Bibliographie inédite des publications sur Nietzsche de 1868 à 1940 (Laure Verbaere et Donato Longo)
1919-1940: BIBLIOGRAPHIE ET COMMENTAIRES DE DONATO LONGO
RYNER Han, "Nietzsche contre la barbarie allemande, par C. Spiess", in La Revue de l'époque, n°4, 5 janvier 1920, p. 184-185.
Dans ce compte-rendu de l’ouvrage de Camille Spiess, Ryner prend la défense de Nietzsche contre ses détracteurs qui l’accusent de pangermanisme. Mais Ryner reste méfiant à l’égard de la « volonté de puissance » nietzschéenne dans laquelle il voit, sinon la justification de la Grande Guerre, au moins l’appel au conflit à la fois moral et social. -[Don Longo, 2014]
SCHURE Edouard, "La faillite du surhomme", Revue mondiale, vol. 134, n°5, 1er mars 1920, p. 29-39. [L.V.]
Cet article forme la préface du livre d'Emilie Sirieyx de Villiers, La Faillite du surhomme et la psychologie de Nietzsche, 1921.
HALEVY Daniel, "Sur un ami de Nietzsche", in L'Opinion, 10 avril 1920, p. 408-410.
L’article dans L’opinion est une étude sur l’amitié entre Nietzsche et Jacob Burckhardt. L’image de Nietzsche qui ressort de l’article est la même que celle dans sa biographie de 1909: Nietzsche n’avait qu’une seule passion et une seule souffrance – la haine de la médiocrité; la vie du philosophe n’avait été en fin de compte que le calvaire de l’homme noble. -[Don Longo, 2014]
MARITAIN Jacques, "La théorie du surhomme", in Revue universelle, 1er mai 1920, p. 354-359.
L’article de Maritain sur l’idée du surhomme reflète ses premières positions catholiques et suit la ligne politique de la revue. Maritain est contre l’homme conçu comme être autonome, dirigé par sa seule volonté, c’est-à-dire l’homme de Nietzsche, de Rousseau et de Hobbes. Il prend la défense de l’homme comme être spirituel: « les vrais surhommes ce sont les saints ». Dans cet article, on trouve les débuts de « l’humanisme intégral » qui deviendra la thèse centrale de sa philosophie. L’article est écrit sous forme de dialogue platonicien entre deux personnages : Philonous et Théomas. -[Don Longo, 2014]
La Revue universelle est un périodique paraissant du 1er avril 1920 à juin 1940, fondé par Jacques Bainville et Henri Massis. Elle fut nationaliste (royaliste et catholique) donc proche de L'Action française. Traversée par de forts courants d’antigermanisme, surtout pendant les années 1920, la revue soutient l’occupation de la Rhénanie et le développement d’une alliance avec l’Italie fasciste. Henri Albert fut collaborateur à la revue. Après la défaite de 1940, elle s’aligna avec les positions du pétainisme et le régime de Vichy.
Sur le périodique, voir: Christine Foureau, La Revue universelle (1920-1940): Aux origines intellectuelles du pétainisme, Princeton University Press, 1999. -[Don Longo, 2014]
CLAUZEL Raymond, "La Faillite du Surhomme par Mme Sirieyx de Villers", in Eve, 5 juin 1920, p. 4. [L.V.]
Eloge du livre d'Emilie Sirieyx de Villers sur Nietzsche.
Commence en soulignant: "Ce livre remarquable, La Faillite du Surhomme et la Psychologie de Frédéric Nietzsche, est écrit par une femme. Dans la poésie et le roman, les écrivains féminins abondent. La philosophie, l’histoire comptent moins de servantes, et de lecteurs aussi, il faut bien le dire. Raison de plus, pour accorder une attention spéciale à la femme penseur qui a entrepris de regarder face à face le Zarathoustra germanique".
BAUMAL Francis, "Du nietzschéisme", in Revue mensuelle des lettres françaises, 1er septembre 1920, p. 187-195. [L.V.]
A propos de l'influence de Nietzsche, des livres de Camille Spiess et du livre de N. Klugmann et B. Latzarus.
ALBERT Henri, "Sous le masque de Zarathoustra", in La Revue Universelle, 1er octobre 1920, p. 98-101.
Cet article de 1920 est un compte-rendu de l’ouvrage de Hermann Hesse, Zarathustras Wiederkehr: Ein Wort an Die Deutsche Jugend und Andere Denkschriften Gegen Den Radikalismus Von Rechts und Links (Berlin, S. Fischer, 1920). Dans le livre, Hesse se sert de l’image de Zarathoustra pour s’adresser à la jeunesse allemande pour lui dire, selon Albert, « de dures vérités ». Le livre de Hesse, constate Albert, « ne fait que confirmer la thèse de notre [Charles] Maurras », c’est-à-dire, que l’Allemagne est incapable de tolérance, puisqu’elle souffre « d’un ‘individualisme excessif » et de « militarisme ». L’article fut donc tout à fait dans la ligne éditoriale de la Revue universelle de l’époque. -[Don Longo, 2014]
DERMENGHEM E., "La faillite du surhomme, par E. Sirieyx de Villiers", in La Connaissance, n°10, novembre 1920, p. 973.
Ce compte-rendu fut publié avant même que le livre de Sirieyx de Villiers soit sorti en librairie. Dermenghem ne donne aucun jugement personnel sur Nietzsche, préférant résumer les thèmes abordés par le livre qui marque, selon lui, un détournement du nihilisme nietzschéen. L’auteur a « la foi en l’invisible », et se détourne du côté destructeur, matérialiste et anti-chrétien de Nietzsche. -[Don Longo, 2014]
BARRES Maurice, "Nietzsche, Wagner et les dieux du Nord", in L'Echo de Paris, 8 novembre 1920, p. 1. (L.V.)
FARGUES Paul, "Un grand ouvrage sur Nietzsche", in Revue chrétienne, 4e série, octobre-décembre 1920, p. 303-306.
Compte-rendu de la biographie de Nietzsche par Charles Andler.
MASSON G. -A., "Nietzsche et la pensée grecque, par N. Klugmann et B. Latzarus", in Le Carnet critique, n°18, décembre 1920, p. 25-33.
L'article est un compte-rendu, d’ailleurs très favorable, du livre de Klugmann et Latzarus. L’article passe en revue les thèses majeures des auteurs sur l’hellénisme nietzschéen, mais à la différence de ces auteurs, il conclut que Nietzsche, bien qu’il « aspire la clarté et à la force des civilisations antiques », néanmoins « traîne […] la lourde ‘culture’ des Germains » (p. 32). -[Don Longo, 2014]
Anonyme, ""La théorie du surhomme", par J. Maritain", in La connaissance, n°5, 1920, p. 465-466.
Dans ce petit compte-rendu de l’article de Maritain, la revue donne un sommaire des idées énoncées par l’auteur. Nietzsche n’est pas mentionné. -[Don Longo, 2014]
La connaissance fut une revue littéraire paraissant entre 1920 et 1922. Parmi ses collaborateurs se trouvent André Malraux, Emile Derminghem, Luc Durtain, Khalil Gibran et Maurice Martin du Gard. -[Don Longo, 2014]
MURET Maurice, "La «Philosophie de guerre» allemande. Les idées de M. Wundt", in Journal des Débats, 27 février 1920, p. 2-3. [L.V.]
Critique les idées de Wundt sur Nietzsche (p. 3). Il "a fait main basse sur le nietzschéisme". Conclut: "Reste à savoir si l'idée du devoir contenue dans la formule du Surhomme coïncide avec l'idée du devoir patriotique et prussien telle que l'entend M. Wundt. Il n'en doute pas, mais tous ceux qui ont lu Nietzsche sans parti pris en doutent fort. Ils se rappellent et l'on ne saurait trop le rappeler que Nietzsche a écrit ces mots prophétiques : « Les Allemands sont un peuple dangereux, ils s'entendent à se griser » et qu'on lui doit aussi cette déclaration péremptoire : « L'Allemagne, l'Allemagne au-dessus de tout, c'est peut être le mot d'ordre le plus stupide qui ait jamais été donné. » Gardons à Nietzsche, pour avoir si bien parlé, toute notre estime et prenons en pitié ce pauvre M. Wundt qui s'essaye à le défigurer, d'ailleurs sans y parvenir. Nietzsche était un brillant sophiste allemand, c'est entendu; mais il était aussi un bon Européen. Et c'est en vain qu'un autre sophiste allemand qui ne lui va pas à la cheville s'épuise à démontrer qu'il fut un méchant pangermaniste."
LARIVIERE Pierre, "Un homme au temps des sous-hommes. Han Ryner", in L'Art libre, 15 mars 1920, p. 66-67.
LARIVIERE Pierre, "Han Ryner", in L'Art libre, 1er avril 1920, p. 80-81.
Les articles de Larivière font l’éloge de l’anarchiste Han Ryner dont « la philosophie […] aboutit à l’individualisme le plus transcendant ». L’auteur fait une comparaison entre Ryner et Nietzsche dans le numéro d’avril: Larivière avoue qu’il est lui-même amateur « du poète de Zarathoustra », mais constate que, bien que Nietzsche et Ryner « marchent longtemps côte à côte », ce dernier reste plus grand que Nietzsche « car Nietzsche aboutit à l'incohérence, à la haine, à la tyrannie, à la folie », alors que « le second aboutit à l'harmonie, au communisme libertaire, à l'amour, à la sagesse sereine, à la joie! » (no du 1er avril, p. 81). -[Don Longo, 2014]
CHESTERTON G. K. , "Le suicide de la pensée", in Revue universelle, t. 1, n°2, 15 avril 1920, p. 177-186. [L.V.]
Sur Nietzsche (p. 182-185)
Extrait: "Nietzsche peut très bien servir de type pour définir dans son ensemble l’échec de la violence abstraite. Le ramollissement du cerveau dont il finit par être atteint ne fut pas un accident physique. Si Nietzsche n'avait pas fini dans l’imbécillité, le nietzschéisme aurait fini dans l’imbécillité. Celui qui pense orgueilleusement dans la solitude finit par l’'idiotie. [...]
Au moment où j'achève cette description des maux qui nous menacent, se dresse devant moi une pile de livres modernes que j'ai feuilletés pour mon travail: une pile d’ingénuité, une pile de futilité. Détaché de tout cela, je puis voir l’écrasement de toutes ces philosophies d’un Schopenhauer, d’un Tolstoï, d’un Nietzsche, d’un Shaw, aussi clairement que l’on peut voir d’un ballon l’écrasement d’un train. Ils sont tous en route vers le désert de l’asile. Car la folie peut être définie: se servir de l’activité mentale pour atteindre la faiblesse mentale et celle-ci, ils l'ont presque atteinte."
Parallèle entre Nietzsche et Jeanne d'Arc.
SARCEY Yvonne, {Lettres de la cousine}, in Annales politiques et littéraires, 2 mai 1920, p. 379-380. [L.V.]
A propos de l'éducation des enfants, déplore: "Il est un mode d'éducation tout à fait exaspérant et dont, par ces temps de snobisme, vraiment on abuse... Une fillette tient a peine sur ses jambes que déjà on songe à lui inculquer le sentiment de l'Art..., Art avec un grand A, bien entendu... [...]
Beaucoup de petites filles de ma connaissance ont, de cette façon et de bien d'autres perdu le naturel qui est la grâce même de l'enfance... Trop tôt on leur bourra le crâne de choses auxquelles, heureusement, elles ne comprennent rien... Elles entendent autour d'elles les subtilités qui sont à la mode, ou il entre des quintessences littéraires, du mysticisme mêlé au réalisme le plus étrange, et dont se servent surtout certaines initiées qui, ayant une culture superficielle et un appétit maladif du rare, se prennent pour des philosophes parce que, avec Nietzsche, elles ont entendu parler Zarathoustra...,, ou pour des esthètes parce que le Ruskinisrne, le Cubisme, le Dadaïsme, l'Erick Satisme, et tous les autres ismes les trouvent au garde à vous!... Déplorables dans leur préciosité, enfantines dans leurs emballements et puériles dans l'expression de leurs admirations, elles ont ce travers, le seul grave à mon avis, de vouloir infuser à l'enfant la maladie de leur snobisme". (p. 379)
GAULTIER Jules de, "La guerre et les destinées de l'art", in
Le Monde nouveau, août 1920, p. 1898-1912.
Dans cet article de 1920, il poursuit les réflexions commencées vingt ans auparavant dans son livre De Kant à Nietzsche (Paris, Mercure de France, 1900, rééd. 2006). Il parle longuement
de son ouvrage précédent. -[Don Longo, 2014]
SPIESS Camille, "Humanisme et individualisme", in Un, août 1920.
L’article prolonge les réflexions de Spiess sur l’humanisme nietzschéen, commencées autour de 1900 et qui continueront jusqu’à sa mort. « J’ai trop aimé Nietzsche », dira-t-il plus tard, en 1942, « que je considère comme mon père spirituel ». -[Don Longo, 2014]
DELORME Hugues, "Epître familière à Mme Héra Mirtel", in Le Figaro, 13 août 1920, p. 1. [L.V.]
Se moque d'Héra Mirtel qui cite Nietzsche en buvant du thé...
COLIN Paul, "L'effort vers la liberté", in L'Art libre (Bruxelles), n°14, octobre 1920, p. 179.
Dans l’article, Colin se sert de Nietzsche pour s’opposer à la morale conventionnelle, ennemie de la liberté vraie: « Nietzsche a certainement rendu un émulent service à la pensée en poussant jusqu'au bout ses lumineuses découvertes […] (grâce à lui, en partie) l'affranchissement moral peut être aujourd'hui regardé comme le premier échelon dans la marche à la liberté. » (p. 179). -[Don Longo, 2014]
AUREL, "L'influence réciproque de la Littérature Française et des Littératures Étrangères", in L'Europe nouvelle, n°45, 5 décembre 1920, p. 1799. [L.V.]
Enquête. Réponse d'Aurel qui évoque Nietzsche: "Parmi les auteurs étrangers, c'est Nietzsche qui fouette le mieux mon courage d'esprit. Mais qu'il est peu viril, par l'angoisse. Comme il accentue en moi le halètement féminin! Comme il décerne peu les sérénités mâles! Cet homme n'est bien que sur-féminin".