Bibliographie inédite des publications françaises sur Nietzsche 1868-1940

(Laure Verbaere et Donato Longo)

 

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Louis Dumont-Wilden (1875-1963)


Journaliste, critique et essayiste né à Gand (Belgique) et mort à Rueil Malmaison (Hauts-de-Seine), Louis Dumont épouse en 1898 une jeune Française, Lina Wilden, et signe désormais Dumont-Wilden. Il utilise de nombreux autres pseudonymes. Il est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages. Dans son dernier livre, Le Crépuscule des maîtres (Bruxelles, La Renaissance du livre, 1947), il mêle Paul Bourget, Anatole France, Charles Maurras, Maurice Barrès et il consacre un chapitre à Nietzsche. Voir le compte-rendu par Claude Barjac.

Lire sa notice biographique (Académie royale de Belgique)



DUMONT-WILDEN Louis, "Les lettres belges et la culture française", in La Grande Revue 3, 1er septembre 1901, p. 592-605.

A propos d'un nouvel état d'esprit : "Le cri d'alarme jeté par Nietzsche, qui a trouvé tant d'écho dans la jeune conscience européenne, s'est répercuté violemment en Belgique" (p. 604).

 

DUMONT-WILDEN Louis, « Maurice Barrès et l'esprit européen », in Revue bleue, tome VII, n˚3, 19 janvier 1907, p. 76-81.

Constate : « De certaines raisons, parmi lesquelles il ne faut pas oublier une sorte de rudesse barbare qui parut réconfortante à certaines lassitudes, ont fait qu'un Nietzsche fut goûté de tout le public européen dès que la traduction d'Henry Albert l'eut fait connaître. » (p. 76)

Compare, au niveau européen et au niveau français, l'influence de Maurice Barrès et celle de Nietzsche « qui est aujourd'hui le grand maître de l' « Elite » cosmopolite. » (p. 77) Se référant aux œuvres des deux hommes, explique comment elles ont contribué à sauver la « culture française. »

 

DUMONT-WILDEN Louis, « Réflexions sur l'immoralisme », in Antée, n˚10, 1er mars 1907, p. 1023-1044.

 

DUMONT-WILDEN Louis, "La littérature française en Belgique et les influences étrangères", in Revue bleue, n°15, 9 avril 1910, p. 460-466.

Texte d'une conférence donnée à Bruxelles, Liège, Anvers et Mons, sous les auspices de la Société "Les Amis de la Littérature", sous ce titre: Les influences étrangères dans la littérature belge.

Remarque : "(...) c'est de France, "en transit" que nous est venu Nietzsche." (p. 464)

 

DUMONT-WILDEN Louis, "Europe d'hier II. Il y a vingt ans", in Revue belge, 1er août 1930, p. 226-234. [L.V.]

Sur l'état d'esprit de sa génération vers 1895/1910 et l'accueil de Nietzsche en France.

Début dans le numéro du 15 juillet 1930. Suite et fin dans les numéros du 15 août, 1er septembre et 15 septembre 1930.

Evoque Nietzsche à plusieurs reprises dans la suite. Dans la dernière partie, note:  "Le marxisme, l'anarchie, les réflexions sur la violence de Sorel, les idées de Nietzsche, l'immoralisme furent les jouets de notre jeunesse. Que ne disait-on pas dans les cercles d'étudiants vers 1895 ? Maintenant les mêmes propos nous épouvantent parce que ce sont de jeunes primaires qui les tiennent. Nous avons été une génération d'apprentis sorciers..." (p. 306)

 


DUMONT-WILDEN Louis, "Nietzsche à la Brasserie. Hitler se prend pour Zarathoustra", in L'Ordre, 13 juillet 1933, p. 1 et 3. [L.V.]

Se souvient: "Nietzsche ! ce fut un des enchanteurs de ma jeunesse. Avec Renan et Barrés, il a dominé toute la vie spirituelle de mes vingt ans.

Bizarre assemblage, dira-t-on. Pas tant que cela. Nous étions d’une génération, n’est-ce pas ? mon cher Emile Buré, qui mettait au-dessus de tout la liberté de l’esprit. Notre idéal, c’était une sorte d’anarchie intellectuelle à laquelle nous aurions volontiers sacrifié l’ordre social. Renan, dernier aboutissement de l’esprit critique, était le maître des maîtres, Barrès continuait Renan pour finir par le nier; Barrès fut le premier des repentis, le premier qui comprit et qui nous enseigna que cette chère liberté d'esprit n'est possible que dans l'ordre, dans l'ordre infiniment souple de la tradition française.

Mais Nietzsche, dans ce dilettantisme un peu décevant, apportait l'éclat de ses rudes affirmations. Philosophe incohérent, dédaigneux de la métaphysique où il se sentait inférieur, mais magnifique poète, il agissait sur les intelligence des années 1900 à la manière d’un tonique; ce fut un merveilleux animateur. Transmutation de toutes les valeurs, morale des maîtres  devenus durs», «sachons dépasser la pitié», «considérons le monde par delà le bien et le mal» et dans le sillage de Zarathoustra «préparons le surhumain»: nous sommes-nous assez grisés de ces phrases et de toutes les perles que l’on pouvait recueillir dans le fatras de ces quelque dix volumes d’aphorismes adamantins ? Seulement, en bons Français à qui des siècles de civilisation ont donné le sens, du relatif, nous savions bien au fond de nous-mêmes que cet idéal devait toujours être maintenu dans la « catégorie de l’idéal ». Nous sommes immunisés contre ce qu’il peut y avoir de poison dans le jeux des idées. « Devenons durs, répudions la pitié comme un sentiment indigne d’un homme libre » ! Propos de table que tout cela ! Quand il s’agira d’agir, nous ne pourrons nous empêcher de nous souvenir que nous sommes encore loin du « surhomme », mais que nous sommes des hommes, et le moins croyant d’entre nous obéira aux prescriptions inconscientes d’un atavisme chrétien. Les Allemands, eux, sont des gens qui prennent tout au sérieux et sur lesquels certaines idées, quand elles cessent d’être la propriété de certaines élites, agissent comme des poisons. [...]" (p. 1)

Nietzsche aurait désavoué ses disciples nazis.

Au sujet de la querelle entre Léon Daudet (Nietzsche précurseur du nazisme) et Anton Kuh, donne raison à Anton Kuh: "Oui, Nietzsche est innocent de cette plate imitation. Mais on ne s’en sert pas moins de son nom sonore.

Quelle ironie ! ce bréviaire d’individualisme aristocratique qu’est l’œuvre du poète de Sils Maria servant de ferment d'«idéologie» à la plus basse et à la plus brutale des démagogies". (p. 3.)

 

DUMONT-WILDEN Louis, "De Nietzsche à Hitler ou le désarroi de l'esprit allemand", in L'Ordre, 22 février 1938, p. 1-2. [L.V.]

Se demande si sa génération n'a pas joué aux apprentis sorciers en acclamant Nietzsche comme guide. Evoque sa jeunesse. S'accorde avec Maurice Muret (Le désarroi de l'esprit allemand, 1937) pour dénoncer l'appropriation de Nietzsche par les nazis.