Bibliographie inédite des publications françaises sur Nietzsche 1868-1940

(Laure Verbaere et Donato Longo)

 

(en savoir plus)

Charles Maurras (1868-1952)

Poète, journaliste, essayiste et homme politique français, il signe souvent "Criton".

Théoricien du nationalisme intégral, il soutient le régime de Vichy. En 1945, il est reconnu coupable de haute trahison et d'intelligence avec l'ennemi et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité et à la dégradation nationale.

Prolifique, Charles Maurras laisse de nombreuses évocations de Nietzsche, accessibles sur Textes et œuvres de Charles Maurras (incomplet).

Sur les relations problématiques de Charles Maurras avec ses écrits de jeunesse (notamment Le chemin de paradis), lire: B. Goyet, "Récits d'enfance et de jeunesse dans l'œuvre de Charles Maurras, entre stigmatisation et revendication", in Genèses, n°47(2), 2002, p. 62-83.

La doctrine de l'Action française est souvent assimilée à une école du nietzschéisme, ce que ses membres contestent. De très nombreux articles de journaux sont consacrés à ce sujet aussi bien avant 1914 (voir par exemple Jules Pierre) que dans l'entre-deux-guerres (voir par exemple Fernand Passelecq). En 1926, les thèses de Charles Maurras sont condamnées par Pie XI et plusieurs de ses œuvres sont mises à l'index.

"[...] j'eus toujours les Nietzschéens, comme leur maître, en horreur. Sans méconnaître le service très partiel et très limité que Nietzsche a rendu à la fin du dernier siècle, son exaltation lyrique de la force appartient à un genre d'éloquence sur lequel vous savez mon sentiment [...]". (Charles Maurras à René Gilloin, octobre 1942)

MAURRAS Charles, "La Vie intellectuelle", in La Cocarde, 7 mars 1895, p. 2.

Insiste: "Mais ces premiers français [Jules Soury, Louis Ménard] ne nous ont point seuls retenus. Nationalistes, nous avions le pouvoir d’être internationaux; nous en avons eu la passion. Justement en raison du mépris que nous inspirait à Paris le Métèque arrogant et vil, nous nous appliquions à relever ce qui paraissait d’éminent parmi les races étrangères et, par exemple, nous avons suivi d’assez près le développement de Frédéric Niestzche.

Mais toute récapitulation serait vaine. Il y a dans nos cent cinquante feuilletons une assez curieuse abondance de faits, d’idées, qui allongerait bien hors de propos cette conclusion hâtive. Je ne veux que remercier ceux chez qui nous avons appris ces faits et recueilli ces belles idées, qu'ils aient été collaborateurs conscients de notre Cocarde ou que nous les ayons fait pénétrer par la force brutale et à coup de ciseaux..."

Passage repris par Henri Clouard dans "La "Cocarde" de Barrès", in Revue critique des idées et des livres, 10 janvier 1910, p. 332-358, p. 354.

 

MAURRAS Charles, Le chemin de paradis. Mythes et fabliaux, Paris, Calmann-Lévy, 1895.

Contient "Les Serviteurs", déjà publié dans la Revue bleue en avril 1892 et une note à son sujet dans laquelle Charles Maurras évoque Nietzsche:

"Je croyais l’idée de ce mythe si purement conforme aux sentiments « socialistes » et « archistes » de notre race qu’on ne la pût nourrir ailleurs. Mais voici, me dit-on, qu’elle est professée en Allemagne par un étrange écrivain slave appelé Nietsche. C’est à peine si j’ai feuilleté ce qu’on nous a donné de Niestche. Et il me souvient cependant d’avoir noté dans son Cas Wagner, publié en 1888, mais traduit chez nous seulement en 1893, de curieuses rencontres sur la philosophie de l'art avec les thèses esthétiques qu’il m'est arrivé à moi-même de soutenir en 1891 au moment de la fondation de l’Ecole romane, de concert avec mes amis MM. Jean Moréas, Raymond de la Tailhède, Ernest Raynaud et Maurice du Plessys.

J’avais écrit les Serviteurs à l’automne de 1891; et ils parurent dans la Revue bleue du 30 avril suivant. — Est-il possible, me dit-on, que vous ne connaissiez pas Nietsche! — Mais c’était la première fois que j’entendais ce nom. Ce Nietsche est un Sarmate ingénieux, éloquent et assez subtil. Quoique d’esprit bizarre, il n’a pu lire sans profit notre Platon. Cependant l’effroyable désordre de sa pensée finit par le conduire à un anarchisme orgueilleux. Sa naissance l’y destinait. Fidèle à cette barbarie, il est même devenu fou. J’ai tenté, au contraire, les triomphes de la raison". (p. 324-325)

L'ouvrage est réédité sous une forme remaniée (expurgée) à partir de 1921. Cette note figure inchangée dans la réédition en 1921, également en 1922, sans correction des erreurs typographiques/orthographiques.

 

MAURRAS Charles, "Un critique organisateur. M. Paul Bourget", in Gazette de France, 4 décembre 1899, p. 1-2.

Evoque les changements de Paul Bourget. Ajoute: "Pour ma part, s’il est permis de parler de soi et de mêler ainsi de petites personne» aux grandes, j’ai senti l'influence bienfaisante de Taine, de Renan, d’Anatole France, de Moréas, de Barrès, de Bourget lui-même et n’ai jamais manqué d’occasion de le publier. Ecorné, échaudé, manquant d’avoir été définitivement égaré et gâté par la mauvaise entente du monde classique chez Leconte de Lisle, par les sonnets hurlants et sauvages de M. de Heredia, par l’abominable patois de M. de Goncourt, par ce qu’il y eut de plus misérable en de délicieux chefs-d’œuvre de Verlaine, par l’anarchisme de Tolstoï, par le prétentieux individualisme d'Ibsen, par le faux classicisme et le faux « archisme » de Nietzsche, ou par tels autres simulacres de M. Ferdinand Brunetière ou de M. Emile Faguet, je l’ai dit et je l’ai redit, et je le redirai. Je porterai le témoignage de tout le mal que me firent, et que firent encore à d’autres, ces gens-là." (p. 2)

 

MAURRAS Charles, "Les Constituants. IV A Paul Bourget", in Gazette de France, 2 mars 1900, p. 1-2.

Insiste: "Je n’accepte point la créance que l’on me présente quelquefois au nom de Frédéric Nietzsche, parce que je sens bien ne lui rien devoir de réel: tout ce que ce philosophe germano-slave peut sembler nous avoir appris sur l’autorité, sur la liberté et sur leurs rapports, c’est lui au fond qui nous le doit, car il le doit à des esprits de notre race ou qui

sont de notre héritage, un Joseph de Maistre, un Voltaire, un Renan, un Lucain, un Aristote ou un Thucidyde. Si, d’ailleurs, nous n’avions possédé une règle supérieure à celle de Nietzsche, il n’y aurait point eu de raison pour que

l’auteur du Zarathoustra ne nous entraînât point dans son anarchisme orgueilleux et incohérent et dans sa révolte

mystique contre l’ordre logique et la loi naturelle. Que notre personne s’exprime quand elle élimine et désavoue un maître si faux: elle n’est pas moins souveraine quand elle reconnaît les docteurs dignes d’elle". (p. 1)

 

MAURRAS Charles, "Enquête sur la Monarchie", in Gazette de France, 16 septembre 1900, p. 1.

Dans sa présentation de la lettre de Lionel des Rieux, explique: "Si donc le genre humain et, en particulier, la nation française tiennent encore à garder quelque dignité et à poursuivre quelque tâche noble ou belle, de quelque ordre qu’on la suppose, M. Lionel des Rieux y met pour condition que l’erreur libérale et la folie démocratique seront au préalable, dépouillées et foulées aux pieds.

Quelque niais le prendra pour un disciple de Nietzsche; mais tous les esprits informés savent que ce germain mâtiné de slave n'a jamais été que notre condisciple. Il a été à la même école que nous et, né comme ce pauvre M. de Pressensé parmi des protestants, pénétré du suc des plus abondantes sottises, Nietzsche n’a pas toujours très bien compris ce que nos maîtres lui enseignaient. Nos jeunes Français l’ont déjà dépassé, amendé et j’espère qu’ils le feront vite oublier".

 

MAURRAS Charles, Enquête sur la monarchie, Paris, Nouvelle librairie nationale, 1900.

Dans la deuxième édition publiée en 1909, cf. "Lettre de M. Hugues Rebell" (p. 148-150).

 

MAURRAS Charles, "Ça marche", in Gazette de France, 30 octobre 1902, p. 1-2.

A propos de l'enquête sur l'influence allemande lancée par le Mercure de France. A propos de l'essor d'un nationalisme intellectuel, note qu'il "n’existe pas de propriété littéraire et quant à la priorité, cela n’est regardé que par la basse classe des historiens, sous-classe des chronologistes. Il ne s’agit pas de savoir qui a dit le premier, mais qui a dit le mieux! Un seul point a de l'importance. Beaucoup de jeunes écrivains et philosophes du plus récent mouvement ont quitté L'Allemagne pour notre Empire du soleil sous l'influence de l'allemand Frédéric Nietzsche; c'est à sa suite qu'ils parlent de méditerraniser la musique, la philosophie, la peinture et les autres arts, Je ne les blâme pas d’avoir suivi une inspiration qui les a mis du bon côté, non plus que je ne blâmerais le vieil Ulysse de rentrer aux bords ithaciens sur quelque paquebot du Lloyd. Mais ceux d’entre nous qui ont toujours navigué sur la tartane ou sur le caïque de leurs ancêtres doivent le déclarer au directeur du port, et je crois que voilà qui est fait. Au surplus, le public devait peut être se douter qu'il y avait quelques Français qui n’avaient pas eu besoin de Nietzsche pour soupçonner le rôle historique des Aristocraties, la valeur politique, poétique et morale de l’Ordre, l'importance de la Civilisation. Ce n'est pas de Nietzsche que nous avons appris je ne dis pas uniquement à sentir, mais à connaître, dans ses causes et dans sa raison, le supériorité de la tradition et de la culture françaises. Nous avons découvert la Méditerranée tout seuls". (p. 2.)

 

MAURRAS Charles, « Le tien et le mien dans Nietzsche », in Gazette de France, 19 janvier 1903, p. 1.

Compte-rendu du livre de Pierre Lasserre, La morale de Nietzsche.

Cet article sera repris dans Quand les Français ne s'aimaient pas. Chronique d'une renaissance, 1895-1905, 1ère édition en 1916, nouvelle éditions, Versailles, 1928, p. 111-122 ; il figure également dans le Dictionnaire politique et Critique, fascicule 12, p. 186-191.

 

CRITON, "Nietzsche et Barrès", in L'Action française, 23 avril 1908, p. 3.

A propos de l'article de Léon Delfour sur le analogies et les différences entre Nietzsche et Maurice Barrès.

Pas convaincu par les analogies mais sensible à l'analyse des différences, Charles Maurras cite un extrait et conclut:

"Ceux de nos amis qui sont restés nietzschéens trouveront M. l'abbé Delfour un peu rude. Mais l'emphase tudesque a besoin d'être rudoyée. II faut appeler bienfaiteur quiconque diminue le fardeau d'impertinence et d'hébétement que représente la vogue de Nietzsche dans un certain monde français."

 

CRITON, "Nietzsche", in L'Action française, 12 février 1909, p. 3.

Article de Charles Maurras.

 

CRITON, "Une brochure catholique contre l'Action Française", in L'Action Française, 17 décembre 1910, p. 5.

Précisions et protestation à propos de Jules PierreAvec Nietzsche à l'assaut du christianisme.

 

MAURRAS Charles, L'Action française et la religion catholique : les éléments d'une imposture, agressions libérales, démocratiques, sillonistes : les maîtres de l'Action française, l'Action française et la morale, Paris, Nouvelle librairie nationale, 1913.

En réaction au livre de Jules Pierre, Avec Nietzsche à l'assaut du christianisme, long démenti quant à l'influence des idées de Nietzsche sur l'Action française (p. 115-120)

 

MAURRAS Charles, Quand les Français ne s'aiment pas, Paris, Nouvelle librairie nationale, 1916.

Nietzsche (p. 107-108 et 126-138).

 

MAURRAS Charles, "La politique", in L'Action française, 29 janvier 1923, p. 1. [L.V.]

Réagit à l'article de Gustave Téry dans L'Œuvre qui accuse la pensée de Charles Maurras et des membres de L'Action française d'être d'inspiration nietzschéenne. Proteste:  "Il cite pêle-mêle des textes sans signatures distinctes en disant: « Le plus grand nombre est de Maurras, les autres sont signés Valois, Vaugeois, Bainville », le tout destiné montrer que

nous procéderions de Nietzsche, c'est-à-dire d'un Allemand, et, par voie de conséquence, que nos idées couleraient de source allemande. Il est fâcheux pour Téry que Nietzsche soit de tous les Allemands avec Schopenhauer, le plus imprégné de culture française. Il est encore plus fâcheux pour lui que les textes les plus nietzschéens émanent précisément de l'admirable écrivain et homme d'action qui a plusieurs fois rendu grâce aux doctrines d'Action française, de l'avoir retiré des nuées de Nietzsche!"

 

MAURRAS Charles, Le chemin de paradis, Paris, Flammarion, 1927.

Réédition revue.

 

MAURRAS Charles, Dictionnaire politique et critique, Paris, Fayard, 1932.

Texte établi par Pierre Chardon. Sur Nietzsche, voir le tome 3, fasc. 12 (p. 183-191).

 

MAURRAS Charles, Enquête sur la monarchie, Paris, Fayard, 1937.

Réédition.

 

MAURRAS Charles, "La politique", in L'Action française, 30 mai 1940, p. 1-2. [L.V.]

Contient: "III Distinctions de Nietzsche" (p. 1)

Cite un article de Maurice Muret sur Edmond Vermeil, L'Allemagne (1940) et reproduit le passage sur Nietzsche. Note:

"Le débat est laissé dans cette indétermination élégante. Ne pouvons-nous pas essayer de le résoudre pourtant? Quelque imbécile va crier que je veux soutenir une « thèse ». Non. Je cherche une solution. Est-ce impossible?

Si l'on pose la question du germanisme comme il faut la poser [...], l'affaire se réduit, se concentre dans ce que nous avons appelé le Narcissisme allemand. [...]

Ce Germanisme narcissiste, ce Germanisme courant, qui a été appelé un schisme de l'esprit humain est-il celui de Nietzsche ?

Quiconque a ouvert les pages critiques de ce Germain lyrique sait bien que non. Il n'était pas fichtéen, il aspirait de toute la force de sa critique à la communion de l'esprit français, de l'esprit classique, de l'esprit gréco-latin, tel qu'il se les représentait. Certes, sa façon de comprendre nos maîtres, qu'il s'agît de Sainte-Beuve ou d'Aristote, de Platon, de Taine ou de Renan, était extrêmement éloignée d'être la nôtre. Assis sur les mêmes bancs que lui, nous le traitions de barbare à chaque mot prononcé par lui. Mais il ne voulait pas être barbare, lui, se faisant presque une règle et une loi de ne l'être point. Le pays plat de l'Europe n'était pas le sien. Il ne ménageait point à ses compatriotes les censures ni les brocards essentiels." (p. 1)

 

MAURRAS Charles, Dictionnaire politique et critique, Paris, Cahiers Ch. Maurras, 1960.

Texte établi par Jean Pélissier. Sur Nietzsche, voir le fascicule 17.