Bibliographie inédite des publications françaises sur Nietzsche 1868-1940 (Laure Verbaere et Donato Longo)

1868-1910: BIBLIOGRAPHIE ET COMMENTAIRES DE LAURE VERBAERE

 

(en savoir plus)

1894


Articles qui évoquent Nietzsche


Anonyme, {Bibliographie}, in Revue Blanche, tome 6, n˚27, janvier 1894, p. 86.

Compte-rendu de Karl Adolf Brodtbeck, Geistesblitze grosser Maenner für freie Denker gesammelt : "Réunion de maximes, de pensées et d'aphorismes recueillis avec goût et classés méthodiquement. Bonne occasion de reprendre contact avec Heine et Bismarck, Goethe et Nietzsche". [2]

 

Anonyme, "Das Problem. Grundzüge einer Analyse des Realen, par Paul Weisengrün", in Revue de métaphysique et de morale, tome II, supplément de janvier 1894, p. 3.

Evoque une parenté des idées de l'auteur avec celles de Nietzsche.

 

BERNARDINI Léonie, « En Scandinavie », {Voyages}, in Revue hebdomadaire, tome 20, n°87, 20 Janvier 1894, p. 221-241.

Cite longuement la fin de la conférence de Georg Brandes sur Nietzsche à Copenhague en 1889.(p. 239-240).

 

ALBERT Henri, {Journaux et revues}, in Mercure de France, tome 10, n˚50, février 1894, p. 184-189.

Henri Albert traduit un long extrait de M. E. Horn, La Liberté de l'Egoïsme, qui finit ainsi : "Nous, les hommes libres, nous sommes anarchistes, puisque nous nous gouvernons nous même et que nous n'avons pas besoin du gouvernement des autres. Nous ne sommes pas "sur-humains", mais nous ne voulons non plus être "sous-humains"" (p. 187).

 

PORTAL Emile, "L'œuvre : Ames solitaires, par Gerhart Hauptmann", {Les théâtres}, in L'Ere Nouvelle, février 1894, 313-316.

Déplore : "Des littérateurs qui s'exercent depuis quelques temps à prononcer en extase le nom de Nietzsche et qui sont possédés d'Ibsen ont éclairci Ames solitaires à l'aide de Rosmersholm préalablement saturé d'individualisme aristocratique. L'originalité d'Hauptmann n'y a pas gagné" (p. 315).

 

PORTAL Emile, "La Revue Blanche", {Revue des revues}, in L'Ere Nouvelle, février 1894, p. 319-320.

Se réjouit que la Revue Blanche ait "élargi ou plutôt modifié son esprit au point de vue sociologique. Jusqu'à présent, elle était comme la serre chaude des bons jardiniers de l'individualisme aristocratique, des anarchistes de lettres. Barrès et Nietzsche y régnaient, bien entendu sans y gouverner" (p. 319).

 

Anonyme, "Revue internationale de l'enseignement", in Revue de métaphysique et de morale, tome II, supplément de mars 1894, p. 5.

Remarque que "les deux seuls philosophes", Hartmann et Nietzsche, qui "jouissent d'une véritable popularité" ont "acquis leur réputation hors des Universités".

 

ALBERT Henri, "Au-dessus des forces humaines", {Théâtre de l'Oeuvre}, in Mercure de France, tome 10, n˚51, mars 1894, p. 274-277.

Compte-rendu de la pièce de B. Björnson ; Henri Albert évoque la tentative de Georges Brandès de régénérer la Scandinavie en ébranlant sa foi grâce à "Nietzsche et sa théorie du surhumain" (p. 277).

 

GOURMONT Remy de, "Dernière Conséquence de l'Idéalisme", in Mercure de France, tome 10, n˚51, mars 1894, p. 193-202.

"Nietzsche, le négrier de l'idéalisme, le prototype du néronisme mental, réserve, après toutes les destructions, une caste d'esclaves sur laquelle le moi du génie peut se prouver sa propre existence en exerçant d'ingénieuses cruautés. Lui aussi veut qu'on le connaisse et que l'on approuve sa gloire d'être Frédérik Nietzsche, - et Nietzsche a raison" (p. 201).

 

BOURDEAU Jean, « L’anarchisme révolutionnaire », in Revue de Paris, tome 2, 15 mars 1894, p. 196-224.

Termine son étude par quelques mots sur « les anarchistes de lettres », dont Nietzsche (p. 220).

 

RUYSSEN Théodore, "L'enseignement de la philosophie en Allemagne", in Revue internationale de l'enseignement, t. XXVII, avril 1894, p. 297-319.

Note que le niveau moyen de l'enseignement philosohique allemand "s'est notablement déprimé depuis un demi-siècle. Entre le grand public et les professeurs de philosophie la circulation des idées a cessé d'être active et efficace. Les dernières statistiques accusent une diminution appréciable et régulière du nombre des étudiants en philosophie. La recherche originale s'est retirée du cours public dans la conférence privée, puis de celle-ci dans les livres. Il est remarquable que les deux seuls philosophes qui, à l'heure présente, jouissent d'une véritable popularité, de Hartmann et Nietzsche, ont acquis leur réputation en dehors des Universités. Hartmann n'a jamais enseigné et Nietzsche était professeur de philologie et jamais n'a laissé entendre du haut de sa chaire aucun des brillants paradoxes qui ont soulevé en Allemagne tant d'applaudissements et de colères" (p. 316)

 

MAUCLAIR Camille, "Conférence sur Solness le constructeur", in Mercure de France, tome 11, n˚53, mai 1894, p. 16-27.

Pièce d'Ibsen. Utilisation de "surhumain" en relation avec le génie (p. 22).

 

ALBERT Henri, "Théâtre de vaudeville. Maison de poupée", {Théâtre}, in Mercure de France, tome 11, n˚54, juin 1894, p. 170-173.

Pièce d'Ibsen. Dans le cours du compte rendu, Henri Albert évoque l'"intervention de quelque chose de surhumain" (p. 171).

 

TAILHADE Laurent, "L'ennemi du peuple", in Mercure de France, tome 11, n˚ 54, juin 1894, p. 97-110.

Texte d'une conférence prononcée au Théâtre de l'Œuvre avant la répétition générale et la première représentation, les jeudi 9 et vendredi 10 novembre 1893. Tailhade rappelle la vague de traductions de littératures du Nord dont Nietzsche (p. 100).

 

HERR Lucien, "Bruno Wille. - Philosophie der Befreiung durch das reine Mittel", {Philosophie}, in Revue universitaire, tome II, n˚7, 15 juillet 1894, p. 186.

Critique brève et sévère de la pensée, "misérablement plate", et de la forme, "boursouflée et grandiloquente". "Quant aux tendances, c'est un individualisme antiétatiste qui se réclame d'Ibsen et de Nietzsche".

 

MAUCLAIR Camille, "Chants de la Pluie et du Soleil, par Hugues Rebell", {Les livres}, in Mercure de France, tome 11, n˚56, août 1894, p. 385.

"M. Rebell s'est épris de l'individualisme absolu de Nietzsche, et est allé vers une aristocratie cruelle, un paganisme esthétique et violent, un matérialisme jouisseur qui l'entraîne de plus en plus".

 

Anonyme, "Ossit", {Instantanés}, in Le Figaro, n°236, 24 août 1894, p. 1.

Compte-rendu du roman Ilse signé Ossit, pseudonyme de la Baronne Madeleine Deslandes, auparavant Comtesse Fleury. Remarque qu'il n'y a pas de femme à Paris "connaissant aussi à fond la philosophie de Schopenhauer et de Nietzsche qu'elle a étudiées en allemand".

 

MAUCLAIR Camille, "Un projet d'Association artistique", in La Cocarde, 24 septembre 1894, p. 1-2.

Raconte: "Les journaux annonçaient, il y a quelques jours, qu’un groupe d'artistes et d’écrivains vient de constituer en Allemagne une société, un cercle et une revue sous le titre général de Pan."

Encourage la solidarité intellectuelle: "Pourquoi ne donnerions-nous pas la main à ces hommes? Il s’est levé en France depuis dix ans une génération d'esprits libres, d’individualistes résolus à sauvegarder l’aristocratie de la pensée, la seule digne, la seule valable, et qu’il faut défendre contre l’égalitarisme jusqu’aux dernières ressources. Cette génération a tâtonné. Elle a moins produit que ses aînés, parce qu'elle s’est contentée moins aisément, parce que le succès et l’engouement public ne la tentaient point, parce qu’elle cherchait plus loin et plus haut. Les quelques œuvres qu’elle a montrées valaient plus peut-être que la masse des productions antérieures. Plus de sensibilité et plus d’art y sont discernables. Celte génération aussi se préoccupait de son affranchissement moral, essayait de maintenir son caractère à la hauteur de son esthétique, et de créer des consciences. Même ses essais irréalisés faciliteront des réalisations futures. Aujourd'hui cette génération, malgré l'hostilité des hommes en place et l’obstination de la routine, est parvenue à se constituer libre et savoureuse sans sécheresse de cœur, passionnée sans irréflexion, espérante sans duperie, confiante dans les forces immanentes de la vie pour exister et laisser des traces hautaines de son passage. Grâce à Dieu, nous ne sommes plus quelques-uns en France à rejeter le scepticisme, à désavouer le laisser-faire et à protester contre l'amoindrissement systématique de l’individu! Eh! bien, puisqu'il existe, cet esprit nouveau, qui étonnera peut-être plus qu’on ne pense l'autre, qu'on invoque dans les milieux bien pensants, pourquoi ne pas lui donner la sanction suprême en appelant à nous, partout où des intellectuels travaillent, ceux qui pensent comme nous?" (p. 1-2)

 

 

Pour la philosophie et la morale, souligne "la renommée et de l’universelle importance des écrits d’un Frédéric Nietzche" (p. 2).

 

WYZEWA Teodor de, "Littérature wagnérienne (suite). Le Drame wagnérien par H. S. Chamberlain (Chailley)", {Les livres nouveaux}, in Revue bleue, tome 2, n˚13, 29 septembre 1894, p. 409-411.

Evoque les relations entre Wagner et Nietzsche (p. 409).

 

COURRIERE B. de, "César Antéchrist. Paraphrase", in Mercure de France, tome 12, n˚58, octobre 1894, p. 158-161.

A propos d'Alfred Jarry, César Antéchrist : "Il (l'Antéchrist) sera le triomphe du Néronisme, la plus complète réalisation d'un esprit tel que le font entrevoir les Nietzsche, -philosophe comme Frédéric II, dilettante, cabotin et féroce comme Néron" (p. 160-161).

 

MAZEL Henri, "Le danger", in L'Ermitage, 9, novembre 1894, p. 273-279.

Salue les idées et le succès de Nietzsche qui représente "une lueur d'espoir contre la "Bassesse"" (p. 276).

 

STIRNER Max, "Les hommes de l'ancien temps", in Mercure de France, tome 12, n˚59, novembre 1894, p. 210-221.

Le traducteur, Henri Albert remarque en note et entre parenthèses : "(le volume porte 1845, mais il parut en octobre 1844 - date de la naissance de Nietzsche!)" (p. 211).

 

ALBERT Henri, "Auguste Strindberg", in Revue Blanche, tome 7, n˚38, décembre 1894, p. 481-498.

A la demande d'Elisabeth Förster-Nietzsche, insère une note rectificative concernant son article publié dans la Revue Blanche de novembre 1894 (p. 498).

 

LEMAÎTRE Jules, « De l’influence récente des littératures du Nord », in Revue des Deux Mondes, tome 126, 46e année, 15 décembre 1894, p. 847-872.

Evoque Nietzsche: "[...] depuis dix ans, tandis que M. Gérard Hauptmann paraissait s'inspirer de M. Émile Zola, et M. Auguste Strindberg de M. Alexandre Dumas fils, et que Nietzsche reproduisait les rêveries maladives des Dialogues philosophiques de Renan; d'un autre côté, M. Paul Bourget nous affranchissait du naturalisme, et la plus large sympathie et la préoccupation morale ou religieuse rentraient dans notre littérature. Tout le sérieux, toute la substance morale de George Eliot semblent avoir passé dans les profondes études de M. Bourget, dont les derniers romans sont, en maint endroit, des récits piétistes. Maupassant lui-même s'attendrissait visiblement et devenait plus « grave » quand la mort vint le prendre. Et la même gravité, et la pitié des romanciers russes, et le don qu'ils ont de nous faire sentir, autour des médiocres drames humains, les ténèbres et l'inconnu, tout cela donne un très grand prix aux livres singulièrement sincères de M. Paul Margueritte. Quant à l'idée de la mort, je ne pense pas que jamais écrivain en ait été plus intimement pénétré que Pierre Loti." (p. 869).

Poursuit et reconnaît: Je crois bien que je donne depuis quelques minutes dans le chauvinisme littéraire. Disons plus équitablement: - Ces échanges et ces reprises d'idées entre les peuples, on les a vues de tout temps, et encore plus depuis que la rapidité et la facilité des relations commerciales ont entraîné celles des relations intellectuelles. Tantôt, nous avons emprunté aux autres peuples; et nous avons imprimé à ce que nous tenions d'eux un caractère européen: tels les emprunts de Corneille ou de Lesage aux Espagnols. Tantôt, et plus souvent, comme nous sommes curieux et bons, nous leur avons repris, sans le savoir, ce que nous leur avions nous-mêmes prêté Ainsi au XVIIIe siècle nous avons découvert les romans de Richardson, qui avait imité Marivaux. Ainsi nous avons retrouvé chez Lessing ce qui était dans Diderot, et chez Gœthe beaucoup de ce qui était dans Jean-Jacques; et nous avons cru devoir aux Allemands et aux Anglais le romantisme que nous avions déjà inventé" (p. 871).

Se demande combien de temps durera la "septentriomanie" et conclut: "Qui vivra verra. En attendant, dépêchez-vous d'aimer ces écrivains des neiges et du brouillard; aimez-les pendant qu'on les aime, et qu'on y croit, et qu'ils peuvent encore agir sur vous, comme il faut se servir des remèdes à la mode pendant qu'ils guérissent. Car il se pourrait qu'une réaction du génie latin fût proche." (p. 872)