Bibliographie inédite des publications françaises sur Nietzsche 1868-1940
(Laure Verbaere et Donato Longo)
Agrégé de philosophie et docteur ès lettres, Louis Gérard-Varet est professeur à l'Université de Dijon à partir de 1899. Député radical-socialiste de 1906 à 1910, il est ensuite Recteur de l'Académie de Rennes jusqu'à sa retraite en 1930.
GERARD-VARET L., "E. Fournière. - Les théories socialistes au XIXe siècle : de Babeuf à Proudhon", {Analyses et comptes rendus. IV. - Sociologie}, in Revue Philosophique de la France et de l'étranger, tome 60, n˚8, août 1905, p. 210-215. [22]
Compte-rendu du livre d'Eugène Fournière. A propos de l'individualisme et de la liberté selon Proudhon, Gérard-Varet se demande : "Ne pourrait-on pas observer qu'ici nous dépassons Marx et que nous pressentons le Zarathoustra de Nietzsche, sa hautaine exaltation de la volonté de puissance, sa parole de flamme? Mais alors, dira-t-on, ce n'est plus le socialisme ivre de justice, c'est une orgueilleuse et stérile anarchie! Non pas. L'anarchie n'est dans Proudhon qu'une étape dialectique." (p. 214)
GERARD-VARET L., "L'antipatriotisme", in Revue de Paris, 15 mai 1909, p. 307-336.
Part du principe qu'il y a un problème de l'antipatriotisme. C'est un mal interne et profond qui témoigne d'une crise générale. Insiste: "L'idée de Patrie est selon les uns objet de foi, selon les autres matière à critique. Les uns et les autres ont également tort, également raison. Dans la presse, dans le livre, dans le haut enseignement, la critique ne se fixe aucune limite. Patrie et Internationale, famille et union libre, devoir et égoïsme, Tolstoï et Nietzsche, se discutent librement. Mais l'École primaire a un tout autre rôle, et la grande erreur fut parfois de la confondre avec l’enseignement d'Université. Les enfants se nourrissent d’un petit nombre de sentiments très simples et d'idées familières; tout ce qui est critique les égare, tout ce qui est casuistique les pervertit. On n'a pas avec eux à chercher si le mariage doit durer ou disparaître; on n'a pas à examiner à la loupe dans quels cas le mensonge est excusable. La piété filiale, le respect du Vrai doivent rester pour eux le Devoir dans sa haute et pleine majesté. C’est la vie qui plus tard ouvrira leur esprit aux formes rares et aux exceptions. De la même manière la Patrie: c’est l’action des années écoulées, c'est l'expérience qui révéleront à l'adulte si Patrie et Humanité se heurtent ou s'entendent. L'enfant n’a rien à voir aux jeux de dialectique. Opposer le devoir au devoir, c'est un luxe de rêveur. N'est-ce pas déjà beaucoup d'opposer la Raison à l’Instinct ?
L'illusion est de s’imaginer qu'il faut choisir entre la démonstration et la foi aveugle. La vraie démonstration, celle du savant, échappe invinciblement à la morale. En ce sens. le Patriotisme ne se démontre pas plus que la piété filiale, que le courage ou que l'honneur. Il n'y a pas de science des valeurs. Est-ce à dire qu'on soit réduit à l’adoration silencieuse, au mysticisme éperdu? Loin de là. [...]" (p. 335-336)
Article en partie reproduit dans Le Progrès de la Côte-d'Or du 25 mai 1909, p. 1.