Bibliographie inédite des publications françaises sur Nietzsche 1868-1940

(Laure Verbaere et Donato Longo)

 

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Thomas Mann (1875-1955)


Ecrivain allemand, Thomas Mann obtient le prix Nobel de littérature en 1929. Il s'exile en Suisse en 1933 puis en 1938 aux Etats-Unis. Il revient en Allemagne après la guerre. En 1947, il publie Nietzsches Philosophie im Lichte unserer Erfahrung (La Philosophie de Nietzsche à la lumière de notre expérience).

Voir Traces inédites: lettre à Robert Laffont transmise à Armand Quinot


MANN Thomas, "L'esprit de l'Allemagne et son avenir entre la mystique slave et la latinité occidentale", in L'Europe nouvelle, 14 mars 1925, p. 333-337. [L.V.]

Note: "Nous risquons d'autant moins de sous- estimer les difficultés qui retardent l'entrée de l'Allemagne dans la démocratie universelle qu'elle nous troublent non pas seulement pour des motifs d'ordre extérieur mais jusque dans les profondeurs de notre être. Ce serait une entreprise vouée à l'échec que de vouloir, pour des raisons d'opportunité politique, présenter les grands éducateurs de notre caractère national, les Goethe, Schopenhauer et Nietzsche sous l'aspect de libéraux démocrates. Précisément l'opportunisme, l'utilitarisme éclairé sont étrangers à l'éducation qu'ils nous donnent". (p. 336)

Explique: "Le service de la vie, que nous autres Allemands, nous avons toujours été prêts à accomplir, se confond aujourd'hui avec le service de la démocratie. Ce ne sera pas le service que des vaincus et des opprimés apportent à des idées étrangères, ce sera, nous l'espérons, un enrichissement et un approfondissement de ces idées par notre concours. Que l'esprit de Nietzsche puisse devenir la base idéologique d'une démocratie allemande, n'est invraisemblable que pour l'observateur superficiel. N'est-ce pas lui qui faisait de la démocratie la condition préalable d'une nouvelle noblesse dont, selon le mot de son disciple Stefan George, nous nous garderons de chercher les titres dans « le blason el la couronne », et n'est-il pas le chantre postchrétien et romantique d'une nouvelle sanctification de la terre et de l'homme, le prophète d'une nouvelle alliance entre la terre et l'homme? Or, que serait la démocratie au sens le plus sublime du mot, sinon cette nouvelle alliance? Nietzsche, qui sut s'affranchir de Wagner et du romantisme, est en même temps le fondateur d'une renaissance romantique, qui implique une régénération de notre image de l'antiquité par une vie pleine de mystère et d'un sang nouveau. Mais la Démocratie n'est que l'appellation plus moderne, le nom politique d'un concept plus ancien, hérité du classicisme, celui d'humanité, concept suprême, qui réunit sous sa voûte les deux mondes de l'antiquité et du christianisme. C'est au génie prophétique de Nietzsche que nous devons un aspect rajeuni, religieusement plus profond de cette synthèse. Il nous a fait reconnaître en elle « le troisième royaume », un royaume où l'esprit se fait chair et où la chair se fait esprit, le royaume du « surhomme » qu'il aurait pu nommer l'homme tout court, le royaume de l'humanité dont l'idée monte depuis des dizaines d'années au-dessus de l'horizon du monde et jette déjà ses rayons au loin sur les terres déshéritées des hommes. Joignons-nous, Allemands, aux peuples de l'Ouest et de l'Est pour donner le nom de Démocratie à ce royaume, ou pour mieux dire aux mesures qui le préparent, et nous compterons parmi les ouvriers les plus dévoués, les plus hautement qualifiés entre tous ceux qui travaillent à sa réalisation. (p. 336-337)

 

MANN Thomas, La mort à Venise, Paris, Kra, 1925.

Roman. Traduction de Félix Bertaux et Ch. Sigwalt.

 

MANN Thomas, "Nietzsche et la musique", in Revue bleue, t. 64, 5 juin 1926, p. 332-333.

Traduction de E. Desmedt.

Des extraits sont publiés dans la Revue musicale en 1926.

 

MANN Thomas, La montagne magique, Paris, Fayard, 1931.

Roman. Traduction de Maurice Betz.

 

MANN Heinrich, Essai sur Nietzsche, Paris, Corrêa, 1940.

Traduction de J. Angelloz. Il s'agit de l'introduction aux Pages immortelles de Nietzsche publiée en 1939.