Traduire Nietzsche: enjeux

Choix de textes (Laure Verbaere, mai 2026)

Sur quelques formations néologiques récentes dans leurs rapports avec les modifications de la pensée et des moeurs


Gaston Gaillard (Revue de philologie française et de littérature, 1911)

Une langue de spécialité: l'Allemand philosophique


Jean-René Ladmiral (Les langues modernes, 1975)

[...] Les quelques pages qu'on va lire entreprennent de rendre compte de l'expérience pédagogique qui est la nôtre depuis 1967. C'est essentiellement, mais pas exclusivement, dans le cadre de l'U.E,R. de Philosophie de l'Université de Parix-X- Nanterre ainsi qu'à l'Institut d'Etudes Germaniques de la Sorbonne que nous avons eu l'occasion d'accomplir en quelque sorte ce septennat pédagogique. [...] D'une façon générale, il n'est guère imaginable que chercheurs et enseignants de l'Université française ignorent les publications étrangères concernant leur discipline. A prendre trop facilement leur parti d'une prétendue "autonomie intellectuelle" de la France, qui peut aller dans l'esprit de certains jusqu'à l'autarcie, ils s'exposent à prendre dans leur discipline un retard qu'il est par la suite difficile de combler. [...]  La génération qui est actuellement à l'Université ignore très généralement l'allemand, même après avoir subi un enseignement de cette langue dans le Secondaire... Et on ne peut pas s'attendre à un amélioration de cet état de choses. [...] Pour les philosophes, la connaissance de l'allemand philosophique n'en reste pas moins nécessaire malgré ces difficultés. [...] D'abord, il s'agit de se tenir au courant de l'"actualité" philosophique outre-Rhin. [...] Si l'on réfléchit au fait que les auteurs qui dominent ce que l'on pourrait appeler la philosophie régnante sont de langue allemande pour la plupart (Hegel, Nietzche, Marx, Freud, Heidegger...), on s'aperçoit qu'alors les étudiants français n'ont plus directement accès à aucun texte original; la médiation du traducteur, de ses interprétations voire de ses contre-sens, s'interpose sans cesse entre le philosophe et ses lecteurs. Comment s'étonner dès lors que la lecture soit si souvent superficielle, lacunaire et incertaine?

Notre expérience d'un séminaire sur Nietzsche, pour lequel nous avions cru "pédagogique" de recommander une édition bilingue, nous est apparu sur ce point édifiante: c'est presque exclusivement de malentendus imputables à des erreurs de traduction que procédaient les discussions, qui étaient donc du même coup parfaitement stériles et dénuées de pertinence philosophique... [...]