1892

Articles et comptes rendus sur Nietzsche 1892

Anonyme, {Memento}, in La Jeune Belgique, 11, février 1892, p. 161-164.

Compte-rendu du Cas Wagner : "Ce pamphlet ridicule, d'une incohérence frénétique, ne mérite qu'un haussement d'épaules. Quelques semaines après l'avoir écrit, Nietzsche envoya à tous ses mais une circulaire débutant ainsi : "Décidément, c'est moi qui ait créé le monde!" Il est aujourd'hui dans une maison de santé" (p. 163).

 

BELLAIGUE Camille, "Un problème musical, le Cas Wagner", {Revue musicale}, in Revue des Deux Mondes, tome 62, 1er mars 1892, p. 221-227.

Commence : "Avez-vous lu Nietzsche? Nous ne l'avions pas lu nous-même il y a quelques semaines seulement, quand une très substantielle et très intéressante étude de M. T. de Wyzewa nous a donné envie de le lire. Frédéric Nietzsche, métaphysicien allemand et pensionnaire d'un hospice d'aliénés, est, paraît-il, (...)." (p. 221).

Poursuit sur un ton modéré mais résolument désapprobateur. Tout en exposant, point par point les critiques que Nietzsche adresse à Wagner, tout en reconnaissant quelques qualités au style de Nietzsche, Camille Bellaigue n'en condamne pas moins systématiquement le fond. Conclut en reprenant la thématique développée par Teodor de Wyzewa : "A quoi va-t-il conclure? Au néant. Contre tous les maux, Nietzsche ne connaît que ce remède" (p. 227).

 

 

Anonyme, "Petits documents pour servir à une histoire de mœurs littéraires", {Le Mois}, in La Société nouvelle, 1, mars 1892, p. 375.

Signale ironiquement que la Revue des Deux Mondes a cité des fragments du Cas Wagner en oubliant de citer la Société nouvelle. S'exclame avec amusement : selon la Gazette de Bruxelles, "le philosophe allemand Nietsche est absolument inconnu en Belgique!!!!" (p. 375).

 

LABADIE-LAGRAVE Gaston, "Disciples de Nietzsche", in Le Figaro, 19 mars 1892, p. 29.

 

HALEVY Daniel et GREGH Fernand, "Frédéric Nietzsche", in Le Banquet, avril 1892, p. 33-35.

Halévy et Gregh contestent la valeur de l'article introducteur de Teodor de Wyzewa de novembre 1891 dans la Revue bleue : "Avec toute la désinvolture d'un journaliste, Monsieur Teodor de Wyzewa s'est contenté de lire un livre de jeunesse : Menschliches Allzumenschliches! (Humain trop humain!) où l'on aurait peine à trouver trace des véritables idées de Nietzsche ; si bien que Monsieur Teodor de Wyzewa traite de nihiliste le plus affirmatif des penseurs, de pessimiste celui qui a eu le plus de confiance dans la vie". Ils n'hésitent pas à affirmer : "Le nom de Nietzsche a déjà été imprimé dans la Revue bleue, le Figaro, la Revue des Deux Mondes. Mais ceux qui en ont parlé ne l'ont guère lu. Le plus substantiel des articles qui ont été publiés sur la philosophie su concrète et si complexe de Nietzsche, celui de M. Teodor de Wyzewa, doit être considéré comme non avenu". Un peu plus loin, ils insistent encore lourdement. Selon eux, Camille Bellaigue n'a pas compris la portée du Cas Wagner (cf. n˚9). Ils remarquent : "(...) il n'y a pas de sa faute, car il ne connaissait Nietzsche que par Monsieur Teodor de Wyzewa, c'est-à-dire moins que pas du tout, faussement". Encore : "Il [Nietzsche] ne pouvait travailler que marchant à travers les campagnes. Il relève une phrase de Flaubert : "On ne peut penser et écrire qu'assis", il lui lance une suprême injure : "nihiliste!" lui dit-il. (Monsieur Teodor de Wyzewa avait-il lu ceci?)" (p. 35).

Pour finir, l'article contient un passage d'Au-delà du bien et du mal.

 

 

WYZEWA Teodor de, "Nietsche", in Le Figaro, 10 avril 1892, p. 1.

Réaffirme catégoriquement ce qu'il a déjà dit en 1891. Selon lui, la pensée de Nietzsche est simple : "(...) elle se réduit tout entière à cette courte phrase : "Il n'y a rien"". Se proposant d'étudier "l'oeuvre posthume" de Nietzsche, Wyzewa commence par remarquer : "Oeuvre posthume n'est peut-être pas le mot qui convient, car Frédéric Nietsche n'est pas mort. Mais mieux vaudrait qu'il le fût, le malheureux! Depuis quatre ans, la paralysie générale s'est emparée de ses moelles, et chaque jour il cesse davantage de ressembler à un homme". Il répète la même erreur qu'en 1891 : "Un de mes amis a vu récemment le docteur Nietsche dans la maison de santé badoise où il est enfermé. Il ne reconnaît plus personne, il ne parle plus. Le plus original écrivain de l'Allemagne contemporaine, le maître de la jeunesse allemande, le dernier métaphysicien cesse tous les jours davantage d'être pareil à un homme!".

Il se montre parfois particulièrement mal informé, affirmant notamment : "Pour avoir été écrite, comme le reste de l'ouvrage en 1885, la quatrième partie de Zarathustra n'en est pas moins le testament philosophique de Nietsche. Guetté par la folie, c'est à peine si le malheureux a pu ébaucher ensuite quelques chapitres du nouveau livre qu'il méditait, la Dépréciation de toutes les valeurs. Le petit volume qui vient de paraître est ainsi le dernier en date des ouvrages qu'il ait pu achever".

Dans une lettre à Peter Gast en mai 1892, Franz Overbeck écrit: "Auffallend Correctes neben ganz Unsinnigem bot auch vor einigen Wochen ein Herr T. v. Wyzewa aus, der in einem Leitartikel des Figaro unter den Majuskeln NIETSCHE - das Z offenbar um der wünschenswerthen Stilisirung des Namens willen weglassend, - Zarathustra IV besprach." (cité d'après Franz Overbeck Heinrich Köselitz [Peter Gast] Briefwechsel, herausgegeben und kommentiert von David Marc Hoffmann, Niklaus Peter und Theo Salfinger, Berlin, New York, Walter de Gruyter, 1998, s. 359.

     

NETHY Jean de, "Nietzsche-Zarathustra", in Revue Blanche, tome 2, n˚7, avril 1892, p. 206-212.

Commence par remarquer : "M. de Wyzewa, par son intéressant article sur Frédéric Nietzsche dans la Revue bleue du 7 novembre dernier, a attiré l'attention des Français sur le fameux philosophe allemand". Ajoute aussitôt : "Il l'a présenté comme metteur en système des idées de La Rochefoucauld, d'Helvétius, de Stendhal, de Schopenhauer, mais aussi de la philosophie courante pessimiste nihiliste, que Nietzsche a eu en horreur" (p. 206). Propose un très bref exposé de la vie de Nietzsche et donne une idée de la doctrine principale de Nietzsche à l'aide de "citations caractéristiques" morcelées qui, selon Néthy, montrent qu'elle "est en désharmonie cruelle avec les tendances actuelles . Au problème socialiste : le bonheur pour tous - il oppose la recherche de la plus grande somme de bonheur pour quelques-uns" (p. 211). Conclut en regrettant de ne pas avoir fait connaître "Nietzsche le grand poète, l'esprit titanique, qui parfois par un aphorisme d'une ligne, comme avec un couteau tranchant met à découvert les parties les plus cachées de notre âme et parfois dans de longues pages d'une puissance irrésistible nous gagne et nous entraîne dans le vaste incendie de sa pensée réformatrice" (p. 211-212).

  

L. A. N., {Les revues}, in Revue Blanche, tome 2, n˚7, avril 1892, p. 248-250.

Compte-rendu de Daniel Halévy et Fernand Gregh et allusion à Jean de Néthy: "MM. Daniel Halévy et Fernand Gregh publient dans le deuxième numéro du Banquet, une très substantielle étude sur "Frédéric Nietzsche", dont M. Jean de Néthy nous entretient ici même en ce numéro" (p. 249). Cite un passage de l'aphorisme 296 et termine : "Nous sommes heureux d'envoyer nos remerciements à nos amis du Banquet et nos félicitations sincères à cette particulièrement attrayante revue qui, dès ses premières livraisons, outre les productions originales d'un jeune groupe, nous offre de si intéressants fragments d'auteurs étrangers, affirmant ainsi, parmi la foule des publications en cours sa spéciale raison d'être" (p. 249-250).

 

Anonyme, "Les Revues d'avril", {Memento}, in La Jeune Belgique, 11, mai 1892, p. 227.

Brefs commentaires : "Nietzsche continue à faire grincer les plumes. La Société nouvelle publie des fragments de Zarathustra. Triste, triste! Et la Revue Blanche insère un exposé de la philosophie de Nietzsche par Jean de Néthy. Il paraît qu'il y a un Nietzsche norwégien (sic) beaucoup plus fort que l'allemand : il s'appelle Ola Hansson. Un poème en prose de supernietzsche, l'Evangile de l'ouragan, est une page éloquente, qui ressemble un peu aux poèmes d'Hector Chainaye".

 

DREYFUS Robert, "La philosophie du marteau", in Le Banquet, mai 1892, p. 65-74.

Conteste l'interprétation de Nietzsche proposée par Wyzewa: "Il (Teodor de Wyzewa] a simplement déclaré que Frédéric Nietzsche était pessimiste et nihiliste. Je voudrais pouvoir le dire autrement : c'est inexact. Frédéric Nietzsche a détruit les idoles parce qu'il voulait respecter les dieux. Si M. de Wyzewa croit à l'essence supérieure des divinités qu'a voulu renverser Frédéric Nietzsche, je comprends qu'il le qualifie de nihiliste. Mais au moins, qu'il abandonne l'étrange prétention d'entrer dans la pensée de ce philosophe. C'est à une réfutation qu'il doit se livrer, non pas à une exposition". Et un peu plus loin : "M. de Wyzewa affiche un mépris égayant et mélancolique à l'égard des traducteurs, des commentateurs, des imitateurs (?) qui vont bientôt rendre la philosophie de F. Nietzsche "aussi populaire chez nous qu'elle l'est déjà en Allemagne et dans les pays du Nord", - cette philosophie sur laquelle "il sera toujours temps de revenir". Il est temps d'y revenir tout de suite. MM. Halévy et Gregh ont déjà montré quelle singulière erreur d'interprétation condamnait l'article de la Revue bleue. - Qui sait cependant s'ils n'auraient pu faire à M. de Wyzewa, en souvenir de ses bons antécédents littéraires, application de la loi Bérenger?... Mais voici que le Figaro du 10 avril manifeste un cas de récidive. M. de Wyzewa continue à faire de l'œuvre entière de Frédéric Nietzsche un Manuel de parfait nihiliste. Surprenante opiniâtreté" (p. 66).

Conteste point par point le soi-disant nihilisme de Nietzsche et insiste sur la traduction de "Umwertung" : "M. de Wyzewa a traduit ainsi : Dépréciation de toutes les valeurs. C'est juste le contraire. Pas de chance, M. de Wyzewa! Umwerthung aller Werthe, nous savons ce que cela veut dire : il s'agit de renverser la notion de valeur, de substituer à la Morale des Esclaves, la Morale des Maîtres. Nous traduirions : Rétablissement de toutes les valeurs, si nous osions employer ce terme emprunté au langage de la gymnastique. - Dépréciation de toutes les valeurs, profession de foi nihiliste, ici titre absurde : M. de Wyzewa n'y regarde pas de si près". (p. 67)

Traduit de longs passages du Crépuscule des idoles. La traduction n'est pas parfaite mais bonne en regard du texte actuel et aussi par rapport à ce qui se publie à l'époque.

Conclut en expliquant que son but est "d'opposer la véritable interprétation et l'humble tirage du Banquet à l'autorité habituelle de la Revue Bleue, aux 80 000 exemplaires du Figaro" (p. 74).

 

SAINT ANTOINE, {Variétés. A travers les revues}, in L'Ermitage, mai 1892, p. 333-336.

Note : "En ces temps où grandit terriblement le danger socialiste, on salue avec joie les sauveurs d'où qu'ils viennent ; c'est pourquoi il faut se réjouir de voir connus et aimés les grands individualistes étrangers. Après Ibsen, Nietzsche : la mode est à lui en ce moment". Certes, ajoute-t-il, "il y aurait à redire sur la fameuse antithèse de la morale des maîtres et de la morale des esclaves". Cependant, il s'exclame : "N'importe, l'âme de l'humanité est présentement si veule que quelques injections d'orgueil ne peuvent que lui être utile. C'est à ce point de vue qu'il faut acclamer Nietzsche (...). Hâtons-nous donc de signaler l'article de M. Jean de Néthy dans la Revue Blanche sur Nietzsche, ainsi que la traduction d'une poésie d'Ola Hansson, son disciple" (p. 335).

 

GREGH Fernand (signé F.G.), "Petite revue des revues", {Varia}, in Le Banquet, juin 1892, p. 125-126.

Signale : "Dans la Revue Blanche, M. Jean de Néthy, après une courte mais fidèle biographie de Nietzsche, résume très nettement les principales idées que le fameux philosophe a exposées dans Zarathustra, identiques d'ailleurs à celles que les deux fragments d'Au-delà du Bien et du Mal (§ 62 et § 260) publiés dans le numéro 2 du Banquet, ont fait connaître à nos lecteurs" (p. 125).

   

HALEVY Daniel (non signé), {Varia}, in Le Banquet, juin 1892, p. 125-128.

Traduction et publication d'un document, reçu "de source autorisée",  qui "rectifie plusieurs inexactitudes commises par un littérateur adroit mais mal informé" :

"1˚ Nietzsche ne se trouve aucunement dans la maison de santé badoise où un ami de M. de Wyzewa prétend l'avoir vu. Il a été placé quelques temps dans une maison de santé en Thuringe ; mais il vit depuis assez longtemps déjà avec sa mère (...). Il est tout aussi pareil à un homme que M. de Wyzewa.

2˚ Il est faux que la quatrième partie d'Ainsi parla Zarathustra soit le dernier ouvrage achevé de Nietzsche. (...).

Au-delà du Bien et du Mal, La Généalogie de la Morale, Le Crépuscule des Faux-Dieux, le Cas Wagner, - ainsi qu'une brochure inédite, traitant le même thème que le Cas Wagner, - sont postérieurs à la quatrième partie de Zarathustra. La couverture de ce dernier porte l'année 1885 comme indication de date, ce que M. de Wyzewa mentionne ; aussi son erreur paraît-elle malaisément saisissable. M. de Wyzewa, tout au long de son article, n'écrit pas une seule fois correctement le nom de Nietzsche ; et de même, au lieu du pasteur Dehler (dont il parle) c'est le pasteur Oehler qu'il faut lire" (p. 126-127).

 

HALEVY Daniel (non signé), {Varia}, in Le Banquet, juin 1892, p. 125-128.

Publication de renseignements biographiques adressés par un "savant ami de Frédéric Nietzsche" (p. 127). Courte notice biographique qui se termine en insistant sur les origines de la folie de Nietzsche : "Il avait voulu passer à Turin l'hiver 1888-1889 ; mais dès les premiers jours de janvier 1889, il fut atteint par une cruelle maladie causée par l'usage immodéré de chloral dont il se servait pour calmer ses insomnies... Tous ses ancêtres paternels et maternels furent des gens gais et robustes, dont la plupart atteignirent l'âge de quatre-vingt-dix ans. La famille de Frédéric Nietzsche était d'origine polonaise. Son véritable nom patronymique est Niezky". Halévy termine en remerciant son "correspondant qui préfère, croyons-nous, garder l'anonymat" (p. 127).

Il est assez cohérent de supposer que ce "savant ami" est Peter Gast qui écrit à Franz Overbeck le 17 février 1893: "Die Herren vom "Banquet" machen ihre Sache besonders gut: dort stand auch im vorigen Jahr eine kurze Biographie Nietzsche's aus meiner Feder, in meinem Französisch!! Halévy hatte sie einem meiner Briefe entnommen, die ich gelegentlich der Übersetzung des "Cas Wagner" geschrieben hatte! Ich habe darüber viel gelacht!"; cf. Franz Overbeck, Peter Gast, Briefwechsel, herausgegeben und kommentiert von David Marc Hoffmann, Niklaus Peter und Theo Salfinger, Berlin, New York, Walter de Gruyter, 1998, p. 376.

 

N., {Les revues}, in Revue Blanche, tome 2, n˚9, juin 1892, p. 381-384.

Signale l'article de Robert Dreyfus, "La philosophie du marteau en remarquant : "Dans le dernier Banquet, un article de Robert Dreyfus : "La Philosophie du Marteau" qui est à lire... même pour M. de Wyzewa" (p. 382).

 

N., {Les revues}, in Revue Blanche, tome 2, n˚9, juin 1892, p. 381-384.

Signale la publication des réflexions de Louis Tauxier sur Nietzsche et le Nietzschisme et s'exclame : "déjà!" (p. 383).

 

N., {Les revues}, in Revue Blanche, tome 2, n˚9, juin 1892, p. 381-384.

Signale dans la Société nouvelle de "très suggestives pensées de l'illustre Nietzsche" (p. 383).

 

TAUXIER Louis, "Les Revues du mois : Frédéric Nietsche. -Le Barrésisme", {Chronique. Vers les autres}, in Revue jeune, juin 1892, p. 39-45.

Réflexions sur Nietzsche à partir de articles du Banquet et de la Revue Blanche (p. 39-43).

Considère que la morale de Nietzsche constitue la partie "la partie la plus importante, le centre, la raison d'être même de ses spéculations" et observe : "La morale de Nietzsche nous intéresse parce qu'elle nous semble représenter à une haute puissance un certain nombre d'idées et de sentiments qui travaillent en ce moment une partie de la jeunesse littéraire française. On sait quelle est cette morale : c'est celle de la libre expansion de l'individu" (p. 40). Estime qu'il s'agit d'une morale vieille comme le monde qui présente notamment de nombreuses ressemblances avec l'éthique de Spinoza (p. 40). Reconnaît en même temps qu'elle est aussi toute contemporaine. Constate et commente : "Nous voyons parmi nos jeunes littérateurs quelques individualistes dont la façon de voir se rapproche beaucoup de celle de Nietzsche. Entendons-nous. Nous avons affaire à des esprits français, généreux de nature, et il est probable que la doctrine du philosophe allemand deviendra chez eux moins dure" (p. 40-41). Trouve des analogies entre la morale des forts et les nouvelles esthétiques "qui ne peuvent s'appliquer qu'aux géniaux et qui n'ont d'autres préceptes que ceux-ci : "Sentez profondément, vivez vraiment, soyez vous ; c'est-à-dire soyez forts, grands, non médiocres de quelque manière que ce soit. C'est bien cela que l'on veut : de la force, de cette force dont on a été si longtemps privé ; on veut des individus, on attend des héros" (p. 41)

 

WILLY, "Bayreuth 1892", in L'Echo de Paris, juillet 1892. [1]

A propos du Cas Wagner : "De récents travaux ont appris aux musicographes français le nom de Nietzsche qui, après s'être affiché wagnérien sans mesure, puis antiwagnérien forcené, philosophe aujourd'hui dans une maison de fous (Discite... non temnere divos). La plus curieuse brochure bayreuthophobe de cet aliéné affirme avec une spirituelle mauvaise foi que tous les drames de Wagner reposent sur la Rédemption (...)".

 

GAUTHIERS-VILLARS Henri, « Notes sur Bayreuth », in Le Temps, n°11386, 25 juillet 1892.

A propos du Cas Wagner.

 

WYZEWA teodor de, "Petite correspondance", in Le Figaro, 6 août 1892, supplément littéraire du dimanche, p. 129.

Longue réponse à un lecteur du journal qui demande des informations sur les publications et les compositions musicales de "Nietsche".

 

ARREAT Lucien, "Robert Schellwien. Max Stirner und Friedrich Nietzsche, Erscheinungen des modernen Geistes, und das Wesen des Menschen", {Analyses et comptes rendus}, in Revue Philosophique de la France et de l'étranger, tome 34, n˚9, septembre 1892, p. 331-335.

Commence en observant : "L'opuscule de M. R. S. offre un réel intérêt à cause d'abord des deux personnages qu'il met en scène, Max Stirner et Friedrich Nietzsche". Remarque : "Ces philosophes sont peu connus chez nous, malgré les richesses paradoxales et le mérite littéraire qui ont pu donner, en Allemagne, de la saveur à leurs écrits" en signalant : "Une étude, si je ne me trompe, a été pourtant consacrée à Nietzsche dans la Revue Bleue" (note 1, p. 331). Explique que l'auteur marque la place dans l'histoire de ces deux "prophètes audacieux" d'une philosophie individualiste "que lui-même représenterait à son tour, d'une autre manière, en échappant aux contradictions qu'il leur reproche" (p. 331). Résume la pensée de Stirner puis remarque : "La doctrine de Nietzsche est plus difficile à résumer. Il n'a donné que des aperçus et des aphorismes" ; ajoute en note : "Son principal ouvrage a pour titre Jenseits von Gut und Böse (Au delà du bien et du mal). J'apprends, par un article d'un journal allemand, qui lui est très indulgent, que Nietzsche a été frappé, depuis trois années bientôt, d'aliénation mentale, et demeure interné dans un asile. Il est regrettable que M. Schellwien ne nous donne pas de détails biographiques sur les deux auteurs dont il expose les idées" (note 1, page 333). Expose les idées de Nietzsche en expliquant que celui-ci "ne laisse plus debout ni vérité, ni morale, ni droit. (...) Rien n'est vrai, tout est permis. En fait de morale, il n'existe que celle des maîtres et des esclaves. (...) Ce qui porte dommage au maître, cela seul est mauvais en soi. L'élévation du type humain a été l'œuvre de la société aristocratique. Place à la "bête blonde", terrible et vaillante! L'altruisme est un mot vide de sens. Pas de pitié : endurcissez-vous" (p. 333-334). Explique que l'auteur donne raison à Stirner et conclut : "Il suffirait peut-être de parler les théories de Stirner et de Nietzsche dans une autre langue, pour faire voir ce qu'elles contiennent de juste, et en quoi elles n'ont plus aucun sens. Elles marquent une réaction nécessaire contre la tendance à l'avilissement de l'homme et au triomphe de la médiocrité, qu'on dirait parfois être la passion secrète, inavouée, du socialisme et de la démocratie" (p. 335).

 

GINISTY Paul, {Causerie littéraire}, in Gil Blas, 16 septembre 1892, p. 3.

Contient: un révolutionnaire aristocratique, Frédéric Nietzsche, les deux morales.

 

VALBERT G., "Le Dr. Friedrich Nietzsche et ses griefs contre la société moderne", in Revue des Deux Mondes, tome 113, 1er octobre 1892, p. 677-689.

Qualifie d'emblée Nietzsche de détracteur de la société moderne qui "professe un égal mépris pour les réactionnaires et les socialistes" (p. 677-678). Expose la pensée de Nietzsche, plus particulièrement ses idées sur la morale, les femmes et la démocratie en insistant à la fois sur leur violence et sur le charme du style. Remarque : "(...) ; quelques-uns de nos jeunes gens qui savent l'allemand commencent à s'occuper de lui ; je crois savoir qu'ils se proposent de traduire les plus importans de ses ouvrages" (p. 678) en estimant pour sa part : "(...) il est à croire que personne ne lui donnera raison, que chrétiens et libres penseurs, il se mettra tous les partis à dos". Conclut : "M. Nietzsche est un esprit vigoureux, sagace, mais abstrait ; il voit le monde à travers les lunettes d'un idéologue. (...) Nains ou géants, que sont nos courtes et incertaines destinées, si on les compare à celles de l'humanité? Asseyez-vous sur la plage, à la marée montante, et regardez venir les vagues. Quelques-unes sont des montagnes d'eau, et elles déferlent avec un assourdissant fracas ; d'autres, plus modestes, se déroulent doucement, leur clapotis n'est qu'un léger murmure ; c'est à peine si on les a entendues, c'est à peine si le sable les a senties passer, - après quoi toutes ces vagues, les plus orgueilleuses et les plus humbles, celles qu'on entend et celles qu'on entend pas, celles qui jettent sur le rivage une abondante écume et celles qui n'en jettent point, retournent également se perdre dans l'éternel abîme" (p. 689).

 

D. A., {Revue des Deux Mondes}, in La réforme sociale, n°7, 1892, p. 707.710.

Compte-rendu de l'article de Valbert (V. Cherbuliez), "Le docteur Friedrich Nietzsche et ses griefs contre la société moderne", p. 709.

 

JEANNINE B., "Un moraliste à rebours", in Nouvelle Revue, 76, 1892, p. 551-563.

"Tout le monde, à l'heure qu'il est, sait qui est Frédéric Nietzsche" commence l'auteur et il ajoute : "Il n'a pas fallu moins de trois ou quatre avertissements successifs pour attirer définitivement l'attention du public français sur ce nom, dont la consonance desharmonique, l'orthographe bizarre ont quelque chose de l'étrangeté indiscrète d'un nom de réclame" (p. 551). Explique le succès rapide de Nietzsche en Allemagne par le "besoin d'un guide nouveau" et ajoute : "Il était tout trouvé en Frédéric Nietzsche. Un style de pureté classique, une grande précision de pensée, une faculté singulière e retourner au profit de ses idées tout ce qui a été conçu et fait jusqu'à présent, voilà les qualités éminentes de ce philosophe moderne" (p. 552). Ajoute encore : "De plus, sa pensée prend sa source même dans les instincts fondamentaux de la race germanique" et rapporte que "Nietzsche, dans le mystère de sa réclusion, réclusion que ses disciples, ses amis et sa famille, faisaient longtemps passer pour une retraite temporaire et volontaire, nourrissait le culte du jeune Empereur, de cet autoritaire par excellence, dans lequel le philosophe entrevoyait son type de l'avenir, le Uebermensch, l'homme suprême, le héros, l'homme-dieu" (p. 552). Remarque que les réputation extraordinaire de Nietzsche en Allemagne est surtout propagée par de jeunes universitaires (p. 553).

Ecartant les écrits de la dernière période, s'intéresse aux œuvres "appartenant à la période brillante de l'auteur", se proposant de "fixer les grandes lignes de cette littérature décousue, sans enchaînement apparent" (p. 553). Remarque que "ses goûts de démolisseur ont valu à Nietzsche la réputation d'un nihiliste, d'un anarchiste" et ajoute : "Rien n'est moins exact cependant" (p. 559). Pose la question : "Peut-il faire grand mal à ceux qui le lisent et devons-nous regretter la traduction de ses œuvres qu'on nous promet?" et répond : "Nous pensons que on. L'excès même de sa doctrine lui enlève toute force convaincante. Il est impossible de croire en Nietzsche" (p. 562).

Conclut : "Nous ne prétendons pas que les idées de Nietzsche soient absolument nouvelles. (...) Mais nous sommes touchés directement par les doutes, les enthousiasmes et les déceptions de ce chercheur modernes, chez lequel nous retrouvons de nos propres préoccupations. Poussé par son tempérament, par les particularités de sa race, il est arrivé à des conclusions rétrogrades qui choquent tous nos sentiments humains modernes, et personne de nous ne suivra jusque dans ses conséquences extrêmes ce moraliste à rebours ; mais nous lui sommes reconnaissants de certaines perspectives curieuses, de détails pleins de charme qu'il nous a fait voir le long de la route" (p. 563).

 

Anonyme, {Ont paru}, in Entretiens politiques et littéraires, 1892 1er novembre, vol. 5, n°32, p. 244.

Signale la publication du Cas Wagner comme le « tome I des œuvres de Nietzsche à paraître ».

 

DREYFUS Robert, "Frédéric Nietzsche et Peter Gast", in Le Banquet, n˚6, novembre 1892, p. 161-167.

Tourne Wyzewa en ridicule. A propos de la phrase de Nietzsche, "Je ne connais aujourd'hui qu'un seul musicien qui soit capable de tailler une ouverture à pleins bois, et personne ne le connaît", Teodor de Wyzewa vient d'écrire : "Comme un de mes amis lui demandait quel était ce seul là, Nietzsche lui répondit, avec un parfait sérieux, que c'était lui-même". (p. 161) Robert Dreyfus ajoute aussitôt: "Si elle était vraie, la réponse serait amusante. Mais l'ami de M. de Wyzewa est sans doute celui-là même qui fit jadis à Nietzsche une si longue visite à Nietzsche dans une maison de santé badoise où Nietzsche ne séjourna jamais". (p. 161-162)

A propos de la traduction des œuvres de Nietzsche en français, explique : "Les écrits de Nietzsche vont être peu à peu mis en France à la portée de tous ceux qui n'ont pas le désir ou le loisir de recourir au texte. Et quelle plus éloquente ou plus belle exposition pourrait-on trouver de la doctrine nietzschéenne que celle donnée par la maître lui-même dans Au-delà du Bien et du Mal ou dans Ainsi parla Zarathustra?". (p. 166-167)

Résume le problème ainsi : "Entre les deux interprétations qui lui sont offertes, le public français, qui peut choisir, fera bien de suspendre son jugement" (p. 162).

 

HALEVY Daniel (non signé), {Varia}, in Le Banquet, n˚6, novembre 1892, p. 191-192.

A la demande des lecteurs, publication d'une bibliographie des publications allemandes sur Nietzsche : liste de huit ouvrages tantôt recommandés, tantôt jugés insignifiants ou curieux, tantôt critiqués. [2]

 

ERNST Alfred, "Le Cas Wagner - Der Fall Wagner", {Musique}, in Revue Blanche, tome 3, n˚14, décembre 1892, p. 334-336.

Commence par se montrer très satisfait : "Le Cas Wagner - Der Fall Wagner - vient de paraître, élégamment et consciencieusement traduit par MM. Daniel Halévy et Robert Dreyfus" (p. 334). Remarque : "Quelque antipathie que puissent inspirer à un wagnérien les théories de Nietzsche, il y a lieu d'en dire quelques mots à cette place, en toute sincérité" (p. 334). Ajoute aussitôt : "L'écrit de Nietzsche est caractéristique : il veut paraître railleur et profond tout ensemble, et il est seulement curieux et rageur. Rien ne saurait indifférer, venant d'une intelligence aussi vive, aussi amère que celle du philosophe ; mais il est moral de voir que les ennemis d'un maître sont diminués par la grandeur même de celui qu'ils attaquent, et, en l'espèce, de constater qu'un Nietzsche peut descendre à l'étage d'un Paul Lindau" (p. 334).

Se refuse à discuter les idées de Nietzsche sur Wagner, constatant seulement que Nietzsche commet de nombreuses erreurs matérielles. Estime que l'intérêt de l'ouvrage tient seulement au "contraste entre l'esprit de Nietzsche et le génie de Wagner" et que sa lecture montre "quelle est l'idée morale de l'œuvre wagnérienne, quels doivent être les admirateurs de cette œuvre et d'où lui viennent forcément ses ennemis" (p. 335). Souligne que Nietzsche "s'y montre dans toute sa laideur morale" et qu'il n'est "au fond, ni un passionné véritable, ni même un sensuel, mais un voluptueux - les termes ne sont pas synonymes - tout au moins un voluptueux intellectuel, un dilettante, un orgueilleux, un égoïste, un aristocrate dans le sens le plus raffiné, le plus odieux du mot" (p. 335).

 

Anonyme, "Nietzsche", in Revue encyclopédique, 1892, p. 1084-1085.

Sur Nietzsche à partir de l'article de B. Jeannine publié dans la Nouvelle Revue.(Un moraliste à rebours)

 

 


Moteur de recherche:

Valentine de Saint-Point et Nietzsche

"Le Sang de Nietzsche" testament d'Arnaud Dandieu. Edition commentée par Christian Roy (2015/2020) 

 

 

Nietzsche et Zola

(Jean-Pierre Dumont, septembre 2019)

 

Que pensait Emile Zola de Nietzsche? de Wagner? lire

 

"Nietzsche wirkt in die populäre Breite, und man muss in die Breite gehen" (Andreas Urs Sommer, Nietzsche und die Folgen, 2017)

 

"Viele neue Nietzsches sollen zutage treten? - Ein paar wenige würden genügen..." (Reto Winteler, Friedrich Nietzsche, der erste tragische Philosoph, eine Entdeckung, Basel Schwabe Verlag, 2014)

Laure Verbaere

Nietzsche et l'agrégation de philosophie (avril 2019) lire

OUTIL: Nietzsche et les philosophes français: traces empiriques et paroles 1889-1903 lire

Les éditions de Zarathoustra de 1920 à 1935 voir

et de 1935 à 1950 voir

Dominique de Gaultier de Laguionie, petit-neveu du philosophe français Jules de Gaultier (1858-1942) met à disposition les archives dont il dispose. voir

Jules de Gaultier et Nietzsche

Don Longo:

Les pèlerins à Sils-Maria voir

" (...) [l]es philosophes de profession [...] oublient que Nietzsche ne promulgue pas un catéchisme nouveau mais nous invite à créer nous- même le système des valeurs auquel nous voulons dévouer notre vie. Dosons en nous la quantité de dionysisme et de christianisme mystique qui va nous inspirer. Il y aura autant de solutions qu'il y aura d'individus et c'est de leur collaboration que naîtra la vie nouvelle." (Charles Andler, 1932)

Becoming a Destiny: The Nietzsche Vogue in French intellectual Life, 1891-1918 (Christopher E. Forth, Dissertation, State University of New York, Buffalo, 1994)

Traces orales

Nietzsche « n'est pas allé assez loin dans le sens de sa propre doctrine ; il n'a pas été assez nietzschéen. (…) Nietzsche n'a pas encore un sens suffisant de la relativité : il est encore trop systématique. » (Frédéric RAUH, extrait de cours à la Sorbonne, 1904)

 

"Chaque doctrine nouvelle présente certaines arêtes et extrémités outrancières autour desquelles la curiosité frivole de la multitude voltige hâtivement mais ce n'est pas l'exactitude ou la fausseté de quelques points particuliers, ce sont l'étendue et la profondeur de la création qui doivent retenir notre attention. Je ne me suis jamais demandé si les théories nietzschéennes du «surhomme » ou de l'« éternel retour » sont justes ou non: et qui se le demanderait encore, en dehors de quelques ratiocineurs et éplucheurs de livres ? Une grande œuvre ne nous intéresse toujours que par ce double côté: l'homme créateur et l'action créatrice." (Stefan Zweig, L'Humanité, 21 mai 1926)

Comoedia, 28 mars 1914
Comoedia, 28 mars 1914

Le Rire, 10 décembre 1910