Bibliographie inédite des publications françaises sur Nietzsche 1868-1940
(Laure Verbaere et Donato Longo)
Né en 1861, Edouard Dujardin est le fondateur et le directeur de la Revue wagnérienne, la Revue indépendante, en 1886 et plus tard de la Revue des idées. Il appartient au mouvement symboliste et collabore au Mercure de France à partir de 1896.
Il raconte l'histoire de la Revue Wagnérienne dans la Revue musicale en 1923.
Voir Traces inédites: 2 lettres à Armand Quinot
DUJARDIN Edouard, « Enquête sur l'influence allemande. M. Edouard Dujardin », in Mercure de France, tome 45, n˚157, janvier 1903, p. 94-95.
Section VI : Musique. Wagnérien, Dujardin remarque cependant que Wagner représente à présent « toutes les choses néfastes dont l'esprit français a vraisemblablement pour mission de purger l'air ». Il ajoute : « Mais les temps changent. L'esprit allemand, par un admirable phénomène, vient de se nier lui-même en produisant le grand homme qui, allemand, représente la pure tradition française classique; je veux parler de Nietzsche. » (p. 95)
DUJARDIN Edouard, "Le mouvement symboliste et la musique", in Mercure de France, tome LXXII, 1er mars, 1908, p. 5-24.
Raconte: "A l’époque où nous devînmes des jeunes hommes, Wagner était entré déjà, ainsi qu'Hugo, dans l’immortalité ; à peine quelques-uns de nous purent-ils l’entrevoir. Nietzsche a vécu loin de nous, inconnu de nous ; il s’est enfui, terriblement solitaire, dans les montagnes de l’Engadine et a disparu du milieu des hommes, sans que les jeunes gens qui alors approchaient de la trentaine aient seulement soupçonné ce génie et cette agonie ; et c’est une tristesse dont beaucoup restent inconsolés. Au-dessus de notre jeunesse, nous n’eûmes que Mallarmé (…)" (p. 23).
DUJARDIN Edouard, "Ainsi parlerait peut-être...", in Les Cahiers idéalistes, février 1917, p. 27-32.
DUJARDIN Edouard, De Stéphane Mallarmé au poète Ezéchiel et essai d'une théorie du réalisme symbolique, Paris, Mercure de France, 1919. [L.V.]
Texte d'une conférence prononcée au Théâtre du Vieux-Colombier, le 26 mai 1918.
Egalement publié dans Les Cahiers Idéalistes Français de mars à septembre 1919.
Contre M. Haraucourt qui accuse les poètes symbolistes d'être intoxiqués par l'Allemagne (1916) et contre Charles Morice qui nie toute influence allemande, Edouard Dujardin soutient:
"Pour moi, — et je n'engage ici que moi, bien entendu, — je n'imagine pas que la guerre de 1914, pas plus que la guerre de 1870, puisse empêcher un poète d'avoir été, jeune homme, et de demeurer, vieil homme, à l'école de Schopenhauer, de Wagner et, ensuite, de Nietzsche.
Dans un article paru en 1900 et recueilli dans le volume le Problème du Style, Remy de Gourmont note ce qu'il appelle « l'ascendant des idées germaniques » sur la « récente littérature française » ; il cite notamment Hegel, Schopenhauer et Nietzsche; il oublie Wagner et il ajoute que « l'influence allemande » ne s'est guère exercée sur nous ( 1890-1900) que par la seule philosophie ». Cette erreur s'explique par l'insensibilité de Remy de Gourmont pour la musique et, il faut bien le dire, parce que Remy de Gourmont est toujours resté, vis-à-vis du symbolisme, un spectateur très intéressé, mais un peu étranger". (p. 17)
Expose les grandes lignes de l'évolution de la poésie contemporaine. Signale quelques noms:
"Je dois également nommer Nietzsche. Les premiers articles parus en France sur Nietzsche sont, je crois, de 1892; celui d'Henri Albert, qui fait date, est de janvier-février 1893, Mercure de France; la première traduction française de Zarathoustra est de 1898.
Quelle révélation! quelle réalité des images! et quelle puissance de la pensée ! Mais quelle réponse à ceux qui décident et prononcent que la poésie n'a que faire d'exprimer des idées!" (p. 24)
DUJARDIN Edouard, « "La Revue Wagnérienne" », in Revue musicale, numéro spécial sur Wagner et la France, 1er octobre 1923, p. 237-256. [L.V.]
Raconte qu'après la guerre de 1870-1871, "Wagner semblait avoir renoncé à se faire jouer en France; les amis restés
fidèles ne dépassaient pas la douzaine. L’inauguration du théâtre de Bayreuth en 1876 avait eu peu de retentissement à Paris; un très petit nombre de Français s’y étaient rendus; la presse n’en avait guère parlé."
Raconte que son premier vrai contact avec Wagner fut en 1882 à Londres: "j’avais vingt ans; je n’avais entendu que les fragments joués dans les concerts, et toute mon érudition relevait du livre de Schuré, le Drame Musical; des sujets mêmes des quatre drames auxquels j'allais assister, je ne savais que ce qu’en rapportaient les analyses nécessairement sommaires de Schuré; quant à la langue allemande, je m'étais mis à l'apprendre, mais j’en étais, je crois, à ma quatrième leçon! Si on laisse au mot « comprendre » sa signification courante, je puis dire que j'assistai, sans comprendre, à l’énorme déroulement de ces quatre soirées. Mais l’œuvre répondait évidemment aux plus profonds besoins de mon inconscient; ce furent quatre soirées d’extase; j’étais pris comme dans le flux d’un océan; et je suis resté pris pour toute ma vie. Je pourrais comparer la formidable impression d’entière compréhension par le cœur en même temps que d’incompréhension par l’intelligence que me donnèrent ces quatre soirées, à la première lecture que je fis, beaucoup d’années plus tard, de Zarathoustra, ne connaissant encore à peu près rien de Nietzsche; et je me demande si cette façon d’entrer dans une grande œuvre n’est pas la meilleure, — quitte à travailler ensuite." (p. 237-238)
Cet article forme (avec quelques retouches peu importantes) un chapitre du livre d'Edouard Dujardin, Mallarmé, par un des siens, Paris, Messein, 1952, p. 195-234.
DUJARDIN Edouard, "L'appel de l'Engadine", in Les Nouvelles littéraires, 16 février 1924, p. 1.
DUJARDIN Edouard, Demain, ici, ainsi, la Révolution, Paris, Delpuech, 1928.
DUJARDIN Edouard, Le Retour éternel, Sablons, Ed. Moly Sabata, 1934.