Bibliographie inédite des publications françaises sur Nietzsche 1868-1940 (Laure Verbaere et Donato Longo)

1868-1910: BIBLIOGRAPHIE ET COMMENTAIRES DE LAURE VERBAERE

 

(en savoir plus)

1906

Ouvrages sur Nietzsche

ASLAN G., La morale selon Guyau et ses rapports avec les conceptions actuelles de la morale scientifique, Paris, Alcan, 1906.

Thèse pour le doctorat d'université présentée à la Faculté des lettres de Paris.

'Dans la deuxième partie, le chapitre III "La fécondité de la vie" contient: La vie expansive selon Guyau et selon Nietzsche, et Critique de Guyau par Nietzsche.

 

ESTEVE Louis et GAUDION G., Nietzsche-décadent, Paris, 1906.

 

LAGORGETTE Jean, Le rôle de la guerre: étude de sociologie générale, Paris, Giard et Brière, 1906.

Contient un passage sur Nietzsche (p. 439-443) et de très nombreuses citations.

 

LIBERT Jean, L'impulsionnisme et l'esthétique, Paris, Daragon, 1906.

Section "Nietzsche" (p. 73-75) et très nombreuses citations. Egalement nombreuses appréciations sur la nature et les manifestations de l'influence de Nietzsche. Par exemple: "Depuis quelques années déjà certaines pensées purement amorales semblent appuyer les travaux des savants et jaillir naturellement de l’œuvre colossale de Nietzsche,—pensées aussi positives qu'esthétiques dont la portée serait même en voie de réconcilier la science et l'art (...)" (p. 2) ou encore "Il y a donc un art pour la foule. C'est pour cela que l'artiste pur ne peut s'adresser au peuple, ni même à l'élite, sans déchoir, sans faillir à son destin. C'est pour cela aussi que les Berlioz, les Wagner, les Nietzsche sont restés si longtemps dans l'ombre ; il a fallu deux générations pour les rejoindre... et pour ne pas les comprendre!" (p. 134)

Note "en préparation" un ouvrage sur Nietzsche intitulé Friedrich Nietzsche. Cas psychologique.

 

MOREAS Jean, Paysages et sentiments, Paris, Sansot, 1906.

Contient "Nietzsche et la poésie".

 

PACHEU Jules, Du positivisme au mysticisme: étude sur l'inquiétude religieuse contemporaine, Paris, Bloud, 1906.

Contient un chapitre intitulé "l'individualisme nietzschéen" (p. 169-203).

 

SEVERAC J. B., Nietzsche et Socrate, thèse de l'Université de Montpellier, 1906.

 

VALOIS Georges, L'Homme qui vient. Philosophie de l'autorité, Paris, Nouvelle librairie nationale, 1906.

Cf. la préface, p. VII-XXVI.

Ouvrages qui évoquent Nietzsche

BLUM Léon, En lisant. Réflexions critiques, Paris, Ollendorff, 1906.

Contient des réflexions sur Nietzsche et Maurice Barrès ainsi que la réponse de Léon Blum à une enquête sur le roman contemporain réalisée par une revue franco-anglaise, The Weekly Critical Review.

Réédité dans L'oeuvre de Léon Blum, Paris, Albin Michel, cf. les pages 77-82 et 90-94.

Voir le compte-rendu d'Emile Faguet en février 1907.

 

CASELLA Georges, La nouvelle littérature (1895-1905), Paris, Sansot 1906.

Contient "Mallarmé et Nietzsche" (p. 35-37). 

Apprécie: " Ce qui fut mauvais et contraire à notre génie propre dans les influences reçues de l'étranger, une influence étrangère le neutralisa. Frédéric Nietzsche fit contrepoids à Tolstoï. Avec Zarasthoustra, c'était, mêlée aux inquiétudes modernes, toute la lumière d'Hellas qui venait à nous, ses méthodes, son âme, ses erreurs, sa volupté précise. Au troupeau stupide, il opposa le conducteur de troupeau; à l'adoration naturaliste de l'éphémère, il opposa le culte de l'inactuel ; à l'observation hésitante et méticuleuse du détail, la vision lyrique, la prescience du prophète. Il nous apprit surtout à discipliner les forces et les élans de la cité intérieure. Sa morale fut haute comme son esthétique, elles étaient humaines dans le sens que la Grèce antique donnait à cette épithète, surhumaines par rapport à nous. Ses disciples eurent l'ivresse de la plastique idéale. A la religion de la pitié il substitua celle de l'énergie, du désir de

dominer « La vertu qui donne »" (p. 36).

Sur Remy de Gourmont: "A son propos, quand on a parlé de l'influence nietzschéenne, il a fait remarquer très justement que

Nietzsche n'aurait pas eu tant de succès, si sa pensée n'avait été pensée par des esprits orientés déjà comme le sien, si Zarathoustra n'avait été la traduction de la pensée d'une génération..." (p. 55)

Rapporte un jugement du critique Ernest-Charles: "Il ne saurait être superflu de se demander encore si ce n'est pas précisément parce qu'il mourut fou qu'il est bien prouvé que Nietzsche fut véritablement un homme de génie" (p. 60). 

 

DELVOLVE Jean, L'organisation de la conscience morale, Paris, Alcan, 1906.

Cf. le compte-rendu de J. Segond en mai 1908.

 

GOYAU Georges, L'Ecole d'Aujourd'hui, série 1, Paris, Perrin, 1906.

Critique de la vision du patriotisme de Jules Payot. Quelques pages sur le "surhomme" primaire. (p. 127-132)

 

JAMES William, L'expérience religieuse: essai de psychologie descriptive, Paris, Alcan, Genève, Kündig, 1906.

Traduit avec l'autorisation de l'auteur par Frank Abauzit (professeur de philosophie au lycée d'Alais), avec une préface d'Emile Boutroux (professeur d'histoire de la philosophie moderne à la Sorbonne).

Dans le chapitre IX "critique de la sainteté", examine le point de vue de Nietzsche (p. 318-321)

 

LANDRY Adolphe, Principes de morale rationnelle, Paris, Alcan, Bibliothèque de philosophie contemporaine, 1906.

 

LE DANTEC F., La lutte universelle, Paris, Flammarion, 1906.

 

MERCIER Désiré Joseph, Cours de philosophie. 4, Critériologie générale ou Théorie générale de la certitude, Paris, Alcan, 1906.

Assimile la pensée de Nietzsche à "la loi du plus fort", à des "théories brutales"  (p. 203).

 

Société des artistes indépendants, Catalogue de la 22e exposition 1906, Paris, l'Emancipatrice, 1906.

Exposition notamment d’œuvres d'Edvard Munch dont n°2470: Nietzsche. (p. 298)

 

SOUZA Robert de, Où nous en sommes. La victoire du silence, Paris, H. Floury, 1906.

"Il est clair que si l'on ne parle plus de Wagner ni d'Ibsen, c'est qu'ils sont assimilés. Nous n'avons plus à les aimer d'une façon extérieure à nous, nous les aimons en nous-mêmes ; ils font partie de notre chair, ils recomposent en nous une nouvelle substance. Notre curiosité de l'étranger n'en est pas amoindrie ; le prouve assez la vogue récente des musiciens russes et des écrivains Gorki, Tchékhov ; ou des Anglais, Kipling et Wells, pendant que Nietzsche, insuffisamment digéré, en est à la période suivante, intermédiaire entre l'émotion initiale et l'assimilation complète." (p. 108)

 

THIAUCOURT Camille, Les Gaulois et les Germains. Le passé explication du présent, Malzéville-Nacy, Imprimerie EDG, 1906.

Contient une petite section sur Nietzsche.

Nietzsche dans la littérature

LOTI Pierre, Les désenchantées, Paris, Calmann-Lévy, 1906.

Roman à succès: 122ème édition en  1908.

Egalement publication du roman en plusieurs livraisons dans la Revue des Deux Mondes de mars à mai 1906.

Description de la chambre de la jeune fille: "Sur un petit bureau laqué de blanc, une bougie oubliée brûlait encore, parmi des feuillets manuscrits, des lettres toutes prêtes dans des enveloppes aux monogrammes dorés. Il y avait là aussi du papier à musique sur lequel des notes avaient été griffonnées, comme dans la fièvre de composer. Et quelques livres traînaient parmi de frètes bibelots de Saxe le dernier de la comtesse de Noailles, voisinant avec des poésies de Baudelaire et de Verlaine, la philosophie de Kant et celle de Nietzsche. Sans doute, une mère n'était point dans cette maison pour veiller aux lectures, modérer le surchauffage de ce jeune cerveau." (p. 11)

Articles et comptes rendus sur Nietsche

MOREAS Jean,  "Nietzsche et la poésie", in Revue littéraire de Paris et de Champagne, t. 1, n°34, janvier 1906, pages 1-3.

Extrait de Jean Moréas, Paysages et sentiments, noté à paraître (Sansot, Paris).

 

ROURE Lucien, "Ernest Seillière. - La Philosophie de l'impérialisme", {Notes bibliographiques}, in Etudes, t. 106, 5 janvier 1906, p. 135-136.

Statue: "L'effort de M. Seillière se porte principalement à montrer le développement de la pensée chez Nietzsche et ses origines intellectuelles. Là est la valeur de son livre. Une érudition solide et une étude consciencieuse des textes donnent autorité à ses conclusions." (p. 135) Discute les éventuels emprunts de Nietzsche à Stirner.

 

SEIPPEL Paul, « Gobineau, Nietzsche, Chamberlain », in Semaine littéraire, 13, janvier 1906, p. 12-15.

 

LICHTENBERGER Henri, « Friedrich Nietzsche. - Gesammelte Briefe III, 2 », {Littérature allemande}, in Revue universitaire, tome I, n˚1, 15 janvier 1906, p. 53-54.

Cf. Friedrich Nietzsches Briefwechsel mit Hans von Bülow, Hugo von Senger, Malwida von Meysenbug, herausgegeben von Elisabeth Förster-Nietzsche und Peter Gast, Berlin und Leipzig, Schuster und Loeffler, 1905 [Krummel, II, AC, p. 203].

 

LICHTENBERGER Henri, « N. Awxentieff. - Kultur-Ethisches Ideal Nietzsches. Darstellung und Kritik », {Littérature allemande}, in Revue universitaire, tome I, n˚1, 15 janvier 1906, p. 54.

Cf. Nikolaus Awxentieff, Kultur-Ethisches Ideal Nietzsches. Darstellung und Kritik, Halle, C. A. Kaemmerer, 1905. [Krummel, II, 459, p. 204-205]

 

CAUSSY Fernand, « La théorie des sacrifices d'après Nietzsche et Joseph de Maistre », in Mercure de France, tome 59, n˚207, 1er février 1906, p. 344-366.

Fernand Caussy est un collaborateur du Mercure de France depuis 1897.

 

Anonyme, {Echos}, in Journal des débats, n°32, 2 février 1906, p. 2.

A propos des souvenirs sur Nietzsche de Franz Overbeck publiés dans la Neue Rundschau (Berlin). Note les rectifications apportées par rapport au témoignage d'Elisabeth Förster-Nietzsche, notamment à propos de Stirner.

 

REICHE Max Mme, "Frédéric Nietzsche et le judaïsme", in Revue des études juives, tome 51, janvier-Mars 1906, p. XXV-LIII.

Texte d’une conférence prononcée le 18 mars 1906.

 

ALBERT Henri, « Memento », {Lettres allemandes}, in Mercure de France, tome 60, n˚209, 1er mars 1906, p. 148-149.

Signale un article publié dans Politisch-Anthropologische Revue : « M. Raoul Richter, à qui l'on doit déjà un excellent ouvrage sur la philosophie de Nietzsche, étudie les idées du philosophe par rapport à la doctrine de l'évolution et la théorie de la race. » (p. 148)

Cf. Raoul Richter, « Nietzsches Stellung zu Entwicklungslehre und Rassetheorie », in Politisch-Anthropologische Monatschrift, Bd. 4, 1906, p. 544-564 [Krummel, II, 573, p. 254]. Voir aussi Krummel, II, 573a, p. 254.

 

SEGOND Jacques, « Le moralisme de Kant et l'amoralisme contemporain », {Revue critique}, in Revue philosophique de la France et de l'étranger, tome 61, n˚3, mars 1906, p. 309-319.

Constate la fin du règne de la morale kantienne : « (...) sous l'influence de Stirner et de Nietzsche (sans parler des influences plus purement littéraire), à la faveur aussi du crédit accordé aux sciences sociales grandissantes, un mouvement s'est dessiné, indifférent ou hostile à la morale ancienne et aux vieilles évaluations. » (p. 309) Décrit les différentes manifestations et conséquences de ce nouvel amoralisme. Remarque aussi l'apparition d' « immoralistes, comme Nietzsche dans la dernière partie de sa carrière » et souligne qu'Alfred Fouillée « a déjà rencontré et combattu l'immoralisme, alors qu'il consacrait à Nietzsche une étude remarquable et instituait un parallèle entre Nietzsche et Guyau. » (p. 309)

Décrit le nouvel ouvrage de Fouillée comme « une introduction à sa Morale positive » dans laquelle « il réunit à dessein les deux tendances, moralisme et amoralisme, estimant que l'une (la kantienne) explique par son outrance l'autre (surtout sous la forme nietzschéenne) ; et, en les combattant l'une et l'autre à titre de demi-vérités, il indique comment il espère les concilier en sa synthèse ultérieure. » (p. 310) Expose la partie consacrée à l'amoralisme de Nietzsche (p. 316-319).

Cf. Alfred Fouillée, Le moralisme de Kant et l'amoralisme contemporain, Paris, Alcan, 1905.

 

DELBOS Victor, « A. Fouillée. - Le moralisme de Kant et l'amoralisme contemporain », {Philosophie}, in Revue universitaire, tome I, n˚3, 15 mars 1906, p. 215-216.

Souligne que l'ouvrage d'Alfred Fouillée « vise à critiquer et à « dépasser » par une nouvelle esquisse du système des idées-forces les deux grandes théories qui, selon l'auteur, sont aux prises sur la réalité, l'utilité ou la nécessité de la morale : d'une part le moralisme kantien qui assigne à la morale une valeur absolue et y subordonne le reste, d'autre part l'amoralisme sous la forme d'une doctrine du plaisir et sous la forme nietzschéenne d'une doctrine de la force. » (p. 215) Ajoute aussitôt : « Mais c'est certainement pour son nouvel examen de la morale kantienne qu'il sera surtout consulté. » (p. 215)

 

Anonyme, « Nietzsche et la Bibliothèque de Karlsruhe », {Echos}, in Mercure de France, tome 60, n˚211, 1er avril 1906, p. 478.

 

GODFERNAUX André, « Paul Gay. - L'amour-propre psychologique en religion », in Revue philosophique de la France et de l'étranger, tome 61, n˚4, avril 1906, p. 427-429.

Signale que la deuxième partie du livre de Paul Gay est consacrée au problème du sentiment religieux et remarque : « Un des meilleurs chapitres est celui où on étudie le « religieux chez Nietzsche. » Ajoute : « Elle ne contient rien de définitif, mais des vues intéressantes, notamment sur Nietzsche. » (p. 429)

 

ARREAT Lucien, « Ernest Seillière. - La philosophie de l'Impérialisme. II. Apollon ou Dionysos. Etude critique sur Frédéric Nietzsche et l'utilitarisme impérialiste », {II. Philosophie générale}, in Revue philosophique de la France et de l'étranger, tome 61, n˚5, mai 1906, p. 533-535.

Commence en remarquant: "La littérature de Nietzsche est déjà si copieuse et si encombrante qu'un écrivain de mérite n'a d'excuse, pour y ajouter encore, que la nouveauté de son propre point de vue. Tel est le cas avec l'ouvrage, très curieux et très sûrement conduit, de M. Ernest Seillière." (p. 533)

 

ESTEVE Louis et GAUDION, « Nietzsche décadent », in Arts et Lettres, mai 1906.

 

Anonyme {Nouvelles diverses}, in Le Ménestrel, 15 mai 1906, p. 226-227.

Sur l'anniversaire d'Elisabeth Förster-Nietzsche et sur Nietzsche et Wagner (p. 227).

 

BESSE Abbé Clément, "Nietzsche chrétien malgré lui", in Revue pratique d'apologétique, t. 2, n°16, 15 mai 1906, p. 145-160.

 

ROURE Lucien, "Jules de Gaultier. - Nietzsche et la réforme philosophique", {Notes bibliographiques}, in Etudes, t. 107, 20 mai 1906, p. 567.

Compte-rendu du livre de Jules de Gaultier. Commence critique: "Il serait temps que les admirateurs de Nietzsche montrassent qu'ils ont profité de ses enseignements en témoignant de plus de liberté d'esprit à son égard. C'est pour le philosophe un spectacle d'une navrante ironie que celui de gens s'appliquant laborieusement à justifier un homme qui toute sa vie a bafoué la vérité et la raison."

 

ALBERT Henri, {Lettres allemandes}, in Mercure de France, tome 61, n˚215, 1er juin 1906, 460-465.

Compte-rendu de Bernard Scharlitt, « Le Polonisme de Nietzsche », publié dans Politisch-Anthropologische Revue (p. 464).

Cf. Bernard Scharlitt, « Über Nietzsches Polentum », in Politisch-Anthropologische Monatschrift, Bd. 5, 1906, p. 38-44 [Krummel, II, 499, p. 222].

 

HIRSCH Charles-Henry, « Mémento », {Les revues}, in Mercure de France, tome 61, n˚216, 15 juin 1906, p. 606-607.

Signale : « Arts et Lettres (mai. Nietzsche décadent, par M. L. Estève et M. G. Gaudion. » (p. 606)

 

LICHTENBERGER Henri, « August Horneffer. - Nietzsche als Moralist und Schriftsteller », {Littérature allemande}, in Revue universitaire, tome II, n˚7, 15 juillet 1906, p. 151-152.

Cf. August Horneffer, Nietzsche als Moralist und Schriftsteller, Jena, Diederichs, 1906 [Krummel, II, 519, p. 229-230].

 

LICHTENBERGER Henri, « A. Düringer. - Nietzsches Philosophie vom Standpunkte des modernen Rechts », {Littérature allemande}, in Revue universitaire, tome II, n˚7, 15 juillet 1906, p. 152-153.

Cf. Dr. Adalbert Düringer, Nietzsches Philosophie vom Standpunkte des modernen Rechts, Leipzig, Veit, 1906 [Krummel, II, 537, p. 240-241]. Voir aussi Krummel, II, 537a, p. 241.

 

Anonyme, "Mme Forster-Nietzsche", in Le Journal, 23 août 1906, p. 5.

A propos des fêtes organisées à Weimar en l'honneur d'Elisabeth Förster-Nietzsche.

 

Anonyme, {Informations}, in Le Radical, n°237, 25 août 1906, p. 2.

A propos des fêtes organisées à Weimar en l'honneur d'Elisabeth Förster-Nietzsche.

 

Anonyme, "A la mémoire de Nietzsche", in Journal de Genève, 25 août 1906, p. 2.

A propos des fêtes organisées à Weimar en l'honneur d'Elisabeth Förster-Nietzsche.

 

Grains de bon sens, "La sœur de Nietzsche", {Echos}, in La Justice, 28 août 1906, p. 1.

A propos des fêtes organisées à Weimar en l'honneur d'Elisabeth Förster-Nietzsche. Signale et reproduit une partie de l'ode de Gabriel d'Annunzio.

La Justice est un quotidien dirigé par Georges Clemenceau.

 

BOUHELIER Saint-Georges de, "Les antigones", in L'Aurore, n°3242, 4 septembre 1906, p. 1.

A propos d'Elisabeth Förster-Nietzsche.

 

BOUYER Raymond, ""Obermann" précurseur et le surhomme de Nietzsche", {Petites notes sans portée}, in Le Ménestrel, 9 septembre 1906, p. 281-282.

 

JEAN Lucien, « Le romantisme nietzschéen. A Henri Vandeputte », in Antée, n˚16, 15 octobre 1906, p. 482-489.

 

DERENNES Charles, "En suivant Nietzsche", in Le Journal, n°5131, 18 octobre 1906, p. 3.

 

PANURGE, "Surhomme!", {Echos}, in Le Radical, n°296, 23 octobre 1906, p.2.

 

Anonyme, « Il Crepuscolo dei Filosofi, par G. Papini », in Revue de métaphysique et de morale, tome XIV, n˚6, supplément de novembre 1906, p. 11.

« Œuvre facile à lire, vivante, amusante même, où l'auteur, avec une désinvolture admirable, dit son fait à chacun des maîtres de la pensée moderne. » Passe en revue ces penseurs : Kant, Hegel, Schopenhauer, Comte, spencer et Nietzsche qui « n'a fait que la théorie de sa faiblesse, de sa maladie et de son impuissance. »

 

ADAM Paul, "Les Mouettes", in L'Illustration théâtrale, 45, 11 novembre 1906.

Texte de la pièce.

 

BEAUNIER André, "Les idées de Chambalot", in Le Figaro, n°318, 14 novembre 1906, p. 1.

Compte-rendu des Mouettes de Paul Adam. Procès du nietzschéisme qui est une "caricature des idées de Nietzsche".

 

LAUNAY Guy, {Au théâtre}, in Le Matin, n°8297, 15 novembre 1906, p. 2.

A propos de la pièce de Paul Adam, Les Mouettes, note: "Depuis. de longues années, des philosophes enseignent la jeunesse qu'elle doit se délivrer d'une vaine sensibilité et lutter farouchement pour la vie les professeurs d'énergie sont les ennemis de la pitié, et l'on ne saurait imaginer l'influence qu'a eue, par exemple, l'Allemand Nietzsche sur les étudiants français."

 

LICHTENBERGER Henri, « Th. Lessing. - Schopenhauer. Wagner. Nietzsche. Einführung in Moderne deutsche Philosophie », {Littérature allemande}, in Revue universitaire, tome II, n˚9, 15 novembre 1906, p. 326-327.

Cf. Theodor Lessing, Schopenhauer, Wagner, Nietzsche. Einführung in moderne deutsche Philosophie, München, C. H. Beck, 1906 [Krummel, II, 517, p. 227-228].

 

BRULAT Paul, "Les devoirs de l'homme", in Le Radical, n°322, 18 novembre 1906, p. 1.

A propos de Paul Adam et de la morale de Nietzsche.

 

PASCAL Félicien, "Du romantisme à l'anarchie. La déformation de l'énergie dans le surhomme", in Le Correspondant, 25 novembre 1906, p. 75-780.

 

ALBERT Henri, « A propos des « Mouettes ». Nietzsche et M. Paul Adam », in Mercure de France, tome 64, n˚227, 1er décembre 1906, p. 384-389.

 

BURY Robert de, « Nietzsche et la presse française (le Figaro, le Temps, le Radical, etc., etc.) », {Les journaux}, in Mercure de France, tome 64, n˚227, 1er décembre 1906, p. 447-449.

A propos de l'accueil de la pièce de Paul Adam

 

BONHOMME CHRYSALE Le, "L'arrivisme", {Notes de la semaine}, in Annales politiques et littéraires, t. 47, n°1223, 2 décembre 1906, p. 353.

Suite à la pièce de Paul Adam, Les Mouettes, qui défraie les conversations, s'efforce de définir le "surhomme".

 

FAGUET Emile, "Le « Surhomme » d'après Nietzsche", {Etudes et portraits}, in Annales politiques et littéraires, t. 47, n°1223, 2 décembre 1906, p. 355-357.

 

Anonyme, "Deux philosophes", in Supplément des annales littéraires, t. 47, n°1223, 2 décembre 1906, p. 1.

Parallèle entre Robert Auget, baron de Montyon (1733-1820) et Nietzsche. Avec un portrait de Nietzsche et un extrait de Zarathoustra sous le titre "Une leçon de « surhomie »".

 

D.[AGAN] H. [enri], "Frédéric Nietzsche et M. Paul Adam", {Les revues}, in Les Cahiers de l'Université Populaire, t. 1, n°12, 10 décembre 1906, p. 561-563.

A propos de Paul Adam et de l'article d'Henri Albert dans le Mercure de France. Longs extraits.

 

ADAM Paul, « Défense de Chambalot », in Mercure de France, tome 64, n˚228, 15 décembre 1906, p. 553-558.

 

DOUMIC René, « Le théâtre déliquescent », {Revue dramatique}, in Revue des Deux Mondes, tome 36, 15 décembre 1906, p. 912-922.

A propos de la pièce de Paul Adam, Les Mouettes (p. 912-917). Résume l'intrigue et présente le personnage de Chambalot comme un « butor » qui « s'étale avec impudence dans son cynisme de malotru : il parle fort, fait taire les gens, fume devant les dames, se sert le premier à table et commet toutes les incongruités qui concernent son état. » Remarque que sa « goujaterie s'autorise des plus récentes hypothèses mise en circulation par la philosophie et la science » et en conclut que Chambalot est « darwinien et nietzschéen. » (p. 914)

 

LEVY Paul, "La parodie de Nietzsche", in L'Aurore, n°3344, 15 décembre 1906, p. 1.

En réaction à l'article d'André Beaunier dans le Figaro en novembre.

 

FLORENCE Jean, « Zarathoustra parmi les nations », in Phalange, n˚18, 15 décembre 1906, p. 522-528.

Fondée en 1906, La Phalange est une revue littéraire mensuelle fondée et dirigée par Jean Royère. Elle est l'organe du mouvement néo-symboliste. A partir du 15 mars 1908, elle fusionne avec la revue symboliste belge Antée ; elle paraîtra jusqu'en 1939. Pour un descriptif détaillé, cf. La vie littéraire en France en 1908. Analyse et dépouillement des périodiques, Paris, 1986, tome III, p. I-IV.

 

L., « Compte rendu de « En lisant Nietzsche » d'Emile Faguet », in Bulletin des bibliothèques populaires, 1906, p. 115.

 

DAURIAC Lionel, « Le crépuscule de la morale kantienne : impressions et réflexions sur la crise actuelle », in L'année philosophique, volume XVII, 1906, p. 125-151.

A la question « Kant ou Aristote » qui caractérise le déclin de la morale kantienne va se substituer ou plutôt se superposer le dilemme : Tolstoï ou Nietzsche (p. 140). Analyse l’œuvre de ces « deux maîtres » (p. 141-143) et se demande ensuite « pourquoi le dilemme « Tolstoï ou Nietzsche » se conclut le plus souvent, par l'option Nietzsche. » (p. 143-149) Conclut en remarquant que la crise actuelle dont Nietzsche et ses disciples sont à l'origine « est moins une crise de la pensée ou de la conscience, qu'une crise de l'imagination, autrement dit une crise surtout littéraire, quelques chose comme une survivance de feu le Romantisme. » (p. 151)

Articles qui évoquent Nietzsche

Anonyme, "Examens", in L'enseignement secondaire des jeunes filles, tome 25, janvier 1906, p. 17-30.

Nietzsche figure au programme 1905 des épreuves orales pour le certificat d'aptitude à l'enseignement secondaire des jeunes filles (p. 22).

 

LALO Charles, « R. Wallaschek. - Psychologie und Pathologie der Vorstellung. Beiträge zur Grundlegung der Aesthetik », {IV. - Esthétique}, in Revue philosophique de la France et de l'étranger, tome 61, n˚1, janvier 1906, p. 112-115.

Concernant l'étude des « faits pathologiques », remarque : « De semblables faits concernant la mimique, le geste et l'action, conduisent à distinguer à peu près à la façon de Nietzsche deux types d'activités fondamentales et irréductibles : la spontanéité et l'imitation (Vormänner, Nachmänner), fait qui ne manque pas de portée sociale. » (p. 113)

Cf. Richard Wallaschek, Psychologie und Pathologie der Vorstellung. Beiträge zur Grundlegung der Aesthetik, Leipzig, Barth, 1905. En 1908, Richard Wallaschek publiera un article sur « Nietzsches Freundeskreis » [Krummel, II, 795, p. 345-346] ainsi qu'un compte-rendu d'Ecce Homo [Krummel, II, 797, p. 346].

 

LALO Charles, « Alfredo Rolla. - Storia delle Idee estetiche in Italia », {IV. - Esthétique}, in Revue philosophique de la France et de l'étranger, tome 61, n˚1, janvier 1906, p. 115-116.

Signale que selon l'auteur, des « tendances plus philosophiques ou métaphysiques se manifestent (...) dans l’œuvre de Morasso, qui tient quelque chose de Nietzsche. » (p. 116)

Cf. Elfredo Rolla, Storia delle Idee estetiche in Italia, Torino, Bocca editori, 1905.

 

PERES J., « José Ingegnerios. - La simulacion en la lucha por la vida », {II. Psychologie}, in Revue philosophique de la France et de l'étranger, tome 61, n˚1, janvier 1906, p. 98-100.

Remarque en conclusion : « Il reste, somme toute, assez difficile de comprendre, - difficulté sentie par M. I., qui cite Nietzsche (p. 192), et se préoccupe d'assigner au médecin une tâche de « défense biologique de l'espèce orientée vers des fins purement sélectives » (p. 194), - comment une atténuation de la lutte pour la vie, donc un ralentissement de l'évolution sélective, peut constituer un progrès. » (p. 100)

Cf. José Ingegnerios, La simulacion en la lucha por la vida, Valencia-Madrid, Sempere y comp.

 

RICHARD Gaston, « La philosophie du droit au point de vue sociologique », {Revue générale}, in Revue philosophique de la France et de l'étranger, tome 61, n˚1, janvier 1906, p. 63-87.

Au sujet de deux ouvrages de Adolfo Posada (p. 64-66). Expose qu'on peut voir dans la volonté de l'Etat « soit une volonté collective réelle, soit une somme de volontés individuelles juxtaposées » (p. 66) et remarque : « De ces thèses la seconde conduirait logiquement, selon Posada, à l'individualisme anarchique de Stirner et de Nietzsche. » (p. 66)

Adolfo Posada, Teorias politicas, Jorro, Madrid, 1905 et Socialismo y reforma social, Fe, Madrid, 1904.

 

SEILLIERE Ernest, "Thomas Hobbes et la volonté de puissance", in Revue Germanique, tome 2, 1906, p. 145-161.

 

AJALBERT Jean, in  Courrier saïgonnais, 6 janvier 1906.

Note que le nietzschéisme des personnages du roman de Claude Farrère, Les civilisés (Paris, Ollendorf, 1905), ne monte pas plus haut que la ceinture. Référence d'après Michel Leymarie, "La Grande Guerre et le Prix Goncourt" in Jean-Louis Cabanès, Robert Kopp,Jean-Yves Mollier (éd.), Les Goncourt dans leur siècle: Un siècle de Goncourt, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2005, p. 311.

 

D.[AGAN] H.[enri], "Lettres de Gustave Flaubert", {Les Revues}, in Les Cahiers de l'Université Populaire, t. 1, n°1, 10 janvier 1906, p. 24-25.

Note que Nietzsche est "travesti par de misérables et ridicules disciples" (p. 24)

 

GODEFROY Emile, {Les livres}, in Les Cahiers de l'Université Populaire, t. 1, n°1, 10 janvier 1906, p. 40-48.

Reproduit une épigramme attribuée à Remy de Gourmont:

"Lindor qui se surnomme
Le Nietzschéen ou Nietzsche-nain
Ne sera jamais homme
Et se croit surhumain." (p. 47)

 

LICHTENBERGER Henri, « E. Kühnemann. – Schiller », {Littérature allemande}, in Revue universitaire, tome I, n˚1, 15 janvier 1906, p. 48-49.

Souligne que c'est devenu un lieu commun d'opposer Goethe et Schiller, « de la glorifier avec Wagner comme le poète du « jeune homme allemand » ou de le railler avec Nietzsche, comme l'incorrigible Moraltrompeter, le héraut de l'impératif du devoir. » (p. 48) Indique que l'auteur trouve dans l’œuvre de Schiller " »a notion centrale de la doctrine nietzschéenne, l'idéal de la personnalité géniale qui vit et se développe selon la loi qu'elle se donne à elle-même. » (p. 49) Signale qu'il se sépare de l'auteur sur certains points de détail, ne voyant pas, « par exemple, la nécessité d'immoler Nietzsche (p. 363) et Ibsen (p. 406) à la gloire de Schiller. » (p. 49)

Cf. E. Kühnemann, Schiller, München, Beck, 1905.

 

Anonyme, "Lettre de Russie", in Journal des Débats, n°24, 25 janvier 1906, p. 1-2.

Souligne les dangers des idées révolutionnaires à la mode, en insistant sur le rôle des femmes: "Ce qu'il y a de grave est que ces utopies, ces chimères, sont colportées, propagées ici surtout par les femmes, qui forment, en Russie, l'élément actif et progressif de la nation. On dit qu'en Occident l'homme est d'ordinaire libéral et la femme conservatrice. Ici, c'est tout le contraire. Les femmes, les jeunes filles surtout, dédaignant les grâces de leur âge et de leur sexe, ne s'emploient qu'à propager le nouveau culte, celui de l'anarchie. On les retrouve partout, dans les salons, pérorant contre la tyrannie dans les théâtres, applaudissant aux allusions les plus subversives; aux barricades même, guidant, avec une frénésie admirable et tragique, la fureur des combattants. Et je ne parle pas ici des pauvres femmes, des ouvrières; mais bien des demoiselles de la société, des filles de hauts fonctionnaires, de gentilshommes. de ministres, de généraux.
Nourries de pamphlets subversifs, mais ignorantes, pour la plupart, des choses de l'histoire, elles se représentent, en général, le peuple allemand comme devant être le régénérateur du monde. Ces anarchistes ont pris pour modèle la nation la plus conservatrice de l'Europe. Pourquoi? C'est qu'elles ont lu, ou plutôt dévoré, Karl Marx et Nietzsche. Toutes sont éprises, théoriquement, du "surhomme". Toutes veulent être des "surfemmes". Toutes se proposent, un jour ou l'autre, de faire de leurs fils des "surenfants "." (p. 1)

 

Anonyme, « Un curieux procès », {Echos}, in Mercure de France, tome 59, n˚207, 1er février 1906, p. 479.

Suite à un procès contre Ludwig Thoma, l'auteur de Simplicissimus, celui-ci est acquitté mais le numéro incriminé est cependant « confisqué sous le curieux prétexte que, sans être précisément contraire aux mœurs, il ne saurait tomber entre les mains « des femmes, des mineurs et des enfants ». Tout le monde en Allemagne se demande avec consternation où iront, à ce taux, l'art, la musique et la littérature. Faust, la Walkyrie, l’œuvre de Nietzsche peuvent-ils, oui ou non, être mis aux mains des enfants? » (p. 479)

 

MARITAIN Jacques, « Adolphe Landry. - Principes de morale rationnelle », {I. - Morale}, in Revue philosophique de la France et de l'étranger, tome 61, n˚2, février 1906, p. 209-213.

Constate qu'Adolphe Landry tente de « concilier ce qu'il y a de bon dans tous les systèmes, sans oublier Guyau, Nietzsche, ni M. Rauh. » (p. 209)

 

PALANTE Georges, « L'ironie, étude psychologique », in Revue philosophique de la France et de l'étranger, tome 61, n˚2, février 1906, p. 147-163.

 

SEILLIERE Ernest, "L'Impérialisme allemand dans le roman. La Baronne Frieda von Buelow", in Le Corespondant, t. 186, 10 février, p. 509-528.

"Nous nous sommes efforcés ailleurs d'établir un lien logique entre quelques-unes des théories de Nietzsche et les tendances contemporaines de l'impérialisme de race sans nous dissimuler d'ailleurs que Nietzsche ignora jusqu'au mot d'impérialisme et ne discerna pas de façon consciente cette direction de sa pensée philosophique. La baronne de Buelow apporte une confirmation éclatante à nos affirmations sur ce point. En effet, cette impérialiste par vocation de naissance est devenue de bonne heure une nietzschéenne avouée, parce qu'elle a trouvé chez le penseur
saxon un aliment pour sa disposition d'esprit fondamentale. Les coloniaux prussiens qu'elle aime à décrire ont souvent le type très marqué du surhomme nietzschéen, dans ce qu'il y a de sainement impérialiste (ou d'apollinien pour employer un terme dont nous avons cherché à fixer la signification morale)." (p. 527)

 

GRASSET J., "Demi-fous et demi-responsables", in Revue des Deux mondes, vol. 31, 15 février 1906, p. 887-921.

Note que Nietzsche "a été interné à plusieurs reprises dans des maisons de santé et y a fini, dément incurable" (p. 911).

 

LEVY-BRUHL Lucien, « Emile Boutmy », in Revue de Paris, tome 1, 15 février 1906, p. 795-805.

Remarque que les « aphorismes de Nietzsche sont plus éblouissants » que les propos de Boutmy mais qu’ils « ne portent pas plus loin » (p. 804).

 

NOZIERE, "A bâtons rompus. La petite vieille de Rouen", in Le Temps, n°16319, 24 février 1906, p. 2.

A propos des goûts des "mondaines": "Elles ne lisent plus les poètes que j'adorais sans les bien comprendre; mais comprennent-elles bien les écrivains et les philosophes qu'elles adorent? Elles ont connu l'extase devant l'indolente tendresse et la crédulité de Paul Verlaine. Elles sont devenues anarchistes en coupant les volumes de Nietzsche. Elles hésitent aujourd'hui entre la parole évangélique de Tolstoï et les appels fiévreux de Mme de Noailles."

 

Anonyme, « Les éléments sociologiques de la morale, par Alfred Fouillée », in Revue de métaphysique et de morale, tome XIV, n˚2, supplément de mars 1906, p. 1-2.

Précise qu'Alfred Fouillée étudie « les phénomènes de la vie, pour en marquer le caractère synthétique et harmonieux, pour montrer, d'accord avec Guyau contre Nietzsche, que déjà nutrition et génération attestent l'effort des êtres pour franchir l'égoïsme, qu'ils font présager le triomphe de la coopération interindividuelle, et que le problème est déjà résolu en partie chez les animaux. » Cite : « (...), chez les animaux, il y a déjà de l'humanité et de la pitié. Ils n'ont pas lu Zarathoustra. » (p. 1)

 

Anonyme, « International Journal of Ethics », {Revues et périodiques}, in Revue de métaphysique et de morale, tome XIV, n˚2, supplément de mars 1906, p. 13-15.

Compte-rendu d'un article de W. -R. Benedikt sur le fait religieux, publié en octobre 1903. Résume : « Notre siècle est celui de Nietzsche : nous voulons vivre, revivre individuellement. Y-a-t-il des faits expérimentaux qui puissent nous donner cet espoir? Telle est la question. » (p. 13) Juge brièvement : « Tout ce personnalisme nous paraît aussi peu viril que philosophique. » (p. 13)

 

BELOT Gustave, « En quête d'une morale positive », in Revue de métaphysique et de morale, tome XIV, n˚2, mars 1906, p. 165-195.

Pose la question : « Comment la conscience individuelle jugeant d'une manière autonome, peut-elle légitimement prononcer, sans consulter la conscience collective existante, et même finalement contre elle? » (p. 186) Constate que le relativisme exclut de trouver une solution dogmatique à ce problème et conclut : « Mais le relativisme nous permet aussi d'approximer la solution, en nous souvenant que toute vérité offre un double aspect, et que les antinomies ne résultent ordinairement que de ce qu'on sépare et de ce qu'on réalise par abstraction des conditions ou des éléments qui sont unis dans le réel. Si, à la limite, l'autonomie du jugement nous plonge dans l'immoralisme nietzschéen, si, à la limite, une sociologie réaliste et mécaniste nous réduit à une négation inverse de toute conscience et de toute morale, n'est-ce pas parce qu'on a indûment séparé la rationalité et la socialité, parce qu'on a conçu une volonté autonome sans finalité. » Là, ajoute une note : « C'est bien la doctrine de Nietzsche. Justifier une cause, c'est du dogmatisme, de « l'esprit de lourdeur ». « C'est la bonne guerre qui a justifié toute cause. » Elle ne se justifie que par la joie absolue qu'elle donne au sage. Il faut « désapprendre le pour, le à cause de. » Zarathoustra, trad. fr., p. 356, 297, 453. » (p. 187)

 

GAULTIER Jules de, « La métaphysique du spectacle », in Mercure de France, tome 60, n˚209, 1er mars 1906, p. 22-34.

Rappelle la définition et la réflexion autour de la notion de Bovarysme qu'il a exposées dans Nietzsche et la Réforme philosophique, p. 22-23. A propos de l'immoralisme de Nietzsche, se réfère à son De Kant à Nietzsche (p. 28-29).

 

BERTNAY Paul, "Le Passeur de la Moselle", in Le Petit Parisien, n°10726, 11 mars 1906, p. 1.

Roman feuilleton. Le personnage de Fritz conseille à sa fiancée de lire Nietzsche. Elle demande: "N'ai-je pas encore un peu trop de sang français pour goûter ce plaisir-là?".

 

SEILLIERE Ernest, « La morale impérialiste chez Stirner », in Mercure de France, tome 60, n˚210, 15 mars 1906, p. 179-198.

Cite, parmi les récents travaux sur Stirner, M. Lévy, Stirner et Nietzsche (p. 179). Se réfère à son récent livre, Nietzsche et l'utilitarisme impérialiste (p. 179). Parmi les injures inventées pour qualifier « les races endormies par le défaut d'initiative et de self-control », évoque « esclaves » et « bêtes de troupeau » en les attribuant à Nietzsche. (p. 193)

 

BELOT Gustave, « Esquisse d'une morale positive », in Revue philosophique de la France et de l'étranger, tome 61, n˚4, avril 1906, p. 378-390.

Dans le cours de sa réflexion, écarte le cas de Nietzsche d'une phrase : « L'individualisme de la sensibilité (hédonisme) ou de la volonté (Nietzsche) se placent en dehors des conditions de la réalité et ne sont que des moyens d'analyse ou des chimères poétiques. » (p. 386-387)

 

DUMESNIL Georges, "L’œuvre critique de M. Pierre Lasserre", in Revue de philosophie, 1er avril 1906.

Critique des idées de Pierre Lasserre sur Nietzsche d'après la Revue pratique d'apologétique (1906)

 

LEVY Paul, "Retour à Platon", in L'Aurore, n°3094, 9 avril 1906, p. 1.

A propos de Keyserling, Système du monde et d'Emile Faguet Pour qu'on lise Platon, note: "La lecture des deux livres qui viennent de paraître révèle chez l'un et l'autre écrivains un goût du recueillement qui ne peut manquer de frapper, si on se souvient que tous deux ont subi l'influence de Nietzsche et que tous deux ont suivi avec une inlassable curiosité tout le mouvement philosophique et littéraire de l'heure présente. Or, ce double penchant pour la philosophie de Nietzsche et pour l'infinie diversité des productions littéraires, les générations actuelles l'ont partagé. Tous nous avons été touchés, consciemment ou non, docilement ou en révoltés, de la grâce nietzschéenne, et tous nous avons fiévreusement cherché, dans l'océan des ouvrages que notre époque agitée a mis au jour, l’œuvre qui pût nous indiquer une direction."

 

LOTI Pierre, "Les désenchantées", in Revue des Deux Mondes, vol. 32, 15 mars 1906, p. 241-278.

Publication du roman en plusieurs livraisons de mars à mai 1906. Description de la chambre de la jeune fille: "Sur un petit bureau laqué de blanc, une bougie oubliée brûlait encore, parmi des feuillets manuscrits,
des lettres toutes prêtes dans des enveloppes aux monogrammes dorés. Il y avait là aussi du papier à musique sur lequel des notes avaient été griffonnées, comme dans la fièvre de composer. Et quelques livres traînaient parmi de frètes bibelots de Saxe le dernier de la comtesse de Noailles, voisinant avec des poésies de Baudelaire et de Verlaine, la philosophie de Kant et celle de Nietzsche. Sans doute, une mère n'était point dans cette maison pour veiller aux lectures, modérer le surchauffage de ce jeune cerveau." (p. 246)

 

Anonyme, « Ethische Präludien, par M. Kronenberg », in Revue de métaphysique et de morale, tome XIV, n˚3, supplément de mai 1906, p. 9.

Souligne que l'auteur critique la morale religieuse : « ce n'est pas sur le modèle de l'Evangile, à la façon de Tolstoï, qu'il concevra son Ethique ». Ajoute : « Mais il n'imitera pas plus Nietzsche que Tolstoï. L'égoïsme absolu n'a pas un fondement plus solide que l'altruisme absolu. A son avis, le succès de Nietzsche est excessif ; Nietzsche a éveillé les esprits, mais ses paradoxes ne sont pas viables. »

 

SEGOND J., « Rivista filosofica », {Revue des périodiques étrangers}, in Revue philosophique de la France et de l'étranger, tome 61, n˚5, mai 1906, p. 562-565.

Compte-rendu d'un article de E. Morselli, « La société et l'idéal éthique (fin) ». (p. 562-563) Remarque : « Kant et même Nietzsche sont réclamés par certains socialistes, comme étant des leurs. » (p. 563)

 

SEGOND J., « Rivista filosofica », {Revue des périodiques étrangers}, in Revue philosophique de la France et de l'étranger, tome 61, n˚5, mai 1906, p. 562-565.

Compte-rendu d'un article de G. Calo, « Sur les progrès actuels du Pragmatisme et l'une de ses formes nouvelles ». (p. 563) Constate que l'auteur « rapproche les thèses de Nietzsche des thèses soutenues -logiquement selon lui - par certains bergsoniens. »

 

DOUMIC René, « Romans de femmes », {Revue littéraire}, in Revue des Deux Mondes, tome 33, 15 mai 1906, p. 447-458.

A propos de la publication récente des romans de Marcelle Tinayre, Gérard d'Houville et de la Comtesse Mathieu de Noailles. Remarque que ces romans sont « tout imprégnés de l'atmosphère où ils furent conçus. Ils nous renseignent sur certains états d'esprit, et se trouvent, sans y avoir tâché, avoir une valeur de documens. Combien sont précieux, à ce point de vue, les romans de la comtesse de Noailles! Vivant dans un monde qui est précisément celui où les nouvelles modes intellectuelles sont tout de suite adoptées et exagérées, elle excelle à en reproduire la physionomie. » Précise : « Elles avaient à peine commencé de tolstoïser, qu'il leur fallait devenir ibséniennes ou nietzschéennes. (...) On devine quel chaos toutes ces doctrines disparates peuvent faire dans des cerveaux mal préparés pour les accueillir. Quelle incohérence! Quel fatras! Quelle prétention! Telles qui eussent été de délicieuses perruches se métamorphosent en d'insupportables pédantes. » (p. 449)

 

MOREAU Lucien, "Tradition française et raison humaine", in L'Action française, t. 22, n°166, 15 mai 1906, p. 287-305.

Exposé des théories de Nietzsche, dans le prolongement des exposés de Jules de Gaultier.

 

STROWSKI S., "Le principe des nationalités et la sociologie contemporaine", in Bulletin polonais littéraire, scientifique et artistique, n°214, 15 mai 1906, p. 122-129.

Sur l'arrivisme et le Nitzschisme (sic) des Etats (p. 123).

 

WEBER Louis, « A. Chide : L'idée de rythme », {Philosophie}, in Mercure de France, tome 61, n˚214, 15 mai 1906, p. 264-265.

Approuve l'idée défendue par A. Chide mais remarque qu'elle « n'a plus le mérite de la nouveauté, après Nietzsche et surtout après son vulgarisateur français, M. Jules de Gaultier. » Remarque que Nietzsche aurait été « un cas clinique remarquable, si sa situation de bourgeois aisé ne l'avait préservé de l'indiscrète curiosité des psychiatres. » (p. 265)

 

Anonyme, « L'année philosophique », {Revues et périodiques}, in Revue de métaphysique et de morale, tome XIV, n˚4, supplément de juillet 1906, p. 11-12.

Compte-rendu élogieux de l'article de Lionel Dauriac, « La philosophie de Gabriel Tarde » : « Est-ce Héraclite, demande en terminant M. Dauriac, dont je paraphrase la philosophie? Est-ce Nietzsche dont je cherche à dégager la pensée favorite? Est-ce Tarde dont je suis occupé à résumer la doctrine? Choisissez. En aucun cas vous ne choisirez mal. »

 

DAURIAC Lionel, {Revue critique}, in Revue philosophique de la France et de l'étranger, tome 62, n˚7, juillet 1906, p. 64-81.

Compte-rendu de Th. Gomperz, Les penseurs de la Grèce. Histoire de la philosophie antique (p. 70-72). Constate que ce qui frappe Gomperz « pendant l'âge héroïque de la pensée grecque, c'en est précisément... l'héroïsme » et ajoute : « En écrivant ce mot j'espère ne point trahir le jugement de l'historien. Il est un héroïsme de l'action qui consiste, selon la belle expression de Nietzsche, à « vivre dangereusement ». La formule se passe de commentaires. Mais la pensée, elle aussi, a ses aventures, ses risques, ses dangers mêmes. » (p. 70)

 

FOUILLEE Alfred, « La doctrine de la vie chez Guyau. Son unité et sa portée », in Revue de métaphysique et de morale, tome XIV, n˚4, juillet 1906, p. 514-544.

 

ADAM Paul, "Deux jeunesses", in Le Journal, n°5052, 21 juillet 1906, p. 1.

Note: "Aujourd'hui, le bachelier subit l'influence de Nietzsche comme nous subîmes celle de Schopenhauer. Il a la volonté de puissance et le goût de se faire surhomme. Il cultive les sports afin d'exercer son caractère au risque, à la vaillance, à l'opiniâtreté. Il révère son individu."

 

BOIS Jules, {Revue des livres}, in Annales politiques et littéraires, t. 47, n°1205, 29 juillet 1906, p. 68-70.

Compte-rendu du roman de Pierre Loti, Les désenchantées. Note: "Et quelles révélations sur les intérieurs de harems, les détails des cérémonies du mariage, des enterrements, de la menue vie turque, surtout celle des épouses et des jeunes filles claustrées (elles lisent, elles aussi, Mme de Noailles et Nietzsche!) dont les gestes et les modes (elles s'habillent chez nos grands couturiers !) nous étaient restés, jusqu'ici, presque totalement inconnus." (p. 70)

 

Anonyme, « Lettres inédites d'Henrik Ibsen », {Echos}, in Mercure de France, tome 62, n˚219, 1er août 1906, p. 476.

Comparaison entre les lettres d'Ibsen à Emilie Bardach et « une autre correspondance, celle de Nietzsche avec Mme Louise O » : « C'est durant quelques mois le même ravissement intellectuel. Puis les spéculations morales, le souci d’œuvres nouvelles et de nouvelles expériences, effacent tout, sauf un petit souvenir heureux... » (p. 476)

 

LUX Jacques, « Nos philosophes. L’œuvre de M. Alfred Fouillée », in Revue bleue, tome VI, n˚5, 4 août 1906, p. 158-160.

Mentionne la place de Nietzsche dans la vie et l’œuvre d'Alfred Fouillée (p. 159-160).

 

TANNERY Jules, "L'adaptation de la pensée", in La Revue du mois, t. 2, 10 août 1906, p. 129-147.

Note: "(...) j'ai le droit d'imaginer que le progrès finisse par se réaliser, que l'homme apparaisse, et même le surhomme. Au fait, dans notre monde réel, ceux qui étaient capables de donner naissance au surhomme et à la surfemme ont peut-être disparu sans laisser de descendants. Vous savez que certaines supériorités, qui ne viennent pas à la bonne heure, sont funestes à ceux qui les possèdent." (p. 134)

 

GOURMONT Jean de, « André Gide : Amyntas », {Littérature}, in Mercure de France, tome 62, n˚220, 15 août 1906, p. 583-585.

Reconnaît une « concordance entre les idées de M. Gide et celle de Nietzsche » et ajoute aussitôt : « sans doute Nietzsche a-t-il précisé et fixé quelques-unes des idées de M. Gide. Il ne faut pas craindre de se laisser influencer par un esprit supérieur : la crainte de « l'influence » est le signe d'une vanité étroite. » (p. 584) Poursuit en encourageant la lecture du roman de Gide, l'Immoraliste, « qui est plus qu'une transposition des idées de Nietzsche. » (p. 584) Conclut en s'exclamant : « Soyons immoralistes ». (p. 585)

 

WALKLEY A. B., "L'année théâtrale en Angleterre", in Le Temps, 27 août 1906, p. 1-2.

Note: "Le nietschéisme envahit toutes les dernières pièces de M. Shaw. Cela n'est peut-être qu'une mode intellectuelle passagère, mais je note le fait pour ce qu'il vaut". (p. 2)

 

MAMELET A., « L'idée de Rythme par A. Chide », {Etudes critiques}, in Revue de métaphysique et de morale, tome XIV, n˚5, septembre 1906, p. 735-743.

Souligne qu'Alphonse Chide s'efforce de restaurer la philosophie héraclitéenne, de « la rénover, en mettant à son service l'histoire générale et surtout l'histoire contemporaine de la philosophie, les résultats des sciences, les thèses générales d'un Boutroux, d'un Bergson, d'un Darwin, d'un Nietzsche, les tendances esthétiques des symbolistes, des impressionnistes et des occultistes, affranchies des restrictions rationalistes qui, chez ces penseurs, en entravent encore le développement. » (p. 735) Fait l'éloge du style de l'ouvrage qui « a la spontanéité, la finesse, la recherche de celui de Barrès, et, par instants, la grandeur apocalyptique de celui de Nietzsche. » (p. 739)

 

SEIPPEL Paul, "Les "Désenchantées"", in Journal de Genève, 2 septembre 1906, p. 1.

Compte-rendu du roman à succès de Pierre Loti.

Note que les femmes lisent Kant, Schopenhauer, Nietzsche... et qu'elles n'y comprennent rien.

 

OHNET Georges, "La Dixième Muse", in Le Figaro, n°247, 4 septembre 1906, p. 4.

Feuilleton. Réplique de Florise: "Je ne vous demande pas d'être un surhomme. Dieu! je ne suis pas nietzschéenne pour un sou je hais cette doctrine égoïste et féroce. Soyez tout simplement un homme raisonnable et probe. Votre intelligence fera le reste."

 

Anonyme, « Le cas du lieutenant Sigmarie », in Revue de Paris, tome 5, 15 septembre 1906, p. 225-269.

Evoque la jeune fille, « bas-bleu » qui est peintre, sculpteur, écrivain qui « croit avoir lu Nietzsche » (p. 246).

 

LE BLOND Maurice, "Le panthéon", in L'Aurore, n°3257, 19 septembre 1906, p. 1.

Note: "Est-ce notre faute si notre génération a grandi, en quelque sorte, dans cette religion du génie, dont des hommes aussi différents qu'Auguste Comte, Victor Hugo, Michelet, Carlyle, Emerson, Nietzsche se sont faits les apôtres. Puisque la glorification par le marbre perd, chaque jour, de son prestige, que les honneurs du Panthéon restent dignes de la haute pensée révolutionnaire !"

 

SEGOND J., « Rudolf Goldscheid. - Grundlinien zu einer Kritik der Willenskraft », {II. - Morale}, in Revue philosophique de la France et de l'étranger, tome 62, n˚10, octobre 1906, p. 431-433.

Explique que l'auteur insiste sur un fait : « progrès et recul ne sont pas en fonction de la lutte pour l'existence, mais bien de l'accroissement ou de la déchéance de notre faculté téléologique. » Ajoute : « C'est de ce point de vue qu'il juge l'immoralisme volontariste d'un Nietzsche. » (p. 432)

Cf. Rudolf Goldscheid, Grundlinien zu einer Kritik der Willenskraft, Vienne et Leipzig, Braumüller, 1905.

 

BOIS Jules, "Où en est le Roman Français", {Revue des livres}, in Annales politiques et littéraires, t.47, n°1216, 14 octobre 1906, p. 244-247.

A propos du roman de Paul Adam, Le Serpent noir: "(...) au moment où l'ère démocratique tente de tout égaliser, M. Paul Adam, fidèle aux enseignements de « Zarathoustra » et du philosophe Nietzsche, — ah ! ce Nietzsche, nous le sert-on à toutes les sauces, aujourd'hui! — francisa l'évangile de l'Uebermensch, du nouveau héros déprédateur et exalté, du « surhomme ». Nous assistons au conflit entre l'ancienne notion — toujours vivace, heureusement — du sacrifice, du dévouement, et la nouvelle qui commande le développement à outrance de la ténacité indomptable." (p. 245)

 

Anonyme, "Le nouveau drame de D'Annunzio", in Journal de Genève, 1er novembre 1906, p. 2.

Signale la réaction hostile du public: "Più clic l'Amore, représenté dimanche soir au théâtre Costanzi à Rome est tombé lamentablement à la première représentation. Malgré la valeur littéraire incontestable de la pièce, le public, charmé au premier acte, n'a pas tardé à exprimer son mécontentement par des interruptions et des exclamations violentes.
C'est en peu de mots l'histoire d'un explorateur qui a conçu un projet grandiose de nouvelles explorations africaines et qui se heurte à l'indifférence et à l'hostilité du gouvernement et du public. Dégoûté de toutes choses, le héros risque au jeu tout son avoir et le perd en une nuit. Alors il attend dans la rue le croupier auquel il a livré sa fortune, il le tue et lui reprend son bien et cherche à justifier son acte par des arguments tirés de la philosophie de Nietzsche.
Le public n'a pas admis ce raisonnement et a chuté le sauvage africain avec une non moins sauvage énergie."

 

PSYCHA C., « Les courtisans de la gloire », in Revue de Paris, tome 6, 1er novembre 1906, p. 40-72.

Le personnage Charles lit Nietzsche et prend le « surhomme » pour modèle (p. 46). Le soir, il tient des propos étranges à « des jeunes filles « intellectuelles » » si bien que les mères le traitent d’» homme dangereux et immoral » (p. 46). A propos des « Devoirs » des parents envers leur fille, le père proteste qu’il est « élève de Nietzsche » et ne connaît que le devoir d’être « soi-même, tout soi-même » (p. 65).

 

SAINT-POINT Valentine de, « La double personnalité de Rodin », in Nouvelle Revue, tome 43, 1er novembre 1906, p. 29-42.

Cite Nietzsche (p. 30).

 

BOIS Jules, "«La Divine Thérèse»", in La Revue hebdomadaire, t. 11, n°45, 10 novembre 1906, p. 129-160.

Observe qu'elle "suivit pour la femme le conseil de Nietsche: «L'homme doit se surmonter»" et la qualifie deux fois de «surfemme» (p. 133 et 136).

 

LICHTENBERGER Henri, « Georg Brandes. - Henrik Ibsen. Die Literatur, 32e et 33e vol. », {Littérature allemande}, in Revue universitaire, tome II, n˚9, 15 novembre 1906, p. 327.

Signale qu'il s'agit d' « une agréable causerie sur Ibsen, sa situation dans la littérature européenne, son caractère, l'origine vécu de ses drames, sur les bizarreries de sa nature, sur ses rapports avec Renan ou Nietzsche, etc. »

L'ouvrage de G. Brandes est publié dans la collection Die Literatur, Berlin, Bard u. Marquardt, 1906.

 

SAINT-POINT Valentine de, « La double personnalité de Rodin (fin) », in Nouvelle Revue, tome 43, 15 novembre 1906, p. 189-204.

Cite Nietzsche (p. 191).

 

HEROS Eugène, "Les premières", in La Lanterne, n°10799, 16 novembre 1906, p. 2.

A propos de la pièce de Paul Adam, Les Mouettes, note: "Je ne discuterai pas le caractère de ce Chambalot, l'auteur a voulu représenter un struggle-lifer, un Nietzschéen comme on dit aujourd'hui.
Pauvre Nietzsche ! Comme on travestit tes opinions.
Ce Chambalot est simplement un monsieur mal élevé, voilà tout."

 

BOIS Jules, {Revue des livres}, in Annales politiques et littéraires, t. 47, n°1221, 18 novembre 1906, p. 324-326.

Compte-rendu du roman de Georges Ohnet, La Dixième Muse. A propos de Georges Ohnet, note: "Avant que Nietzsche ait passé les Vosges, un romancier de notre race a pu, avec mesure et sans aller jusqu'à la glorification du cruel et de l'égoïste, dresser en exemples, pour la génération qui est née un peu avant la guerre et celle qui l'a suivie, des types de vaillance civique et d'initiative privée." (p. 325)

 

BRISSON Adolphe, {Chronique théâtrale}, in Le Temps, n°16586, 19 novembre 1906, p. 1-2.

Note au sujet de la pièce de Paul Adam: "Chambalot, c'est ce qu'on appelait autrefois un « cynique », ce qu'on nomme aujourd'hui un « arriviste », et, depuis que Nietzsche est à la mode, un « surhomme ». C'est avant tout un homme très mal élevé, un « mufle » et un mufle conscient, qui cite ses auteurs, se propose en exemple, se dilate dans la satisfaction de soi-même." (p. 1)

Cette chronique est reproduite dans Adolphe Brisson, Le Théâtre, deuxième série, Paris, Flammarion, 1908.

 

SALES, {La Semaine dramatique}, in Journal du dimanche, n°3416, 25 novembre 1906, p. 748-749.

A propos de la pièce de Paul Adam, Les Mouettes: (...) sa pièce, telle que l'a construite M. Paul Adam, n'est qu'un roman où il expose des théories. Et ces théories, qu'il me permette de le lui dire, sont tout bonnement abominables. Je crois, du reste, qu'elles, commencent à avoir fait leur temps que nous en avons assez du philosophe Nietzsche, de Zarathustra et du surhomme, c'est-à-dire de l'individu qui se croit avoir tous les droits, parce qu'il est, ou du moins, qu'il se figure être supérieur aux autres hommes. La science nous a prouvé, depuis longtemps, qu'entre le cerveau d'un grand homme et celui d'un simple paysan, il n'y avait pas de différence." (p. 749)

 

RICHARD Gaston, « Les obscurités de la notion sociologique de l'histoire. Sociologie et axiologie », {Revue générale}, in Revue philosophique de la France et de l'étranger, tome 62, n˚ 12, décembre 1906, p. 616-644.

Compte-rendu de Eduard Spranger, Die Grundlagen der Geschichtswissenschaft. Eine erkenntnisstheoretisch-psychologische Untersuchung (p. 627-630). Développe l'idée que seule la subjectivité confère à l'histoire une portée philosophique. Remarque : « Nietzsche nous le dit avec raison : « Ne croyez pas à une description historique qui ne sort pas de la tête des penseurs les plus originaux ». » et ajoute : « En effet, la conception de l'histoire est inévitablement influencée par l'image idéale ou normative que l'on se fait du monde. » (p. 630) Cf. Eduard Spranger, Die Grundlagen der Geschichtswissenschaft. Eine erkenntnisstheoretisch-psychologische Untersuchung, Reuther et Reichard, Berlin, 1905.

Compte-rendu de Rudolf Goldscheid, Grundlinien zu einer Kritik der Willenskraft. Willenstheoretische Betrachtung des biologischen, ökonomischen und sozialen Evolutionismus (p. 630-635). Développe la thèse de l'Energétisme que Goldscheid propose de donner pour fondement à la philosophie sociale et signale qu'elle s'oppose au « Rationalisme étroit » et au « Volontarisme aveugle », « Volontarisme immoral des néo-darwinistes et de Nietzsche. » (p. 635)  Cf. Rudolf Goldscheid, Grundlinien zu einer Kritik der Willenskraft. Willenstheoretische Betrachtung des biologischen, ökonomischen und sozialen Evolutionismus, Braumüller, Wien und Leipzig, 1905.

 

BAYET Jean, {Revue dramatique}, in Nouvelle Revue, tome 43, 1er décembre 1906, p. 426-431.

A propos de Paul Adam, Les Mouettes, à la Comédie Française, note qu’on retrouve l’influence de Nietzsche » et que la pièce a « une allure toute ibsénienne » (p. 426).

 

BREITENSTEIN Jules, "Une promesse merveilleuse du Christ", in Foi et Vie, tome 1906, p. 601-605.

Conférence prononcée en 1906 à Versailles et à Thaon-les-Vosges.

"Un troisième facteur de l'oubli dans lequel est tombé le Christ se trouve dans ce que j'appellerai le nietzschéisme inconscient de la multitude. Inconscient, parce que nos contemporains n'ont pas lu Nietzsche, mais professent pourtant sa philosophie. Vous la connaissez, c'est ce que son fondateur a nommé lui-même la  « transvaluation des valeurs », c'est-à-dire le bouleversement radical de toutes les notions acquises, de tous les axiomes moraux jusqu'à présent admis." (p. 603)

 

 

 


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" (...) [l]es philosophes de profession [...] oublient que Nietzsche ne promulgue pas un catéchisme nouveau mais nous invite à créer nous- même le système des valeurs auquel nous voulons dévouer notre vie. Dosons en nous la quantité de dionysisme et de christianisme mystique qui va nous inspirer. Il y aura autant de solutions qu'il y aura d'individus et c'est de leur collaboration que naîtra la vie nouvelle." (Charles Andler, 1932)

 

Traces orales

Nietzsche « n'est pas allé assez loin dans le sens de sa propre doctrine ; il n'a pas été assez nietzschéen. (…) Nietzsche n'a pas encore un sens suffisant de la relativité : il est encore trop systématique. » (Frédéric RAUH, extrait de cours à la Sorbonne, 1904)

 

 

"Chaque doctrine nouvelle présente certaines arêtes et extrémités outrancières autour desquelles la curiosité frivole de la multitude voltige hâtivement mais ce n'est pas l'exactitude ou la fausseté de quelques points particuliers, ce sont l'étendue et la profondeur de la création qui doivent retenir notre attention. Je ne me suis jamais demandé si les théories nietzschéennes du «surhomme » ou de l'« éternel retour » sont justes ou non: et qui se le demanderait encore, en dehors de quelques ratiocineurs et éplucheurs de livres ? Une grande œuvre ne nous intéresse toujours que par ce double côté: l'homme créateur et l'action créatrice." (Stefan Zweig, L'Humanité, 21 mai 1926)

Le Rire, 10 décembre 1910