Bibliographie inédite des publications sur Nietzsche 1868-1940 (Laure Verbaere et Donato Longo)
1919-1940: BIBLIOGRAPHIE ET COMMENTAIRES DE DONATO LONGO
MANN Heinrich, Essai sur Nietzsche, Paris, Corrêa, 1940.
Traduction de J. Angelloz. Il s'agit de l'introduction aux Pages immortelles de Nietzsche publiée en 1939.
VERMEIL Edmond, L'Allemagne, essai d'explication, Paris, Gallimard, 1940.
"La crise intellectuelle et morale: Nietzsche" (p. 189-197).
BRETON André, Anthologie de l'humour noir, Pars, Ed. Sagittaire, 1940.
Contient "Nietzsche", p. 97-99.
DUHAMEL Georges, Positions françaises. Chronique de l'année 1939, Paris, Mercure de France, 1940. [L.V.]
Ensemble de notes prises de mars à décembre 1939. Nombreuses rééditions.
Publication partielle dans "Souvenirs d'un ancien ami de l'Allemagne", in L'Ordre, 7 février 1940, p. 4. [L.V.]
GUERIN J., "Nietzsche, par H. Mann", in Nouvelle Revue française, 1er janvier 1940, p. 144.
GUERIN J., "Le gai savoir, par F. Nietzsche", in Nouvelle Revue française, 1er janvier 1940, p. 144.
PITOLLET Camille, "Schopenhauer et Nietzsche à la sauce nazi", in Revue de l'enseignement des langues vivantes, 1er janvier 1940, p. 17-32. (L. V.)
Anonyme, 'Un jugement de Nietzsche sur les Allemands", in L'Indépendant de Lodève, 7 janvier 1940, p. 3. [L.V.]
Reproduit et commente un extrait d'Ecce homo.
"Le grand philosophe allemand Nietzsche est réclamé par les nazis comme un de leurs pères spirituels. Cette annexion est plutôt risquée, car Nietzsche a accablé de sarcasmes ses propres compatriotes.
Voici, par exemple, le jugement qu'il porte sur les Allemands et l'Allemagne dans son « Ecce Homo »:
« Rien ne m'empêchera d'être brutal et de dire aux Allemands quelques dures vérités. Je parle de leur impudicité en matière historique. « Il faut être avant tout « Allemand »; « il faut être de la « race » ; « alors seulement on a le droit de décider de toutes les valeurs et de toutes les non-valeurs ». « L'Allemagne par dessus tout c'est leur principe... »
Quand j'entends de pareilles choses, ma patience est à bout et j'ai envie de dire aux Allemands tout ce qu'ils ont déjà sur la conscience. Je considère même que c'est un devoir de le leur dire.
« Ils ont sur la conscience tous les grands crimes contre la culture des quatre derniers siècles ».
Voilà comment un Allemand célèbre juge les Allemands. Remarquons, entre parenthèses, que Nietzsche parle déjà du racisme et du pangermanisme chers aux Tentons.
Cela ne date donc pas d'hier?
Tiens ! tiens !"
NAUDEAU Ludovic, "Les grands extravagants", in Le Phare de la Loire, 18 janvier 1940, p. 1-2. [L.V.]
Evoque le livre de Hermann Rauschning, Hitler m'a dit (éd. Coopération, 1939) qui contient ce passage:
« J'ai été souvent, comme tant d'autres, l'auditeur dont Hitler s'emparait pour se convaincre lui même. C'est ainsi qu'il m'a révélé, par fragments, sa "philosophie", ses vues générales sur la morale, la destinée humaine et le sens de l'histoire. C'était du Nietzsche mal digéré et plus ou moins amalgamé avec les idées vulgarisées d'une certaine tendance "pragmatiste" de la philosophie contemporaine. Hitler m'exposait tout cela avec les gestes d'un prophète et d'un génie créateur Il semblait convaincu d'exprimer des idées qui lui étaient personnelles. Il n'en connaissait pas l'origine il pensait ne les devoir qu'à ses méditations solitaires dans les montagnes ».
Cite et approuve que "c'était du Nietzsche mal digéré" (p. 2).
KEMP Robert, "Neuf lignes de Nietzsche", in Le Temps, 28 janvier 1940, p. 1. [L.V.]
Sur l'admiration de Nietzsche pour la culture française.
HACHEL, "Humain, trop humain?", in L'information universitaire, 10 février 1940, p. 1 et 6. [L.V.]
Note: "Qu’est-ce qui nous oppose à nos ennemis? Ce n’est pas un conflit d’ambitions. [...]
Ce qui nous oppose à nos ennemis, c’est une idée, l’idée que nous nous faisons de l’homme. Que nous la tenions de la foi ou de la raison, qu’elle soit chrétienne ou philosophique, cette idée est au fond la même. L’homme est une fin; non un moyen; il est, en un sens, sacré. Comme reflet du divin, pour les uns, comme la plus liante expression de la vie pour les autres, peu importe. Qu’on s’arrête à l’homme ou qu’on le dépasse, il est la commune mesure et le respect de sa dignité commune loi. Qu’on voie dans la civilisation le reflet affaibli d’un âge innocent ou l’aube d’un heureux avenir, l’amitié de l’homme pour l’homme n’en est pas moins sa marque essentielle. Croyants, non croyants se rejoignent là. Or cette idée, nos ennemis ne l’admettent point. Ils n’ont d’amitié que pour eux-mêmes, non pour l’homme : « Toute morale, écrit Nietsche dans la Volonté de Puissance, ce livre préféré d’Hitler, toute morale consiste à se glorifier soi-même: une certaine espèce d’hommes se complaît dans son espèce et dans sa façon de vivre et écarte ainsi l’influence d’hommes de race différente qu’elle sent inférieures à elle ». [...]
Des mots? Des phrases? Non, des forces. Elles conduisent un peuple, son maître, sa jeunesse. Hiérarchie, sélection, puissance, dureté, cruauté même, voilà les thèmes de leur évangile, leur sermon sur la montagne. Le nôtre, qu’ils méprisent comme marque d’esclavage et de faiblesse, c’est celui de la pitié. Nous souffrons de la misère humaine.
[...]"
HERMANT Abel, "Le sous-homme", in Figaro, 18 février 1940, p. 1. [L.V.]
Note: "On racontait en 1914 que tous les officiers allemands avaient dans leur cantine l'Ancien Testament et l'un des livres de Frédéric Nietzsche. La Bible n'a plus aucune vente en Allemagne: ils ont Mein Kampf. Les livres saints s'excluent. Quant à Nietzsche, je doute qu'il soit si populaire que cela dans les milices hitlériennes. J'imagine que les gens du parti bâilleraient en le lisant; mais je crois plutôt qu'ils ne le lisent pas. Il n'empêche que l'auteur d'Humain trop humain (quelle ironie!) personnifiait hier l'Allemand impérial et personnifierait aussi bien le naziste qui en procède. Mais il y a entre les deux la même différence qu'entre l'envers et l'endroit.
Je me souviens de la peine que je faisais pendant l'autre guerre au pauvre Paul Souday, quand je lui soutenais que Nietzsche était le type même de l'Allemand impérial. Je dis «le pauvre Souday» parce qu'il est mort, comme Renan «le pauvre Flaubert» (lui a-t-on assez reproché cette épithète, que par malice on interprétait péjorativement !)
Souday, qui craignait jusqu'à l'ombre du chauvinisme, me soupçonnait d'admirer moins l'auteur de Zarathustra depuis que les Allemands étaient à Noyon. Je n'ai point de sentiments si bas, et ce n'est pas, je pense, témoigner haine ou mépris à un poète philosophe que de déclarer qu'il est le représentant accompli de sa race. Il l'est encore, mais elle est devenue, sans changer de composition, la caricature d'elle-même.
L'Allemagne, à son insu - car la conscience, en même temps que l'intellectualité s'éteint - est demeurée nietzschéenne en principe. Elle a la volonté de puissance. [...]"
Article en partie reproduit dans L'Action française du 19 février 1940.
WERTH Léon, "Chez Nietzsche", in Marianne, 28 février 1940, p. 3.
MAUREL André, "Le miroir de Nietzsche ou l'Allemand peint par lui-même", in L'Ordre, 29 février 1940, p. 4. [L.V.]
Réunion de citations de Nietzsche contre l'Allemagne, contre les Allemands.
MONTAGNE André, "Parallèle entre Nietzsche et Hitler", in Rolet, 25 avril 1940, p. 1.
Examine les rapports de la philosophie de Nietzsche avec l'hitlérisme.
MAXENCE Roger, "Nietzsche a dit à Hitler...", in Le Petit journal, 5 mai 1940, p. 4. [L.V.]
Imagine Hitler qui retrouve des rêves de grandeur en lisant Ainsi parlait Zarathoustra.
MAGRE Maurice, "Le mauvais surhomme", in Marianne, 15 mai 1940, p. I.
MURET Maurice, "L'Allemagne ou l'occasion manquée", in Journal des Débats, 26 mai 1940, p. 3. [L.V.]
A propos du livre d'Edmond Vermeil sur l'Allemagne (1940), défend Nietzsche.
Note: "Dans sa recherche des sources du nazisme, M. Edmond Vermeil rencontre la philosophie de Nietzsche et dénonce en elle une offensive de grand style contre l'Occident. Combien cette thèse n'eût-elle pas révolté le premier éditeur français de Nietzsche, cet Henri Albert, qui ne se lassait pas, au contraire, de montrer le philosophe de Zarathoustra sous le jour d'un Occidental passionné, d'un irréductible ennemi de la vraie Kultur teutonne. Il est possible, au demeurant, que ce soit M. Vermeil qui ait raison, mais ne va-t-il pas un peu loin quand il attribue à Nietzsche la préfiguration de Hitler et de l'hitlérisme! «Ce qu'on entrevoit, écrit M. Vermeil, à travers le surhumanisme de Nietzsche, vrai triomphateur de ce demi-siècle antérieur à la guerre mondiale, c'est l'apologie de la vitalité allemande, surtout l'idée d'une société future que l'Allemagne construirait sur le principe du chef qui commande, de l'élite qui le soutient et des masses qui suivent». Je veux bien, mais quelle image différente de celle qu'offrent aujourd'hui la Croix gammée et le troisième Reich Nietzsche ne se formait-il pas de son Führer, de son élite et de ses masses?
Jusqu'à quel point faisait-il fond sur l'Allemagne pour donner à l'Europe le spectacle d'une société idéale idéalement conduite? J'incline à croire qu'il n'attendrait rien d'idéal de ses compatriotes qu'il a toujours sévèrement jugés. Et ce serait la plus cruelle ironie du sort qu'on puisse imaginer que cette aristocratique philosophie du surhomme aboutissant à ce que nous voyons".
Ce passage reproduit et commenté par Charles Maurras dans un article du 30 mai 1940 dans L'Action française.
MAURRAS Charles, "La politique", in L'Action française, 30 mai 1940, p. 1-2. [L.V.]
Contient: "III Distinctions de Nietzsche" (p. 1)
Cite un article de Maurice Muret sur Edmond Vermeil, L'Allemagne (1940) et reproduit le passage sur Nietzsche. Note:
"Le débat est laissé dans cette indétermination élégante. Ne pouvons-nous pas essayer de le résoudre pourtant? Quelque imbécile va crier que je veux soutenir une « thèse ». Non. Je cherche une solution. Est-ce impossible?
Si l'on pose la question du germanisme comme il faut la poser [...], l'affaire se réduit, se concentre dans ce que nous avons appelé le Narcissisme allemand. [...]
Ce Germanisme narcissiste, ce Germanisme courant, qui a été appelé un schisme de l'esprit humain est-il celui de Nietzsche ?
Quiconque a ouvert les pages critiques de ce Germain lyrique sait bien que non. Il n'était pas fichtéen, il aspirait de toute la force de sa critique à la communion de l'esprit français, de l'esprit classique, de l'esprit gréco-latin, tel qu'il se les représentait. Certes, sa façon de comprendre nos maîtres, qu'il s'agît de Sainte-Beuve ou d'Aristote, de Platon, de Taine ou de Renan, était extrêmement éloignée d'être la nôtre. Assis sur les mêmes bancs que lui, nous le traitions de barbare à chaque mot prononcé par lui. Mais il ne voulait pas être barbare, lui, se faisant presque une règle et une loi de ne l'être point. Le pays plat de l'Europe n'était pas le sien. Il ne ménageait point à ses compatriotes les censures ni les brocards essentiels." (p. 1)
Le baron Crime, "En marge de «Carmen» par Frédéric Nietzsche", in L'Ordre, 8 juin 1940, p. 4.
Discute les gloses marginales de Nietzsche sur la partition de Carmen, publiées par Hugo Daffner.
DEVAUX Pierre, "Vivrons-nous un « retour éternel » ?", Les Nouveaux temps, 12 novembre 1940, p. 3. [L.V.]
Discute la théorie de Nietzsche, évoque Abel Rey, puis présente les avancées scientifiques à ce sujet.
DUHAMEL Georges, "Souvenirs d'un ancien ami de l'Allemagne", in L'Ordre, 7 février 1940, p. 4. [L.V.]
Texte intégral d'une conférence prononcée à Conferencia.
Il y avait Wagner, Schiller, Goethe, Heine...
"Et c’est à cet instant précis que Friedrich Nietzsche apparut dans notre lumière. Il était mort en 1900. On venait de le traduire en français. Tous nos commentateurs entreprenaient de le labourer en long et en large. Il retentit à nos oreilles et, aussitôt, nous fûmes convaincus et conquis. Je ne crois pas m’aventurer en disant que, pour beaucoup de jeunes Français lettrés, vers les premières années du siècle, Nietzsche apportait une sonorité poétique dont nous avions grand désir et grand besoin.
Est-ce à dire que nous manquions de poètes ? Oh ! que non pas ! La France ne laissait pas de se couvrir de gloire en ce domaine. Après Verlaine, Rimbaud, Mallarmé, s’élevait le chant de Claudel, dans la première fleur de son génie; mais Nietzsche, avec son tour apocalyptique et vaticinateur, fournissait comme une réplique intellectuelle à ce Wagner qu’il avait, justement, tant aimé et tant haï.
Pour que le monde fût le monde, il fallait qu’un Nietzsche parût, et ce Nietzsche venait de paraître. Quand nous sortions du concert dominical, encore enivrés de la Septième Symphonie ou de Parsifal, nous tâtions, dans la poche de notre paletot, le gros volume jaune où étaient imprimées les pensées de Zarathoustra, et nous estimions, naturellement, que le peuple qui avait engendré de tels musiciens et de tels poètes était au petit nombre de ceux que l’on pouvait considérer comme les artisans de la civilisation véritable ; nous pensions que le peuple de Beethoven, de Wagner et de Nietzsche — pour ne citer que ces trois noms — avait le droit de faire la conquête pacifique du monde, cette conquête que tous les peuples producteurs de génie peuvent accomplir en même temps, sans absurde rivalité, sans conflits, sans massacres, sans larmes, sans canons et sans torpilles [...]".
RAPPOPORT Charles, "Le calendrier philosophique. Une idée par jour (4)", in Les Hommes du jour, 29 février 1940, p. 13-14. [L.V.]
Jugements sur Nietzsche.
Suite (voir le numéro du 10 octobre 1939)
MAURIAC François, "Le règne de la peur et l'adoration de la force", in Paris-soir, 26 mars 1940, p. 2. [L.V.]
NAUDEAU Ludovic, "Vaincre ou mourir", in L'illustration, n°205, 1940, p. 18-20.
WAHL Jean, "Cheminements et carrefours, par R. Bespaloff", in Revue philosophique de la France et de l'étranger, janvier-juin 1940, p. 86-104.
BENDA Julien, "L'Allemagne et l'esthétique de la barbarie", in Marianne, 22 mai 1940, p. I, 2.