Bibliographie inédite des publications françaises sur Nietzsche 1868-1940 (Laure Verbaere et Donato Longo)

1911-1918: BIBLIOGRAPHIE ET COMMENTAIRES DE LAURE VERBAERE

 

(en savoir plus)

1912


Ouvrages sur Nietzsche



BENOIST-HANAPPIER Louis, En marge de Nietzsche. Philosophèmes, Paris, Eugène Figuière, 1912.

Des extraits sont publiés dans Paris-Midi, 25 avril 1912, p. 2.


COR Raphaël, Essais sur la sensibilité contemporaine: Nietzsche, Paris, Falque, 1912.

Sur Nietzsche (p. 25-92).

L'avertissement de ce livre est publié dans la Revue du temps présent de juillet 1911.

 


ESTEVE Louis, De Nietzsche à Bouhélier: essai de philosophie naturiste, Paris, E. Figuière, 1912.

 

FONSEGRIVE Georges-Lespinasse, Solidarité, piété, charité: examen de la nouvelle morale, Paris Bloud, 1912

Contient: "V. Nietzsche et la condamnation des faibles" (p. 37-42).

 


GAULTIER Jules de, Entretiens avec ceux d'hier et d'aujourd’hui. Comment naissent les dogmes?, Paris, Mercure de France, 1912.

Contient: "Nietzsche et la vertu des contraires" (p. 191-234).

Un extrait a paru dans Paris-Midi du 22 avril 1912.

 

HALEVY Daniel, La vie de Frédéric Nietzsche, Paris, Calmann-Lévy, 1912.

Réédition.

 

LICHTENBERGER Henri, La philosophie de Nietzsche, Paris, Alcan, 1912.

13ème édition.

 

LICHTENBERGER Henri, préface de R. W. EMERSON, Essais choisis,  traduits de l'anglais par Henriette Mirabaud-Thorens, Paris, Alcan, 1912, p. III-XVI.

Préface sur Emerson et Nietzsche.

 

ROBERT Arthur, Histoire de la philosophie, Québec, Laflamme et Proulx, 1912.

Contient une entrée sur Nietzsche (p. 351-354).

 

SIMMEL Georg, Mélanges de philosophie relativiste, Paris, 1912.

Traduit de l'allemand par A. Guillain. Contient une étude sur le but de la vie chez Schopenhauer et Nietzsche (p. 1-16).


Ouvrages qui évoquent Nietzsche


BAUER Arthur, La conscience collective et la morale, Paris, Alcan, 1912.

Sur la "volonté de puissance", p. 127 sq.

 

BOURDEAU Jean, La philosophie affective. Nouveaux courants et nouveaux problèmes dans la philosophie contemporaine, Paris, Alcan, 1912.

 

CAULLE E., La morale catholique et la pureté, Paris, Bloud, 1912.

Expose et réfute les différents systèmes de morales préconisés dans l'enseignement primaire ou par les philosophes à la mode. Nocivité de Nietzsche.

 

CRUPPI Louise, Femmes écrivains d'aujourd'hui. I, Suède, Paris, Fayard, 1912.

Evoque Nietzsche dans les chapitres sur Ellen Key.

 

DORNIS Jean, La sensibilité dans la poésie française contemporaine, Paris, Fayard, 1912.

A propos de l'influence de Nietzsche. Aussi sur Edouard Schuré.

 

DUGAS Ludovic, L'éducation du caractère, Paris, Alcan, 1912.

Reprises de vue éducatives de Nietzsche.

 

LUBAC Jean, La valeur du spiritualisme, Paris, Grasset, 1912.

Critique (p. 192-193). Par exemple: "Seul un esprit déséquilibré pouvait faire ce rêve d'une humanité grandie par la volonté d'accroître les souffrances des opprimés et par le déchaînement impitoyable de la force. Cette doctrine d'un poète exalté a eu malheureusement dans la mentalité contemporaine une répercussion néfaste." (p. 192)

 

MARCERON André, La morale par l'Etat, Paris, Alcan, 1912.

Montre les inconvénients de l'enseignement de la morale quand le spiritualisme officiel a régné: il "a toujours trouvé des révoltés ou des adversaires parmi les fonctionnaires du corps de l'instruction publique. D'où une attitude hypocrite de la part de ces derniers s'ils voulaient conserver leur situation, ou des luttes pénibles dans lesquelles la victime seule était sympathique, puisqu'elle succombait armée du droit de la liberté de conscience qu'on lui avait reconnue quand elle n'était pas encore ennemie. — C'est qu'une affirmation administrative apparaît toujours comme une affirmation d'autorité. C'est la prescription d'un homme ou de quelques-uns. Mais pour des esprits libres une telle affirmation n'a pas de valeur. Elle ne pourrait en avoir que si elle se rattachait à une décision de la puissance souveraine. Or, nous avons vu l'impossibilité pour l'État de prendre de pareilles décisions. Car une métaphysique d'État ainsi proclamée deviendrait tout de suite une religion." (p. 30)

Se demande alors si l'Etat ne pourrait pas, "sans faire sienne une doctrine, laisser à ses fonctionnaires éducateurs la liberté de choisir celle qu'il leur plairait de prendre comme base de leur enseignement moral ?"

Répond: "Nous pensons que cette solution présenterait les plus énormes inconvénients. Car d'abord la multiplicité des métaphysiques entraînerait une multiplicité des systèmes moraux, et dès lors que deviendrait l'unité nationale! Comment! avec le prestige que donne la fonction pédagogique déléguée pal l'État, l'un enseignerait le vol, et l'autre la probité, l'un la communauté des biens et l'autre le respect de la propriété, celui-ci l'énergie audacieuse et qui fait fi des plaintes des faibles, celui-là la résignation de la pitié, le nietzschéen

la morale du surhomme, le lolstoïsant la morale des esclaves ! El le jour où un de ces philosophes qui préféreraient voir périr l'humanité plutôt qu'un principe se serait, dans toute l'ardeur de sa jeunesse et de sa naïveté, enthousiasmé du pessimisme de Schopenhauer, et prêcherait non pas seulement le suicide de l'espèce el le célibat impénitent, comme l'a fait le maître, mais aussi, comme il est dans la logique de la doctrine, le suicide individuel, l'État n'interviendrait-il pas? Mais au nom de qui interviendrail-il? Après avoir proclamé la liberté du choix métaphysique du professeur, de quel principe s'autoriserait-il pour le frapper? Il le punira pour sa morale, dira-t-on, et non pour sa métaphysique. Mais encore une fois pour quelle raison? (p. 30-31)

 

MELIA Paul, Stendhal et ses commentateurs, 1912.

L'auteur souligne l'influence de Stendhal sur Nietzsche.

 

MÜNCH W., Parents, professeurs et écoles d'aujourd'hui, Paris et Toulouse, Didier et Privat, 1912.

Traduction et commentaires par Gaston Raphaël.

Souligne influence de Nietzsche dans les tendances modernes, notamment dans le chapitre "Négligences de la part des familles" (p. (145).

 

PALANTE Georges, La philosophie du bovarysme, Jules de Gaultier, Paris, Mercure de France, 1912.

 

RAPPOPORT Charles, Encyclopédie socialiste, syndicale et coopérative de l'Internationale ouvrière. 4 La révolution sociale, Paris, Quillet, 1912.

Nietzsche est critiqué dans le chapitre XIV: la critique de l'anarchisme individualiste (p. 315-319).

 

SCHURE EdouardL'évolution divine: du sphinx au Christ, Paris, Perrin, 1912.

"La Grèce marque donc ce moment unique de l'histoire, où les forces cosmiques, en lutte inégale chez les autres peuples, parvinrent à un équilibre parfait et à une sorte de fusion harmonieuse. Le pacte d'Apollon et de Dionysos est le chef-d'œuvre de la religion hellénique et le secret de la Grèce sacrée 1

1. C'est ici le lieu de rendre justice à celui qui a découvert la signification transcendante d'Apollon et de Dionysos pour l'esthétique grecque. La Grèce elle-même, qui l'a si puissamment illustrée dans ses mythes et réalisée dans ses Mystères, ne l'a pas exprimée par la bouche de ses philosophes. Peut-être ne l'a-t-elle pas formulée parce qu'elle l'a trop vécue. Quant aux modernes, personne ne s'en est douté. Seul Nietzsche l'a devinée dans son génial essai : l'Enfantement de la tragédie par le génie de la musique (Die Geburt der Tragoedie aus dem Geisle der Musik). Ayant remarqué dans toute la littérature grecque l'antagonisme radical entre l'élément apollinien et l'élément dionysiaque, il caractérise le premier comme le phénomène du rêve et le second comme celui de l'ivresse. Le rêve amène les belles visions; l'ivresse produit une sorte de fusion de l'âme avec l'âme des êtres et des éléments. Pour cette raison, Nietzsche nomme Apollon le principe de l'individuation, de la noble individualité humaine, et Dionysos le principe de l'identification avec la nature, du retour au Grand Tout. De cette vue profonde, il tire des déductions neuves et frappantes, d'abord sur le contraste entre la sérénité contemplative des rhapsodes épiques et la passion tumultueuse des lyriques grecs, ensuite sur la nature primitive du dithyrambe et sur l'origine de la tragédie, où les deux principes se fondent en se synthétisant. En somme, Nietzsche a parfaitement caractérisé les effets psycho-physiologiques de la force apollinienne et de la force dionysiaque et montré leurs contre-coups dans l'art grec. Mais sa mentalité et sa philosophie ne lui permettaient pas de remonter aux puissances cosmiques dont le rêve apollinien et l'enthousiasme dionysiaques ne sont que des actions réflexes. N'admettant pas l'existence d'un monde spirituel au-dessus du monde physique, la vision apollinienne des Archétypes ne pouvait être pour lui qu'une hallucination poétique et l'extase dionysiaque qu'un retour au néant ou à l'inconscience des éléments. Sur sa rétine irritée par la philosophie de Schopenhauer, la lumière d'Apollon et la flamme de Dionysos se changèrent en la tache noire du pessimisme. Cela ne rend sa découverte que plus remarquable. Il fallait une intuition d'une acuité singulière pour parvenir jusqu'au seuil des Mystères et soulever un coin de leur voile, sans la tradition ésotérique et sans l'illumination complète" (p. 273-274).


Nietzsche dans la littérature


BATAILLE Henry, Les flambeaux, 1912.

Pièce

 

BERNEDE Arthur et BRUANT Aristide, "Cœur de Française. Grand roman inédit", in Le Petit Parisien, n°134, 23 septembre 1912, p. 2.

Troisième partie. Quiproquo avec Nietzsche. Drôle...

 

BOURGET Paul, Le Tribun. Chronique de 1911, Paris, Plon, 1912

Pièce en 3 actes, avec une lettre à Charles Maurras de 50 pages en guise de préface: hommage à ses idées et défense de sa pièce accusée d'être une pièce à thèse. Courte présentation du personnage principal Portal, partisan de l'individualisme (p. XLVII-XLIX).

C'est à la fois un socialiste, professeur de philosophie, nietzschéen et nihiliste, président du conseil des ministre d'après Ernest La JeunesseDes soirs, des gens, des choses... (1909-1911), Paris, Maurice de Brunoff, 1914.  Sur la pièce de Paul BourgetLe Tribun (p. 249-252).

Nietzsche est nommément cité une fois par Georges, le fils de Portal, face au journaliste Bourdelot:

GEORGES

"Il n'y a qu'un seul philosophe de notre temps qui ait eu le courage d'aller jusqu'au bout de vos doctrines. Aussi n'en voulez-vous

pas plus qu'il ne voulait de vous, d'ailleurs. C'est Nietzsche.

BOURDELOT

Avec son surhomme? C'est le plus beau pseudonyme de l'apache.

GEORGES

Pourquoi pas?" (p. 29-30)

Le pièce a été repréentée au Théâtre du Vaudeville (Paris), le 15 mars 1911 sous la direction de M. Porel.

Elle est reprise en 1924 au Théâtre Edouard VII (Paris)

 

LENERU Marie, Le Redoutable, Paris, Hachette, 1912.

Pièce en trois actes jouée à l'Odéon en 1912.

L'auteure se défend dans la préface de devoir aux idées de Nietzsche.

 

LICHTENBERGER André, Petite Madame, Paris, Plon, 1912.

Réédition en 1928.

Le personnage de la belle-mère "a une haute culture, des goûts littéraires, voire philosophiques. Elle ne dédaigne pas de butiner Nietzsche ou Bergson".

 

NORMAND Pierre, L'annonciation, Paris, Sansot, 1912.

 

TRAZ Robert de, "L'homme dans le rang (1ère partie)", in Bibliothèque universelle et revue suisse, 67, n°201, 1912, p. 479-517.

Le personnage est féru de Nietzsche (p. 494 et 497).