Bibliographie inédite des publications françaises sur Nietzsche 1868-1940

(Laure Verbaere et Donato Longo)

 

(en savoir plus)

Désiré Puel (1912-?)


Désiré Puel, militant ouvrier français du Tarn, rédacteur du Petit Journal, membre du Parti socialiste français, représentant du Syndicat de l’Imprimerie. En 1941, il est chargé de la liaison des syndicats professionnels français en zone libre. Il est le benjamin du Conseil national, assemblée consultative créée le 22 janvier 1941 par le régime de Vichy, destinée à rechercher les moyens d’améliorer la situation précaire dans laquelle se trouve le pays après la défaite de 1940.

PUEL Désiré, "«Ceux qui durent». II. Le Mercure de France", in L'Ordre, 3 février 1934, p. 1-2. [L.V.]

Réflexions sur le Mercure de France et le succès des auteurs.

Note pour Nietzsche: "Deux écrivains se vendent plus que de leur vivant : Léon Bloy (principalement la Femme Pauvre et le Désespéré) et Nietzsche.

Bien que nous ne nous occupions pas des auteurs étrangers dans cette enquête, ne faudrait-il pas noter combien ce fait est significatif pour Nietzsche ?

Car c’est une bien curieuse destinée que celle de la pensée du philosophe...

En 1871, Nietzsche condamnait la puissance matérielle de l’Empire allemand au nom de l’intellectualisme transcendant. « II a honni la fixation des destinées allemandes sous la férule bismarckienne, au nom d'une ambition supérieure pour ses compatriotes. Il espérait d’eux davantage...»

En 1887, Nietzsche tirait la quatrième partie de son Zarathoustra à quarante exemplaires et ne trouvait « dans le monde que sept personnes à qui l’envoyer, sept amis, et quels amis ! — qui ne répondaient même pas ».

Ensuite, un long moment, Nietzsche est happé silencieusement par les littérateurs auxquels il donne toutes sortes d’envies et le besoin effroyable de l’évasion II engendre Gide, notamment...

Entre temps, les socialistes l’accaparent : Jaurès, Palante, Andler. Et après eux, on fait encore de Nietzsche un « bon Européen »...

Mais voici Hitler. Et l’on peut voir que Nietzsche est la source mystique du mouvement hitlérien, comme l’étudiait J. Godefroy-Demombynes, dans le Mercure de France : « Tout est vain qui ne sert pas à l’action » et « il faut vivre dangereusement », disait le philosophe. « Les valeurs de courage et de virilité, le goût du risque et de l’audace sont au premier plan de la vie morale de l’Allemagne actuelle . « Douter de soi est un symptôme de pourriture », disait Nietzsche. La confiance en soi, l’énergie, la vitalité, se retrouvent au premier degré chez les partisans de Hitler...

La pensée de Nietzsche ! Sept amis ne voulurent pas la comprendre. Elle déchaîne une nation. Telle est sa destinée.

L’intelligence, à la cime, frissonne..." (p. 2)