Bibliographie inédite des publications françaises sur Nietzsche 1868-1940 (Laure Verbaere et Donato Longo)
Agrégé d'histoire (1881), Alfred Baudrillart est ordonné prêtre en 1893. Il devient cardinal, recteur de l’Institut catholique de Paris et membre de l'Académie française. Pendant la deuxième guerre mondiale, il soutient le régime de Vichy et la collaboration avec le nazisme.
BAUDRILLART Alfred, "Réponse de l'Université Catholique de Paris au manifeste des représentants de la science et de l'art allemands", in Bulletin de l'Institut catholique de Paris, novembre 1914, p. 189-193.
Réponse avec "l'approbation de S. E. le cardinal-archevêque de Paris, chancelier de l'Université catholique et au nom de tous les professeurs : Le recteur: Alfred BAUDRILLART. Le doyen de la Faculté de théologie: J. BAINVEL. Le doyen de la Faculté de droit canonique: A. BOUDINHON. Le doyen de la Faculté de philosophie: E. PEILLAUBE. Le doyen de la Faculté de droit: J. JAMET. Le doyen de la Faculté des lettres: H. FROIDEVAUX. Le doyen de l'Ecole des sciences: E. BRANLY."
Dénonce: "[...] sans condamner en bloc toute la culture allemande, ainsi que tendent à le faire croire les auteurs du manifeste, sans méconnaître en particulier les services rendus par la science et l'érudition germaniques, nous tenons cependant à montrer que les actes de violence contre lesquels nous protestons sont étroitement rattachés aux dangereuses doctrines dont l'Allemagne a été depuis un siècle le principal foyer. Que de fois l'Eglise mère et maîtresse nous a mis en garde par la bouche de ses pontifes Pie IX, Léon XIII et Pie X, contre les erreurs « d'origine étrangère », c'est-à-dire en fait germanique, qui tendaient à altérer, même dans des pays comme le nôtre, de religion catholique et de culture latine, la véritable et saine doctrine catholique. On ne voit que trop aujourd'hui la conséquence de ces erreurs. La philosophie allemande, avec son subjectivisme de fond, avec son idéalisme transcendantal, avec son dédain des données de sens commun, avec ses cloisons étanches entre le monde du phénomène et celui de la pensée, entre le monde de la raison et celui de la morale ou de la religion, n'a-t-elle pas préparé le terrain aux prétentions les plus extravagantes d'hommes qui, pleins de confiance en leur propre esprit et se tenant eux-mêmes pour des êtres supérieurs, se sont cru le droit de s'élever au-dessus des règles communes, ou de les faire plier à leur fantaisie?" (p. 191-192)
Evoque Kant, Hegel puis Nietzsche: "Nietzsche, quelques réserves qu'il ait faites sur la culture allemande, n'a-t-il pas, par sa théorie du surhomme, préconisé, avec un cynisme brutal, le droit de la force? Le matérialisme sans vergogne du monisme évolutionniste, le panthéisme latent ou explicite des philosophes idéalistes et des théoriciens subjectivistes de la religion, au service l'un et l'autre de l'orgueil germanique, n'ont-ils pas concouru à présenter dans l'Allemand le type le mieux réussi de l'espèce humaine, devant qui tous les autres n'ont qu'à s'incliner, le type en qui le divin a trouvé sa plus haute réalisation?" (p. 192)