François Pillon (1830-1914)


François Pillon est un philosophe de l'école néo-criticiste. Après des études médicales à Paris, il a collaboré avec P. Larousse pour la réalisation du Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, pour la partie philosophie. En 1867, il a fondé avec Renouvier l'Année philosophique, transformée en 1872 en une revue hebdomadaire , la Critique philosophique. Elle a cessé de paraître en 1889 et, en 1890, François Pillon a repris la publication de l'Année philosophique avec Renouvier et Lionel Dauriac. Il est l'auteur de presque toutes les notices bibliographiques, quelquefois secondé par Lionel Dauriac.



PILLON François, "Lichtenberger (Henri), La philosophie de Nietzsche", {Revue bibliographique}, in L'année philosophique, 1899, p. 297-298.

Résume d'emblée : "La vie, les ouvrages et les idées de Nietzsche sont résumées dans ce livre avec le plus grand soin, commentés avec la plus franche sympathie, discutés avec la plus entière indépendance". Puis, prévient aussitôt : "Nietzsche, en dépit de ce que ses doctrines ont de bizarre et de violent, s'est trouvé des disciples. Ne l'oublions pas. Et quand ses principaux livres auront été traduits, ne les lisons pas pour le seul plaisir d'y collectionner les paradoxes" (p. 297). "Nous recommandons tout particulièrement à nos lecteurs le chapitre où M. Lichtenberger met en relief le genre d'originalité auquel Nietzsche a osé prétendre et qui lui a valu de se croire presque aussi grand que Jésus-Christ. Le Christ est venu apporter aux hommes une table des valeurs morales, un code de choses à faire, de choses à éviter. Or Nietzsche a voulu changer de fond en comble la matière de la conscience morale. Il est des penseurs plus puissants et plus féconds que Nietzsche. Il n'en est guère de plus ambitieux" (p. 297-298)

 

PILLON François, "Lichtenberger (Henri). - Friedrich Nietzsche : Aphorismes et fragments choisis", {Revue bibliographique}, in L'année philosophique volume 10, 1899, p. 302-304.

Estime : "Ces Aphorismes et fragments, dont le choix nous paraît excellent, font bien connaître le philosophe et le poète qu'il y avait en Nietzsche ; le philosophe qui systématisait hardiment l'anarchisme et l'immoralisme déduits de l'individualisme radical et du déterminisme absolu ; le poète qui animait de son imagination forte et passionnée la pensée du philosophe". Cite un long extrait de l'introduction d'Henri Lichtenberger qui "exprime cette doctrine sous la forme la moins paradoxale" (p. 303-304) et conclut en remarquant justement que le traducteur a fait précéder les extraits "d'une biographie psychologique très intéressante" (p. 304)

 

PILLON François, "Nietzsche (Frédéric). -Le Crépuscule des Idoles", {Revue bibliographique}, in L'année philosophique, 1899, p. 305-306.

Reconnaît que le "nouveau recueil contient plus d'une page suggestive ou même profonde" mais qu' "est assez impossible d'en essayer une analyse". Explique longuement : "Quand un livre vaut par le détail, et c'est le cas du présent volume, il n'y a qu'à lire et à jouir en artiste des impressions qui s'en dégagent. Et voici ce que j'entend par "jouir en artiste". Quand on est en face d'une oeuvre, et qu'on ne se sent point captivé d'emblée, c'est qu'on reste trop à distance de l'auteur, c'est qu'on garde ses idées avec un soin jaloux comme si notre droit de les avoir était mis en cause. Une telle attitude est naturelle à ceux qui, nés philosophes, et ayant fait leur siège, se mettent à l'étude d'une philosophie nouvelle". Si cette philosophie les tente, leur premier devoir est de lutter contre la tentation" (p. 305).

Explique à ses collègues philosophes qu'ils peuvent apprécier Nietzsche parce qu'il n'est pas une menace : "Ici rien de pareil. Il ne s'agit point de mettre une philosophie à la place d'une autre. Il s'agit simplement d'assister à un défilé d'idées. Certes, si Nietzsche a écrit, c'est parce qu'il se sentait riche de tout un nouveau monde d'idées : ce nouveau monde, il croyait l'avoir découvert, et de cette terre nouvelle il lui a plu de faire les honneurs à ses contemporains. Or il est deux sortes de pays : ceux que l'on visite et ceux que l'on habite. La pays où Nietzsche s'est essayé à vivre, n'étant décidément pas habitable, on y fera volontiers une saison" (p. 305).

Se garde de juger l'écrivain et le penseur "même à travers la plus diligente et la plus intelligente traduction".

Compare Nietzsche et Renan : "De l'un comme de l'autre on dira qu'ils furent de vigoureux et profonds penseurs. Et d'aucun d'eux on ne dira qu'il fut un philosophe. J'en atteste les boutades de Nietzsche contre Kant, et les pages très curieuses, qui, dans le présent volume, sont consacrées à Socrate" (p. 305).

Conclut catégoriquement : "J'accorde à ses admirateurs qu'il fait beaucoup penser, que le prisme à travers lequel il voit hommes et choses est d'une matière tellement rare, qu'après lui, nul ne pourra ni revoir ce qu'il a vu, ni par conséquent redire ce qu'il a dit. Nietzsche n'aura point de continuateurs. Nietzsche n'aura point de disciples. Aussi bien comment faire école quand on a passé sa vie à vouloir satisfaire deux des passions les plus antagonistes qui aient jamais divisé une âme de penseur : celle de la vérité, d'une part, et de l'autre, celle de l'excentricité?" (p. 306).

 

PILLON F., "Nietzsche (Frédéric). -La généalogie de la morale, traduit par Henri Albert", {Revue bibliographique}, in L'année philosophique, tome 11, 1900, p. 210-212.

Discute successivement les trois dissertations réunies dans le volumes : I. Bien et mal, bon et mauvais ; II. La faute, la mauvaise conscience et ce qui leur ressemble ; III. Quel est le sens de l'idéal ascétique. Insiste particulièrement sur la conception de l'ascétisme chez Nietzsche et conclut : "Et le reproche général que l'ont peut faire à la doctrine de Nietzsche est de confondre, dans la morale des faibles et des esclaves, des conceptions éthiques très différentes, par exemple le principe kantiste de la dignité essentielle de la personne, et le principe tolstoïste de la pitié" (p. 212).

 

PILLON, "Basch (Victor). - La poétique de Schiller", {Revue bibliographique}, in L'Année philosophique, tome 12, 1901, p. 271-272.

A propos de l'opposition entre le génie grec et le génie moderne : "Il est une sphère dans l'ordre de la beauté que l'on caractériserait fort bien, croyons-nous, à l'aide d'une formule à la Nietzsche : "par delà l'idéalisme réalisme et le réalisme". Ces deux mots n'auraient point de sens pour un Grec du temps de Platon" (p. 271).

 

PILLON François, "Nietzsche (Frédéric). -Aurore. Réflexions sur les préjugés humains, trad. par Henri Albert. - L'origine de la tragédie, trad. par Jean Marnold et Jacques Morland" {Revue bibliographique}, in L'Année philosophique, tome 12, 1901, p. 301-302.

Estime qu'Aurore est "une des oeuvres les plus étonnamment et les plus délibérément subversives - le mot est banal mais il s'impose - de son auteur". En déduit : "Les jeunes philosophes du temps présent l'auront lu avec avidité. Et plus d'un aura souri d'avance à la pensée des colères, peut-êtres inutiles, qu'il exciterait chez plus d'un ancien. Nous qui sommes de ces anciens, nous avons économisé notre colère. Et Aurore nous a presque... persuadé? Non! mais entraîné, ce qui est déjà beaucoup, ce qui est même trop, pour des gens prédestinés à mourir dans l'impénitence kantienne" (p. 301)

Au sujet de l'Origine de la tragédie, affirme clairement : "La première œuvre de Nietzsche nous a infiniment séduit" (p. 301). Compare les idées de Nietzsche avec celles de Jules Girard dans Sentiment religieux en Grèce tout en remarquant que Nietzsche ne "s'est pas contenté de les répéter. Il les a repensées. Et il en a conclu qu'il fallait bouleverser de fond en comble les idées morale du genre humain. Zarathustra est au bout des Origines de la tragédie. Et cela n'est déjà plus du Jules Girard" (p. 302).

 

PILLON François, "Dwelshauvers (G.) - La philosophie de Nietzsche", {Revue bibliographique}, in L'Année philosophique, tome 18, 1910, p. 264-265.

 

PILLON François, "Spiess (Camille) - La vérité sur Frédéric Nietzsche", in L'Année philosophique 1910, 1911, p. 280.

Se contente de citations puis conclut: "Nous ne saurions admirer ni le nietzschéisme ni le tolstoisme; la morale de la raison et du droit les condamne l'un et l'autre. Mais les paradoxes évangéliques de Toistoï nous paraissent beaucoup moins éloignés de la vérité et de la beauté morales que les paradoxes païens de Nietzsche."

 

PILLON François, "Berthelot (René). - Un romantisme utilitaire, étude sur le mouvement pragmatiste", in L'Année philosophique 1911, 1912, p. 198-199.

 

PILLON François, "Palhoriès (F.). - Nouvelles orientations en morale", in L'Année philosophique 1911, 1912, p. 247-249. 

 

PILLON François, {Philosophie générale}, in Revue philosophique de la France et de l'étranger, t. 79, janvier-juin 1915, p. 452-457.

Compte-rendu d'Henri Bois, "Le retour éternel de Nietzsche" publié dans l'Année philosophique (p. 455-456).