Bibliographie inédite des publications sur Nietzsche 1868-1940 (Laure Verbaere et Donato Longo)
1919-1940: BIBLIOGRAPHIE ET COMMENTAIRES DE DONATO LONGO
BESPALOFF Rachel, Cheminements et carrefours: J. Green, A. Malraux, G. Marcel, Kierkegaard, Chestov devant Nietzsche, Paris, Vrin, 1938.
VERMEIL Edmond, Les doctrinaires de la révolution allemande 1918-1938, Paris, Sorlot, 1938.
Voir "Le pangermanisme et la philosophie de Nietzsche" (p. 25-33).
WAHL Jean, Etudes kierkegaardiennes, Paris, Aubier, 1938.
Sur Nietzsche et Kiekegaard (p. 429-433, 726-727 et 734-736).
CAILLOIS Roger, Le mythe et l'homme, Paris, Gallimard, 1938.
TOUCHARD P. A., Dionysos: apologie pour le théâtre, Paris, Aubier, 1938.
BAILLOT A., "La pensée française contemporaine et Schopenhauer", in L'Age nouveau, janvier 1938, p. 9-15.
LAVELLE Louis, "La puissance apparente et la puissance vraie", {La philosophie}, in Le Temps, 7 janvier 1938, p. 3. [L.V.]
Compte-rendu de La Volonté de puissance dans la nouvelle édition et traduction de Geneviève Bianquis.
GORKI Maxime, "Notes sur le philistinisme", in La littérature internationale, n°3, 1938, p. 117-125.
Sur Nietzsche (p. 119-120).
DUMONT-WILDEN Louis, "De Nietzsche à Hitler ou le désarroi de l'esprit allemand", in L'Ordre, 22 février 1938, p. 1-2. [L.V.]
Se demande si sa génération n'a pas joué aux apprentis sorciers en acclamant Nietzsche comme guide. Evoque sa jeunesse. S'accorde avec Maurice Muret (Le désarroi de l'esprit allemand, 1937) pour dénoncer l'appropriation de Nietzsche par les nazis.
FERDY Camille, "Une correspondance", in Le Petit provençal, 18 avril 1938, p. 2. [L.V.]
"Le célèbre philosophe allemand Frédéric Nietzsche fut-il le grand prophète du nazisme d’aujourd'hui, comme se plaisent à le proclamer si souvent M. Hitler et les doctrinaires hitlériens?
Nous avons maintes fois prouvé combien était peu fondée celte prétention hitlérienne en montrant que l'auteur d'Ainsi parlait Zarathoustra détestait l'Allemagne et méprisait les Allemands, en montrant aussi et surtout qu’il condamnait toutes les absurdités et toutes les infamies qu'exaltent les maîtres actuels du Reich naziste: le racisme, le bellicisme, le militarisme, le nationalisme, le pangermanisme, l'antisémitisme.
Oui, Nietzsche condamnait tout cela, avec la plus grande netteté et avec la plus grande vigueur, dans sa correspondance où il se confiait farouchement et librement à sa mère, à sa sœur, à ses amis.
Pour le constater, il suffit de parcourir le recueil de Lettres choisies qui, traduit par M. Alexandre Vialatte, vient de paraître aux Editions de la Nouvelle Revue Française: 147 lettres écrites par Nietzsche de novembre 1868 à décembre 1888."
Donne quelques extraits à l'appui.
FERDY Camille, "Autres lettres", in Le Petit provençal, 19 avril 1938, p. 2. [L.V.]
Suite à son article du 18 avril 1938, à propos des Lettres choisies de Nietzsche (trad. Alexandre Vialatte), "pour souligner que le nazisme hitlérien ne saurait sérieusement invoquer l'esprit nietzschéen à l'appui de ses abominables doctrines".
FERDY Camille, "Ecce Homo", in Le Petit provençal, 20 avril 1938, p. 2. [L.V.]
Signale la publication dans la nouvelle traduction par Alexandre Vialatte.
Cite des extraits qui montrent l'incompatibilité entre l'hitlérisme et Nietzsche: son amour pour la France et sa détestation de l'Allemagne.
FERDY Camille, "Contre le racisme", in Le Petit provençal, 21 avril 1938, p. 2. [L.V.]
Multiplie les citations de Nietzsche pour en arriver toujours à la même conclusion: "On n’aurait pas un mot à changer pour appliquer cette si juste condamnation nietzschéenne à l’abominable racisme antisémite qui est le principal article de l’actuel programme hitlérien dans le Reich allemand devenu, depuis le rapt de l'Autriche, le Grand Reich."
FERDY Camille, "Pour conclure", in Le Petit provençal, 22 avril 1938, p. 2. [L.V.]
Nouvelles citations d'Ecce homo. Conclut:
"Voilà qui est net. Nietzsche se flattait d’écrire non avec des mots mais avec des éclairs.
Parmi les vingt volumes à travers lesquels son style merveilleux a projeté ses lumineux rayons, nous n'avons eu qu'à en ouvrir un particulièrement significatif et à le parcourir rapidement pour montrer clair comme le jour que les idées et les sentiments nietzschéens étaient absolument à l'opposé de l'intolérance et du fanatisme qui animent les racistes d'aujourd'hui.
Décidément — et ce sera notre conclusion — M. Hitler et les hitlériens auraient bien fait de lire les œuvres de Nietzsche avant de songer à se réclamer de lui."
SIMOND Daniel, "Nietzsche et le rationalisme français", in Cahiers du Sud, mai 1938, p. 357-361.
HALEVY Daniel, "Lettre à Julien Benda à propos de Nietzsche", in Bulletin de l'Union pour la vérité, décembre 1937-juin 1938, p. 183.
Anonyme, "E. Morselli. Nietzsche "bon Européen"?", in Revue philosophique de la France et de l'étranger, janvier-juin 1938, p. 459.
NICOLAS Marius-P., "Lettre à Gide sur Nietzsche et le Christ", in Nouvelle Revue française, 1er juillet 1938, p. 155-157.
BREHIER Emile, "H.-L. Miéville - Nietzsche et la volonté de puissance", in Revue philosophique de la France et de l'étranger,t. 63, juillet-décembre 1938, p. 126.
CLAPAREDE-SPIR Hélène, "Nietzsche contre la guerre et l'antisémitisme", {Correspondance}, in Le Temps, 7 août 1938, p. 4. [L.V.]
Reproduction d'une lettre (signée H. C. S.) adressée au journal. Contient des extraits des œuvres et des lettres de Nietzsche qui témoignent qu'il était contre la guerre, contre l'antisémitisme, pour les Juifs. Avec des passage du livre (Der einsame Nietzsche) d'Elisabeth Förster- Nietzsche.
Marius-Paulin Nicolas réagit à cette lettre en signalant la publication de son livre: De Nietzsche à Hitler. (voir {Correspondance}, in Le Temps du 14 août 1938)
Une version augmentée de cette lettre, avec le même titre et les mêmes initiales, est publiée dans L'essor (Genève) du 19 août 1938, p. 3.
Egalement commentée et reprise par Th. Ruyssen dans La Paix par le droit, octobre 1938.
MIOMANDRE Francis de, "Retour à Héraclite par Nietzsche", in Les nouvelles littéraires, 10 septembre 1938, p. 1.
SECRETAIN Roger, "A Sils-Maria", in Les Nouvelles littéraires, 17 septembre 1938, p. 8.
Anonyme, "Nietzsches Zarathustra. Gehalt und Gestalt, par Carl Siegel", in Revue de métaphysique et de morale, supplément d'octobre 1938, p. 26.
BARJAC Claude, "Actualité de Nietzsche?", in Triptyque, octobre 1938, p. 13-14. [L.V.]
Constate: "Les dirigeants du troisième Reich, en toute occasion, prétendent s annexer la mémoire de Nietzche. Ils en font un de leurs prophètes. Ils lui empruntent des maximes, des aphorismes, dont ils illustrent leurs théories. Et l'on peut se demander ce que penserait Nietzche de l'utilisation que l'on fait ainsi de son œuvre et de son nom." (p. 13)
Passe en revue les réponses apportées à cette question par Daniel Halévy, Edmond Vermeil, Simon Aberdam, Marius- P. Nicolas.
Conclut par une citation de Nietzsche: "Je frémis en préssentant quels intrus, quels êtres totalement impropres se réclameront un jour de mon autorité." (p. 14)
DUVALDIZIER J., "Rapports de Wagner, de Nietzsche, et de Cosima", in L'age nouveau, octobre 1938, p. 146-153.
M.F., "L'antichristianisme en Allemagne", in Existences, n°17, automne 1938, p. 24-27.
Cet article est peut-être de Maurice Fombeure.
RUYSSEN Th., "Nietzsche contre la guerre et l'antisémitisme", in La Paix par le droit, octobre 1938, p. 364-365.
DUVALDIZIER J., "Rapports de Wagner, de Nietzsche, et de Cosima", in L'age nouveau, novembre 1938, p. 294-307.
HENRIOT Emile, "Le philosophe à l'Opéra", in Le Temps, 14 novembre 1938, p. 1. [L.V.]
A propos d'une exposition sur Bizet. Une vitrine est "consacrée au plus illustre et au plus scandaleux admirateur du musicien, au philosophe Nietzsche" qui "saisit Georges Bizet par le pied et s'en fit une fronde pour tuer le géant Wagner". Détaille les pièces exposées, l'histoire des relations Nietzsche-Wagner. Se souvient qu'au "temps des enthousiasmes juvéniles", wagnérien, la "querelle" l'excitait beaucoup.
Raconte: "Au sortir de l'exposition de l'Opéra, il m'a donc fallu rouvrir Nietzsche, et ses lettres, et le Cas Wagner, autrefois traduit par Daniel Halévy et Robert Dreyfus... J'avoue ma surprise et ma déception - qui d'ailleurs ne diminuent en rien Carmen, ni Wagner, non plus que Nietzsche. Mais enfin, dans le pamphlet de celui-ci, je croyais retrouver des raisons; je n'y vois plus que de la polémique. C'est-à-dire, comme presque toujours, rien du tout".
Reconnaît pourtant: "Et c'est vrai que Wagner opprime, et que dès cinq heures de Parsifal ou de Tristan on sort l'esprit tout à fait à plat et physiquement anéanti. François Mauriac a justement pu dire que, pour lui, se livrer à Wagner, qu'il aime, c'est avaler «une gorgée de poison». - Mauriac, d'accord avec Nietzsche, contre le corrupteur, le déviriliseur Wagner? Le catholique allié de l'antichrétien, sur ce plan?"
Pose la question: "Et Carmen, là dedans? - Je crains que ce chef-d'œuvre n'ait été, pour Nietzsche, au fort du combat, qu'une pierre sous la main: un argument facile d'opposition pour contrebattre l'adversaire. Wagner est le romantique du Nord, l'homme des brumes, le mystique; Bizet sera le classique du Midi, le Méditerranéen, l'homme des cieux ensoleillés, le vivant réaliste et fort, le peintre sans mensonge de la passion fataliste, le serviteur solide et bien portant du vrai... C'est très possible, et même, en fait, c'est exact".
DUVALDIZIER J., "Rapports de Wagner, de Nietzsche, et de Cosima", in L'age nouveau, décembre 1938, p. 17-35.
LICHTENBERGER Henri, {Comptes rendus}, in Revue germanique, 1938, p. 306-309.
MARC Alexandre, "La volonté de puissance, t; II, par F. Nietzsche", in
Archives de philosophie, t. 14, 1938, supplément bibliographique, cahier 2, p; 85-86.
MARC Alexandre, "Die Dichtung Nietzsches, par J. Klein", in Archives de philosophie, t. 14, 1938, supplément bibliographique, cahier 2, p; 85-86.
MIS Léon, "De Nietzsche à Hugo von Hofmannsthal", in Revue germanique, t. 29, octobre-décembre 1938, p. 337-361.
CHESTOV Léon,"De la probité philosophique", in Hermès, janvier 1938, p. 5-36.
LANDSBERG Paul L., "Introduction à une critique du mythe", in Esprit, janvier 1938, p. 512-529.
ROCHER Marg. -L., "Examen des sujets proposés au baccalauréat en 1937", in Les langues modernes, janvier 1938, p. 55-60. [L.V.]
Examen annuel des sujets de Langues Vivantes, proposés au Baccalauréat. A propos du thème et de la version, la Commission note quelques problèmes dont:
"C) Des épreuves dont la difficulté, de pensée ou de forme, dépasse le niveau normal des candidats: un passage de Nietzsche (Caen, juillet, A'), un extrait d'un discours de Hitler (Toulouse, id.) [...]" (p. 56).
LANDSBERG Paul L. et LACROIX Jean, "Dialogue sur le mythe", in Esprit, février 1938, p. 712-722.
BATAILLE Georges, "L'Obélisque", in Mesures, n°2, 15 avril 1938, p. 37-50.
GAUDEFROY-DEMOMBYNES Jean, "Freud, source mystique du romantisme hitlérien", in Mercure de France, 15 juillet 1938, p. 478-483. [L.V.]
Note qu'avec Nietzsche et avant Hitler, "Freud a dénoncé avec force la prétendue « décadence née de notre culture, l’action dégradante que celle-ci exerce sur la personnalité, en opposant des entraves à son libre épanouissement, en lui imposant des refoulements nombreux et impérieux ». Plus une civilisation est cultivée, dit Freud, plus se révèle la diminution des personnalités qui y participent. L’homme civilisé est tronqué, rapetissé, parce qu’il doit se soumettre en esclave à la tyrannie de la réalité (du royaume du jour, disaient Novalis et Wagner; de la raison, disent les Français)". (p. 481)
Et: "Révolte de Luther contre l’Eglise, révolte de Herder et de Lessing contre la littérature classique française, révolte de Fichte (Discours à la nation allemande), révolte de Hitler contre le système de Weimar, contre la raison, contre la culture, telle est la tradition romantique, la tradition allemande par excellence. C’est la révolte contre toute discipline intérieure de l’homme de la nature selon Rousseau, de la « blonde Bestie » selon Nietzsche.
Un Français aura toujours quelque peine à comprendre cette primauté donnée aux forces irrationnelles et ce principe du bon plaisir. Il croit plutôt que c’est précisément en restreignant en nous le principe du bon plaisir que l’homme est parvenu à quelque personnalité, en dominant sa « nature » qu’il est parvenu à quelque indépendance vis-à-vis de la Nature, en cessant d’être une « blonde Bestie » qu’il mérite le nom d’homme.
Un Français aura toujours peine à comprendre, — dussent les Allemands le qualifier de conservateur, de rétrograde, — que Freud, après Nietzsche, taxe notre conscience morale de « mauvaise conscience » et la considère comme un état morbide sous le carcan de la société. Les Français croient en général à la primauté de la raison sur l’instinct, et ils croient au progrès, au développement de l’esprit humain dans l’avenir. Ils conçoivent mal la venue d’une société paradisiaque où les hommes seraient affranchis des refoulements de la morale; âge d’or reproduisant celui des origines humaines, le paradis de l’ère pastorale selon Herder, la fausse Grèce édénique de Hölderlin, — cette utopie spécifiquement romantique — âge d’or où régnerait, selon Freud, le bon plaisir dans les rapports sexuels (autrement dit: la force brutale).
Un Français éprouve quelques méfiances à l’égard des Surhommes romantiques, aspirant à briser les cadres de la vie sociale et de la morale; à l’égard du peuple de héros dont Hitler fait manœuvrer les masses vociférant dans un délire sacré. Malgré les séductions de cet appel au retour à la nature et au libre épanouissement de la personnalité, malgré l’attrait, pour notre orgueil, de la « morale des Maîtres » avec son mysticisme de la virilité, de la dureté, de la violence, nous ne saurions diviniser ainsi l’instinct, l’irrationnel et l’inconscient." (p. 481-482)