeunesse allemande pensante (et tout de même il y en a) que de ne pas sentir Goethe avec soi — (ou Leibniz, ou Nietzsche). — On se rend mal compte en France, où nos grands écrivains sont si nombreux et où nous les honorons si mal, de ce que peut être Goethe pour l'Allemagne. Rien ne peut lui faire plus de plaisir, à l'Allemagne, qu'une thèse comme celle de M. B... qui déjà découvre dans le Faust l'invitation à la guerre actuelle. Ce qu'il y a de rassurant pour nous dans cette thèse, c'est qu'elle est absurde. Ce qui peut, au contraire, désoler la jeune Allemagne pensante, c'est de sentir que cette guerre monstrueuse où on l'entraîne, Goethe ne l'aurait pas approuvée, non plus qu'aucun des écrivains d'hier qu'elle admire. Il est sans doute flatteur, capiteux même, de se dire et de s'entendre sans cesse répéter que le peuple dont on fait partie est désigné pour gouverner la terre ; mais si ce sophisme est par avance dénoncé par les plus sages de ce peuple même, est-il adroit de notre part de traiter ces sages de brigands, d'imposteurs ou de fous ?
L'écrasement de l'Allemagne ! J'admire si quelque esprit sérieux peut le souhaiter, fût-ce sans y croire.
Mais diviser l'Allemagne, mais morceler sa masse énorme, c'est, je crois, le projet qui rallie les plus
raisonnables, c'est-à-dire les plus Français d'entre nous. Il n'importe pas de l'empêcher d'exister (au contraire : il importe, et même pour nous, qu'elle existe), il importe de l'empêcher de nuire, c'est-à-dire de nous manger... Diviser l'Allemagne ; et pour la diviser, la première chose à faire, c'est de ne pas mettre tous les Allemands dans le même sac (et si vous affirmez qu'au fond tous se valent, faites attention qu'alors c'est que vous croyez le départ entre eux impossible, et qu'ils n'accepteront pas, eux, si vraiment ils sont si semblables, cette division que vous voudriez leur imposer). Combien ne sont-ils pas plus habiles ceux qui, dès aujourd'hui, démêlant parmi l'Allemagne moderne l'idée prussienne comme un virus empoisonneur, excitent contre cet élément prussien l'Allemagne même et, au lieu de chercher dans Goethe des armes contre nous, lisent ceci par exemple (l'a-t-on déjà cité ? je ne sais) dans ses Mémoires :
« Au milieu de ces objets, si propres à développer le sentiment de l'art (il visite Dresde), je fus attristé plus
d'une fois par les traces récentes du bombardement. Une des rues principales n'était qu'un amas de décombres
et dans chaque autre rue on voyait des maisons écroulées. La tour massive de l'église de la Croix était crevassée ; et quand, du haut de la coupole de l'église de Notre-Dame, je contemplais ces ruines, le sacristain me disait avec une fureur concentrée : « C'est le Prussien qui a fait cela. »
Goethe et Nietzsche (et à de moindres degrés plusieurs autres) sont nos otages. Je tiens que la dépréciation
des otages est une des plus grandes maladresses à quoi excelle notre pays."
Cette publication suscite quelques réactions, notamment celle de Paul Souday dans Paris-Midi.
Ajout dans 1919
D'après des notes de 1910, raconte son passage à Weimar, sa visite au Nietzsche-Archiv et sa rencontre avec la sœur de Nietzsche. Se moque.
Ajout dans 1919
"Les dernières phases de la vie douloureuse de Nietzsche se déroulèrent sur la Côte d’Azur de France. Il était alors péniblement impressionné par ce qu’il appelait la trahison de sa sœur. Celle-ci, à vrai dire, n’avait trahi personne. Elle s'était simplement mariée avec l’homme de son choix. Mais ce choix n’était pas celui de son terrible frère. Quand Frédéric apprit que Mlle Nietzsche devenait Mme Forster, c'est-à-dire la femme d’un protestant connu pour la profondeur de sa foi, le grand négateur en conçut une forte colère. Pourtant, sa sœur, qui signa tout ce qu’elle écrivit de son nouveau nom, Mme Nietzsche-Forster, conserva un culte religieux à ce frère si malheureux et le défendit toujours. Elle vient de mourir à 70 ans environ sans avoir pu opérer sa réconciliation avec l'intraitable Frédéric."
Contient: "Nietzschéisme.— Manie du moment. — Les vrais Nietzschéens. — Echos d’une Conférence faite à la Société littéraire de Constantinople. — Une lettre de M. Leichtenberger [sic] sur la Conférence du comte Ostrorog."
Cite un article de Gaston Deschamps qui regrette les romans nietzschéens et se moque de la "crise du nietzschéisme".
Conteste: "Çà c’est le petit côté du nietzschéisme. Mais Nietzsche n’a pas seulement fait éclore des héros de romans. Il a suscité un mouvement intellectuel auquel nous devons quelques uns des plus beaux livres de critique de notre temps".
Reproduit une lettre d'Henri Lichtenberger (12 mai 1905) à qui le texte de la conférence de Léon Ostrorog (23 avril 1904) a été envoyée. Voir le résumé de la conférence dans Grésy, "Frédéric Nietzsche", in Stamboul, 12 mai 1904, p. 2.
Ajout dans 1905.
A propos d'une conférence du Comte Léon Ostrorog (1867-1932) sur Nietzsche à la Société littéraire et scientifique de Constantinople, le 23 avril 1904.
La conférence est déjà signalée dans Stamboul le 25 avril 1904.
Elle est à nouveau signalée et commentée dans "Nietzsche et le nietzschéisme", dans le Stamboul du 26 juin 1905.
Ajout dans 1904.
A propos de l'inspiration nietzschéenne de la pièce de théâtre d'Edouard Schneider, Le dieu d'argile.
Ajout dans la Recherche par auteur/autrice
Note: "(...) L'union de l'homme et de la femme, basée sur la soumission enfantine du cerveau de celle-ci au cerveau de celui-là, est une formule vermoulue, d'ailleurs! Qu'on la regrette ou non, elle est morte; il faut nous arranger pour vivre sur le pied d'une nouvelle morale. Quelle sera-t-elle?
Quand Ernest Renan eut tué le christianisme, un certain Frédéric Nietzsche se leva pour enseigner aux hommes le culte de l'orgueil individuel. Je ne vous cacherai pas qu'un Nietzsche en jupon s'est levé aussi pour les femmes. Il s'appelle Aurel. C'est une philosophe parisienne qui vit parmi nous, qui est moins célèbre que la comtesse de Noailles, car elle ne fait pas de sentiment et se borne à de courts manuels de stoïcisme féminin d'une écriture sèche et dure. Mais elle a sa petite église de catéchumènes. Les romancières à la mode, telle Lucie Delarue-Mardrus, ont fait des conférences sur elle. On publie sa vie dans la Collection des Célébrités d'aujourd'hui. Je viens précisément de recevoir son hagiographie, écrite par M. Henri Clouard avec une clarté qui manque parfois à Aurel elle-même, et la résume d'autant mieux. ..
Ce Nietzsche pour les femmes est comme le Nietzsche pour les hommes: plus saisissant dans ses prémisses que dans ses conclusions. Aurel trouve des images magnifiques pour exprimer les dégoûts de l'Eve d'aujourd'hui: «C'est la mort de l'amour, non l'amour, qui cultive la femme». La solution qu'elle propose à ses sœurs est l'orgueil, la fuite sur les cimes. C'est une doctrine de bataille. Mais on aurait grand tort de n'y pas faire attention. Cette exaltée annonce un monde nouveau."
Ajout dans 1922.
Ajout dans Recherche par auteur/autrice et dans Pseudonyme.
Se moque: "Mme Daniel Lesueur n'écrivit rien pendant la guerre. Ce qu'elle fit doit pourtant compter dans ses œuvres complètes autant que ses meilleurs récits, elle se consacra tout entière au Denier des Veuves des Ecrivains.
Maintenant que la victoire est venue, elle réalise, à sa manière, une glorieuse annexion. Elle s'empare de Nietzsche.
Naguère elle avait publié: Nietzschéenne. Elle donne une nouvelle édition de ce beau roman, et, dans quelques pages de préface, elle prouve clair comme le jour que l'auteur de Zarathustra n'avait pas mérité la honte d'être Boche, mais l'honneur d'être Français.
Ainsi soit-il ! Peut-être devrait-on ajouter au traité de paix une clause sur l'annexion de Nietzsche par Mme Daniel Lesueur."
Sur Nietzsche (p. 15-16). Note : "L’Allemagne nous a envoyé aussi ses forces de décadence. L’Orient tendait à annihiler la volonté, et voici qu’une voix germanique a prêché le surhomme: « Voici donc le sauveur! Ont pu s’écrier ceux qui n’avaient pas encore écouté les paroles rythmées de Zarathoustra. (...)" (p. 15)
Et conclut: "En vain, Mme Daniel Lesueur, dans son livre Nietzschéenne, essaya-t-elle d’élever un peu la conception du surhomme : la masse des littérateurs l’ont comprise à leur façon, c’est-à-dire très bassement.
L’Allemagne nous versait son poison moral et littéraire. Le génie français s’obscurcissait. Le nietzschéisme fut en réalité le déchaînement de toutes les passions approuvé, la ruée de tous les appétits autorisée" (p. 16).
Ajout dans 1919.
Ajout dans la Recherche par auteur/autrice
A propos du roman de Daniel Lesueur, Nietzschéenne (1908) réédité en 1919. Sur l'influence de Guillaume du Vair.
Ajout dans 1919
Ajout dans la recherche par auteur/autrice
Roman publié en 1908 (réédité en 1918) publié dans le feuilleton du journal à partir du 27 avril 1914.
Ajout dans 1914.
Nouvelle édition (voir 1908) avec une nouvelle préface (publiée dans Le Gaulois du 18 octobre 1919) et des citations de Nietzsche pour la France, contre l'Allemagne.
Ajout dans 1919.
Extrait du roman de Daniel Lesueur sur le point de paraître, introduit ainsi:
[Aujourd'hui paraît en librairie Le Droit à la Force, roman, par Daniel Lesueur, l'aimable écrivain auquel on doit, notamment, L'Honneur d'une Femme, Nietzschéenne et surtout Calvaire de Femme que le feuilleton a popularisé.
Le Droit à la Force, n'est qu'un roman. Mais c'est un roman attachant, plein d'émotion et d'angoisse, et qui puise sa force dans l'observation de la vie vraie et douloureuse.
Le passage que nous en donnons ci-après montre ce qu'un auteur de bonne foi peut voir quand il veut des misères de la vie ̃ouvrière.]
Ajout dans 1909.
Fusion de son livre (La philosophie de Nietzsche, 1898) et de son recueil (Aphorismes et fragments choisis, 1899)
Mention de douzième édition.
Ajout de quelques indications biographiques et nouvelle photo.
Roman publié aux éditions Lemerre. Ici en feuilleton: deuxième partie, chapitre III. L'héroïne lit Nietzsche et commente.
Ajout dans 1926
Autobiographie. Avec deux photos.
Evoque sa vénération pour Nietzsche (p. 109) et sa reconnaissance (p. 123).
Contient: "Querelle d'un titre. Lettre à M. Bernard Grasset", p. X-XX.
Note: " Les feuillets qui devraient porter une date récente et ceux qui furent composés à des époques reculées et distantes les unes des autres, appartiennent à la même atmosphère, à la même coloration de l'individu, qui se réclame de sa constante. Il est des esprits hésitants qui, selon une plaisante formule, ne sont pas de leur avis. J'ignore ces chancellements.
Espérant avoir prouvé ce que je communique, je ne crois pas utile de solliciter autrement l'attention de ceux qui nous lisent. D'ailleurs je n'ai pas su éviter l'insistance. La conviction et le lyrisme sont insistants, ils ne se lassent pas. Quel poète ne possède l'illusion d'ajouter par son chant à « l'immense et infinie affirmation des choses » dont parle Nietzsche ? Mais répétition n'est pas toujours monotonie" (p. XVII).
Ajout: Voir "Livres ayant appartenu à Anna de Noailles ou dédicacés par elle" dans le catalogue Anna de Noailles : exposition de manuscrits, livres et documents donnés ou prêtés à la Bibliothèque nationale. [11 décembre 1953-5 janvier 1954]
Ajout: Anecdote publiée dans Les Nouvelles littéraires en 1935: "C'est un souvenir qu'aimait conter la comtesse de Noailles. Le poëte visitait le musée de Nietzsche, à Weimar. Aimable, Mme Foerster-Nietzsche lui dit :
- Ah ! si Frédéric vous avait connue, il vous eût aimée ! Il eût fait des vers pour vous.
Alors, vivement, la poétesse du « Coeur innombrable » :
- Et c'est moi, sans doute, qui aurais fait de la philosophie !"
Ajout: "Songeons qu'il ne fallait oublier ni Paul Adam, ni Mme de Noailles, qui de tous les disciples de Nietzsche l'a le mieux compris avec Mme Daniel Lesueur" (Charles Andler, 1931).
Ajout: écouter sa voix: Jeunesse (1902)
A propos d'un article d'Ernest Closson (Revue musicale) qui commente une brochure d'Hugo Daffner, Friedrich Nietzsches Randglossen zu Bizets Carmen, Regensburg, Bosse, 1912.
Ajout dans 1922.
A propos du livre de Jules de Gaultier sur Nietzsche (1926)
C'est "un exposé doctrinal de la philosophie de Nietzsche. Pas toute la pensée philosophique de Nietzsche, mais la partie de cette pensée plus particulièrement antichrétienne. L’exposé de M. Jules de Gaultier n’est pas inexact, mais il est un peu limitatif. Il y a dans l’œuvre de Nietzsche toute une critique des sentiments d’une étonnante profondeur. Il y a aussi cette riche expérience des choses de l’âme qui l’a conduit à ce point d’interrogation qui l’a troublé toute sa vie : « l’ennoblissement est-il possible ? » Question capitale, car si, en qualité, les hommes sont invariables, Nietzsche ne représente plus qu’une espérance alors que les pessimistes qu’il combattait représentaient l’expérience et non « une calomnie de la vie », comme il disait.
Question éternelle, dont le destin est de rester pendante.
Ce n’est pas là qu’il faut chercher le vrai Nietzsche, toujours à l’étroit dans le cadre des idées, même les siennes. C’est le maître de générosité qu'il faut découvrir, et là tout s’éclaire. Et après, quand on a trouvé le poète, que le débat (très variable) des idées masque bien peu, tout est éclairé."
Extrait des "Souvenirs sur Frédéric Nietzsche" publiés par Edouard Schneider dans Les Nouvelles littéraires, 6 septembre 1924, p. 2.
Jugements sur Nietzsche.
Suite (voir le numéro du 10 octobre 1939)
Jugements sur Nietzsche.
Ajout dans 1939.
Roman publié en 1908 (réédité en 1919) publié dans le feuilleton du journal, à partir du 13 mars 1925.
Reproduit et commente un extrait d'Ecce homo.
"Le grand philosophe allemand Nietzsche est réclamé par les nazis comme un de leurs pères spirituels. Cette annexion est plutôt risquée, car Nietzsche a accablé de sarcasmes ses propres compatriotes.
Voici, par exemple, le jugement qu'il porte sur les Allemands et l'Allemagne dans son « Ecce Homo »:
« Rien ne m'empêchera d'être brutal et de dire aux Allemands quelques dures vérités. Je parle de leur impudicité en matière historique. « Il faut être avant tout « Allemand »; « il faut être de la « race » ; « alors seulement on a le droit de décider de toutes les valeurs et de toutes les non-valeurs ». « L'Allemagne par dessus tout c'est leur principe... »
Quand j'entends de pareilles choses, ma patience est à bout et j'ai envie de dire aux Allemands tout ce qu'ils ont déjà sur la conscience. Je considère même que c'est un devoir de le leur dire.
« Ils ont sur la conscience tous les grands crimes contre la culture des quatre derniers siècles ».
Voilà comment un Allemand célèbre juge les Allemands. Remarquons, entre parenthèses, que Nietzsche parle déjà du racisme et du pangermanisme chers aux Tentons.
Cela ne date donc pas d'hier?
Tiens ! tiens !"
Plusieurs pages sur Nietzsche dans La Clavallina, revue littéraire mensuelle du Roussillon.
Ajout dans 1900.
Evoque Nietzsche à plusieurs reprises dans le tome 1 et dans le tome 2.
Ajout dans 1922.
Critique les idées de Wundt sur Nietzsche (p. 3). Il "a fait main basse sur le nietzschéisme". Conclut: "Reste à savoir si l'idée du devoir contenue dans la formule du Surhomme coïncide avec l'idée du devoir patriotique et prussien telle que l'entend M. Wundt. Il n'en doute pas, mais tous ceux qui ont lu Nietzsche sans parti pris en doutent fort. Ils se rappellent et l'on ne saurait trop le rappeler que Nietzsche a écrit ces mots prophétiques : « Les Allemands sont un peuple dangereux, ils s'entendent à se griser » et qu'on lui doit aussi cette déclaration péremptoire : « L'Allemagne, l'Allemagne au-dessus de tout, c'est peut être le mot d'ordre le plus stupide qui ait jamais été donné. » Gardons à Nietzsche, pour avoir si bien parlé, toute notre estime et prenons en pitié ce pauvre M. Wundt qui s'essaye à le défigurer, d'ailleurs sans y parvenir. Nietzsche était un brillant sophiste allemand, c'est entendu; mais il était aussi un bon Européen. Et c'est en vain qu'un autre sophiste allemand qui ne lui va pas à la cheville s'épuise à démontrer qu'il fut un méchant pangermaniste."
Ajout dans 1920
Raconte qu'en réponse à l'envoi de son livre (Perspectives, 1929) à Jules de Gaultier, celui-ci lui a adressé une lettre. Les deux hommes maintiennent leur position divergente de 1926. Noël Vesper consolide la sienne.
A propos du livre de Jules de Gaultier: Nietzsche (1926). Long exposé de son désaccord.
Cet article est repris dans Noël Vesper, Perspectives, Paris et Neuchâtel, éditions V. Attinger, 1929.
Ajout dans 1926
Poursuit sa critique du livre de Jules de Gaultier sur Nietzsche (1926).
Cet article est repris dans Noël Vesper, Perspectives, Paris et Neuchâtel, éditions V. Attinger, 1929.
Ajout dans 1926
X. Nietzsche. Le feuilleton a commencé le 4 décembre 1925 avec "quelques mots d'avertissement" de Victor Méric.
Ajout dans 1926 et dans la Recherche par auteur/autrice
Note que ce serait "appauvrir l’Occident que de dénier toute valeur à des éléments de vie intellectuelle sous prétexte qu’ils comportent une part de danger. Ce danger, il faut se prémunir contre lui en s’efforçant d’ « isoler » les éléments utiles des éléments nocifs (1)." (p. 160)
Dans la note, indique qu'il vient de lire la biographie de Nietzsche par Daniel Halévy; se moque de Nietzsche puis conclut: "C'est un malheur qu'on nous ait raconté la vie de Frédéric Nietzsche, un malheur pour lui, un bonheur pour nous. Sa vie enlève toute autorité à son œuvre. Il faudrait que nous n’eussions de lui que ses chaussures au bas du volcan d’Empédocle et que l’on pût croire que son Dionysos l’a saisi à plein bras pour le jeter dans la fournaise. Nul mystère, hélas ! Si nous l’avons perdu, c’est d’un mal humain, trop humain. Le support physiologique de son œuvre est taré. Ce petit accident ne diminue pas le prestige de ses rythmes, ni son pathétique intérieur, mais il ruine sa prétention de dicter les tables de la nouvelle loi. Mettre au volant cet excité, confier la révision de toute la machine et la direction du char de l’humanité à un malheureux qui fait de la paralysie générale? J'aime mieux rester dans mon ornière. Un superbe poète lyrique, ce Nietzsche, et un excitateur de l’esprit! Mais pour ma part, j’avais trouvé ses thèses dans Stendhal, dans Renan et dans mon cœur d’enfant excédé par les grossièretés de l’internat et du quartier Latin. Seulement, ce que nous savons, il nous le dit avec une allure ! Il a du diable au corps ! C’est bien, mais il en a trop. Le diable a fini par en faire sa proie. Il portait le diable sur ses épaules, comme saint Christophe le Christ, ou comme jadis dans nos campagnes lorraines s’en allait le montreur de loup, portant la bête à califourchon sur son dos. A la fin toute son humanité avait disparu, et l’on ne vit plus qu’un gigantesque Lucifer fou d’orgueil. Un Lucifer, comme dans la Bible, ou un Odin, comme dans l’Edda? Entre la Bible et l'Edda, on hésite toujours, chez les Allemands." (p. 161).
Ajout dans 1922
"Dans le numéro spécial qu’il publie à l’occasion du 40e anniversaire de son journal « Hammer », le fameux antisémite Théodore Fritsch reproduit la lettre suivante de Frédéric Nietzsche, à lui adressée, il y a 4o ans: « Cher Monsieur ! —Ci-joint je vous renvoie les trois numéros de votre journal, en vous remerciant de la confiance avec laquelle vous m’avez permis d’exposer mon avis sur l’antisémitisme. Je vous prie, pourtant, de ne plus me faire désormais de pareils envois, parce que je crains pour ma patience. Croyez moi: ces vilains et naïfs dilettantes qui traitent de la valeur des hommes et des races; — ces références aux « autorités » qui doivent être rejetées avec un froid mépris par tout esprit raisonnable (comme par exemple E. Duhring, Richard Wagner, Ebrad, Warmunt, Delagarde — à propos, laquelle de ces personnes est la plus injuste dans les questions de morale ?) ; ces falsifications absurdes des mots « germanisme », « sémitisme », « aryen », « chrétien », « allemand », — tout cela peut m’agacer sérieusement et m’obliger à abandonner l’attitude ironique avec laquelle j’ai réagi jusqu'à présent à l’égard de ces pharisiens que sont les Allemands modernes.
« Et enfin, pensez-vous que je puisse consentir à ce que le nom de Zarathustra soit profané par les antisémites ? »"
Lire la lettre de Nietzsche à Theodor Fritsch du 29 mars 1887.
Se moque d'Héra Mirtel qui cite Nietzsche en buvant du thé...
Ajout dans 1920
Long compte-rendu élogieux de Charles Andler, La jeunesse de Nietzsche (deuxième volume de sa biographie de Nietzsche en six volumes)
A propos des articles d'André Suarès dans Les écrits nouveaux: "Excuse à Nietzsche".
Ajout dans 1921
Ajout dans 1925
Ajout dans 1934
Rapporte une anecdote d'Hélène Vacaresco qui aurait rencontré Nietzsche dans une pension suisse:
"J’étais toute jeune fille alors, disait-elle, et je voyageais avec mes parents. Un jour, nous arrivâmes dans une pension de famille où un des pensionnaires faisait quelque peu parler de lui: c’était M. Frédéric Nietzsche. Il semblait fuir tout le monde, mais je parvins à l’apprivoiser. Or, un soir que nous étions seul dans le petit salon de la pension, voilà que Nietzsche s’écria brusquement :
— Mademoiselle, voyez-vous ces rats, ces centaines de rats qui courent sur le plancher?...
Je le regardai avec terreur. Il n’y avait rien sur le tapis. Mais Nietzsche, de plus en plus surexcité, se mit à pousser de grands cris. J’appelai à l’aide. Le pauvre philosophe était fou..."
RECHERCHE PAR AUTEUR/AUTRICE - Ajout: Lupus Blumenfeld
PUBLICATIONS SUR NIETZSCHEL/L. BLUMENFELD - Ajout: Né le 17 novembre 1889 à Botosani (Roumanie), Lupus Blumenfeld est un traducteur et un écrivain en yiddish et en français. Il a traduit une Anthologie des conteurs yidisch (1922) et collaboré à plusieurs périodiques: le Monde nouveau, le Mercure de France, L'Humanité... et BLUMENFELD L., "Nietzsche et Dostoïewsky", in L'ère nouvelle, 23 mai 1929, p. 2. [L.V.]
Ajout dans 1923
SEPTEMBRE 2024
Long compte-rendu de la biographie de Nietzsche par Charles Andler.
Ajout dans 1928
A propos de l'influence de Nietzsche sur Chestov et des études de Chestov sur Nietzsche et Dostoïevski et sur Nietzsche et Tolstoï.
Ajout dans Henri Ghéon
Ajout dans 1921.
Ajout dans RECHERCHE PAR AUTEUR/AUTRICE: Francis Baumal
Ajout dans 1933
Ajout dans 1933
JUIN 2024
FEVRIER 2024
DECEMBRE 2023
NOVEMBRE 2023
Voir le Fonds Paul Bourget
Texte de la thèse soutenue à l'automne 1925 à Neuchâtel, sous la codirection de Carl Albrecht Bernoulli (Bâle) et Arnold Reymond (Lausanne).
A propos de la préparation de cette thèse, voir la lettre d'Elsa Nüesch à Romain Rolland du 24 janvier 1926, dans Jean-Pierre Meylan, “Romain Rolland et Elsa Nüesch”, in Études de lettres, n°3, 2012, p. 173-212.
Note qu'il passe un souffle de Nietzsche dans son petit livre mais ajoute: "De nature, je ne lui [Nietzsche] ressemblais pourtant pas. Il m'avait quelque peu grisé la tête. Beau génie certes, noble et fin jusque dans les extrêmes éclats de sa fièvre chaude, mais génie maladif aussi, trop porté à surélever la signification du combat qu'il avait à soutenir contre ses propres organes, et à se croire aux prises avec une ère de civilisation ennemie du beau, qui avait écrasé la fleur des athlètes." (p. 15-16)
Ajout dans 1927.
Référence citée d'après la bibliographie de Florence Bays, “La réception de Nietzsche par un milieu anticonformiste romand dans les années trente”, in Études de lettres, n°3, 2007, p. 147-171.
Ajout dans 1929
Référence citée d'après la bibliographie de Florence Bays, “La réception de Nietzsche par un milieu anticonformiste romand dans les années trente”, in Études de lettres, n°3, 2007, p. 147-171.
Ajout dans Recherche par auteur/autrice et ajout dans 1935
Référence citée d'après la bibliographie de Florence Bays, “La réception de Nietzsche par un milieu anticonformiste romand dans les années trente”, in Études de lettres, n°3, 2007, p. 147-171.
Ajout dans 1929
Référence citée d'après la bibliographie de Florence Bays, “La réception de Nietzsche par un milieu anticonformiste romand dans les années trente”, in Études de lettres, n°3, 2007, p. 147-171.
Ajout dans 1937
Référence citée d'après la bibliographie de Florence Bays, “La réception de Nietzsche par un milieu anticonformiste romand dans les années trente”, in Études de lettres, n°3, 2007, p. 147-171.
Ajout dans Recherche par auteur/autrice et ajout dans 1934.
Référence citée d'après la bibliographie de Florence Bays, “La réception de Nietzsche par un milieu anticonformiste romand dans les années trente”, in Études de lettres, n°3, 2007, p. 147-171.
Ajout dans Recherche par auteur/autrice et ajout dans 1935.
Compte-rendu du livre d'Elsa Nuesch.
Ajout dans Recherche par auteur/autrice et ajout dans 1926.
Ajout dans recherche par auteur/autrice et ajout dans 1925.
A propos de la nouvelle traduction française réalisée par Friedrich Würzbach et Geneviève Bianquis.
Ajout dans 1936.
Et: A consulter: Erminio Maglione, Albert Camus et la réception de Nietzsche en France de 1877 à 1960,thèse de l'Université de Tours, 2019 et Erminio Maglione, "Albert Camus et la philosophie de Nietzsche" in Alfred Betschart, Andreas Urs Sommer et Paul Stephan (dir.), Nietzsche und der französische Existenzialismus, Berlin, Boston, Walter De Gruyter, 2022, p. 53-66.
Souvenir d'un passage à Weimar. Sur Elisabeth Förster-Nietzsche.
A propos du livre de Lou Andréas-Salomé sur Nietzsche, récemment (tardivement) traduit en français.
Avec un portrait.
Ajout dans 1933.
A propos de l'article d'Emile Faguet publié le 2 décembre 1906.
Et PIERRE André, "La mort de la sœur de Nietzsche", in L'Œuvre, 10 novembre 1935, p. 3. (L. V.)
Elisabeth Förster-Nietzsche a trahi l'œuvre de Nietzsche.
Ajouts dans 1934 et 1935
Autre ajout: Et "Quatre leçons du professeur Vermeil", in Journal de Genève, 1er juin 1950, p. (compte-rendu de leçons données à l'Institut Universitaire des Hautes Etudes Internationales).
Sur Nietzsche.
Ajout dans 1901
Compte-rendu élogieux de Jules de Gaultier, De Kant à Nietzsche et évocations des articles d'Elisabeth Förster-Nietzsche dans Die Zukunft.
Note: "On peut ne pas aimer Nietzsche, on peut se trouver heurté par l'intransigeance de sa doctrine, par l'outrance de son absolutisme, mais on est forcé de reconnaître sa valeur d'écrivain, sa grande force de philosophe, sa noblesse de moraliste..."
Ajout dans 1900.
Note: "fragment d'une causerie donnée à la Maison du Livre". Détaille l'influence intellectuelle de Nietzsche sur Anna de Noailles (p. 94-95).
Ajout dans 1911.
A propos d'Elisabeth Förster-Nietzsche.
Ajout dans 1911
Discute les relations entre Nietzsche et l'anarchisme. Suite le 24 mai 1908.
Ajout dans 1908
Discute les relations entre Nietzsche et l'anarchisme.
Ajout dans 1908
Référence citée d'après l'article anonyme: "Nietzsche et les juifs", in Archives israélites, 3 mars 1932, p. 2.
Ajout aussi de Anonyme, "Nietzsche et les juifs", in Archives israélites, 3 mars 1932, p. 2. (L. V.)
Signale et reproduit l'article de Daniel Kahn, "Nietzsche et les juifs" publié dans la Revue juive de Lorraine.
Ajouts dans 1932
Ajout dans 1939
Ajout dans 1912.
31 OCTOBRE 2023
Référence citée d'après la bibliographie de Florence Bays, “La réception de Nietzsche par un milieu anticonformiste romand dans les années trente”, in Études de lettres, n°3, 2007, p. 147-171.
Ajout dans 1940
Essentiellement à propos du livre de Lou Andreas-Salomé, Nietzsche à travers ses œuvres, qui vient d'être traduit en français.
Ajout dans 1932.
A propos du livre de Geneviève Bianquis: Nietzsche en France (1929).
Ajout dans 1929.
30 OCTOBRE 2023
Ajout de son étude dans HISTOIRE
25 SEPTEMBRE 2023
14 SEPTEMBRE 2023
13 SEPTEMBRE 2023
10 SEPTEMBRE 2023
7 SEPTEMBRE 2023
AVRIL 2023
21 OCTOBRE 2022
8 OCTOBRE 2022
Les modifications plus anciennes sont archivées. Il suffit d'en faire la demande dans le formulaire de contact. [L.V.]