Aurel est un des pseudonymes d'Aurélie Octavie Gabrielle Antoinette de Faucamberge . Elle signe également du nom de ses deux maris, Cyrille Besset et Alfred Mortier, ou encore Aurélie Aurel, Madame Aurel, Marie-Antoinette Aurel...
Romancière et essayiste, elle tient de 1915 à sa mort un salon littéraire à Paris où elle reçoit entre autres les poètes Jean Cocteau, Max Jacob, Lucie Delarue-Mardrus, Anna de Noailles et Guillaume Apollinaire.
Voir Alfred Mortier.
"Société de sociologie de Paris, séance du mercredi 11 novembre 1908", in Revue internationale de sociologie, n°12, décembre 1908, p. 858-876.
Communication de Mme Aurel (p. 869-875). Sur Nietzsche: "Ce qui caractérise l’antiféminisme littéraire quand il devient brutal, c’est son manque absolu d'observation, nous vînt-il des plus grands esprits.
Je vais vous citer un ou deux exemples (…). Il est trop certain que tous ceux qui, en ce moment, dévorent de la femme seraient les hommes les plus doux s’ils nous adressaient la parole (mais oui, sans cela ils n’auraient aucun talent!) Aussi personnellement ces violences me sont-elles suspectes. Et cependant citons. Le grand Nietzsche avait dit, voici un quart de siècle: «Si tu vas parmi les femmes, prends ton fouet ! » Or, me dit Henri Albert, son traducteur admiratif et passionné, Nietzsche est mort chaste, et peut-être bien de cela. Il fallait bien payer un jugement pareil, et fondé sur quoi, je vous prie, puisqu’il n'a vu les femmes que de loin? (p. 870)
AUREL, "Chronique dramatique", in Les Ecrits français, n°1, 5 décembre 1913, p. 69-73.
Profession de foi pour ce premier numéro de la revue. Explique:
"Quand une flambée chauvine ne sera émotive que patriotiquement, je ne dirai pas qu’elle est patriote mais qu'elle nous trahit. Je dirai qu’il est temps que l’on sache que le génie français est plus actif à se renouveler en tourment et en profondeur que les beaux Dostoiewsky de partout.
Je parlerai des pièces qui montreront qu’avant Nietzsche et sans lui, nous étions surhumains et le restons à Paris tous les jours, puisqu’on ne nous permet pas d’être humains, ce qui est au delà.
Sans Tolstoï et peut-être malgré lui, parce que nous n’aimons pas ressembler, nous sommes déchirés de compassions lustrales. Dans nos vies ordonnées comme un convoi funèbre, tous les cataclysmes ont place, et notre goût, notre mesure, qui sont notre prison, sont un fort élément du drame perpétuel. Et nous sommes aussi de grands mystiques, puisque nos sens sont infinis. Que tout cela se prouve à la française sur nos scènes, où je resterai sur ma faim et le dirai." (p. 70)
AUREL, "Les erreurs de la force", in Mercure de France, tome 111, n°416, 1er août 1915, p.671-681.
Evoque Nietzsche (p. 676).
AUREL, "L'influence réciproque de la Littérature Française et des Littératures Étrangères", in L'Europe nouvelle, n°45, 5 décembre 1920, p. 1799. [L.V.]
Enquête. Réponse d'Aurel qui évoque Nietzsche: "Parmi les auteurs étrangers, c'est Nietzsche qui fouette le mieux mon courage d'esprit. Mais qu'il est peu viril, par l'angoisse. Comme il accentue en moi le halètement féminin! Comme il décerne peu les sérénités mâles! Cet homme n'est bien que sur-féminin".
AUREL, "Rêves de vacances et vacances de rêve. Aurel", in L'Ordre, 3 septembre 1936, p. 1-2. [L.V.]
Enquête réalisée par Désiré Puel auprès de plusieurs personnalités: imaginer leurs vacances avec un être de jadis.
Présentation de la réponse d'Aurel: "Ce n’est avec aucun des encyclopédistes qui fréquentaient le salon de de Lespinasse, ce n’est avec aucun produit de salon que Mme Aurel voudrait passer ses vacances. Mais avec le plus sauvage, le plus fuyant des hommes, avce le penseur le moins conventionnel...
A moins que ce ne soit celui qui rechercha le plus l’originalité, quitte à n’avoir, de son temps, que quatre lecteurs... Nietzsche."
Réponse d'Aurel sous la forme d'une lettre datée du 9 août 1936:
"Cher « Ordre »,
Avec quel poète de jadis je préférerais passer mes vacances, à la condition, bien entendu, qu’il ne m’oblige pas à écarter mon poète familier? Mais, avec Nietzsche. J’avais bien pensé à Musset. Mais il est trop uniquement sentimental, c’est-à-dire obnubilé par l’amour, et comme il était, d’autre part, un amant exécrable, il ne pouvait être un ami varié, aussi proche ni aussi riche à la conversation que Nietzsche. Puis, je préfère encore les poètes qui pensent aux poètes purs. Et dans les lettres à Lou Salomé, Nietzsche remue ses idées à lui, ce qui est faire de la femme le cas qu’il faut en faire. Trop de grands hommes tinrent à la femme le seul langage qu’ils crurent devoir lui convenir. Et là était un pédantisme comme il y en a un dans la façon dont Montherlant préjuge des jeunes filles avant d’en avoir une à élever, à conduire, à marier, j’entends avant d’en avoir une à lui à mener à son meilleur sort. Tout le reste est frivole de ce qui, pour un être jeune, ne fait pas le destin. Et surtout, c’est de l’à-côté.
Mais Nietzsche, lui, faisait, changeait, renouvelait le destin de l’esprit. Et chacune de ses trouvailles, agressives comme tout ce qui crée, m’aurait conduite à la riposte féconde à opposer au « soi », au démon de la personnalité, en faveur du « nous ». Car sans le sentiment fortifié du nous, je voudrais bien savoir comment on rassérénera ce pauvre monde.
Nietzsche n’est que la riposte à Jésus. Nietzsche fut entièrement fécondé par Jésus. Il n’est donc en esprit que la femelle de Jésus. Mais quand il dit : « Soyez durs », c’est pour ceux qui, comme lui et nous, sont trop sensibles aux autres. Alfred Mortier l’a marqué dans son Faust. Parlant à Nietzsche tout un été, j’aurais donc orienté ainsi ma riposte: Soyez durs ? Oui. Mais, il y a un mais, après la mort des Doux on n’aime qu’eux. Et pendant la vie même, on ne revient qu’à eux, comme au port, à l’abri.
Les durs font tout plier, c’est entendu, pendant la vie. On leur cède par peur du conflit, du bruit, de l’éclat, de la scène. Après leur mort, on les maudit, on les vomit, comme on a vomi Louis
XIV parce qu’il était dur et Louis XVI parce qu’il était faible. Pour être moins intempestifs, que les doux se fassent croire assez terribles à l’occasion pour n’avoir pas à l’être. Et j’aurais
cherché avec Nietzsche les rudiments de l’art de conduire, sans y perdre le prestige, la nation, les moyens de créer, ni les cœurs, ni notre rang dans la mémoire des hommes." (p. 2)