Bibliographie inédite des publications sur Nietzsche 1868-1940 (Laure Verbaere et Donato Longo)
1919-1940: BIBLIOGRAPHIE ET COMMENTAIRES DE DONATO LONGO
BRUNET Gabriel, "Préface" de F. Nietzsche, Saint-Janvier, Paris, Stock, 1923.
LASSERRE Pierre, La morale de Nietzsche, Paris, Garnier, 1923.
Réédition (voir 1902).
COEUROY André, Musique et littérature, Paris, Bloud et Gay, 1923.
Voir Nietzsche (p. 73-78).
GIDE André, Dostoïevski, Paris, Plon, 1923.
PARODI Dominique, "La notion du Bien et la notion de valeur en morale", in Morale et science: conférences faites à la Sorbonne, Paris, F. Nathan, 1923, p. 33-55. [L.V.]
Texte d'une conférence donnée dans le cadre d'une série de conférences en septembre 1922 à la Sorbonne (voir l'avant-propos de Paul Lapie).
Pose la question des rapport entre l'ancienne conception de la morale et la nouvelle. Constate: "La notion de valeur, que la philosophie de Nietzsche a popularisée même hors du cercle des spécialistes, joue peut-être le rôle central dans les spéculations morales contemporaines. Qu'exprime-t-elle exactement ? Il est clair à première vue qu'elle tient, dans notre philosophie pratique, une place analogue à celle qu'y tenaient autrefois les notions de bien et d'idéal" (p.35).
BERTH Edouard, Les derniers aspects du socialisme, Paris, Rivière, 1923.
SCHNEIDER Edouard, Le dieu d'argile, Paris, Stock, 1923.
Pièce en quatre actes, jouée pour la première fois le 27 octobre 1921 au Théâtre Antoine (Paris).
Aussi dans le supplément de la Revue hebdomadaire du 23 juin 1923.
GROETHUYSEN Bernard,"Nietzsche
et le devenir allemand", {Lettres allemandes}, in Nouvelle Revue française, 1er février 1923, p. 457-468.
BOURDEAU Jean, "Autour du féminisme", in Journal des Débats, 9 février 1923, p. 3. [L.V.]
Discute les idées de Nietzsche sur les femmes, à propos du cinquième volume de Charles Andler, Nietzsche, sa vie et sa pensée.
LENOIR Raymond, "Nietzsche, sa vie et sa pensée, par Ch. Andler", in Les Nouvelles littéraires, 17 février 1923, p. 3.
BERTAUX Félix, "Thomas Mann", in Revue européenne, avril 1923, p. 60-74.
GAULTIER Jules de, "Introduction à une morale de la force", in Revue philosophique de la France et de l'étranger,
tome 95, janvier-juin 1923, p. 348-378.
A la lumière de l'ouvrage de M. Lévy-BruhI, la Morale et la Science des mœurs, indique son intention d'apporter une réponse "à l'une des deux questions posées au dernier chapitre de mon de Kant à Nietzsche. Sur les ruines de la philosophie spiritualiste est-il possible de construire une métaphysique, est-il possible de légitimer une morale? En répondant dès lors d'une façon affirmative à ces questions j'avais pris en quelque sorte l'engagement tacite d'apporter la preuve de cette affirmation. C'est cet engagement que je vais m'efforcer de tenir ici" (p. 351).
Estime: "Indépendamment du peu d'aptitude dont la critique a témoigné à saisir dans la philosophie de Nietzsche la part positive, la volonté d'organisation, toutes les qualités qui font de cette philosophie une affirmation et une exaltation des valeurs utiles à la vie, peut-être faut-il faire une part dans cette inattention à la présentation nécessairement
imparfaite de la pensée du philosophe au cours d'un ouvrage qu'il n'a pu mettre au point et qui, s'il est sillonné des éclairs les plus vifs de son génie, n'a pas reçu la forme définitive que lui eût donné son auteur." (p. 355)
SPIESS Camille, "Nietzsche et la pensée française", in La pensée française, 14 juin 1923, p.
9-11.
SPIESS Camille, "Nietzsche et la pensée française", in La
pensée française, 28 juin 1923.
SPIESS Camille, "Nietzsche et la pensée française", in La pensée française, 12 juillet 1923, p. 9-12.
DRESCH J., "Charles Andler: Nietzsche et le transformisme intellectualiste", in Revue germanique, octobre 1923, p. 495-497.
BIANQUIS Geneviève,"Nietzsche, ses précurseurs et sa doctrine, par Charles Andler", in Revue de synthèse historique, tome 36, n°10, décembre 1923, P. 117-134.
COEUROY André, "Nietzsche musicien", in Revue rhénane, décembre 1923, p. 181-182.
PIQUET F., "Karl Heckel, Nietzsche, sein Leben und seine Lehre", {Bulletin}, in Revue Germanique, 1923, p. 382-383.
TERY Gustave, "La cueillette de l'abbé", in L'Œuvre, 28 janvier 1923, p. 1. [L.V.]
Il m'est arrivé de dire que Maurras est un écrivain « germanique ». [...] cela saute aux yeux de tout homme qui sait lire. De Fichte à Nietzsche, et de Nietzsche à Maurras et à Valois, la filiation est évidente".
A l'appui, cite des extraits du livre de l'abbé Jules Pierre, Avec Nietzsche à l'assaut du christianisme, Exposé des théories de « l'Action française ».
Polémique à ce sujet.
MAURRAS Charles, "La politique", in L'Action française, 29 janvier 1923, p. 1. [L.V.]
Réagit à l'article de Gustave Téry dans L'Œuvre qui accuse la pensée de Charles Maurras et des membres de L'Action française d'être d'inspiration nietzschéenne. Proteste: "Il cite pêle-mêle des textes sans signatures distinctes en disant: « Le plus grand nombre est de Maurras, les autres sont signés Valois, Vaugeois, Bainville », le tout destiné montrer que
nous procéderions de Nietzsche, c'est-à-dire d'un Allemand, et, par voie de conséquence, que nos idées couleraient de source allemande. Il est fâcheux pour Téry que Nietzsche soit de tous les Allemands avec Schopenhauer, le plus imprégné de culture française. Il est encore plus fâcheux pour lui que les textes les plus nietzschéens émanent précisément de l'admirable écrivain et homme d'action qui a plusieurs fois rendu grâce aux doctrines d'Action française, de l'avoir retiré des nuées de Nietzsche!"
HAVARD DE LA MONTAGNE George, "L'« Œuvre »: leçons de patriotisme et de religion", in L'Action Française, 30 janvier 1923, p. 3-4. [L.V.]
Proteste contre l'article de Gustave Téry qui affirme que la pensée de Nietzsche est inspirée de Nietzsche. Argumente.
TERY Gustave, "Le paquet de Maurras", in L'Œuvre, 30 janvier 1923, p. 1. [L.V.]
A propos des "pratiques des apaches du roy", résume et persiste: J'essayais de montrer avant-hier qu'elles s'expliquent par leurs « théories », mal connues jusqu'à ce jour, et, pour en donner une idée, je citais quelques textes édifiants, qui paraissent résumer la doctrine de « l'action française ». Ces textes, recueillis par l'abbé Jules Pierre, se suffisent si bien à eux-mêmes que je n'avais pas cru devoir les accompagner du moindre commentaire.
Naturellement, cela n'est pas du goût de Maurras, qui proteste effrontément :
« On verra plus loin que le provocateur à l'assassinat Gustave Téry (oui, c'est bien moi) se met à ressasser contre nous un nouveau genre de vieilleries... Il cite pêle-mêle des textes sans signatures distinctes en disant : « Le plus grand nombre est de Maurras, les autres sont signés Valois, Vaugeois, Bainville, » le tout destiné à montrer que nous procéderions de Nietzsche, c'est-à-dire d'un Allemand, et, par voie de conséquence, que nos idées couleraient de
source allemande. Il est fâcheux pour Téry que Nietzsche soit de tous les Allemands, avec Schopenhauer, le plus imprégné de culture française. »
Il est encore plus fâcheux pour Maurras que Nietzsche soit tout de même un Boche, et quel Boche ! — celui qui a le plus contribué à vulgariser l'idée hideuse, qui fut, pendant tout le stupide dix-neuvième, la grande animatrice de l'Allemagne, l'idée que la Force prime le Droit et justifie tous les crimes."
TERY Gustave, "Tous d'accord", in L'Œuvre, 22 février 1923, p. 1. [L.V.]
Malgré les dénégations publiées dans L'Action française et par le père Pedro Descoqs, persiste à affirmer l'influence de Nietzsche sur la pensée de Charles Maurras et sur les membres de L'Action française.
A l'appui, publie une lettre de l'abbé Jules Pierre datée du 4 février 1923 envoyée à L'Action française mais que le journal n'a pas voulu publier.
Persiste encore en juin 1923: "le père de Maurras s'appelle Nietzsche et son grand-père Hegel".
OSSIP-LOURIE, {La Vie Philosophique}, in L'Œuvre, 24 mars 1923, p. 5. [L.V.]
Note à propos de l'ouvrage de Charles Andler sur Nietzsche: "Un professeur à la Sorbonne a trouvé un éditeur pour plusieurs volumes sur Nietzsche, ses précurseurs, etc. : une sorte de longue bande cinématographique dont la nécessité est plutôt relative, puisque nous possédons des livres sérieux sur Nietzsche et que nous n'avons pas d'ouvrage sur Guyau par exemple."
Se désole: "Nul, je l'espère, n'aura l'idée de me croire hostile à la pensée étrangère, aux philosophes étrangers, à Nietzche, etc. Cela serait risible. Je laisse à Nietzsche une place considérable dans la formation de la pensée contemporaine et j'admire le chef-d'œuvre d'où qu'il vienne. Mais le chef-d'œuvre devient rare à l'étranger et, d'autre part, c'est un fait indéniable que chez nous les écrivains sérieux n'arrivent pas à se faire imprimer."
SUARES André, "Sur Wagner", in Revue musicale, numéro spécial sur Wagner et la France, 1er octobre 1923, p. 10-18. [L.V.]
A propos de Bayreuth 1876 et de la rupture de Nietzsche avec Wagner:
"En dépit de tout, Parsifal a ressuscité l’idéal avili; car un idéal sans beauté ni grandeur est ce lion mort de la fable, qui ne vaut pas une chienne de réalité vivante. Ibsen et Dostoïevski le savaient. Il n’est d’idéal véritable que celui où l’on s’est mis soi-même avec grandeur, et que l’on crée avec son sang. L’oratoire n’y peut suffire, ni le pître, ni la politique, ni l’action. La beauté comme l’amour divin a d’autres exigences: on n’y peut atteindre sans une vocation de sacrifice. Voilà ce que Nietzsche a si bien saisi, dans le fort même de sa rupture avec Wagner; et je pense qu’il a voulu faire à sa façon ce qu’il s’indignait que Wagner fit sans lui, à la sienne. La fureur de Nietzsche contre Parsifal est l’éclat irrésistible de son dépit contre Wagner. Il a vu jusqu’où Wagner pouvait se passer de lui. Il s’est pris à haïr le magicien capable de restaurer une religion par la seule magie de sa musique. Mais la colère de Nietzsche sent trop le blasphème, pour qu’il n'adore pas en secret ce qu’il maudit; et même il l’envie. La jalousie de Nietzsche est profonde; jaloux de Wagner, il l’est devenu peu à peu de Jésus, comme je l’ai fait sentir jadis. Sa pensée a beau suivre Bacchus sur le Cithéron: cette bacchante est née chrétienne: dans la passion jalouse, dans la haine présente l'écho se prolonge de l’amour passé. Nietzsche, dès lors, s’est élevé sur la voie fatale où l’ascension conduit au précipice: il n a eu de cesse qu’il n’ait fait de lui-même un Antéchrist contre Jésus-Christ." (p. 17-18)
DUJARDIN Edouard, « "La Revue Wagnérienne" », in Revue musicale, numéro spécial sur Wagner et la France, 1er octobre 1923, p. 237-256. [L.V.]
Raconte qu'après la guerre de 1870-1871, "Wagner semblait avoir renoncé à se faire jouer en France; les amis restés
fidèles ne dépassaient pas la douzaine. L’inauguration du théâtre de Bayreuth en 1876 avait eu peu de retentissement à Paris; un très petit nombre de Français s’y étaient rendus; la presse n’en avait guère parlé."
Raconte que son premier vrai contact avec Wagner fut en 1882 à Londres: "j’avais vingt ans; je n’avais entendu que les fragments joués dans les concerts, et toute mon érudition relevait du livre de Schuré, le Drame Musical; des sujets mêmes des quatre drames auxquels j'allais assister, je ne savais que ce qu’en rapportaient les analyses nécessairement sommaires de Schuré; quant à la langue allemande, je m'étais mis à l'apprendre, mais j’en étais, je crois, à ma quatrième leçon! Si on laisse au mot « comprendre » sa signification courante, je puis dire que j'assistai, sans comprendre, à l’énorme déroulement de ces quatre soirées. Mais l’œuvre répondait évidemment aux plus profonds besoins de mon inconscient; ce furent quatre soirées d’extase; j’étais pris comme dans le flux d’un océan; et je suis resté pris pour toute ma vie. Je pourrais comparer la formidable impression d’entière compréhension par le cœur en même temps que d’incompréhension par l’intelligence que me donnèrent ces quatre soirées, à la première lecture que je fis, beaucoup d’années plus tard, de Zarathoustra, ne connaissant encore à peu près rien de Nietzsche; et je me demande si cette façon d’entrer dans une grande œuvre n’est pas la meilleure, — quitte à travailler ensuite." (p. 237-238)
Cet article forme (avec quelques retouches peu importantes) un chapitre du livre d'Edouard Dujardin, Mallarmé, par un des siens, Paris, Messein, 1952, p. 195-234.
Evoque les relations et la rupture entre Nietzsche et Wagner.
LOTHRINGER François, "L'essentiel de Maurice Barrès", in Le Nouvelliste d'Alsace, 10 décembre 1923, p. 1. [L.V.]
Note: "(...) Aux heures où il écrivait dans ce style, Maurice Barrès avait fait depuis quelque temps déjà le tour de son Moi, de sa personnalité. Il en avait recensé les vigoureux apports, auvergnats par son grand-père né à Blesle (Hte. Loire), et lorrains par sa mère et par lui-même né à Charmes-sur-Moselle. Dès cette époque. Barrès avait rompu avec le scepticisme un peu nihiliste de ses précédents ouvrages: Sous l'œil des Barbares, Un Homme Libre, L’ennemi des Lois. Il avait heureusement dépassé la période pénible et stérile de son évolution cérébrale où il croyait devoir se permettre d’écrire, par exemple:
« Notre morale, notre religion, notre sentiment des nationalités, constatais-je. sont choses écroulées auxquelles nous ne pouvons emprunter de règles de vie, et en attendant que nos maîtres nous aient refait des certitudes il convient que nous nous tenions à la seule réalité: au Moi ! »
Par bonheur pour lui et pour les âmes dont il assuma plus tard la conduite partielle, Maurice Barrès se désintoxiqua vite de Renan (et un peu de Nietzsche) par la fréquentation de Taine, le grand historien des origines de la France contemporaine."