Bibliographie inédite des publications sur Nietzsche 1868-1940 (Laure Verbaere et Donato Longo)

1919-1940: BIBLIOGRAPHIE ET COMMENTAIRES DE DONATO LONGO

 

(en savoir plus)

1939


Ouvrages sur Nietzsche


ELLIOTT Béatrice, Essais niçois: Nietzsche et Eze, Paris, Librairie du régionalisme, 1939.

 

LEFEBVRE Henri, Nietzsche, Paris, Ed. sociales internationales, collection "Socialisme et culture", 1939.

 

MANN Heinrich, Les pages immortelles de Nietzsche, Paris, Corréa, 1939.

Choix de textes et "Introduction" d'Heinrich Mann. Traduction de J. Angelloz.


Ouvrages qui évoquent Nietzsche


CHALLAYE Félicien, Esquisse d'une morale nouvelle, Paris, Publications de l'I.S.O., n°30, 1939.

 

MURET MauriceGrandeur des élites, Paris, A. Michel, 1939. [L.V.]

Considère que les "détenteurs attitrés de la civilisation" sont menacés par la "marée montante des masses".

Dans l'avant-propos, s'appuie sur Nietzsche pour alerter et pour défendre une civilisation aristocratique. (p. 7-39).

Conclut cet avant-propos: "Le temps où nous vivons suspecte les élites et tend à les remplacer, une fois pour toutes, par les masses mieux éduquées. A remémorer les exploits des élites, à rafraîchir l'éclat qu'elles jetèrent sur des périodes favorisées de l'histoire, j'ose espérer que le lecteur goûtera quelque plaisir et comprendra qu'il est du devoir de l'humanité de persister dans cette voie". (p. 39)

 

PELL ElsieLa sincérité de Paul Bourget, Paris, Henri Didier, 1939. [L.V.]

Référence citée d'après le compte-rendu d'Edmond Jaloux dans Excelsior du 30 mars 1939: 

"[...] elle oppose à Paul Bourget un groupe d'écrivains qu'elle appelle les sceptiques :

« C'est dans ce groupe que l'on rencontre les Montaignes, les Voltaires, les Nietzsches, les Anatole Frances, les Gides, tous sceptiques. » (Je vous prie de croire que les fautes d'orthographe ne sont pas de moi.)

Malheureusement pour cette phrase, elle groupe de véritables sceptiques comme Voltaire et Anatole France et des gens qui sont bien autre chose comme Montaigne et Gide — sans compter un véritable fanatique comme Nietzsche".


Ouvrage où apparaît une forte influence nietzschéenne


CAMUS Albert, Noces, Alger, E. Charlot, 1939.


Le nietzschéisme dans la littérature


SAINT-EXUPERY A., Terre des hommes, Paris, Gallimard, 1939.

Roman.


Articles et comptes rendus sur Nietzsche


DUVALDIZIER J. et SCHEENBERGER A., "A propos de Verlaine et à propos de Nietzsche", in L'age nouveau, n°II, janvier 1939, p. 172-179.

 

LEWINSOHN Richard, "La folie de Nietzsche", in Marianne, 11 janvier 1939.

 

BRUNET Gabriel, "Un livre de Nietzsche", in Je suis partout, 20 janvier 1939, p. 8.

A propos de la nouvelle traduction française par Geneviève Bianquis, La naissance de la tragédie.

 

LEFEBVRE Henri, "Nietzsche et le fascisme hitlérien", in Commune, t.7, février 1939, p. 229-234.

 

MARITAIN Jacques, "Le crépuscule de la civilisation", in Les Nouvelles lettres, février/mars 1939, p. 465-495.

 

RENARD Paul, "De Nietzsche à Hitler", in L'Age nouveau, mars 1939, p. 46-50.

 

DRIEU LA ROCHELLE Pierre, "Encore et toujours Nietzsche", in Je suis partout, 3 mars 1939, p. 8.

 

SIMOND Daniel, "Notes sur Nietzsche et Gide", in Suisse romande (Lausanne), n°2, avril 1939, p. 60-66.

 

MASSON-OURSEL Paul, {Philosophie}, in Mercure de France, 1er mai 1939, p. 632-634. [L.V.]

Compte-rendu de Nietzsche, La volonté de puissance, trad. de G. Bianquis, N. R. F., 1935, tome I; de Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, trad. de M. Betz. Ibid. 1936 et de M. P. NicolasDe Nietzsche à Hitler, Fasquelle, 1936.

Eloge des nouvelles traductions de Nietzsche.

Sur le livre de M. -P. Nicolas, note: "De Nietzsche à Hitler! Nous indiquions au début de cet article que du surhomme à la surnation le passage historique et logique se conçoit très clair. Telle n’est pourtant pas la thèse de M.-P. Nicolas, qui voit au contraire une opposition entre le pacifisme ou l’internationalisme du philosophe et l’ultra-nationalisme du Führer. Il y a difficulté à des Français de juger avec objectivité en pareille matière; car nous ne connaissons pas assez le germanisme, et nos préjugés politiques créent maints malentendus. Pour que le nazisme soit à l’extrême scandaleux, il semble que Nietzsche doive prendre l’aspect d’un agneau débonnaire. Nous ne nions pas, quant à nous, que le point de vue de Nicolas se justifie par de nombreux textes, mais entre la morale par-delà le bien et le mal et le dogme de l’Allemagne au-dessus de tout — dont Hitler n’est que le plus récent fanatique — nous ne saurions méconnaître la trop certaine affinité. Celle-ci ne se trouve nullement compromise par la filiation qui rattache un aspect de la personnalité de Nietzsche — comme de la personnalité de Schopenhauer — à l’esprit français." (p. 633-634)

 

MARCELLO-FABRI, "La leçon de Nietzsche", in L'Age nouveau, juin 1939, p. 73.

 

NIZAN Paul, "Nietzsche, par H. Mann", in Ce soir, 1er juin 1939, p. 2.

 

NIZAN Paul, "Nietzsche, par H. Lefebvre", in Ce soir, 1er juin 1939, p. 2.

 

MANN Heinrich, "Nietzsche", in Marianne, 7 juin 1939, p. 1-6.

Adaptation d'après Heinrich Mann, par F.H. Lem. 

 

MASSOT Pierre de, "Nietzsche, par H. Lefebvre", in Les Nouvelles littéraires, 17 juin 1939, p. 5.

 

Anonyme, "La mort de Nietzsche", in L'Œuvre, 20 juin 1939, p. 8. [L.V.]

A propos du livre d'Henri Lefebvre, Nietzsche. Extrait.

Avec un dessin.

 

ROUBAUD André, "Wagner et Nietzsche falsifiés par M. Goebbels", in Marianne, 28 juin 1939, p. 6.

"(...) Les intellectuels hitlériens ont officiellement adopté Nietzsche en prétendant qu'il possédait la « conscience mythique », c'est-à-dire qu'il avait placé le concept de la race et de la discipline raciale avant tout, méprisé la démocratie, exalté la « dureté » et préconisé l'écrasement des faibles par les forts.

Bien qu'il ne soit pas possible, dans le cadre d'un article comme celui-ci, d'entrer dans les détails d'une critique de cette interprétation, il est possible d'indiquer qu'il suffit d'ouvrir les œuvres du génial amoraliste qui, ayant dépassé tous les systèmes dogmatiques, disait : «- Un philosophe utilise et consomme des convictions », pour ruiner complètement l'argumentation des nazis, résumée par un nommé Baümler, dans un ouvrage intitulé : « Nietzsche der Philosoph und der Politiker », sous la forme d'un précis national-socialiste, arbitrairement tiré des doctrines philosophiques de l'éblouissant créateur de Zarathoustra.

Or la théorie des hitlériens sur Nietzsche est fausse. Ils ont extrait de son œuvre les passages susceptibles de justifier leurs principes d'obscurcissement intellectuel et ont monté en épingle: le thème du surhumain, le mépris des masses, les attaques contre une certaine forme de culture, par exemple; mais ils ont omis de faire état des conclusions auxquelles était arrivé le maître de Sils Maria, vers la fin de sa vie, lorsqu'il eut achevé de parcourir les cycles de son évolution:

Dans « Ecce homo », il ne se cache point pour présenter l'impérialisme allemand comme un crime contre l'esprit. D'autre part, dans ses lettres, il s'élève couramment contre le nationalisme, l'étatisme, le militarisme et l'antisémitisme. Il écrit à Fritsch en faisant allusion aux falsifications des concepts aussi vagues que: germanisme sémite, aryen, allemand, et, dans une lettre à Bollé on peut lire une phrase où il est question de « cette fumisterie de la race ». Par ailleurs, en 1885, dans « Par delà le bien et le mal », il fait l'apologie de la race juive (les aphorismes numéros 250 et 251 sont significatifs à cet égard). (...)"

 

Anonyme, "La naissance de la philosophie à l'époque de la tragédie grecque, par F. Nietzsche", in Revue de métaphysique et de morale, supplément de juillet 1939, p. 516.

 

BOUSQUET Joë, "Pages immortelles de Nietzsche, par H. Mann", in Cahiers du Sud, juillet 1939, p. 624-625.

 

PICON Gaëtan, "Cheminements et carrefours, par R. Bespaloff", in Cahiers du Sud, juillet 1939, p. 610-613.

 

FERDY Camille, "Nietzsche", in Le Petit provençal, 18 juillet 1939, p. 2. [L.V.]

Estime toujours que le nazisme a tort de célébrer en Nietzsche un prophète.

Signale et approuve le livre d'Henri Lefebvre sur Nietzsche.

Conclut en demandant: que dirait Nietzsche "aujourd'hui, où tous les fanatiques doctrinaires du nazisme hitlérien s'accordent à proclamer que le dogme de la force est le principe souverain et que, dans l'échelle des valeurs, la culture de l'esprit doit se borner à avoir le dernier rang?"

 

FERDY Camille, "Le bon Européen", in Le Petit provençal, 19 juillet 1939, p. 2. [L.V.]

A propos du livre d'Henri MannLes pages immortelles de Nietzsche choisies et expliquées.

Estime que ce livre arrive aux mêmes conclusions que celui d'Henri Lefebvre.

Note: "Le grand philosophe qui avait foi en la puissance du savoir et qui voulait que la science régnât sur le monde, celui qu’Henri Mann appelle un grand seigneur de l'esprit et qui se qualifiait lui-même l'homme d'Europe le plus indépendant, comment pourrait-il se trouver confondu avec tous ces fanatiques enragés de la barbarie hitlérienne qui professent le plus violent mépris pour la culture intellectuelle et qui condamnent comme le pire des crimes toute indépendance d’esprit?"

 

BARRES Philippe, "Fuchs est le cousin du philosophe de la violence: le grand Nietzsche", in Paris-Soir, 2 août 1939, p. 3. [L.V.]

Raconte un dîner chez le consul de France, M. de La Tournelle, "qui remplit sa mission difficile avec une fermeté et un tact admirables. Il y avait le docteur Fuchs et sa jeune femme, tranquille et blonde, l'épouse d'un magistrat de Dantzig, et sa jeune sœur venue des frontières du Danemark et ne rêvant que canotage, un rédacteur du journal national-socialiste le « Dantziger Vorposten » et M. le Limerac, collaborateur de M. de La Tournelle."

Rapporte: "(...) la conversation glisse à la guerre civile d'Espagne. Les deux Allemands, très prudemment, cherchent à se faire expliquer les réactions de ce pays étrange d'où leurs officiers reviennent le plus souvent déconcertés.

Un Français dit :

— L'affaire d'Espagne ? Elle n'est pas finie.

Personne ne répond. On sent que ces jeunes nazis sont là en face d'un monde mystérieux où ils devinent sans l'avouer que leurs formules simplistes ne suffisent pas à tout régler.

Le Français reprend :

- Tout est affaire de mentalité, de moralité. Il y a une morale espagnole qui diffère de la morale française, qui diffère de l'allemande.

Alors, M. Fuchs, un peu pâle, répond :

— Sans doute, et nous, ici, pour parler morale et philosophie, nous sommes tous les disciples de Nietzsche.

Frédéric Nietzsche! Auteur de « Volonté de puissance » et de « Par delà le bien et le mal », celui qui appelle le christianisme une religion de décadence et le plus grand malheur de l'humanité, celui qui a traité saint Paul de faux monnayeur. Nous voilà bien au centre de la pensée hitlérienne.

Je demande :

— Vous y tenez tant que cela, à Nietzsche ?

- Y tenir ? Mais c'est notre Dieu, insiste M. Fuchs. C est lui qui nous a expliqué dans le domaine moral ce que Darwin a montré en biologie: que le fort est justifié par la nature quand il dévore le faible. Nietzsche, d'ailleurs, me touche personnellement de près. Mon grand-père était son cousin et son ami. Nous avons de lui de précieuses lettres encourageant mon grand-père dans l'effort qu'il faisait pour animer la vie intellectuelle de Dantzig.

Je demande :

— Ainsi, docteur, vous considérez bien le mouvement national-socialiste comme opposé au socialisme ?

- Absolument, dit le Dr Fuchs."

 

BERTHIER François, "Heine, Nietzsche et la Révolution allemande", in La Correspondance Internationale, 12 août 1939. [LV]

Suite et fin dans La Correspondance Internationale, 19 août 1939, p. 991.

 

BERTHIER François, "Heine, Nietzsche et la Révolution allemande (suite et fin)", in La Correspondance Internationale, 19 août 1939, p. 991. [LV]

Deuxième partie plus spécifiquement sur Nietzsche. Discute le  Nietzsche d'Henri Lefebvre.

La première partie est publiée dans La Correspondance Internationale, 12 août 1939.

 

BERTHIER François, "nietzsche, par Henri Lefebvre", in L'Humanité, 26 août 1939, p. 8. [LV]

Compte-rendu du Nietzsche d'Henri Lefebvre.

 

NOTH E.E., "Nietzsche et la Méditerranée", in Le Feu, septembre 1939, p. 73-79.

 

Anonyme, "Insensibilité", in Le Petit provençal, 21 septembre 1939, p. 2. [L.V.]

"Bien qu’il ne soit qu’un « affreux primaire », selon le mot d'un de ses biographes, Hitler a lu Nietzsche qui dans sa philosophie parle de l'insensibilité comme d'un moyen de puissance.

C’est sans doute pourquoi il ordonne à « son peuple » d’être insensible.

Quand un prisonnier politique meurt dans un camp de concentration, défense d’en porter le deuil; défense même de faire la moindre allusion à cette mort. Or. voici que paraissent en Allemagne les premières listes de morts à la guerre, front Est et front Ouest. Les autorités défendent aux veuves et aux mères de pleurer. Elles leur défendent même de porter un seul ruban noir!

Le disciple de Nietzsche va plus loin que son maître. Mais rappelons que Nietzsche est mort fou."

 

Anonyme, "Nietzsche et Hitler", {Notules}, in L'Ordre, 4 octobre 1939, p. 2. [L.V.]

Extrait de Nietzsche, La généalogie de la morale, deuxième dissertation, §17.

Suivi de cette remarque: "Et il y a des gens qui refusent au nazisme le droit de se réclamer de Nietzsche!"

 

BARJAC Claude, "Encore une annexion nazie! Nietzsche en Suisse. Sur le chemin de la grandeur. “Je frémis en pressentant quels intrus, quels êtres totalement impropres se réclameront un jour de mon autorité”", in L'Ordre, 25 octobre 1939, p. 4. [L.V.]

"La guerre n’empêche pas l’Allemagne hitlérienne de préparer des cérémonies, oh ! discrètes, pour le 95 e anniversaire de la naissance de Nietzsche. A chacun de ces anniversaires, jusqu’ici, le Führer était allé, en personne, saluer la tombe du philosophe au cimetière de Roecken, près de Leipzig, village où naquit Nietzsche et où son père fut pasteur. Ainsi s’affirmait la volonté tenace des dirigeants nazis d’accaparer la mémoire de l’écrivain, d’en faire un de leurs prophètes, de lui emprunter une forte pensée, une vigoureuse idéologie à l’appui de leurs folles doctrines. Claude Barjac remet ci-dessous cette prétention à son juste point. [...]"

Même article que l'article publié en 1934 dans le même journal.

 

BENDA Julien, "Une création philosophique allemande: La moralité de la violence", in L'Ordre, 30 octobre 1939, p. 2. [L.V.]

Texte d'une causerie sur Radio-Paris, le 21 octobre 1939.

Soutient que Nietzsche est bien "un ancêtre de l'hitlérisme".

 

BARJONET Melle, "L'aspect nietzschéen de la morale de Spinoza", in Travaux du IIe Congrès des Sociétés de philosophie, n°1012, 1939, p. 49-55.

 

JOLIVET Régis, "Strindberg et Nietzsche", Revue de littérature comparée, tome 19, 1939, p. 390-406.

 

M.F., "Le mariage chez Nietzsche et dans la philosophie national-socialiste", in Existences, n°18, hiver 1939, p. 25-30.

Cet article est peut-être de Maurice Fombeure.

 

NARGAUD Jacques, "Nietzsche et l'Allemagne", {Propos pour le temps de guerre}, in Le Petit Bleu de Paris, 30 novembre 1939, p. 2. (L. V.)

 

ROBILLOT J., "Deux traductions de "Zarathoustra"", in Revue Germanique, t. 30, 1939, p. 246-257.


Articles qui évoquent Nietzsche


CAILLOIS Roger, "La hiérarchie des êtres", in Les volontaires, n°5, avril 1939, p. 317-326.

 

BATAILLE Georges, "Folie, guerre et mort", in Mesures, n°5, juin 1939, p. 1-23.

 

FONDANE Benjamin, "Qu'est-ce que la métaphysique?, par M. Heidegger", in Cahiers du Sud, juillet 1939, p. 603-606.

 

FONDANE Benjamin, "Cheminements et carrefours, par R. Bespaloff", in Cahiers du Sud, juillet 1939, p. 603-606.

 

VERMEIL Edmond, "Les thèmes de la propagande allemande", in L'Europe nouvelle", 15 juillet 1939, p. 770-773.

Article reproduit dans L'Ordre du 20 juillet 1939.

Examine la responsabilité de Nietzsche: "Comment alors ne pas voir, dans la dernière philosophie de Nietzsche, une sorte de précédent prodigieux pour toutes les négations hitlériennes? N’est-ce pas Nietzsche qui a, entre 1880 et 1888 environ, découvert des « maladies » dans le socialisme grec, dans le christianisme et ses diverses confessions, dans le libéralisme démocratique et parlementaire, dans le socialisme? Il est vrai que Nietzsche n’était pas antisémite. Il estimait, au contraire, que les Allemands feraient bien de conserver au milieu d’eux l’intelligence israélite. Mais qu’il opposât aux « maladies » européennes que je viens de nommer un idéal d’héroïque surhumanité, qu’il vît dans ces « maladies » le résultat d’un pacifisme de faiblesse et d’abandon, on ne saurait en douter. Si sa notion de surhumanité n’a, au moins en apparence, rien de commun avec le racisme hitlérien, on peut cependant affirmer qu’il y a, des deux parts, prédication d’héroïsme. Les négations furieuses de Nietzsche, découvrant le « nihilisme » du vieux continent, et le racisme de l’Anglais germanisé qui a nom Houston Stewart Chamberlain, voici bien les vraies sources de l’hitlérisme" (p. 770).

 

RAPPOPORT Charles, "Le calendrier philosophique. Une idée par jour (1)", in Les Hommes du jour, 10 octobre 1939, p. 12-14. [L.V.]

Jugements sur Nietzsche.

A suivre (voir le numéro du 29 février 1940)

 

HACHEL, "Vérité en deça", in L'information universitaire, 18 novembre 1939, p. 1. [L.V.]

Dialogue. Extrait:

"L’Allemagne de 14 est devant nous, plus grande, plus dangereuse. Est-ce le retour éternel dont parlait Nietsche? Les générations françaises connaîtront-elles périodiquement ce cauchemar de la guerre? Que penser?

— Je suis tenté de croire Nietsche. Deux peuples, deux morales. Il les connaît mieux que nous. Et rappelez-vous les avertissements de Heine, un Allemand, de Schopenhauer, un Allemand! Goethe lui-même s’est exprimé sans ambages sur ses compatriotes. Et même Frédéric II, las de commander, disait-il, un peuple d’esclaves.

— Deux morales, en effet. Prenons la vérité. Nous en avons le culte. Il n’y a pas de vice qui répugne plus aux Français que l’hypocrisie. Elle forme le thème de nos querelles politiques, sociales, religieuses. Eux, admettent aisément le mensonge; ils y recourent sans cesse dans leur politique. Leur chef s’est reconnu le droit, j’allais dire le devoir, de mentir à l’ennemi, d’avance, en pleine paix, pourvu qu’il y ait profit, et même à titre de principe et d’exercice. Sa vérité, c’est le succès.

— Exact.

— Prenons la bonté. Elle n’est pas seulement l’essence du christianisme, mais de notre morale laïque. La bonté au delà de la justice. Au point que nos mœurs, imprégnés d’indulgence et, comme on dit, d’humanitarisme, ont peine à se raidir quand il faut, à consentir aux sanctions nécessaires. Eux sont durs, volontairement durs et cruels. Ils n’ont pas besoin d’avoir lu Nietsche et de s’être fait un évangile de dureté. Ils sont cruels, naturellement; ils aiment la cruauté. Ce qui s’est passé dans leurs camps de concentration, dans leurs prisons, en Autriche, chez les Tchèques, dans cette affreuse guerre de Pologne, dans les représailles qui ont suivi, fait vomir ou frémir. J’ai causé avec les réfugiés juifs. Ô les malheureux!"

 

LAVELLE Louis, "L'idée de valeur", {La philosophie}, in Le Temps, 25 novembre 1939, p. 3. [L.V.]

 

A propos de l'actualité de l'idée de valeur, discute le sens qu'elle a chez Nietzsche.

 

HACHEL, "Compagnons", in L'information universitaire, 16 décembre 1939, p. 1 et 6. [L.V.]

Dialogue. Extrait:

"— Un chef n’est pas un peuple.

— Il l’exprime. Ecoutez Nietsche : « Les Allemands croient que la force doit se manifester par la dureté et la cruauté; alors ils se soumettent volontiers et avec admiration... Ils ne croient pas facilement qu’il puisse y avoir de la force dans la douceur et le silence ». Vous voyez bien. Ils reviennent toujours à leurs vices. Canis redit ad vomitum.

— Faut-il donc leur ressembler? Mal contre mal, éternellement?

— Il faut d’abord se défendre. Notre vertu actuelle est de combattre, par les armes, par la pensée, par l’éducation. Le devoir de l’Université est d’entretenir cette vertu.

— Trahison des clercs.

 

— Les éducateurs ne sont pas des clercs. Ils ont accepté une mission. Rappelez-vous Edgar Quinet, l’Education du peuple. A partir du moment, dit-il, où la société s’est laïcisée, l’école n’a plus parlé au nom du dogme et de la foi, mais au nom de cette société même, au nom de ses besoins et de son idéal. Tenant son mandat de la société, c’est elle que le maître exprime, non ses opinions personnelles, ce qui serait anarchie dangereuse. Les maîtres français parlent au nom de la France; ils préparent leurs élèves à vivre d’une vie française. J’entends la vie française d’aujourd’hui, la vie de guerre pendant la guerre, la vie de paix, comme elle sera, pendant la paix. Ils ne trahissent rien et les clercs non plus ne trahissent rien, servant leur pays quand ce pays ne trahit pas. Or ce n’est pas la France qui trahit la pensée, la morale, le droit, les valeurs universelles, ces valeurs que Nietsche a niées et tant d’autres avec lui, de sa langue et de sa race. Je dirais volontiers qu’ils les ont niées pour affirmer quelque chose ou mieux pour s’affirmer. « Il n’y a jamais eu de culture allemande, écrit Nietsche dans la Volonté de Puissance ». Ils se cherchent et commencent par s’opposer à autrui. De là cette négation de la civilisation qui les conduit à tous les excès. De là aussi cette foi au devenir. « L’homme, dit Nietsche, est l’animal dont l’espèce n’est pas encore fixée ». Il dit aussi : « La forme générale et régnante de la barbarie, c’est que l'on ignore encore que la morale est affaire de goût »." (p. 1)