Bibliographie inédite des publications françaises sur Nietzsche 1868-1940
(Laure Verbaere et Donato Longo)
A lire: Alphonse Roux et Robert Veyssié, Edouard Schuré: son œuvre et sa pensée, Paris, Perrin, 1914. Etude précédée de la Confession philosophique d'Edouard Schuré. Aussi Alain Mercier, Édouard Schuré et le renouveau idéaliste en Europe, thèse de l'Université de Paris X en 1971, publiée en 1980.
Lire A Linguistical Trojan Horse: Sam Kunkel talks Édouard Schuré w/ Eye94 (2021) et Édouard Schuré, Lettres de Bayreuth. Richard Wagner et le premier Festival. Correspondance inédite (1873-1883), édition établie et présentée par Samuel Kunkel. Contributions de Nicolas Dufetel et Adeline Heck, éditions Otrante, 2026. Voir: Nicolas Dufetel, "Édouard Schuré, le foudroiement wagnérien"; Adeline Heck, "Le mythe wagnérien et la genèse du Festival de Bayreuth"; Samuel Kunkel, "Édouard Schuré, Richard Wagner et Bayreuth".
En 1926, Edouard Schuré publie La genèse de la tragédie (Paris, Perrin), qui n'est pas sans rappeler Die Geburt der Tragödie (1872) de Nietzsche. Les similitudes entre les deux sont évoquées, par exemple, dans un compte-rendu publié dans la Revue de Paris en 1926.
Voir aussi son introduction au livre de Rudolf Steiner, Le mystère chrétien et les mystères antiques (1908)

"En me parlant de la mention faite de moi par Malvida de Meysenberg [sic] dans ses Souvenirs sur Nietzsche, vous évoquez la plus belle époque de ma vie — que je vois toujours devant moi comme un éternel présent, consacré dans la dédicace de mes Grands initiés, qui du reste ne furent écrits que plus tard — souvenir d’un somptueux coucher de soleil dans les ténèbres actuelles ! Oui, Malvida de Meysenberg, Nietzsche et ces deux merveilleux hivers passés à Florence... que cela était beau et radieux — et que cela est loin! Alors on pouvait vivre dans le ciel pur de l’art et de la pensée. Aujourd’hui la guerre mondiale a déchaîné tous les démons de la fureur et de la haine." (Lettre d'Edouard Schuré du 7 mars 1915 publiée en 1929)
SCHURE Edouard, Le Drame musical, Paris, Perrin, 1875, 2 tomes.
Reprend les idées que Nietzsche a développé en 1872 dans Die Geburt der Tragödie, plus particulièrement l'opposition entre le dionysien et l'apollinien. Cite explicitement deux fois Nietzsche et ses œuvres (p. 72 et 99).
SCHURE Edouard, Le drame musical, Paris, Perrin, 1886.
Nouvelle édition dans laquelle Edouard Schuré cite encore Nietzsche dans le tome I (p. 57 et 78).
E. S. [probablement Edouard Schuré], "Hans Richter et Richard Wagner. Quelques souvenirs personnels", in Le Guide Musical, n°10, 5 mars 1893, p. 115-116.
Raconte qu'un jour chez Wagner, Nietzsche est venu avec ses propres compositions musicales. Il a joué au piano une ouverture à quatre mains avec Hans Richter. Wagner était furieux. Il s'est moqué de Nietzsche. Nietzsche n'a plus jamais parlé de ses compositions. (p. 116)
SCHURE Edouard, "L'individualisme et l'anarchie en littérature : Frédéric Nietzsche et sa philosophie", in Revue des Deux Mondes 130, 15 août 1895, p. 775-805.
Article repris sous le titre "Nietzsche à Bayreuth" dans le supplément littéraire de L'Indépendance belge du 8 septembre 1895.
Article repris dans son livre, Précurseurs et révoltés en 1904.
Raconte qu'à partir de l'été 1876, "la maladie de l'orgueil qui couvait en lui se développa en proportions gigantesques pour le conduire à un athéisme féroce et jusqu'au suicide intellectuel" (p. 777).
Offre une description détaillée : "En causant avec lui, je fus frappé de la supériorité de son esprit et de l'étrangeté de sa physionomie. Front large, cheveux courts repoussés en brosse, pommettes saillante du Slave. La forte moustache pendante, la coupe hardie du visage lui auraient donné l'air d'un officier de cavalerie, sans un je ne sais quoi de timide et hautain à la fois dans l'abord. La voix musicale, le parler lent, dénotaient son organisation d'artiste ; la démarche prudente et méditative était d'un philosophe. Rien de plus trompeur que le calme apparent de son expression. L'œil fixe trahissait le travail douloureux de la pensée. C'était à la fois l'œil d'un observateur aigu et d'un visionnaire fanatique. Ce double caractère lui donnait quelque chose d'inquiet et d'inquiétant, d'autant plus qu'il semblait toujours rivé sur un point unique. Dans les momens d'effusion, ce regard s'humectait d'une douceur de rêve, mais bientôt il redevenait hostile. Toute la manière d'être de Nietzsche avait cet air distant, ce dédain discret et voilé qui caractérise souvent les aristocrates de la pensée. Mme Salomé, qui juge l'homme avec une singulière pénétration, dit : "Ses yeux semblaient les gardiens de trésors muets. Leur regard était tourné au dedans ; ils reflétaient ses impressions intérieures ; regard toujours tourné au loin vers les régions inexplorées de l'âme humaine. Dans une conversation animée, ces yeux pouvaient avoir des éclairs saisissans, mais dans ses heures sombres, la solitude parlait à travers eux avec une expression lugubre, menaçante et comme de profondeurs inconnues".
Raconte encore : "Pendant les répétitions générales et les trois premières représentations de la tétralogie, Nietzsche parut triste et affaissé. Il souffrait déjà du commencement de ce mal cérébral qui devait l'accabler plus tard, mais il souffrait déjà d'une mélancolie profonde et inexprimée" (p. 782-783).
Adresse quelques compliments mais précise clairement : "Au cours de cette étude j'ai fait ressortir les extraordinaires qualités de Nietzsche, afin que l'on mesure la profondeur de sa chute à la hauteur de son esprit" (p. 805).
Lance : "C'est n'est pas impunément qu'on jette l'anathème aux maîtres auxquels on doit son initiation, et ce n'est pas impunément qu'on maudit ses dieux" avant de conclure sur un ton dramatique : "S'ils ne reculent pas devant ses conclusions, qu'ils apprennent du moins par son exemple où peuvent mener certaines pratiques intellectuelles" (p. 805).
SCHURE Edouard, "Nietzsche à Bayreuth", in Supplément littéraire de L'Indépendance belge du 8 septembre 1895, p. 5-6.
Extrait de "L'individualisme et l'anarchie en littérature : Frédéric Nietzsche et sa philosophie", in Revue des Deux Mondes, 130, 15 août 1895, p. 775-805.
SCHURE Edouard, "Nietzsche en France et la psychologie de l'athée", in Revue bleue, tome 14, n˚10, 8 septembre 1900, p. 289-295.
SCHURE Edouard, "Wagner intime d'après les souvenirs d'un disciple", in Revue bleue, tome 17, n˚21, 24 mai 1902, p. 647-651.
Sur les raisons de la querelle entre Wagner et Nietzsche (p. 650).
SCHURE Edouard, « Le théâtre de Gabriel d'Annunzio », in Revue bleue, tome II, n˚1, 2 juillet 1904, p. 1-5.
Texte d'une conférence faite sous les auspices de la Revue bleue le 22 juin 1904. Evoque les emprunts de D'Annunzio à Nietzsche (p. 2 et 4).
SCHURE Edouard, « Le théâtre de Gabriel d'Annunzio (suite et fin) », in Revue bleue, tome II, n˚2, 9 juillet 1904, p. 33-38.
Suite. Souligne à nouveau ce que D'Annunzio doit à Nietzsche (p. 35-36).
SCHURE Edouard, Précurseurs et révoltés, Paris, Perrin, 1904.
Contient dans le chapitre II "Les souffrants": "Nietzsche et le surhomme. Frédéric Nietzsche et sa philosophie". (p. 127-182)
Reprise de son article de 1895: "L'individualisme et l'anarchie en littérature : Frédéric Nietzsche et sa philosophie", in Revue des Deux Mondes, 130, 15 août 1895, p. 775-805.
Réédition en 1913.
L'ouvrage en est à sa 15ème édition en 1926.
SCHURE Edouard, L'évolution divine: du sphinx au Christ, Paris, Perrin, 1912.
"La Grèce marque donc ce moment unique de l'histoire, où les forces cosmiques, en lutte inégale chez les autres peuples, parvinrent à un équilibre parfait et à une sorte de fusion harmonieuse. Le pacte d'Apollon et de Dionysos est le chef-d'œuvre de la religion hellénique et le secret de la Grèce sacrée 1
1. C'est ici le lieu de rendre justice à celui qui a découvert la signification transcendante d'Apollon et de Dionysos pour l'esthétique grecque. La Grèce elle-même, qui l'a si puissamment illustrée dans ses mythes et réalisée dans ses Mystères, ne l'a pas exprimée par la bouche de ses philosophes. Peut-être ne l'a-t-elle pas formulée parce qu'elle l'a trop vécue. Quant aux modernes, personne ne s'en est douté. Seul Nietzsche l'a devinée dans son génial essai : l'Enfantement de la tragédie par le génie de la musique (Die Geburt der Tragoedie aus dem Geisle der Musik). Ayant remarqué dans toute la littérature grecque l'antagonisme radical entre l'élément apollinien et l'élément dionysiaque, il caractérise le premier comme le phénomène du rêve et le second comme celui de l'ivresse. Le rêve amène les belles visions; l'ivresse produit une sorte de fusion de l'âme avec l'âme des êtres et des éléments. Pour cette raison, Nietzsche nomme Apollon le principe de l'individuation, de la noble individualité humaine, et Dionysos le principe de l'identification avec la nature, du retour au Grand Tout. De cette vue profonde, il tire des déductions neuves et frappantes, d'abord sur le contraste entre la sérénité contemplative des rhapsodes épiques et la passion tumultueuse des lyriques grecs, ensuite sur la nature primitive du dithyrambe et sur l'origine de la tragédie, où les deux principes se fondent en se synthétisant. En somme, Nietzsche a parfaitement caractérisé les effets psycho-physiologiques de la force apollinienne et de la force dionysiaque et montré leurs contre-coups dans l'art grec. Mais sa mentalité et sa philosophie ne lui permettaient pas de remonter aux puissances cosmiques dont le rêve apollinien et l'enthousiasme dionysiaques ne sont que des actions réflexes. N'admettant pas l'existence d'un monde spirituel au-dessus du monde physique, la vision apollinienne des Archétypes ne pouvait être pour lui qu'une hallucination poétique et l'extase dionysiaque qu'un retour au néant ou à l'inconscience des éléments. Sur sa rétine irritée par la philosophie de Schopenhauer, la lumière d'Apollon et la flamme de Dionysos se changèrent en la tache noire du pessimisme. Cela ne rend sa découverte que plus remarquable. Il fallait une intuition d'une acuité singulière pour parvenir jusqu'au seuil des Mystères et soulever un coin de leur voile, sans la tradition ésotérique et sans l'illumination complète" (p. 273-274).
SCHURE Edouard, Précurseurs et révoltés, Paris, Perrin, 1913.
Réédition. Première édition en 1904.
SCHURE Edouard, "Le germanisme de Gobineau", in Revue bleue, 53, n°22, 13-20 novembre 1915, p. 554-560.
SCHURE Edouard, "La faillite du surhomme", in Revue mondiale, vol. 134, n°5, 1er mars 1920, p. 29-39. [L.V.]
Cet article forme la préface du livre d'Emilie Sirieyx de Villiers, La Faillite du surhomme et la psychologie de Nietzsche, 1921.
SCHURE Edouard, "Préface" in Emilie Sirieyx de Villiers, La faillite du surhomme et la psychologie de Nietzsche, Paris, Nilson, 1921, p. 9-35.
La préface a paru sous le titre "La faillite du surhomme" dans la Revue mondiale, vol. 134, n°5, 1er mars 1920, p. 29-39.